MEUDON SOUS LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET
Dès le premier retour des Bourbons, les « N » couronnés, les abeilles et les aigles impériales, qui ornaient depuis les grands frontons ‘de pierre jusqu'aux moindres bibelots, ont été proscrits du palais de Meudon. Les mémoires relatifs à ces modifications s’échelonnent d’avril à décembre 1814 (1). En 1816, Le Père tait réparer les quelques dégats commis par les troupes alliées qui ont occupé le château : un crédit de neuf mille francs a été voté par les Chambres pour cet objet (2). Amorcée en 1813, la construction de deux petits pavillons — une loge de concierge et un corps de garde — situés sur la terrasse haute, tout près de l’ancienne Aile des Marronniers, est achevée. Le domaine, placé sous le gouvernement du marquis de Champcenetz, puis du duc de Castries en 1822, est entretenu avec autant de soin que d'économie.
Cependant, le château ne sera jamais utilisé pendant la Restauration. Saint-Cloud restera la résidence favorite de Louis XVIII et de Charles X. En 1824, il sera question d’envoyer les Enfants de France en villégiature à Meudon, mais le projet ne sera pas mis à exécution (3). Seules,. les écuries serviront en 1816 à abriter la meute du duc de Berri (4).
La révolution de Juillet n'apporte à Meudon aucun élément nouveau: la somptueuse et inutile résidence reste décorée à très peu de chose près telle que l’a voulue Napoléon. Le Palais- Royal, Neuilly, et, à un moindre degré Saint-Cloud, intéres-
Sent seuls Louis-Philippe au début de son règne: dans ces
trois demeures, les mobiliers à la mode remettent le décor au goût du jour. À Meudon, l’on se contente de faire disparaître une fois de plus les signes d’un régime périmé: partout, des étoiles, des rosaces, des têtes de lion ou de méduse et d’autres ornements sans signification particulière remplacent les fleurs de lis (5). Qn retire des salons le buste en marbre de Louis XVI par Houdon (6), un bas-relief représentant « le duc d'Angoulême à cheval passant les Pyrénées », par Brun, plusieurs tableaux dont les cadres étaient ornés de fleurs de lis, « Renaud et Armide » par Boucher (7) et « Alceste rendue à son époux » par Coypel, un des anciens dessus de portes du Château Vieux. On enlève de la chapelle une peinture de Thévenin: « Saint Louis déposant la couronne d'épines sur l'autel de la Sainte-Chapelle » (8). L'entretien de l’ébénisterie, des étoffes, de la literie, des pendules, des tapis et des billards du châteauest confié, par contrat, à des spécialistes, selon le système inauguré sous l’Empire et la Restauration (0).
Le petit parc de Meudon constitue encore une fort jolie propriété (10). Les bassins des partetres de la Grotte et de la Chesnaye, des Cloîtres, de la Mare-Adam et de la Mare du
Fontainier ont été restaurés. Le bassin de l’'Orangerie est
devenu le réservoir du nouveau potager, qui s'étale bourgeoisement devant le château. Le vieux réservoir, intitulé Etang de la Briqueterie et le réservoir neuf de Louvois sont visibles, mais à sec. L’Etang de Bel Air reste, dans le petit parc, le plus noble souvenir du grand siècle. Hors les murs du petit parc subsistent les étangs de Trivaux, avec son ile des Lanternes, du Tronchet, de Villebon, des Fonceaux(celui-ci fort diminué), et, dans l’enclos du Haras, le beau miroir polygonal de Chalais. Des parterres anciens, celui de la Chesnaye, seul, a conservé, avec ses pièces de gazon, l’aspect d'autrefois. Le parc est entretenu par marché, fort soigneusement : la végétation envahissante que les gravures de l’époque (fig. 34) nous
montrent escaladant les terrasses et enserrant le château, n’est pas dûe à l'incurie des jardiniers mais à une conception toute romantique de la nature.
