Histoire du château d'Arques
e château d'Arqués , un des ni us célèbres de la Normandie, de cette terre des châteaux et des églises, si remarquable par son antiquité, par l'étendue et l'importance de ses ruines, par la beauté du site , par ses souvenirs historiques , auxquels la bataille livrée par Henri IV , sous ses murs , est venue ajouter une palme immortelle , n'avait pas cessé , depuis les premiers temps de sa créa-
m AVANT-PROPOS, tion , au xi* siècle, jusqu'à nos jours, d'être château royal. Notre première révolution le fit passer du domaine de l'État dans des mains particulières. Vendu en 1793, après avoir été précédemment dépouillé, à demi ruiné, il était resté dans cet état, recommandable encore par son ensemble , par les débris imposants de ses constructions , lorsque , à la mort du dernier propriétaire, en i836, le bruit courut tout-àcoup que le château d'Arqués était mis en vente et <pie la Bande noire était en marché de l'acheter, pour achever de le détruire et pour en vendre les matériaux. L'émoi fut grand parmi les amis de nos vieux monuments historiques. La Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure lit entendre la première sa voix. Le Préfet du département, M. le baron Dupont-Delporte , s'associant aux justes appréhensions de la Commission qu'il préside, mais craignant que les autorités locales, ou le gouvernement, ne pussent apporter à temps un remède efficace aux projets des démolisseurs, prit le parti, dans le but de conserver , autant qu'il était
AVANT-PROPOS. m en lui , le souvenir de ce précieux monument, de le faire dessiner et décrire dans toutes ses parties, et de faire recueillir, en les étudiant sur les lieux , tandis qu'il en était temps encore , tous les documents historiques et archéologiques qui pouvaient s'y rattacher. D'accord avec la Commission des Antiquités , il jeta les yeux sur moi pour remplir cette honorable mission; je me fis un devoir de l'accepter. Je partis à l'instant même pour Arques , et me livrai , avec toute l'ardeur dont je suis capable et que réclamaient la conjoncture et l'importance du travail , à la tache qui m'était confiée. Assez peu de jours après , je rentrais à Rouen , chargé de mon butin archéologique, déplorant plus vivement encore , depuis que j'avais été à même de l'étudier aussi intimement, la perte de ce beau monument historique , quand une heureuse nouvelle vint me soulager du poids qui m'accablait.
J'appris qu'une dame , amie des arts, la veuve de M. Reiset , ancien Receveur général de la Seine-Inférieure , par un mouvement spontané, voulant conserver à la France le château
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d'Arqués, venait d'en faire l'acquisition et de
l'arracher des mains de la Bande noire.
Telle est la circonstance qui a donné naissance à l'ouvrage que je fais paraître aujourd'hui. Ces notes , ces dessins que j'avais recueillis , cette espèce d'inventaire dressé in extremis > voilà ce qui a été son point de départ. Rassuré désormais sur le sort de notre vieille citadelle normande , je pus étendre , multiplier les recherches auxquelles je m'étais précédemment livré; je pus donner plus de développements au récit des événements qui ont signalé sa longue existence. J'interrogeai toutes les sources étrangères à la localité , que j'avais été forcé de négliger , pressé que j'étais de devancer le marteau des démolisseurs ; je m'efforçai , enfui , de rendre aussi complètes que possible l'histoire et la description du monument auquel je m'étais attaché. C'est ainsi que ce. qui n'était , dans l'origine , qu'un cahier d'une soixantaine de pages , est devenu un volume qui en atteint quatre cents.
Je dus d'autant plus me féliciter du répit qui m'était accordé, que des documents inattendus
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vinrent successivement me permettre d'apporter plus de perfection à ce premier essai. Je devais, en effet , trouver un puissant auxiliaire dans le zèle complaisant de MM. John GageetStapleton, de la Société des Antiquaires de Londres , de M. Floquet , greffier en chef de la Cour royale de Rouen , de M. Lacabane , employé aux manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Ce dernier , surtout , a mis à ma disposition des pièces d'un haut intérêt pour l'histoire du château d'Arqués; parmi lesquelles je citerai , en première ligne , des comptes de dépense du xi v* siècle , plusieurs lettres patentes et ordonnances de nos rois, et de nombreux titres de famille. C'est au même M. Lacabane que je dois la communication d'une relation manuscrite de la bataille d'Arqués , accompagnée d'un plan stratégique , de la main d'un des capitaines de Henri IV, qui prit part à cette journée , Caumont de la Force , depuis maréchal de France. Je n'ai pas hésité à insérer en entier, parmi les Pièces justificatives qui font suite à cet ouvrage, ce précieux document. Pour achever la liste des secours qui se sont
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offerts à moi , je dois mentionner un plan à vol d'oiseau de la même bataille d'Arqués , qui est conservé au Musée Britannique à Londres , et qui a dù être exécuté par un témoin oculaire. Â l'aide de ces pièces importantes , j'ai pu , en les combinant avec l'étude des lieux et avec les relations déjà connues que nous ont laissées plusieurs autres témoins et acteurs de ce combat célèbre, donner une attention particulière au récit de cette action militaire , qui joue un si grand rôle dans l'histoire du château d'Arqués, et qui , il faut le dire , n'a jamais été présentée sous son vrai jour par nos historiens.
