‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 84 sur 141 · SURPRISE DU CHATEAU · texte numérisé non relu

SURPRISE DU CHATEAU

étaient les capitaines Gonneau , Hichebourg et Jean Boucher 1 , vêtus comme les autres en pécheurs tlieppois, et qui devaient prendre le commandement eu cas de réussite. Le dos chargé de paniers remplis de poisson et leurs armes cachées sous leurs amples vêtements, les voila gravissant lentement la pente de la colline qui conduit au château ; on les avait laissé franchir le Baile ; ils arriventauprès des deux tours de rentrée. La sentinelle, qui reconnaît des pêcheurs et qui en a vu vingt fois apporter des provisions au gouverneur, les laisse passer par le petit pont-levis. Nos premiers matelots, une fois entrés, se précipitent sur la trop confiante sentinelle , et l'égorgent. Réunis à leurs camarades, ils courent àla seconde poterne , se jettent sur les soldats de la garnison , qui, surpris à l'improviste , séparés et désarmés, n'opposent aucune résistance. C'est ainsi que le château d'Arqués fut pris en quelques minutes et remis sous l'obéissance du roi. Aymar de Chaste, de l'agrément de Henri III, y plaça, comme gouverneur, Ozias de Boniface , sieur

1 À lias Jacob Bonn.1 rd.

*i« (1HATKAU DARQUKS.

d'Kctot , mais vu exigeant de lui une somme «le six mille écus 1 : c'était un temps où les dévoùments, en apparence les plus purs, n'étaient pas détachés de tout intérêt personnel.

Henri III venait d'expirer dans Saint-Cloud f frappé par le fer d'un fanatique ( 3 août 1589). Lue longue lutte , un drame éclatant se prépare. C'est celui que va jouer Henri IV sur la scène politique.

Le Béarnais , ayant été reconnu roi par les principaux chefs de Tannée , les consulta sur le parti qu'il y avait à prendre. L'armée royale t qui était occupée au siège de Paris , se trouvait affaiblie par la retraite du duc d'Epernon et de quelques autres seigneurs qui s'étaient refuses à adhérer à la cause d'un roi non catholique ; elle ne restait plus composée que d'environ vingtquatre mille hommes. Les Suisses f les retires et lansquenets , presque tout infanterie , que Harlay de Sancy avait amenés au roi Henri III

1 Mémoire» rie Claude Guibert de Dieppe, et manuscrit de David Asseline, a la Bibliothèque de Dieppe.

I.e «icur de Bon if. ire pasaa , plu» tard , au commandement du fort de Sainte-Catherine, de Rouen.

HKNRI IV RKCOWU ROI. 227

quelques jours avant sa mort , au péril de sa bourse et de sa tête , comme il le disait luimême , en formaient les deux tiers. Les uns proposèrent de se retirer sur la Loire , les autres derrière la Marne , pour attendre les nouveaux secours qui arrivaient d'Allemagne ; quelquesuns, plus hardis, s'écrièrent qu'il fallait donner tête baissée dans les faubourgs de Paris. Un dernier avis prévalut , ce fut celui de se porter en Normandie. La principale force de l'armée , ainsi que nous venons de le dire , se composait des régiments suisses et allemands; il fallait nourrir cette troupe brave , mais avide et affamée ; or le nouveau roi n'avait que peu ou point d'argent. Il en confia la plus grande partie au maréchal d'Aumont et au duc de Longueville , qui s'engagèrent à les faire vivre et à les employer dans leurs gouvernements de Champagne et de Picardie , promettant de rejoindre le roi au premier commandement 1 . Cette faute , ou cette nécessité, comme on voudra l'appeler, faillit compromettre la cause de Henri IV et

1 DeSancy ; Mémoires d' Estât , t. m, p. 192.

îiiW CHATKAU D'ARQUI S.

entraîner sa perte : un premier écliec ou une première victoire (levaient décider du trône de France et de tout une dynastie, (/est sous les murs du château d'Arqués (pie cette grande question allait se vider.

Le duc de Mayenne , qui commandait les troupes de la Ligue, était à la léte de trente mille hommes, qu'il tenait réunis sous sa main 1 ; il se mit à la poursuite du roi. Henri IV, pour assurer l'arrivée des secours en hommes, argent et munitions, dont la reine Klisabeth venait de lui annoncer le prochain embarquement , s'était porté sur Dieppe. Il y fut reçu à bras ouverts par Aymar de Chaste et par les habitants ; et , comme ceux-ci voulaient lui adresser des compliments : « Mes enfants , leur dit le roi , point « de cérémonie ; je ne veux que vos amitiés, bon « pain , bon vin et bon visage d'hôte. » Il trouva tout cela dans Dieppe, et mieux encore : bons

- Villeroy , qui suivait, à rctte époque , le parti de Mayenne, lui donne , dans ses Mémoires , une armée beaucoup moins forte, d'autres contemporains . au contraire . entre autres Cau mont de la Forée, la portent jusqu'à trente-huit mille hommes. Ce dernier nombre parait exagéré.

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