CHATEAU NEUF
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A la suite de la tour Carrée, et en retour d'équerre, s'élevait, au xv« siècle, une suite de bâtiments, que je trouve désignés sous le nom de Chambre de Y Artillerie et de grandes Estables.
La partie consacrée aux écuries avait seule soixante-douze pieds de long , sur dix-huit pieds de hauteur. Un inventaire de i4ç;5 parle d'une maison nouvellement bâtie à la suite des grandes Estables, et à laquelle il manquait encore, à cette époque , la charpente et la couverture. On estimait à cinq cents livres la somme nécessaire pour son achèvement.
Toutes ces constructions furent remplacées, au commencement du xviu6 siècle, par le vaste bâtiment que nous voyons aujourd'hui , et auquel on donna le nom de la grande Maison Neuve ou
du Château Neuf. Ce bâtiment, d'une architecture fort ordinaire, est en pierres de taille, et à deux étages en comptant le re»-de-chaussée. Il a cent soixante pieds de long sur trente-trois de large, et onze ouvertures de front, compris les portes. La pièce principale, qui servait de salon, a trente-quatre pieds de long, sur vingtsept pieds de large et dix-sept pieds de hauteur.
Une opinion accréditée est que le Château Neuf a été bâti par le fameux Law, qui fut, en effet, propriétaire un instant de Tancarville. La vérité est qu'il fut construit par le comte d'Evreux , Louis de la Tour-d'Auvergne. On voit encore sur les portes principales le chiffre de ce seigneur, qui le fit élever de 1709 à 17 17.
Si l'on s'en rapportait à un factum que le comte d'Évreux lança lors d'un procès qu'il eut au sujet de la vente de Tancarville, la construction du bâtiment du Château Neuf aurait coûté cent mille livres. Mais, dans un mémoire en réponse à ce factum, on prétendit qu'elle n'en avait coûté que trente mille. A défaut de pièces probantes, il serait fort difficile d'arriver à la vérité entre des évaluations si éloignées, et que les deux parties, il faut le dire, avaient intérêt à dénaturer.
L'érection de ce bâtiment dut porter un coup
CHATBAU NEUF
funeste à l'ancien manoir seigneurial. De ce moment, on put le regarder comme à peu près abandonné, et prévoir l'instant où il tomberait en ruines. Ces salles antiques , qu'avaient animées si long-temps de leur présence le sire châtelain et la noble dame, les chevaliers, les écuyers, les pages, les damoiselles; ces salles où, tour à tour, avaient retenti les chants du trouvère, la romance du ménestrel, le cri des hommes d'armes, désormais silencieuses, solitaires, vont être livrées à quelques valets et à un gardechasse.
Déjà, vers le milieu du xvii« siècle, je trouve l'indice de l'abandon et de l'état de dépérissement dans lesquels languissait la partie dite le Vieux Château, ou Maison des Princes. En i654, on renvoyait le portier de Tancarville « pour avoir laissé enlever par plusieurs périt sonnes des matériaux du chasteau, comme « chaux, ciment, soliveaux, ferrures, et deux « grandes chevilles de fer qui soustenoient la « maison des princes, pierres de la grande tour « dud. chasteau , et autres meubles 1 ». Toutefois, ce n'est qu'un siècle plus tard, en 1763,
■ Anciennes archives de Tancarville.
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que figurent les démolisseurs en règle. A cette époque, on payait des hommes pour avoir démoli des pierres du Vieux chasteau et pour avoir descendu des pierres plates de dessus la tour Coquesart. Quant au comte d'Évreux, il avait respecté le Vieux Manoir : le Château Neuf fut bâti avec des pierres tirées des carrières voisines.
Singulier jeu des destinées! un siècle s'est à peine écoulé, et ce Château Neuf, qui ne l'est déjà plus que de nom, commence à partager le sort de l'antique moutier qu'il était destiné à remplacer. Privé, depuis près de quarante années, de ses habitants, de ses meubles, de ses lambris, des bois de ses portes et de ses fenêtres, il voit à son tour ses planchers s'écrouler, ses toits s'entr'ouvrir. Encore quelques années, et de nouvelles ruines auront jonché le sol de la vieille forteresse féodale.