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LES SCULPTURES. BUSTES ET PETITS BRONZES

Mme de Louvois a enlevé les sculptures qui décoraient les deux niches du vestibule précédant l'escalier et les quatre niches de la galerie. Quatre moulages de plâtre bouchent provisoirement les vides causés par la disparition de ces statues et reproduisent des figures de marbre créées en 1680 et 1685 pour Versailles. Louis XIV, voulant remplacer un jour tous les marbres de ses jardins par des bronzes, matière plus noble et plus durable encore, les a fait reproduire en plâtre ; c’est ainsi que le dauphin a pu choisir, pour l’ornement de sa galerie, les reproductions de quatre des plus charmantes divinités du parterre d'eau et du tapis vert. Les Comptes des Bâtiments nous décrivent deux d’entre elles :

« Vne statüe représentant /4 fidélité sous la figure d’une femme ayant une tresse de cheueux nouez sur la teste, elle tient de la main gauche a demy leuée un cœur qu’elle regarde et de la droite soutient une draperie dont elle est toute couuerte a la réserve de la mamelle, de l’espaulle et du bras droit qui sont nuds, à côté du pied droit il y a un chien quila regarde, cette figure est de six pieds dix pouces fait par Lefebure en 1685 ».

« Vne statüe representant /a Fourberie sous la figure d'une

femme, la teste ceinte d’un cordon de cheueux entouré de perles ayant vne draperie qui prend par derriere et luy vient couurir le ventre et la jambe droite elle tient un masque de la main droite qu'elle pose sur son ventre et a le bras gauche baissé et apuyé sur un tronc d’arbre, et a ses pieds paroist un Renard cette figure est de six pieds et neuf pouces par le comte de Boulogne en 1684 » (44).

Les moulages de ces deux statues, la Fourberie par Lefbvre et la Fidélité par Lecomte, exécutées l’une et l’autre sur les dessins de Mignard, sont placés à l’entrée de la galerie, le premier du côté du parc, le second du côté de la cour. A l'extrémité opposée de la galerie, paraît l’Aurore ou le Point du jour, sculpture de Gaspard Marsy d’après un dessin de Le Brun. C’est une calme et noble figure de femme ; l'étoile du matin est posée sur son front ; sa main gauche levée tient une flèche ; un coq chante, à demi-caché dans les long plis harmonieux de sa robe.

Auprès de l’Aurore se voit la Flore de Philippe Buyster ; couronnée de fleurs et tenant de la main gauche un tortil de fleurs, elle relève de la droite un pan de son manteau et s'avance avec grâce.

Les bustes de marbre qui se trouvaient à Meudon sous Louvois ont été rachetés par Louis XIV. Le dauphin y ajoute les bustes, les piédestaux et les tables de marbre qu’il possédait

à Choisy. Le sculpteur Bertin est chargé de surveiller leur

transport jusqu’à Meudon. Ces bustes, au nombre de vingthuit (45), dont douze en bronze, sont disposés deux par deux de chaquecôté des compositions de Van der Meulen. Plusieurs personnages, représentés par ces effigies, ont été identifiés ; de ce nombre sont : « Justalvador », Aristote, Démosthène, Mithridate, Néron, Caracalla, l'Hércule Commode, le Lantinet Raphaël. Singulier mélange ! Le buste d’Aristote, une sculpture antique, et l’Hercule Commode, une copie moderne, ont été donnés par Louis XIV à son fils en juin 1695 (46). Six des

bustes de bronze — une Minerve, une Nyobide, Héraclite, le Rémouleur, Claude et Caracalla — sont également reconnaissables. Le busteantique de la Nyobide et celui de Claude sont, eux aussi, des dons royaux. Tous ces bustes sont posés sur des « scabellons de marquetterie enrichie d'ornemens de cuivre doré sur 4 pieds de haut » (42).

Sur les tables de la galerie, le prince fait disposer une série de beaux bronzes décoratifs (47) : Jupiter sur un aigle et Junon sur un paon, trois titans supportent chacune de ces deux figures. Ce sont des œuvres de l’Algarde qui appartiennent en propre au dauphin. Les autres bronzes, placés sur des consoles de marbre, représentent Europe enlevée par Jupiter métamorphose en taureau, Pluton ravissant Proserpine, un troisième « enlèvement » sur lequel nous n'avons aucune précision, Atlas soutenant le monde, le combat d'Hercule et d’Acheloùüs mué en taureau, Hercule arrêtant un cerf en pleine course, Hercule portant le sanglier d'Erimante, Nessus ravissant Déjanire, Hercule délivrant Déjanire, Marsyas lié à un arbre, un satyre, la mort de Laocoon, un combat de lutteurs, Diomède domptant un cheval et un groupe faisant pendant à ce dernier. La plupart de ces objets d’art ont été offerts par le roi à Monseigneur.

Dans le Salon des Albanes, qui communique avec la galerie par une porte vitrée, Monseigneur ordonne de poser sur de «grands scabellons à 4. pans de marqueterie de cuivre et d’étain, hauts de 4 pieds 2 pouces » (42) cinq bustes de marbre : un Apollon, une Nyobide, un Alexandre Sévère, le buste de sa mère, la reine Marie-Thérèse, et le sien propre (48). Les inventaires décrivent le buste de Marie-Thérèse, haut de deux pieds : «Deux boucles de cheueux pendant sur l'Espaulle droite et une tresse sur La gauche auec une draperie Sur le Sein soutenüe par une Ceinture de pierrerie sur un pied d'ouche de marbre blanc octogone. » L'autre sculpture représente « Monseigneur ayant une cuirasse et vn draperie En

Escharpe pardessus auec vne Crauatte de point et vn ruban nouë par dessous monté sur vn pied d’ouche de marbre blanc octogone. Ce buste fait par Coixveaux » : il a été sculpté au printemps de 1679.

À l’autre extrémité de la galerie, le Salon du Petit Pont renferme un seul buste, mais du plus grand prix : une tête d'Alexandre en porphyre rouge montée sur une draperie de bronze, actuellement au musée du Louvre (49).

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