‹ Histoire du cartésianisme en BelgiqueChapitre 43 sur 113 · J. L. S. T. L. G. SS. T. P. R · texte numérisé non relu

J. L. S. T. L. G. SS. T. P. R

Nous lisons : Joannes Lacman sacrse Theologise Licentiatus Gymnasii Sanctissimœ Trinitatis, professor rhetorices ^.

Né à Tournai vers 1639, mort en 1704. Dans sa seconde épigramme, il reproche à Aristote son obscurité et loue dans Philippi la qualité opposée S.

2) i. S. G. Ss. T. P. P.

Dans sa première épigramme, il félicite Philippi d'avoir su concilier les idées anciennes avec celles des modernes. Il a adressé la seconde à Philippi, philosophe et poète : c'est une nouvelle aptitude à ajouter à toutes celles de notre auteur.

Juris utriusque licentiatus, sacrae theologise baccalaureus formatus.

Gornelius Noulaert, artium doctor, humanionim litterarum professor 3.

Garolus Luyckx, legis utriusque baccalaureus 4.

' Paquot, Mémoires, volume XV, donne la biographie de ce théologien quMl dit avoir été professeur de rhétorique pendant trois ans à partir du 17 septembre 1660 au collège de la Sainte-Trinité.

' Cette idée reparaît dans répigranime Phifowphorum dux, oh Ton ajoute une autre louange : < author mathematico more probanda probau «

* Nous le retrouvons dans les approbateurs de 1664 < Gornelius Noubert, » S. T. B. humaniorum litterarum professor in collegio S. S. Trinitatis. >

* En 1664 : ff Garolus Luyckx. J U. L. advocatus. • G*était sans doute on parent de la femme de Philippi.

Petrus van Santvort, juri utrique studens *.

Carolus van Hoesbroek, doctor Artium ^.

Uépigramme est intitulée : ad eumdem professorem nuper suum.

Joannes Birwaert, artiiun doctor, pastor Mellinensis *^.

0. F. A., juris utriusque baccalaureus. Il fait allusion aux difficultés que va rencontrer le livre de Philippi. 18) 0. F. J. A. C. B. J. U. E.

Petrus MoonSfSacrae theologise baccalaureus formatus, pastor Beatae Mariae Brugis 4.

17) Gerardus Van Gutschoven. Nous transcrivons son épigramme à cause de son auteur et de l'intérêt qu'elle présente par elle-même.

Egregium mulli sibi quid patrasse videntur.

Hinc inde exscriptum quando volumen habent. Sed multum non est exscribere^ : scribere multam est.

Scripserunt alii jam sua : scribe tuum. Scribe, probaque tuum. Quid enim contexere turmam

Autborum, quod tu qui tenuere, juvat ?

Authores, ratio si desit, mille nihil sunt I

lUa fidem dictis addere sola potest.

Scribe probaque tuum solida ratione yel una;

Quamvis sis solus, sufBcit illa tibi.

Esto, tuum modicum sit scire, sit eslo, vel unum,

Omnibus omne novum nonne placere solet ? Omnibus ergo tuus liber bic, vir docte, placebit.

Tôt nova, tam solida quo ratione probas.

' En 1664 : Petrus Tan Santvort.

* 1664 : Carolus Tan Hoesbroek.

^ 1664: Joannes Birwaert, Pastor JMellinensis.

* 1664: Petrus Moons, S. T. B. F., pastor Sanctae-Mariae , Brugis.

* Que faisait donc Philippi dans ce noéme ou^Tage ?

Van Gutschoven dit très sagement que transcrire c'est peu, qu'écrire c'est beaucoup : mais il se trompe fort s'il pense, en parlant ainsi, louer le collègue qui transcrit intrépidement Descartes et quelquefois mot à mot.

Les derniers vers contiennent un brillant éloge, quoique fort discret, de la philosophie cartésienne : toute nouveauté plaît : donc votre livre plaira, lui qui contient tant de choses nouvelles, et de plus, solidement prouvées. Sauf Van Gutschoven et peut-être un ou deux autres, tous les admirateurs de Philippi sont pour ainsi dire des jeunes gens, professeurs de fraîche date, ou même encore aux études : les nouveautés sont toujours mieux venues chez eux, que chez les hommes d'un âge mûr, qui n'aiment pas à désapprendre. Pour terminer, disons que Philippi a dédié son ouvrage à un ancien élève de Van Gutschoven, le prince Ferdinand Alexandre de Portugal, qu'il félicite d'avoir étudié avec grand fruit les mathématiques à l'Université de Louvain ^p

Quelle fut l'impression produite par la publication du livre de Philippi ? Elle a dû être très grande. On recherchait avec avidité les cahiers manuscrits contenant son cours pour les transcrire 2 : son livre dut être acheté avec plus d'empressement encore. Il est même probable que Rome s'en émut. En effet, la dédicace est datée du 31 juillet, par conséquent la Medulla logicœ parut en août 1661. Or, au commencement de mai 1662, un cardinal écrivit de Rome à un professeur de Louvain qu'il s'étonnait de voir le cartésianisme fleurir à Louvain. Il est permis de penser que ce prince de l'Église avait été informé du grand événement, et que c'était son impression qu'il traduisait dans sa lettre. Au reste, les quelques lignes qu'il consacre à la philosophie de Descartes méritent que nous

^ V. VcRTCuLiECSf Academia Lovaniensis, 1667, p. 185. ' V. l^épigramme Si moveas calamum.

nous y arrêtions, si même elles ne se rattachent pas exclusivement à l'ouvrage de Philippi.

