‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 65 sur 187 · SR RE ER CUT · texte numérisé non relu

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tuellement, les commandes faites par l’Intendance mentionnent d'ordinaire la chambre princière, le salon ou la galerie auxquels les meubles sont destinés; d’autres fois on y lit: « Ordre de la Reine », quand les objets doivent orner l'appartement de Sa Majesté. 11 n’en est pas ainsi à Meudon : FIntendance paraît s'être réservé la tâche d'apporter tout changement à telle ou telle suite de mobilier. Depuis avril 1 839, le château a reçu un poinçon spécial (23), un « M» couronné; mais le numéro d'inventaire de la Conservation du Mobilier est seul à désigner les meubles dans les pièces officielles, tant à leur entrée qu’à leur sortie du château. La clef de ce numérotage est perdue ; l’eussions-nous, il nous serait encore bien difficile d'identifier ces meubles, dont la désignation change à quelques jours d'intervalle, avant etaprès une réparation. Aucun inventaire du mobilier courant au temps de Louis-Philippe n'est parvenu jusqu’à nous. Par contre, nous savons où situer les appartements royaux: celui de la reine Marie-Amélie faisait pendant à celui duroi—occupé parle duc d'Orléans — de l’autre ‘ côté du grand escalier, et donnait sur les jardins.

En 1838, la vue du château de Meudon est modifiée de façon notable par la création de la ligne de chemin de fer allant de Paris-Montparnasse à Versailles-Chantiers. « Si, d’un côté, écrit Robert (24), la commune a été défigurée par suite de la tranchée profonde faite dans ses collines pour obtenir une ligne de niveau sur tout le parcours du rail-way, d’un autre, elle s’en dédommage bien par la beauté du viaduc de Val-de-Fleury qui sert à franchir le profond vallon de ce nom. Ce viaduc, aussi remarquable par la pureté de son architecture que pour l'étonnante grandeur de ses proportions, comprend deux rangs d'arcades superposées; chaque rang est composé de sept arches. La première pierre de ce magnifique monument, qui rappelle si bien les grands aqueducs Romains, et auquel on donna le nom de Pont-Hélène, en l'honneur de la duchesse d'Orléans, fut posée le 1°" octobre 1838. »

Il semble que l'imagination du bon docteur Robert, imbue des idées philosophiques du siècle précédent, ait embelli toutes les conquêtes de la science : le viaduc de Meudon n’a qu'un lointain rapport avec la majesté des ruines romaines.

En 1842, le duc d'Orléans est tué dans l'accident de Neuilly. Délaissé par les autres fils de Louis-Philippe, le château de Meudon servira de résidence d'été au maréchal Soult, ministre de la guerre et président du Conseil. Les modifications seront désormais insignifiantes.

Le soir du 8 mai 1842, un grave accident a lieu non loin de Meudon. Toute la journée, les grandes eaux ont joué à Versailles, et, à la fin de l'après-midi, les parisiens sont montés en foule dans le train de retour. A six heures, un déraillement se produit un peu en avant du Pont-Hélène ; la locomotive renversée met le feu aux wagons. Verrouillés dans les compartiments, les voyageurs, parmi lesquels se trouvent Dumont d’Urville et sa famille, ne peuvent s'échapper ; un grand nombre est brûlé vif. «Le roi, informé presque aussitôt, donna des ordres pour que les appartements du château fussent mis à la disposition des blessés... C'était dans le moment un bien triste spectacle ; les salles étaient dans tout le désordre des pansements précipités: un membre d'un côté, un instrument de chirurgie de l’autre, de la charpie et du sang partout ; ici, un malheureux qui avait rendu le dernier soupir, là un moribond recevant de M. Desprez les derniers secours de la religion » (25).

En 1844, le petit pied-à-terre, que le duc de Nemours gardait dans le haras de Meudon, fait place au Nouveau Pavillon du Haras, installation minuscule, mais non sans recherche d'élégance (26).