Je n'ai pas été moins puissamment aidé, pour l'étude archéologique du château lui-même , rendue si difficile par son état de ruine , par l'examen d'un très beau plan de celte ancienne forteresse , dressé en 1 708 , par un ingénieur des années de Ixniis XIV , que l'on conserve dans les archives du génie militaire du château de Dieppe, et dont M. le ministre de la guerre a bien voulu m'autonser â prendre copie.
J'ai â réclamer trop long-temps l'attention
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du lecteur, pour la fatiguer ici , à l'avance, par rénumération de toutes les pièces, de tous les actes manuscrits, chartes, ordonnances, mémoriaux , comptes , titres particuliers , que j'ai été à même de consulter et qui m'ont guidé dans mon travail; je le renvoie aux citations elles-mêmes.
Qu'il me soit permis, cependant, avant de terminer ce court préambule, de citer les noms de ceux qui se sont occupés avant moi d'une manière un peu spéciale, du château d'Arqués , et dont j'ai pu étudier les ouvrages. En laissant de côté les recueils pittoresques de M. Cotman , de MM. Taylor et Nodier , je mentionnerai :
MM. de Caumont, dans son Cours d Antiquités monumentales ; Ludovic Vitet , dans son Histoire de Dieppe ; P.-J . Feret , dans sa Notice sur Dieppe ; Arques, reproduite en partie dans ses Promenades autour de Dieppe ; enfin , comme leur ayant servi de guide et de modèle , mon savant confrère et ami , M. Auguste Le Prévost , dans sa Notice sur Arques , insérée dans le tome I des Archives de la Normandie de M. Txmisdu Bois.
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Si M. Auguste Le Prévost eût donné à cette Notice historique, pleine de la plus saine érudition , le développement auquel le cadre qu'il s'était tracé se refusait , et s'il l'eût fait suivre , ainsi qu'il l'avait fait espérer , de la description du château , promesse que l'interruption de la publication de M. Louis du Bois ne lui a pas permis de réaliser, je n'aurais, certes, pas pris la plume. C'est au lecteur à décider si , en tout éUt de cause , j'aurais dû ou non obéir à ce premier sentiment
La circonstance qui m'a conduit à m'occuper de la monographie du château d'Arqués m'a mis à même d'embrasser, sous un point de vue plus général , de compléter , en quelque sorte , par la description de cette antique forteresse , l'histoire de l'architecture militaire en Normandie, dont j'avais esquissé les premiers traits dans l'histoire du Château-Gaillard, dans celle du château de Tancarville 1 , et dans quelques autres essais. Les Normands , ce peuple émi-
■ Ccxlfui oiMrag«> oui Hv publias, lr prrmicr co 1821» , le «vomi en 18.V#.
AVANT-PROPOS. u neuiment religieux, et guerrier , dont le nom est resté environné de tant d'éclat , ne se sont pas moins signalés par les grands monuments qu'ils ont laissés sur leur passage , que par leurs hauts faits et leur puissance. Les monuments qu'ils ont élevés au culte de la divinité , placés sous la sauve-garde de la religion , et doués de plus de vie que ceux qu'ils dressèrent au culte du pouvoir et de la force brutale, sont arrivés plus nombreux et mieux conservés jusqu'à nous.
Aussi , objet de l'admiration journalière et plus fréquente des modernes, ont-ils été plus souvent étudiés et décrits. Les monuments militaires , non moins grands , non moins étonnants malgré leur état de ruine , et rappelant des souvenirs si ce n'est plus puissants , du moins plus éclatants et non moins glorieux, n'avaient pas encore été l'objet d'une étude aussi attentive , aussi suivie. C'est une lacune que je me suis attaché à remplir: l'histoire du château d'Arqués rentre naturellement dans le cadre que je m'étais tracé.
Accueilli avec quelque bienveillance en Nor-
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tnandie, j'ai cherché à payer mon droit d'hospitalité, en parlant a ma nouvelle patrie adoptive de ses gloires, de ses monuments , en recueillant religieusement leurs débris épars , en remettant sous ses yeux ce que ses enfants, aux jours de sa puissance , ont laissé de noble et de grand sur cette terre à jamais fameuse. J'ai pris pour devise ces mots d'un de leurs vieux chroniqueurs: Recolite quant magna Normanni fecere. Puissé-je m'y être montré fidèle et ne pas être resté trop au-dessous de ma reconnaissance et de mes admirations !
RÉCIT HISTORIQUE
« Pends-toi , brave Crillon ; nous avons combattu à Arques et « tu n*y étais pas.
— Hbjiri IV. —
RÉCIT HISTORIQUE