‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 118 sur 141 · PORTE DE SECOURS · texte numérisé non relu

PORTE DE SECOURS

S'il restait encore quelques doutes touchant l'opinion que nous venons d'émettre , il nous serait facile de les lever, en nous étayant d'une pièce originale qui tranche la difficulté , et que nous aurions pu produire toutd'abord. 11 résulte de ce document écrit , que la porte et le pont de secours ont été construits sous la domination française, pendant le règne de Charles V, en l'année 1367. Cette pièce relate, sous la date du 3i août de cette même année, le paiement fait, par ordre de Guillaume de Castres, vicomte et capitaine d'Arqués , « de trente et six francs a dor pour avoir amené ou chastel d'Arches de « la rive d'Arches six nances de pierre, chascune « nance pesante de seize à xvm tonneaux et « dont l'en fait la machonnerie des ponts neufs « et delà neufoe porte du chastel Arques. »*

Ces pierres provenaient , en partie, de la démolition d'un bâtiment considérable existant à Veules auprès de Saint- Valery-en-Caux , que la nouvelle pièce , puisée à la même collection à laquelle je dois ce document , appelle le grand

' Collection Joursanvault ; Ottatopte , n° 1699.

Maiioir. Guillaume de Castres , quatre jours avant le paiement ci-dessus relaté ( le 27 août ) f ordonnançait celui o de douze florins dor du « coing du roy pour abattre les pierres grosses a et menues du grand maner de VWulles ( sur le « vu de maistre Jehan Vassal maistre des<mvres o du roy en bailliage de Caux), pour mener a et faire les repparations en chastel d'Arches « en la manière que le roy nostre dit seigneur o la ordené. »'

Cette dernière pièce est précieuse par l'indication qu elle nous donne de la part directe que Charles V prit à ces travaux , ainsi que du nom de l'architecte qui en fut chargé.

Le raveliu , qui couvrait la tète du pont de secours du côté du plateau, et dont le tracé c>t reslé apparent , est moins ancien encore que le pont lui-même ; il appartient tout-à-fait à Part moderne. Il pourrait bien avoir été tracé par Henri IV à l'époque de la bataille d'Arqués.

l*a tour et le pont de la Porte de Secours sont mentionnés dans les comptes de dépense

' Cotlcrtioa JourMin juIi , ( mtmhgne , n" ir»yîi.

TOrit D AMKXOR DE BRETAGNE. 333

du château , de 1378 et de i38o. On y parle de la tourelle qui siet sur les ports de derrière la grosse tour ( le donjon ) ; du pont volant ( pontlevis ) de la porte de derrière la grosse tour; d'un esseul tournant; de deux liens crois ies (croisés) qu'on y a faits; de ses vergues de xvi pies de lonc ; de ses soleaiLt ( solives ) de huit pies de large , et de sa couverture ; d'une clef pour la sereure de fus l ( de bois ) des neufs ponts.

Une petite courtine d'une vingtaine de pieds , dans laquelle nous découvrons quelques fragments de mur en épi , sépare la tour de la Porte de Secours de celle qui correspond , vers l'angle sud-ouest de l'enceinte , à la tour Reiset. Cette tour ( Pl. X , n° 5 ) a la plus grande analogie , sous tous les rapports , avec cette dernière. Comme celle-ci , elle a, intérieurement, neuf pieds de diamètre; ses murs ont également six pieds d'épaisseur. Quelques assises en arête de poisson, qu'on voit à l'intérieur , une ouverture cintrée en pierre tuffeuse, un bandeau extérieur en même pierre, nous indiquent son origine normande.

Cette tour avait , bien probablement , une

communication avec les souterrains du château, qui la traversent, ainsi que semble l'indiquer la petite voûte, bâtie en pierres de tuf, qui s'élève, à même le souterrain , sous l'étage inférieur de la tour à sa partie centrale, et qui paraît avoir eu une ouverture au point d'intersection. Cette disposition devait exister dès les temps les plus anciens.

Pour donner à cette tour un nom qui ne tranche pas trop avec celui que nous avons appliqué à sa sœur jumelle, celui d'une femme, nous l'appellerons la tourd'Aliénorde Bretagne . du nom de cette jeune princesse , que son oncle Richard-Cœur-de-Lion tint enfermée dans le château d'Arqués ( Voir le Récit historique , p. \ ), et à qui cette tour, attendu sa proximité et sa jonction avec le donjon et avec les souterrains , aurait bien pu servir de prison ■.

Un long rempart, de trois cent cinquante

1 Dans notre Récit historique , non* avons fait transporter Aliénor , par son oncle Jean-san.t-Tcrre , du château d'Arqués au château de Gardiff , en Angleterre ; c'est au château deCorfe, dans le comte de Dorsct , qu elle fut d'ahord transférée, ainsi qnc l'indique la note elle-mcme que nous avons rapportée.

GRANDE COURTINE DE l/OUEST. 55S

pieds «retendue, prend naissance à la tour d'Aliénor et court, sur toute la face occidentale de l'enceinte , en ligne directe , jusqu'à son extrémité opposée.

Les pierres de petit appareil , au type du xi e siècle , l'épi ou arête de poisson , qui y apparaissent de distance en distance au milieu de maçonneries plus modernes , dénotent un reste du mur primitif.

Mesuré par nous sur plusieurs points, le mur de ce rempart nous a présenté de six à huit pieds d'épaisseur. C'est celle que nous avons trouvée également pour les autres parties du mur général d'enceinte.

Cette longue courtine de trois cent cinquante pieds n'était interrompue que par deux petites tours rondes, qui sont indiquées dans le plan de 1 708 , et qui , malheureusement, ont été depuis détruites. On distingue leur arrachement à même la muraille. Ces deux tours avaient été bâties par Guillaume d'Arqués, au xi e siècle; ce qui doit nous faire regretter plus vivement leur récente disparition.

Le fossé qui embrasse et suit le tracé de

55fi CHATEAU D AîtOl ES

l'enceinte principale que nous venons «le passer en revue , a généralement quatre-vingts pieds de large , à mesurer de la crête de la contrescarpe à celle de l'escarpe, tl prend un développement un peu plus grand , du côté de la Porte de Secours , derrière le donjon ; là , il y a au moins cent pieds. C'est le point où sa profondeur est également la plus considérable : en mesurant , à cet endroit , le talus de l'escarpe, nous avons trouvé quatre-vingt-treize pieds ; ce qui doit donner une profondeur à plomb, pour le fossé , d'environ quatre-vingts pieds. Cette profondeur devait être plus forte encore, avant que les débris et les terres , qui se sont accumulés dans le fond du fossé depuis près de deux siècles, en eussent dissimulé le véritable point d'arrêt. Dans d'autres parties nous avons trouvé cinquante et soixante pieds. 1

Cette longue ceinture de fossés était à sec :

• Le plan de 1708 indique deux grand» bâtiments, servant ik magasin*, placés transversalement dan» le fossé, l'un en rcg.ird de la tour Reiset. l'autre, de la tour d'Aliénor. I* disparition de ces Intiment* . dont la construction devait être tort moderne . cm moins que regrettable , ils devaient singulièrement nuire a la beauté des fus «s.

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