‹ Histoire du chateau et des sires de TancarvilleChapitre 26 sur 46 · DONJON · texte numérisé non relu

DONJON

de toutes parts, le dispenseraient même de ce léger effort.

Nous avons pu constater que les pans de murs qui restent encore debout ont de douze à treize pieds d'épaisseur. Malgré leur état de dégradation, ils permettent de suivre le tracé et la forme de la tour. On reconnaît qu'elle était circulaire dans les trois quarts de sa circonférence, et qu'elle se projetait en angle vers la campagne. C'est un point de ressemblance qu'elle a avec la tour de l'Aigle, et qui doit faire présumer que ces deux tours, appartenant au même système de défense, doivent appartenir à la même époque. A mesurer de l'angle au point opposé, on compte près de quarante pieds, et trente dans la direction transversale. Ainsi, la tour du Donjon, en ajoutant l'épaisseur des murs, n'avait pas moins de soixante-dix pieds de diamètre, dans sa largeur moyenne. Sa dimension et la force de ses murailles doivent faire présumer qu'elle s'élevait à une hauteur considérable.

La vis qui conduisait aux divers étages du Donjon était tracée dans la partie de la muraille qui regarde la rivière, à l'est. On aperçoit les restes de quelques marches. En regard , à l'ouest , existe un couloir pris à même l'épaisseur de

la muraille, par lequel on accède à un puits ( planche II, a3) creusé en dehors de la tour, mais qui lui est lié par un mur circulaire, qui se refermait, à quelques pieds au-dessus de la mardelle, en cul-de-four. Ce puits est d'une construction magnifique. Il a six pieds d'ouverture, et, bien qu'en partie comblé et sans eau, il n'a pas moins de cent trois pieds de profondeur. Je le trouve cité dans le compte de i4o6, le plus ancien de ceux que nous possédions, et dans celui de i4io. On lit dans le premier:

« Au charpentier pour avoir fait tout de neuf « au pié d'icelle tour un engin pour traire l'eaue , « garni d'une roe (roue) et de tout ce qui appert « pour ledit engin, et aussi pour avoir fait a sur la maçonnerie dicellui pis (puits) tout a entour dicelle une margelle de bois affin que « les seaulx dud. pis ne despiechent icelle mate çonnerie. »

Le compte de i4io s'exprime ainsi :

« Au charpentier pour six journées par lui <c vaquées en mois de décembre mic et dix pour « refaire la roe du puys de la grosse tour qui « estoit depechié. »

« A Jehan Richier cordier demourant à Rouen « pour deulx caables de tel (de chanvre) par lui

DONJOIS".

« livrés pour le puys de la grosse tour du chastel « chacun caable contenant xxx et huict toises de « lonc dont le premier fu aporté le xxv de « septembre mil iiiïc et neuf et le second fu « aporté en mois de janvier mie et onze pr. « chacun caable lx s. pour ce vil.

Les articles qu'on vient de lire constatent l'existence de la tour du Donjon au commencement du xve siècle. Sa construction a-t-elle précédé de beaucoup cette époque? Je ne le pense pas. Si l'on ne doit pas s'arrêter à ces cintres et à ces embrasures en brique que nous y remarquons, et qui peuvent appartenir à une restauration postérieure, convenons, du moins, que sa forme, et principalement sa position extramurale et en ouvrage avancé, la sortent de la ligne de nos premières constructions militaires normandes, qui n'offrent rien de semblable. Elle a été bâtie évidemment à une époque où l'art des fortifications avait déjà fait un pas marqué, et sortait des anciens errements : je ne pense pas qu'on puisse la regarder comme antérieure à la seconde moitié du xive siècle.

C'est probablement au même temps, lorsque l'art de défendre l'abord des places commença à s'établir, ou tout au moins à se perfectionner, qu'il faut reporter l'érection du boulevard (planche II, e) placé en avant du fossé sud de la forteresse, et qui, s'appuyant, d'une part, au Donjon, de l'autre, à la Seine, présentait un premier obstacle aux assiégeants. Un mur ( même planche, 18), partant de l'extrémité Est du boulevard , et allant aboutir à la tour Carrée , empêchait l'ennemi de le tourner par le bord du fleuve, et de pénétrer dans le fossé. Les restes de cette muraille, qui suivait une ligne de soixante-douze pieds environ , subsistent encore.

Le boulevard se prolongeait de l'autre côté du Donjon, vers l'ouest, autant qu'il m'a été

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