En 1847, est dressé l’inventaire des œuvres d’art conservées au château de Meudon (27). Tableaux et sculptures ont éte évidemment apportés là quand le duc d'Orléans est venu y résider. Plusieurs d’entre eux proviennent d'achats effectués

par le souverain, le plus souvent à des expositions. Originaux et copies, tableaux de maîtres anciens et modernes, classiques et romantiques, toiles de valeur et d'époque très différentes voisinent à Meudon avec certaine peinture de Monnoyer, « un vase rempli de fleurs et un perroquet », qui pourrait fort bien être un des dessus de portes du Château Vieux.

Parmi les plus importantes des œuvres d'autrefois, l'on remarque à Meudon : une « grisaille » de Jules Romain ; une « Vénus entre Bacchus et Cérès » de Poussin ; un Déluge du même artiste ; l’ « Enlèvement de Proserpine », par Noël Coypel; deux tableaux de Charles Coypel, « Athalie » et « Rodogune » ; «l’Olympe », par Le Moyne, esquisse de plafond, sans doute préparatoire à la grande composition du Salon d’Hercule à Versailles; quatre « peintures de chiens », par Desportes ; un « chien », par Huet ; « Vertumne et Pomone », par Belle ; « la Fécondité et la Richesse », par Lagrenée ; deux « paysages » et un « sacrifice à Priape », par Pierre ; un autre « paysage » de Casanova ; « Sévère et Caracalla », par Greuze (28).

Parmi les toiles contemporaines : « Une plage» et une « Vue de la côte normande », par Isabey; une « jeune bergère se mirant dans l’eau », un « jeune berger jouant de la flûte », par Mlle Phélippeaux ; « le tombeau du roi Arthur» de Régnier ; « Tancrède » de Quinart; le « sauvetage d’un navire», par Gudin ; la « mort de Lesueur », par Vignaud ; une « vue des environs de Bruxelles », par Brel, etc.

Ces peintures se trouvent principalement dans la salle à manger (ancienne salle des gardes), dans le Salon de Réception (jadis, grande antichambre) et dans la Galerie, devenue une vraie galerie de tableaux. ;

Au rez-de-chaussée, dans le vestibule, un groupe en marbre du sculpteur belge Rutxheil, « Zéphyre et Flore »,

occupe la niche centrale, où figurait autrefois l'Esculape de

Jean Bologne. Les deux niches latérales comportent deux

era 369 marbres anciens, des statues de femmes, retouchés sous Louis-Philippe pour servir de girandoles. Dans cette même salle se voient trois statues de pierre sur lesquelles nous n'avons aucun détail ; nous ne sommes pas mieux renseignés sur la statue.qui orne le palier du premier étage.

D’autres figures de marbre portant des candélabres occupent les niches du Vestibule du Parc ou Vestibule du Roi. « Une gracieuse statue en marbre, de Pandore » (29) par Rutxheil orne le milieu de cette salle. Là se trouvent encore deux petits marbres, « Méléagre mourant », par Charpentier et « Cléopâtre se donnant la mort » de Barois, deux bustes d'empereurs romains, deux vases en marbre vert, enfin six bas-reliefs en pierre exécutés à l’époque du grand dauphin, un des rares débris de l’ancienne décoration intérieure du chàteau.

Dans Ia galerie, une « nayade» de Challe fait pendant à une copie réduite de la « Vénus de Médicis ». Un bronze de Chaudet, « l'amour tourmentant l’âme », jouit d’une certaine popülarité parmi le public des visiteurs.

La belle statue en bronze fondue par Jean Bologne, « Hercule terrassant l’hydre», provenant des jardins de Rueil et aujourd'hui exposée aux Tuileries (30), décore à cette époque la terrasse du château (ce morceau a quitté Meudon en 1851 pour Saint-Cloud où il figurait encore en 1870).

La plupart des autres sculptures semblent être restées à Meudon pendant la république de 1843 et sous le second empire (31) ; quant aux tableaux, une partie d’entre eux fut transportée à l'Elysée en 1851 (32). Beaucoup de ces œuvres d'art auront disparu dans l'incendie du château.

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