IL EST MIS EN VENTE
On pourrait inférer de ces derniers mots que le château d'Arqués a disparu du sol , et que le soc de la charrue se promène là où se dressaient jadis ses tours orgueilleuses, «campos ubi Troja fuit»; ce serait une erreur. La vaste ceinture des murailles de cette citadelle , ses immenses fossés, les piles de ses ponts, la place et la naissance de ses tours, sa poterne , son donjon , et jusqu'à son Hel ou avant-cour , tout cela subsiste , décharné, dépouillé, découronné, amoindri, il est vrai, mais grand encore et imposant. La description que nous allons essayer de ces nobles ruines, viendra à l'appui de nos paroles et témoignera de leur grandeur et de leur majesté déchue.
Après un long abandon et un oubli presque complet, notre première révolution se souvint qu'il y avait quelque chose à vendre et à détruire sur la colline d'Arqués. En conséquence , le 10 mai î 793, on mit aux enchères publiques, comme bien national , « trente acres ou environ en cote (( et pâtis , y compris l'emplacement et les ruines « du vieux château ayant appartenu à l'état- « major de Dieppe 1 . »
• Archives du département.
2«â CHATEAU DAROIKS.
I^e tout fut adjugé à un sieur Reine , cl' Arques, pour la somme de 83oo liv. A la mort de celuici, en 1 8 1 4 ? les ruines du château d'Arqués passèrent dans les mains du sieur Larchevéque , que nous avons vu , nous tous voyageurs , s'en constituer archer-portier aux drtrivtz et prof ficlz de -20 sous par tète de visiteur. Ce dernier étant décédé en i836, ses héritiers les mirent de nouveau en vente. Le bruit se répandit tout-à-coup que la Bande noire se proposait de se rendre adjudicataire du château d'Arqués , pour en arracher et pour en vendre jusqu'aux dernières pierres. Madame Reiset , veuve de M. Jacques Reiset , ancien receveur-général du département de la Seine-Inférieure, dont la mémoire restera long-temps chère en Normandie, en lit à l'instant même l'acquisition , pour une somme considérable, s estimant heureuse de pouvoir conserver à la France ce monument historique. Honneur au sentiment qui a dicté cet acte d'un patriotisme si éclairé et si pur î Pnisse-t-il trouver long-temps de l'écho! Et si ce n'était assez d'un si noble exemple, du souvenir d'une femme, pour protéger un jour ces