‹ Histoire du cartésianisme en BelgiqueChapitre 73 sur 113 · Tome XXXIX · texte numérisé non relu

Tome XXXIX

platonicienne ^. « Dei existentiam Platonicorum demonstratio » evincit, ipsaque veri cognitio. »

François PAUWENS ,

Docteur et professeur en théologie à Louvain.

1® Theologia universa Lovanii defendenda, Lovanii, 1694; 2* Theologia univer^m Lovanii defeiidenda, Lovanii, 1695.

En 1694, pour prouver Texistence de Dieu, il adopte, mais non exclusivement, la démonstration de saint Augustin, tirée de la vérité immuable s. L'année suivante, il développe éioquemment cette preuve 3 : ce Supposez, dit-il entre autres choses, que toutes les créatures se taisent sur Fexistence de Dieu, l'éternelle vérité élèvera la voix, et puisqu'elle est quelque chose, elle est Dieu, car rien de créé n'est .éternel. »

Albert MARC,

Professeur de théologie.

Theologia moralis Antverpiœ defendenda, Antverpiœ, 1694; Lex régula morum Lovanii defendenda, Lovanii, 1696 ; Templum Dei sanctum Lovanii defendendum^ Lovanii, 1696; Theologia universa Lovanii defendenda, Lovanii, 1698.

Ontologiste décidé, il proclame en 1694 l'identité de la Loi éternelle avec Dieu et il ajoute : ce Numquid simiam omo, dum » legem aeternam Deum depredico? Qui simias vendit, aurea )) qua^rat insignia : ego nudam diligo et cunctis veritatem » ostendo, quse praesidet omnibus consulentibus se, simulque

*■ Prima pars. * Thèse 2.

» Thèse 1.

)) respondet, etiam liquide; sed non liquide omnes audiunt ^. » En 1696, dans les thèses intitulées Lex régula morum â, il insiste plus fortement encore sur l'ontologisme. Dans son Templum Dei sanctum, il fait allusion à une controverse récente entre philosophes de la Faculté des Arts, et blâme les essais théologiques de Descartes, en rapportant une anagramme que sans doute l'on trouvait alors très ingénieuse. Voici ce passage 3 : (( Récemnient, la vénérable Faculté des Arts a réprouvé et rejeté à bon droit une thèse de philosophie, à cause surtout de ce qu'on y enseignait la doctrine suivante sur le mensonge : « Mendacii malitia nequaquam ab oppositione cum prima veritate, sed ab oppositione cum jure alterius cui loquimur, repetenda : quare, cessante hoc jure, aut ab alio eminentiori ateorpto, nuila fuerit malitia. » Chacun son métier. Descartes lui-même en matière théologique, vere et aiiagrammaticey est Icants. » En 1698, nouvelle profession d'ontologisme 4, et, ce qui pourrait étonner après VEst Icarus, une grande modération dans l'appréciation des doctrines cartésiennes sur l'eucharistie s. D'après lui, l'Église n'a décidé nulle part si les espèces du pain et du vin sont des accidents péripatéticiens, et le catholique, pour défendre le mystère de l'eucharistie, n'a pas besoin du fragile bouclier de tels accidents.

Léonard VAN ROY.

11 était licencié de l'Université de Louvain et professeur de théologie. Il mourut en 1699 6.

Theologia mordis, 2* editio, Antverpiae, 1707, S volumes

in.l2.

La première édition est de 1701.

* Thèse 1.

* Thèse 2.

* Thèse 2, n« 2.

* Thèse 2, n» 2.

* Thèse 19, n'i.

* HuRTER, Nomcnclator HUerarius, Inspriick, 1876, volume IJ, p. 313.

Volume I, p. 40. Il dit communior l'opinioa qui met la sensibilité dans les bétes.

Volume IV, p. 43. Rien n'oblige à faire du caractère sacramentel une qualité distincte : le mouvement local, la figure d'un corps n'en sont pas.

Volume IV, pp. 234-233. Il expose une théorie très intéressante touchant les espèces eucharistiques et le mode de la présence réelle ; il la déduit des principes de Descartes sur les accidents et l'essence de la matière, ce Tout d'abord, dit-il, il ne faut jamais avancer que l'Eglise a tranché une question philosophique, si l'on n'en a des preuves évidentes ; or est-il qu'on n'en a pas sur la question de la nature des espèces. » Pour le démontrer, il passe en revue les principaux arguments des théologiens de l'ancienne Ecole. Cela fait, il propose son explication. Celle-ci revient à dire que la matière subtile, qui entoure le pain avant la consécration et est l'instrument de son action sur nos sens, demeure après la consécration et continue cette action. Il ne trouve pas qu'il soit défini que le corps de Jésus- Christ est tout entier sous n'importe quelle partie de l'hostie, et voit peu de difficulté à admettre que ce corps y ait une certaine extension.

Pierre HOYDONCK,

Licencié et professeur en théologie.

Candor lucis œtemœ illustrans theologiam universam, Gandm defendetidus, Gandavi, 1703.

Ces thèses sont une série de tableaux poétiques, où, sous toutes les formes, il est question de la Lumière éternelle, qui est Dieu, que l'esprit de l'homme contemple, et d'après laquelle il juge de ce qui est beau et de ce qui est bon. 11 s'appuie sur Cicéron i, sur les Platoniciens s, et surtout sur aint Augustin 3, qu'il appelle le second Salomon, le très sage

" Thèse 5, nM .

• Thèse 5, n» 2.

