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Monseigneur descend dans les plus petits détails où se marque la sollicitude d'un hôte. Nous le voyons, en lisant dans le Journal du Garde-meuble (41), à la date du 2 juillet 1696, la mention suivante : « Liuré par le sieur Doublet Tapissier Vn fauteuil de Commodité apellé confessionnal qu’il a fait de nœufEt couuert d’Etoffes des Indes fond d’or et fond d'argent que Monseigneur luy auoit donné pour seruir a Madame de Maintenon »,
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Dans la galerie, le dauphin fait placer « quatre grands canapés de neuf pieds de long, les bois sculptés dorés... couuerts de damas cramoisy a grandes fleurs et couronnes chamarés de large cordon d’or et garnis de molet, Vn matelas couvert d’un coté dudit damas chamarré de galons piqué de nœuds d'or et 3 soubassemens du meme damas garnis de frange molet et passement d’or » avec vingt-quatre banquettes sculptées, dorées et garnies de même (42).
Le château devait renfermer plus d’un ensemble de ce genre. Les textes auxquels nous empruntons ces détails montrent assez quel dut être, au temps du grand dauphin, la richesse, la splendeur du mobilier de Meudon. Malheureusement, nous manquons de précision sur les commandes personnelles de Monseigneur. Payées sur la cassette du prince, ces acquisitions n'ont guère laissé de traces. Ainsi — pour ne citer qu’un exemple — nous ne connaîtrions même pas l'existence d’un mobilier de grand prix sans ces quelques lignes écrites par Dangeau le 18 novembre 1700 : « Mme la duchesse de Bourgogne alla à Meudon voir Monseigneur qui étoit revenu de bonne heure de la chasse pour la recevoir. Madame la duchesse de Bourgogne vit à Meudon un meuble nouveau qui est selon l'ordonnance (? l'ordonnance du grand apparte-
ment, décoré de grotesques) et qui ne laisse pas de coûter
50,000 éCUS, »
Nous sommes mieux renseignés sur les tapisseries du chàteau de Meudon.
Le premier appartement de Louis XIV, attribué plus tard au duc et à la duchesse d'Orléans, est orné de la tenture des Gobelins intitulée L'Histoire du Roi : c’est évidemment là une attention du dauphin pour son père. L'une de ces tapisseries donnera lieu, en 1678, à une curieuse anecdote. La voici, telle que la relate Saint-Simon (14) : « Grand nombre d’années après (la réception du cardinal Chigi, légat du pape), puisque ce fut depuis que Monseigneur eut Meudon, & pendant le voyage que le roi y fit, la tapisserie qui fut faite de cette audience, avec les visages fort au naturel, se trouva tendue dans ce qu’on appeloit l’Appartement de Madame, par où le roi passoit pour aller à la messe. Quelqu'un de bien au fait (Il s’agit de Saint-Simon lui-même) remarqua que les comtes de Soissons * &- d'Harcourt ** (tout deux princes étrangers }) y étoient représentés couverts, & ce dernier fort reconnaissable par cette perle qu'il portoit à l'oreille, d’où le nom de Cadet la Perle qui lui étoit demeuré. Ce quelqu'un se récria devant cette faute. Chamlay, qui s’y trouva, soutint qu'ils étoient couverts aux audiences ; mais il apprit la différence & la raison de celle-ci. Cependant celui qui avoit remarqué cela en avertit M. de Coislin, qui avoit assisté à l'audience, M. de Chaulnes, M. de Chevreuse & quelques autres. On parla à Sainctot, qui étoit alors maître des cérémonies et qui convint de la vérité. De là, ces messieurs voulurent voir son registre : il fut embarrassé ; mais il n'osa s’y opposer, d'autant qu'ayant vendu depuis peu cette charge à des Granges pour acheter celle d’introducteur des ambassa-
* Eugène-Maurice de Savoie, comte de Soissons + 1673. * Henri de Lorraine, comte d'Harcourt + 1666.
deurs, il lui avoit donné ses registres comme appartenant à [a charge qu'il lui vendoit. Des Granges les montra donc, et on n’y trouva rien du tout sur la couverture, en sorte que ce silence, en chose de cette conséquence, alloit à prouver que ces deux comtes avoient été couverts puisqu'ils en étoient en possession à toutes les audiences. On retourna à Sainctot, & on lui fit voir son registre. Il ne put se tirer d’un si mauvais pas que par des pardons redoublés et par offrir tout ce qui pouvoit dépendre de lui pour réparer une si lourde faute et qui avoit tellement l’air de n’avoir pas été innocente. Il corrigea donc le registre même de sa main, y faisant mention de l'erreur de la tapisserie, & donna soixante et un certificats, signés de lui, à autant de ducs, chacun un... »
Le roi ne veut pas être en reste de prévenances à l'égard de son fils. Sur son ordre, l’on apporte et l’on place à Meudon les superbes tentures qui ont été commandées pour le dauphin à la manufacture de La Planche. Ce sont (43) :
Six pièces de tapisserie composant « l’histoire de Tancrede et clorinde dans Vne bordure toutte de fleurs entourée et liée de distance en distance de rubans bleu sur vn fond aurore et dans les coins vn gros fleuron de meme couleur ».
Six pièces de la série des « Maisons Royales sçavoir, Madrid, Versailles, Saint germain, Vincennes, Monceaux, et fontainebleau dans Vne bordure de fleurs sur vn fond minime Remply d'armes et ornemens, conuenables a la chasse, dans le milieu du haut vne Teste d’Apollon, par le bas 2 cornets d'Abondance entrelassés de deux couleuures, sur vn fond bleu et par les coins, 4 fleurs de lys fleuronnées. »
Six pièces des « Jeux d’enfans dans vne bordure de fleurs entourée de grandes feuilles rouges bleües et gris de lin en forme de pannaches sur vn fond brun et dans les coins et milieux vne grande feuille rouge jaune et blanc ».
Cinq pièces de Verdures « des Paysages et oiseaux ÿ encadrées de bordures semblables à celles de la série précédente.
Douze pièces de « l’histoire deconstantin dans vne bordure d’vn feston de feuilles de chesne couleur d’or ».
Cinq pièces de la tenture « la fable de Psiché dans vne bordure fond orangé marqueté de jaune auec rinceaux Entremelés de crotesques ».
Trois pièces « des faits d’Achilles dans Vne bordure d’un feston de fleurs et fruits au naturel qui regnent autour ombré de jaune et brun ».