‹ Histoire du chateau et des sires de TancarvilleChapitre 12 sur 46 · TOUR DU LION · texte numérisé non relu

TOUR DU LION

tour, les bons habitons de Tancarville, qui jusquelà avaient suivi assez bravement la procession, se replièrent tout à coup, moins sans doute par respect que par effroi, pour laisser passer le chapelain. Celui-ci, armé du saint goupillon, et après s'être signé trois fois , entra seul dans la tour, au milieu d'un silence qui ne laissait pas d'avoir quelque chose d'effrayant et de solennel. Au bout de quelques minutes il en sortit, et annonça, d'un air triomphant, aux assistants, qu'il avait vu le diable, l'avait exorcisé et lui avait ordonné de sortir à l'instant même de sa retraite; ce que Satan avait exécuté, mais non sans faire une épouvantable grimace.

La tour du Lion se liait à la tour 6 et à la tour Coquesart 7 (planche II) par une courtine aujourd'hui détruite, mais dont on aperçoit les arrachements aux deux points de départ. On a pratiqué, dans le mur de clôture qui a remplacé cette dernière, une porte de sortie donnant sur le bois. En avant de cette porte, on aperçoit, extérieurement, les traces d'une espèce de demi-lune arrondie , qui devait servir à défendre les abords de cette partie du château.

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Quoi de plus hardi et de plus majestueux que ce groupe de ruines qui , s'élançant de l'angle sud-ouest du château, domine l'ancien manoir des Tancarville? Le large massif de noyers qui lui sert comme de soubassement; cette haute muraille avec sa couronne dentelée de mâchicoulis et sa chevelure de ronces; ce manteau de lierre jeté sur le flanc de la tour; ces fenêtres sans vitraux, mais garnies encore de leurs meneaux en croix; ces tourelles déchirées en deux et montrant à nu les spirales de leurs escaliers; la lumière enfin qui dore toute cette masse et qui se brise dans ses anfractuosités : tout cela réuni forme un tableau vraiment ravissant, et dont l'œil ne saurait se séparer qu'avec peine.

Gravissons le monticule sur lequel est assise cette belle ruine. A son extrémité , vers la droite , cette ouverture, pratiquée violemment dans la pierre, va nous conduire dans la tour 6 ( pl. II).

TOUR COQUESART. 29

Là, nous retrouvons encore la brique; ce qui doit nous rendre plus timides à assigner un âge avancé à cette tour , dont il ne reste, au surplus, aujourd'hui que la naissance. A sa gauche s'élève la tour Coquesart, dite aussi de Crasmenil, et quelquefois simplement la Grosse Tour. Nous lui conserverons le premier nom , qu'elle doit au vallon, encore à présent ainsi appelé, qui s'étend au sud du château et qu'elle domine au loin ».

Cette tour (planche II, 7), qui s'avance en angle vers le sud-ouest, est de forme irrégulière et à pans coupés ; on dirait presque d'un bastion. Ses murs ont neuf pieds d'épaisseur. Elle peut avoir soixante pieds d'élévation; mais la butte sur laquelle elle est assise, qui s'élève au-dessus de la cour du château , la fait paraître beaucoup plus haute à l'œil , et lui donne un air tout-àfait gigantesque. La tour Coquesart avait cinq étages, compris le rezrde-chaussée , et se terminait par une terrasse ou plate-forme, que portait une voûte à ogives , dont les membrures à arêtes

1 Ia seconde dénomination lui vient de ce que les sires de Crasmesnil , en qualité de vassaux des seigneurs de Tancarvillc, étaient tenus de garder cette tour en temps de guerre. Voir la partie historique de l'ouvrage, passim.

anguleuses, aujourd'hui suspendues à vide, produisent un effet aussi pittoresque qu'effrayant. On voit encore la trace des étages, ainsi que les âtres et les manteaux des cheminées ; mais les planchers ont disparu : aussi l'œil, qu'aucun obstacle n'arrête dans toute la hauteur de la tour, glisse-t-il le long de ses murailles nues , et peut-il plonger , à travers les branches des ogives et les lianes qui les enlacent, jusque dans l'azur du ciel.

Il nous serait difficile de fixer l'âge précis de cette tour , une des plus belles et des plus importantes du château de Tancarville; mais sa masse est évidemment antérieure à i4oo ( les archives du château le prouveraient au besoin ). D'un autre coté , sa forme angulaire empêche de la ranger parmi les constructions primitives du château , qui appartiennent au commencement du xnc siècle. Il faudrait donc la classer dans les deux siècles intermédiaires. Cependant, si on examine son couronnement, la forme et les détails de ses ouvertures , c'est aux premières années du xve siècle que nous nous trouvons rejetés. Incertain au milieu de tant d'indications diverses , qui semblent se croiser et se contredire, elles s'éclaircirent en partie à mes yeux par l'examen des anciens comptes du château. J'y vis que, de 1409 à 1 4 10, la tour Coquesart fut exhaussée

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