AFFAIRE A SAINT-AUMN-SUR-SIE
« ilz orent passé l'embûche, les aultres retour- « nèrent contre eulx; et ceulx de l'embûche « d'aultre part: et là ot (eut) bataille dure et « forte : toutes voies les gensdu duc eurent le plus « bel ; et y ot de françois grant occision , et aussi u de prisonniers 1 . » Cette affaire, en effet, fut sanglante, et en même temps glorieuse pour les Normands. Ils défirent complètement Tavantgarde de l'armée française. Le comte de Ponthieu, le fameux Enguerran, qui la commandait, fut tué les armes à la main. Sa sœur et Guillaume d'Arqués purent entendre son dernier cri du haut de leurs remparts.
Ce combat ne fut pourtant pas aussi décisif que les chroniqueurs normands s'efforcent de le faire croire dans leurs récits. A les entendre, à la suite de cette affaire , le roi Henri , après avoir tenté une attaque infructueuse contre le camp retranché des assiégeants , aurait battu presque honteusement en retraite ; écoutons le panégyriste du duc Guillaume :
« Le roi étant enfin parvenu où il avait résolu
» Recueil des Uùlortcns de France , t u,p. 330.
»c d'aller , attaqua la place d'armes avec une im- « pétuosité et un acharnement extrêmes , afin a d'arracher le comte Guillaume à sa fâcheuse « position, et de venger en même temps la dé- « faite des siens. Mais il s'aperçut que c'était une « besogne difficile ( car la force des retrancheu ments et l'intrépidité des chevaliers avaient « eu facilement raison de ses assauts ) , et il se « hâta de retourner, inglorieux, sur ses pas, « pour éviter la mort ou une fuite honteuse. • Mais , comme la vérité pressait l'historien de trop près, il est forcé d'ajouter immédiatement, comme faisant suite à sa phrase : a à moins que, « par hasard , on ne regarde comme un titre de « gloire d'avoir fourni des provisions à ceux « qui en manquaient , et d'avoir augmenté le « nombre de leurs soldats. • 1
Ainsi, il est certain, de l'aveu même de l'historien normand , que le roi Henri avait atteint le but qu'il s'était proposé , de faire entrer des secours dans le château d'Arqués et de le ravitailler. Pour y parvenir, il dut nécessairement
' Guillaume de Poitiers . p.
LES LIGNES DU BLOCt S FORCÉES. fi
forcer les lignes du blocus ; tous les honneurs de la campagne, quoi qu'en aient dit les chroniques normandes, sont donc pour lui. Le poète Robert Wace , qui termine le récit de l'expédition du roi de France par ces deux vers :
Puu repaira à Saint-Denis , A grant hunte , ço m'est avis ,
pouvait être de très bonne foi; mais nous doutons fort que les ménestrels français aient fait chorus avec lui.