En 1664, Plempius fit une nouvelle édition de ses Fundamenta medicinœf précédée d'une longue et intéressante préface où il dit entre autres choses : « anno 1663, die XMaii, Eminentissimus Princeps. F. Sacrae Romanee Ecclesiae cardinalis A., primœ auctoritatis, dédit Romœ litteris ad eximium Dominum ac magistrum nostrum C. L., Theologiœ Doctorem Lovaniensem; quibus obiter haec inscrit : miror illic (Lovanii) (jrassari eirores Philosophiœ cariesianœ : prodeunt enim ex crassa iynorantia; et postea indicat illos ducere ad atheismum. » >[qus avons recherché dans les noms des cardinaux du temps celui qui correspondait aux initiales F. A. : il n'y en a qu'un : François Albizzi.

Ce cardinal connaissait la Belgique ; il avait demeuré quinze mois à Cologne, en qualité d'assesseur du cardinal Ginetti, pendant sa légation d'Allemagne. Quand VAugtistintis parut à Louvain, et qu'il s'agit de réprimer le jansénisme, il fut un de ceux qui travaillèrent le plus énergiquement à la condamnation de l'in-folio de Jansenius : Moreri i dit même que le pape le chargea de rédiger la Bulle. Dans un ouvrage posthume de ce cardinal ^, on trouve une autobiographie où il retrace avec beaucoup de force tout ce qu'il a fait contre le jansénisme. L'auteur anonyme de la Pui^^ura docta 3 dit que d'assesseur du Saint-Office il fut créé cardinal en 1644 : ses avis, poursuit-il, étaient reçus comme des oracles; on l'appelait la règle vivante des Congrégations. Ces détails cadrent bien avec le (c cardinalis primse auctoritatis » de Plempius 4.

* In voce Albizzi.

* De Inconstanlia inJudiciis, RomsD, 1698, in-f>, au commenceinent.

* Lib. 6, p. 438.

^ Corraro, dans sa Relation de ta cour de Rome en 1661, imprimée à Leyde, en 1663, trace d^Albizzi (ou, comme il écrit, d*Aibici) un portrait peu flâneur p. 90. Voici les premières lignes : « Albici de Cesanata est un homme, » qai volant qu'il ne peut devenir plus grand quMI est par le moien d'une > éminente vertu, veut esprouver s'il y pourra réussir par des extravagances.! Le reste est à Pavenant.

Quant au doctor lovaniensis, il n'en est pas d'autre que Chrétien Lupus dont le nom réponde aux initiales données : par Plempius. Nous savons déjà que Chrétien de Wulf avait été professeur à Cologne et qu'il s'était opposé au cartésianisme en 1653. A l'époque où nous sommes, il venait d'arriver de Rome après y avoir séjourné cinq ans ^, et le seul fait d'avoir communiqué en 1664 la lettre que lui avait écrite Albizzi montre bien que ses appréciations restaient toujours défavorâbles à Descartes. Dans cette lettre, le cardinal s'étonne que les erreurs de la philosophie cartésienne se répandent à Lou\*ain. A notre avis, cette manière de parler insinue qu' Albizzi ne blâmait pas toute la philosophie de Descartes, mais certaines de ses parties qu'il jugeait être des erreurs grossières menant à l'athéisme. Quelles sont ces erreurs? On peut le deviner aisément : c'est le critérium des idées claires 2, c'est l'automatisme 3, c'est le mécanisme de la vie, c'est le mépris qu'avait Descartes pour la recherche des causes finales ^ et pour les preuves ordinaires de l'existence de Dieu, c'est enfin son fameux doute méthodique.

' MiCHAUD, Biographie universelle ^ 2>°* édition, in voce « Lupus. »

' Ou a enieodu Plempius dire qu*ll conduit à l*alhéîsaie.

^ Voyez Froidmont, dans ses critiques de 1038 et de 1653.

* V. Leibnitz, édition Erdmaun, pp. 139 et suivantes : « les principes que » Descartes a posés renferment des conséquences étranges auxquelles on ne » prend pas assez garde. . . Aussi peut-on dire que Spinoza u*a fait que cul- » tiver certaines semences de la Philosophie de M. Descartes, de sorte que » je crois qu'il importe effectivement pour la religion et pour la piété que » celte philosophie soit châtiée par le retranchement des erreurs qui sooi » mêlées avec la vérité. »

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