PROJET DE RECONSTRUCTION DES FAÇADES DU CÔTÉ DES COURS
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rejoindre en son milieu la Galerie des glaces, dont le mur du fond fait un côté de ces deux cours. La Galerie de Mansart, les Salons de la Guerre et de la Paix, les Grands Appartements contenus dans « l'enveloppe » de Le Vau et bien entendu le Salon d'Hercule, toutes ces parties consacrées par l'histoire des règnes récents sont conservées par Gabriel ; en revanche, rien ne demeure de la cour de Marbre, ni des aménagements faits dans le plus ancien château.
Le décor intérieur de ce Versailles à demi renouvelé ne contrastera pas moins que l'architecture du dehors avec les ouvrages de Louis XIV. On le voit par les dessins de cette Salle du Conseil placée sous le dôme et pour laquelle Gabriel a conçu un fort beau plafond en coupole surbaissée. Des Renommées assises dans les voussures, des trophées et des symboles militaires ornent une riche architecture étudiée dans le style corinthien. Mais le chef-d'œuvre auquel l'artiste a porté tous ses soins, c'est l'escalier monumental qui doit trouver place dans l'aile commencée sous ses yeux. Rien ne manque à son projet, dont l'exécution ne se justifierait plus aujourd'hui. On n'y emploie pas le marbre comme au somptueux escalier des Ambassadeurs, qu'il s'agit de remplacer et même de faire oublier; tout le vaste vaisseau de la demi-aile entre les deux cours, soutenu au premier étage par de hautes colonnes entre les fenêtres, est bâti de cette belle pierre de France prête à tous les jeux de la lumière, dont Gabriel sait tirer tant d'effet. L'entrée du Château étant au vestibule à colonnes qui s'ouvre sur la cour Royale, l'escalier se développe sur la droite. Onze marches dominées par deux lions de pierre, s'offrent aux pas de l'arrivant; au premier palier, la montée se dédouble, tourne à angle droit au second palier, prend un troisième repos, et débouche à proximité du Salon d'Hercule, auquel une de ses portes donne accès. Il y a un passage qui traverse le pavillon du bout de l'aile et permet de pénétrer dans le Château sous la colonnade ; ce passage rejoint l'escalier au premier palier, produisant une perspective intéressante, à peu près à la hauteur d'où l'escalier de Le Vau faisait jaillir une fontaine. D'ailleurs, toute cette architecture se suffit à elle-même et n'admet pour ornement que dix bas-reliefs rectangulaires, en même nombre que les fenêtres ; Gabriel en a prévu jusqu'aux sujets, esquissés à la manière de Pajou, figures couchées d'Apollon et des Muses.
On étudiera donc désormais les projets de l'architecte de Louis XV pour
l'intérieur comme pour l'extérieur de Versailles. Ce serait un grave oubli] que d'omettre parmi ses œuvres celles qu'il a si amoureusement préparées et qu'il pensait avoir le temps et les moyens de réaliser. Le reste du « grand projet », il en léguait l'ouvrage à ses successeurs. Quelque jugement qu'on en] porte et quelque satisfaction qu'on éprouve à son interruption, on doit reconnaître] qu'il se rattachait plus respectueusement à la tradition du Château que ceux qui furent présentés plus tard ; il est même permis de dire que le Versailles rêvé par Gabriel n'était nullement indigne du Versailles de Mansart.