‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 62 sur 187 · AGENT · texte numérisé non relu

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résolument national. Sans doute, l’empereur veut-il donner ainsi une leçon de patriotisme et encourager l'essor que prend l’industrie française depuis la déclaration du Blocus. On ne voit pas à Meudon un seul meuble en citronnier ou en acajou ; mais des bois peints, dorés, bronzés, en frêne verni, en noyer chenillé ou noueux. Les tentures — Jlamerveille de ce décor — ont été tissées à Lyon ou à Tours. Les tapis sortent de la manufacture de la Savonnerie ; les tapisseries des sièges, des ateliers de Beauvais; les toilettes sont en porcelaine de Sèvres. Les marbres viennent pour la plupart du Boulonnais ; et seules, alors que le goût romain et pompéien est si prononcé, quelques pendules sont en marbres italiens et enrichies de camées. Dès 1807 (19), les plus fameux bronziers de Paris, d’une réputation mondiale à l’époque, soumissionnent pour la fourniture des lustres, des appliques, des chenets et des pendules : en vue de Meudon, ils créent des modèles spéciaux où les attributs guerriers et les symboles de l'empire revêtent les aspects les plus variés. ;

Les tentures et les étoffes de soie destinées aux meubles ont été commandées partie à Lyon, partieà Tours. Les fabricants établissent des métiers spéciaux pour les pièces destinées à Meudon : ilsles veulent très belles et perdent à la façon des sommes assez rondes : ces soieries de la plus grande magnificence, si on en juge par les descriptions, seront pour leurs maisons la meilleure des réclames. Tel dessin, composé en 1807 (20), mesure quatre mètres vingt-deux de hauteur; il représente « des palmes en bronze avec des ornements couleur d’or auxquels sont attachées des guirlandes de marguerites nuées qui sont réunies par une traverse surmontée de quatre attributs représentant la guerre, les arts, le commerce et les sciences, le tout couleur d’or ». Tel autre damas est de trois couleurs sur fond bleu lapis bordé de deux teintes d’or ; « le dessin représente un grand compartiment en entrelacs de branches de chêne et de lauriers dont les unes renferme-

sa ne ront des couronnes de fleurs et de fruits, au milieu desquels se trouve le chiffre de Sa Majesté et dans d’autres des boucliers antiques sur chacun desquels est inscrite une des victoires de Sa Majesté ». A chaque tenture correspond une étoffe de dessin plus réduit tissée pour les sièges.

En 1807, Napoléon a décidé de commander toutes les étoffes des sièges à Lyon et à Tours. En septembre 1810, revenant sur sa décision première, sans tenir compte de la fabrication en cours, il note de « Ne faire faire que des meubles de Beauvais, des Gobelins et de la Savonnerie » {21}. Cet ordre fait attribuer aux employés du palais les mobiliers créés pour les grands dignitaires ; aux grands dignitaires les meubles des princes ; aux princes, l’ameublement destiné à l'appartement impérial (22). Nos renseignements sur les divers mobiliers sortis des ateliers de Beauvais sont très sommaires. Aux Gobelins, rien n'a été tissé pour Meudon. Quant aux tapis, les uns proviennent de la Savonnerie, les autres de fabriques privées; mais tous sont superbes.

À Meudon, grande est importance des glaces : au cours de la seule année 1810, on en pose pour la somme de quatrevingt-dix mille francs (23). Dubois aîné, peintre d'histoire, compose « les décors de dessus de porte du grand appartement » (24). Les dorures apportées aux boiseries, la ciselure et la dorure des bronzes et des espagnolettes complètent la somptuosité générale (25). La richesse confine même à l’encombrement : on s'étonne de trouver dans la chambre impériale — si grande soit-elle — trente et un meubles de bois sans parler des bronzes, des rideaux, des tapis et accessoires de tout genre. L'évaluation du contenu de cette pièce monte à quatre-vingt douze mille francs, somme très considérable pour l’époque. Mais c’est là une nécessité des choses : de quelle autre façon honorer le maître selon son rang, dans ce palais où la valeur des mobiliers ‘est graduée et calculée de façon aussi précise que les lambrequins des blasons nouveaux

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et le nombre des plumes dont se parent les toques de la noblesse impériale ?

Quand, le 22 avril 1811, Napoléon visite Meudon, l'installation n’est |pas encore assez luxueuse à son gré. « Son inten tion, écrit le duc de Frioul (26), est que tous les appartemens que Sa Majesté destine pour des Princes, soient meublés en soie, ces appartemens sont ; indépendamment {du grand appartement, les trois qui sont sur le même étage et les cinq à l’entresol du dessous (rez-de-chaussée sur le jardin), de manière qu'il y en aura huit pour des Princes. » Le comte Daru fait donc enlever le mobilier qui se trouve dans les appartements de l’entresol, et, le 20 mai, l'empereur alloue une somme supplémentaire de quatre-vingt dix mille francs pour l'amélioration qu'il a décidée (27).