Alentour du petit parc, les bois et les prés détachés du domaine royal à la Révolution se morcellent et se construisent. Plus encore que sous Louis XVI, le bourgeois de Paris aime à posséder tout près du centre de ses affaires une coquette demeure perdue dans la verdure ; il y passe deux mois l'été, et, tous les dimanches de la belle saison, il y vienten voiture. « Il existait, il n'y a pas encore bien longtemps, écrivait Robert en 1843, sur la droite de l’avenue de Meudon, en allant au château, une magnifique propriété connue sous le nom des Capucins. Après avoir appartenu en dernier lieu, à M. Pérat, banquier, cette propriété est divisée, à l'heure qu'il est, en une foule de petites maisons de plaisance plus jolies les unes que les autres. » De toutes parts,s’élèvent des villas semblables à celles du Clos des Capucins.
Pendant l’été de 1831, Louis-Philippe accueille Dom Pedro, limpératrice-reine, sa femme, et leur fille, Donna Maria, duchesse de Bragance, chassés par les révolutions du Portugal et du Brésil. Meudon est choisi pour y loger les souverains détrônés et leur suite, le marquis de Strada, Mmes Sturmelfeder et Lacamara (11) avec les deux écuyers que le roi des Français a mis à leur disposition, le baron Préjean et M. de Cambyse.
Trois ans plus tard, en 1834, le duc d'Orléans et ses frères décident de venir s'installer quelquefois à Meudon. Dès le mois d'avril, la venue des princes se prépare (12) ; le personnel de la résidencereste, d’ailleurs, extrèmement modeste (13). Le prince royal décide de ne modifier en rien l’ameublement créé par Napoléon. Il désire seulement une longue vue (14) afin de jouir en détail du panorama de Pariset « un grand fauteuil confortable faisant chaise longue en maroquin jonquille », plus commode que les sièges impériaux rigides et
garnis de tapisseries délicates. Le duc d'Orléans sacrifie aux deux modes du moment, la passion des belles cristalleries (15) et celle des fleurs : pour garnir son appartement de plantes,il commande des jardinières en acajou ronceux ornées de bronzes, qui égayeront la grande salle à manger et la chambre de parade qu'il occupe (16). II complète aussi l'ameublement par des toiles cirées d'Alfred de Gatigny, les unes imitant l’acajou et le palissandre, les autres décorées de luxueuses impressions (17). Il fait « reposer les grands stores de coutil blanc », auxquels on adjoint des rideaux de croisées et de vitrages «en toile de Jouy rouille » pour achever de rendre à la vieille demeure une apparence gaie et confortable. |
En 1835, le prince royal revient à Meudon (18) et le château se modernise quelque peu. Dans le vestibule du rez-de-chaussée, on place des statues de femmes en marbre qui portent des lampes à globes de cristal (19) Jacob-Desmalter fournit pour la salleà manger deux douzaines de chaises en acajou verni sculptées de balustres,de rosaces, de palmettes et recouvertes en maroquin vert (20). Les moins précieuses entre les
. tentures du château sont renouvelées et ile mobilier impérial
est redoré.
En 1836, on apporte à Meudon des pendules à colonnes en palissandre incrusté (21) et, pour la grande chambre à coucher, un meuble de Munier, doré et recouvert de satin jaune. Qn répare la galerie ; on repeint et redore les quatre bibliotheques qui la garnissent (22). Les sièges du petit salon sont recouverts à neuf de brocard d’argent, d’où la désignation nouvelle, pour cette pièce, de Petit Salon Argent (23). A partir de ce moment, il est presque impossible de savoir comment le château est meublé : l'achat de mobiliers nouveaux, souvent très importants, est fait directement par l’Intendance; celle-ci se charge de les expédier elle-même. S'il s'agit de châteaux comme les Tuileries, le Palais-Royal, Neuilly, Saint-Cloud, Fontainebleau et Compiègne, où la famille royale réside habi-