‹ Histoire du chateau et des sires de TancarvilleChapitre 23 sur 46 · PIERRE D'ACQUIT · texte numérisé non relu

PIERRE D'ACQUIT

Avant de quitter l'enceinte du château, nous avons à remarquer une pierre qui est placée dans la cour, à quelques pieds de l'angle nord du Château Neuf ( planche II, 20). Cette pierre ou dalle, qui sert aujourd'hui de marche, et qui est brisée en plusieurs morceaux , a quatre pieds en carré environ ; on la nommait autrefois la Pierre ou la Table d'Acquit. Voici d'où lui venait ce nom : jusqu'à l'époque de la révolution de 1789, les pêcheurs de cette partie de la Seine, de temps presque immémorial, étaient obligés d'apporter au château de Tancarville tous les francs poissons , à savoir esturgeon , marsouin, saumon et lamproie, pris par eux dans l'étendue des eaux , dites eauries , du comté de Tancarville. C'était sur cette pierre

qu'ils les déposaient. Le seigneur de Tancarville, représenté par un de ses officiers , avait le droit de retenir ces poissons, s'ils lui convenaient, en les payant le prix fixé par les jurés. S'il n'en voulait point, le pêcheur les remportait, mais en acquittant un droit de douze deniers par pièce ; d'où la pierre , sur laquelle il avait placé son poisson, avait pris le nom de Pierre d'Acquit.

L'esturgeon seul , regardé comme poisson royal, ne sortait point du château ; il était payé cinq sous au pêcheur, et devait passer sur la table du souverain. Par suite, et en souvenir sans doute de cet ancien usage, les habitants de Tancarville sont persuadés encore aujourd'hui qu'on voit des fleurs de lis sur les écailles de l'esturgeon.

La Pierre d'Acquit actuelle n'offre aucune trace de caractères ou de dessin; mais elle avait été substituée à une plus ancienne, sur laquelle était incrustée une lame de cuivre qui portait l'inscription suivante :

« L'eturgeon pris aux eaux de céans, apartient « à la sieurie, par en païant au pêcheur cinq sols. « Le marsouin doit douze deniers d'acquit. « Le saumon et la lamproie semblablement

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