Le 30 juin 1811, Meudon est mis à la disposition de Madame Mère. Le duc de Frioul, grand maréchal du Palais, se rend à . Meudon pour y accueillir cette princesse dont le comte de Beaumont est le représentant (26). La mère de l'empereur ne laissera aucune trace de son séjour à Meudon (28|. Son personnel est très nombreux et déborde du palais aux logements des écuries.

Moins d’un an plus tard, à l’imitation des rois de France qui avaient coutume d’attribuer Meudon à leur héritier, Napoléon décide que ce palais sera la résidence de son fils. Le 10 mars 1812, le duc de Cadore écrit à Desmazis (26) : « J'ai honneur, Monsieur, de vous prévenir que le palais impérial de Meudon est destiné à devenir l'habitation de S. M. le Roi de Rome et des Enfans de France, et qu’il est même probable que le Roi de Rome l’habitera incessamment. M. le Grand Maréchal du Palais me mande qu'il serait urgent que l’on réparât surtout les logemens des écuries pour y loger le concierge et l'Adjudant qui ne peuvent demeurer au palais, et afin d'y

avoir aussi les logemens nécessaires pour les gens de Service du Roi. »

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Dès les premiers jours d’avril, le roi de Rome quitte l'Elysée avec sa gouvernante, la comtesse de Montesquiou, pour s’installer à Meudon dans son mobilier personnel transféré de Saint- Cloud à cet effet. L'enfant n’a qu’un an, et déjà son père le voit en rêve croître dans ce cadre historique de Meudon. Le grand appartement restera consacré à l'héritier du trône ; les huit «appartements de princes » seront affectés aux aînés des autres souverains d'Europe. « L'Empereur, écrit le comte de Las Cases (29), avait beaucoup d'idées nouvelles touchant - l'éducation du roi de Rome : il comptait sur l'institut de Meu-

don, dont il avait déjà décrété les principes, attendant quelques loisirs pour leurs développements. Il voulait y rassembler tous les princes de la maison impériale, surtout ceux de toutes les branches qu'il avait élevées sur des trônes étrangers. C'était là joindre, prétendait-il, aux soins de l’éducation particulière tous les avantages de l'éducation en commun. Destinés, disaitil, à occuper divers trônes et à régir diverses nations, ces enfants auraient puisé là des principes communs, des mœurs pareilles, des idées semblables. Pour mieux faciliter la fusion et l’uniformité des parties fédératives de l'empire, chacun de ces princes eut amené du dehors, avec lui, dix ou douze enfants, plus ou moins de son âge et des premières familles de ‘son pays ; quelle influence n'eussent-ils pas exercée chez eux au retour ! Je ne doutais pas, continuait l'Empereur, que les princes des autres dynasties étrangères à ma famille n’eussent bientôt sollicité de moi, comme une grande faveur, d’y voir admettre leurs enfants. Et quels avantages n'en serait-il pas résulté pour le bien-être des peuples composant l'association européenne ! Tous ces jeunes princes, observait Napoléon, eussent « été réunis d'assez bonne heure pour contracter les liens si chers et si puissants de la première enfance, et séparés néanmoins assez tôt pour prévenir les funestes effets des passions naissantes : l’ardeur des préférences, l'ambition des succès, la jalousie de l'amour, etc. »

« L'Empereur eut voulu que toute l'éducation de ces princes rois se fût fondée sur des connaissances générales, de grandes vues, des sommaires, des résultats ; il eût voulu des connaissances plutôt que de la science, du jugement plutôt que de l’acquis ; l'application des détails plutôt que de l’étude des théories ; surtout point de parties spéciales trop poursuivies ; car il estimait que la perfection ou le trop de succès dans certaines parties, soit des arts, soit des sciences, était un inconvénient dans le prince. Les peuples, disait-il, n'avaient qu'à perdre d’avoir un poète pour roi, un virtuose, un naturaliste, un chimiste, un tourneur, un serrurier, etc., etc. »

Deux gravures ont popularisé les promenades du roi de Rome autour du palais de Meudon ; pour les faciliter, on pose à proximité de la demeure une quinzaine de bancs et l'on construit une tente qui abrite un grand siège en coutil (30). Des plantations nouvelles (31) dans le petit parc, et, principalement sur l’esplanade, sont dirigées par Le Père, nommé architecte des palais. de Saint-Cloud, Meudon et Saint-Germain depuis la mort de Reymond (32).

En 1812, Madame Mère, revenue à Meudon, fait garnir de doubles croisées les fenêtres qui donnent sur le parc. De nouveaux bronzes d'ameublement ciselés dans l'atelier de Feuchère viennent enrichir le palais (33). Pendant l'été, la reine de Westphalie séjourne aussi à Meudon (34). L'année suivante, elle revient y demeurer du 24 mars au 14 novembre 1813. Marie-Louise, elle-même, habite le palais avec son fils lors de la campagne de Russie.

En 1813, Le Père fait poser sur la toiture les trois paratonnerres et la girouette que reproduiront toutes les vues du xIxe siècle ; peu de travaux sont exécutés cette année-là.

En 1814, la venue des alliés ne cause aucun dommage au domaine de Meudon. Le 11 juin, le château est visité par le duc d'Angoulême, « qui témoigne sa satisfaction quand au Mobilier tant pour l'ameublement que pour Son Entretien »

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