SOUVENIRS HISTORIQUES
culer dans la ville; une amitié si vive et si subite parait suspecte; la trahison a tranché les jours du père, la trahison en voudrait-elle à ceux du fils ? On s'assemble , on s'échauffe ; le peuple se porte en foule au palais, l'entoure en menaçant, et demande à grands cris le jeune Richard. Louis, effrayé, prend l'enfant dans ses bras et le montre à la foule irritée. Il proteste de sa tendresse pour lui , de la pureté de ses intentions ; le peuple le croit , se calme et se retire. A quelque temps de là, Louis quitte Rouen, emmenant avec lui le jeune Richard:
il voulait, disait-il , le conduire dans son propre palais, pour qu'il fût élevé d'une manière digne de son rang et de sa naissance. On les laissa partir.
En s'éloignant, pour donner une preuve de sa bonne foi , le roi de France avait laissé, pour commander, à Rouen, Herluin comte deMontreuil, beau-frère du duc Guillaume-Longue- Epée et ennemi personnel du comte de Flandre. Herluin, en effet, arme les Normands, les conduit sur le territoire d'Arnulf , y porte le fer
et la flamme , s'empare d'un des assassins <!*• Guillaume-Longue-Epée , lui fait couper les mains et les envoie à Rouen Mais les choses ne devaient pas tarder à changer de face. Huguesle-Grand , comte de Paris , qui était entré tout d'abord dans les desseins secrets de Louisd'Outremer, mais dans l'intention d'en proBter pour son propre compte (car, tandis que Louis occupait Rouen et tout le pays sur la rive droite de la Seine, lui s'était jeté sur la rive gauche et s'était emparé d'Evreux) , veut précipiter l'exécution des projets du monarque français. 11 commence par réconcilier Herluin et le comte de Flandre. Louis-d'Outremer sanctionne luimême cette réconciliation, et pactise avec Arnulf (944)- Les chefs normands, dont les yeux étaient ouverts sur les démarches de Louis , ne peuvent plus douter de ses projets. Ils font enlever le jeune Richard de la tour de Laon , où il était plutôt le prisonnier que le commensal
' Ampul.il.is iiKiiius j P M M > Rodoinum transmisit. « — rio- «loard , ad nnnuni î>:»i.
COMBAT A AROUES. 29
de Louis : le fidèle Osmond remporta, caché, dit-on, dans une botte de foin l . En même temps ils prennent les armes : il n'y avait plus de ménagements à garder. Ce fut alors qu'Arnulf et Hugues-le-Grand pressèrent Louis-d'Outreracr de lever le masque ; ils n'eurent pas de peine à le persuader. Leur plan fut bientôt arrêté. Louis-d'Outremer devait occuper et garder pour lui Rouen et toute la portion formant la Haute- Normandie ; Hugues conservait Évreux , et y ajoutait le pays de Bayeux , qu'il se faisait fort de soumettre. Hugues devait immédiatement attaquer les Normands par la rive gauche de la Seine ; Louis et le comte de Flandre , par la frontière du nord.
Arnulf , qui formait l'avant-garde de Louis, trouva de la résistance au passage de la Dieppe et de la Varenne , à la ville d'Arqués , où les Normands étaient postés en observation. Il les défit, et força le passage. « Arnulf, qui pré-
1 • Jacebat hcrbae fasciculus , iii quo Osiiiundua pucrum col- « ligatura humeris imponcns , vclut pabuluui cquo laturus. o — Guillaume de Jumicgcs , p. 240.
50 CHATEAl* D ARQt'KS.
« cédait le roi , dit Flodoard , mit on fuite les u Normands qui gardaient Arques, et fraya le « passage au roi. • 1
C'est ainsi que le nom d'Arqués se trouve mêlé à ces événements si importants et si décisifs dans l'histoire de la dynastie normande.
On sait quels furent les résultats de cette agression ; comment Louis entra à Rouen ; comment le chef normand , Bernard-le-Danois , parvint à semer la mésintelligence entre Louis et llugues-le-Grand, et sauva , par cet acte de politique et d'adi la Normandie.
Une coalition du même genre, si on en croit les historiens normands , devait ramener , à quelques années de là, devant les murs d'Arqués, et les ennemis du duc Richard , et ce prince lui-même. I/Ouis-d'Outremer et Hucues-le- Grand étaient morts ; le jeune Lothaire occupait alors le trône. Celui-ci , à l'instigation de Baudouin comte de Flandre , héritier de la politique et de la haine d'Arnulf , de Tctbald
• « Arnulfu* itaqueprjeredens rrgrm quosdam Normanooruro « qui cintodia* ol»«w*nal>.int apiitl Arca*, fuilit H rrgi traniitum * prjrjwirimt * — Chtrmicon , ad annum 944.