* Thèse l,nM.

héraut de la Sagesse créatrice, l'éclatant démonstrateur de l'éclat de l'éternelle Lumière, le grand flambeau de l'Église. Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est qu'il blâme nominativement Descartes d'avoir enseigné que la Loi éternelle dépend de la libre volonté de Dieu ^. « Non, dit-il, imaginez des gloses autant que vous voulez, cherchez des interprétations favorables, accumulez les probabilités bénignes, jamais celui-là ne sera excusé que la Loi éternelle condamne. Descartes a affirmé à tort que cette loi dépend de la volonté de Dieu : s'il en était ainsi , c'en serait fait de la Théologie morale. »

Jacques de FERNELMONT, Professeur de philosophie, et

Joseph NATALIS,

Professeur de philosophie et bachelier formel en théologie de l'Université de Louvain.

Philosophia rationalisa Gandavi defendenda, mense octobre, 1744;

Philosophia universa, Gandaui defendenda, mense augusto,

Ces thèses professent ouvertement le cartésianisme. Elles vantent la méthode de Descartes, répudient les opinions des scolastiques sur les accidents eucharistiques, sur les formes substantielles des minéraux et sur l'âme des plantes et des bétes. Voici un passage du recueil de 174S qui peut servir à donner une idée de la doctrine de ces professeurs. « Ad physicae » splendorem maxime contulit Cartesius cum pluribus scien- » tiarum academiis, cujus in éo prsecipue laudandi sunt cona- » tus, quod omnia naturœ phœnomena non jejunis et obscuris » qualitatibus, at certis mechanicas legibus explicanda docue-

» Thèse 12, no 1.

)) rit. Àttamen non tant! facimus Cartesium, ut existimemus, » certa esse et fixa, quœ dixit aut explicuit, omnia. »

Corneille PEETERS & Athanase HOWET.

Peeters était licencié en théologie et professeur de philosophie; Howet, licencié et professeur en théologie.

Metaphysica et Ethicaj Bruxellis deferidendœ, Bruxellis, 1766, 8 pages.

Ils pensent qu'on peut déduire de l'essence de Dieu soo existence actuelle ^. D'après eux, il est plus juste de dire que l'activité de l'âme est répandue dans le corps, mais que Tâme elle-même réside dans le cerveau.

Florent DE COCQ,

Prémontré, né à Anvers en 1648, mort à Louvain en 1693; il enseigna à Anvers la théologie aux religieux de son ordre, pendant l'espace de quinze ans.

PriJicipia totitis theologiœ , 4 vol. in-12 , editio 2% Coloniae,

La première édition parut en 1682.

Volume I, p. 20. Il rejette avec réserve la preuve anselmienne.

Volume III, p. 409. Il combat les explications cartésiennes des espèces eucharistiques, mais ne leur dénie pas une certaine probabilité.

François-Marie DE BRUXELLES (CAESENS),

Capucin, né à Bruxelles en 1663; il enseigna la théologie aux religieux de son ordre pendant plusieurs années et mourut àGand en 1731 i.

Theologia capucino-seraphica, Gandavi, 1718. Elle parut pour la première fois en 1705.

Volume III, p. 81. Le caractère est une qualité réellement distincte.

Pages 219-220. Il attaque, sans le nommer, l'augustin Van Roy, à propos du mode de la présence réelle.

Pages 221 et 222. Il nie l'existence après la consécration d'accidents simplement apparents ou inhérents à Fair.

Basile RANSIER,

Bénédictin, professeur de philosophie, religieux de l'abbaye de Saint-Laurent à Liège.

Thèses logicœ et metaphysicœ Leodii defendetidœ, Leodii, 1736, 4 pages.

Ransier est cartésien et malebranchiste , sans toutefois admettre l'ontologisme de Malebranche. Nous n'avons rencontré jusqu'ici aucun philosophe belge partisan aussi déclaré des sentiments de l'oratorien français; il les adapte fort bien à ceux de Descartes. Distinguant l'idée formelle et l'idée objective, il définit cette dernière une image de l'objet produite par Dieu dans l'âme, tandis que l'idée formelle est la simple perception de l'objet, a Les idées objectives ne tirent pas leur origine des objets, mais de Dieu, lumière des esprits créés ; il n'y a donc pas d'espèces impresses, ou d'images émises par les objets vers

* HiRTRR, Nomenciator litterarius, Insprùck, 1876, volume II, p. 626; Biographie nationale, volume III, p. 241. Notice de M. Reusens.

les sens ; elles sont inutiles et fictives, puisqu'il n'y a pas d'apparence qu'un corps inerte et oisif produise à chaque moment une infinité d'images de lui-même. Bien que notre esprit soii passif par rapport aux idées objectives qu'il reçoit d'ailleurs, il est le véritable auteur des idées formelles qu'il produit en contemplant les idées objectives infuses en lui par Dieu. Les idées objectives sont les unes innées, les autres adventices : les premières sont déposées dans l'âme depuis le premier instant de son existence ; les secondes lui sont do&nées par Dieu à roccasion d'une impression faite dans les organes par un objet extérieur et d'un ébranlement des esprits animaux dans le cerveau. C'est une question célèbre entre les philosopiiessi l'union de l'âme raisonnable avec le corps découle de la nature même de l'âme; en ce cas l'âme serait un être incomplet de sa nature, exigeant et désirant l'union avec le corps : cette solution plaît aux aristotéliciens. Les modernes , auxquels nous adhérons, mettent l'union de l'âme avec le corps dans la dépendance mutuelle de leurs affections. Cette dépendance mutuelle consiste dans la loi constante établie par Dieu, d'après laquelle l'auteur de la nature produit diverses affections dans l'âme, selon les divers mouvements du corps, et divers mouvements dans le corps à l'occasion des diverses affections de l'âme. » C'est le système de Malebranche dans toute sa pureté. Cependant son nom n'est jamais prononcé, pas plus que celui de Descartes.

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