MALADIES NATURELLES
Bois icHkUFfi. — Bois brûlé, — On indique sous ces noms des états d'altération plus ou moins avancés chez lesquels les éléments organiques, le carbone surtout, se transforment par oxydation, et subissent cette action que les chimistes désignent sous le nom d'érémacausie ou combustion lente. Les bois échauffés ou brûlés sont parsemés de taches rouges ou noires, il3 exhalent une odeur acide et se réduisent facilement w
poussière. G*est le commencement de la fin naturelle de la substance ligneuse.
Pourriture. — C'est la suite de lu décomposition dont réchaufifement est le coiîimenceraent. Les forestiers et les ouvriers connaissent plusieurs sortes de pourritures. Identiques au point de vue des résultats, ces altérations offrent des caractères distincts les uns des autres dans la même espèce de bois. Rien de plus vague que ce nom de pourriture appliqué avec des adjectifs spéciaux aux aspects variés que prend le bois de chêne en subissant les dernières phases de sa décomposition.
Si nous constatons d'une façon précise les modifications chimiques dont les bois pourrissants sont le siège, nous savons peu de chose sur l'agent de ces modifications. Est-ce un ferment? Est ce une végétation mycodermique qui détermine ces phénomènes. Depuis que nous savons que le tannin des chênes ne se transforme en acide gallique que sous l'influence de la végétation de champignons particuliers ; depuis que M. Trécul a reconnu, dans la sèvOvOn circulation dans les vaisseaux des plantes, la présence de sp(jres de champignons, il est . permis de penser que la pourriture est une transformation chimique ayant pour cause la végétation de protophytes divers. Il est aussi rationnel d'admettre que les caractères variés que prend la pourriture chez une même essence ligneuse sont dus à la diversité spécifique de ces protophytes.
L'humidité est une condition indispensable de toute végétation ; aussi favorise-t-elle la pourriture, soit que cette humidité vienne de la sève enfermée dans le tissu, soit qu'elle provienne du dehors.
Nous allons examiner les caractères des diverses espèces dé pourriture du bois de chêne.
Pourriture sèche — ou Bois cannelle — ou Tabac d'Esïpagne. — (Jes noms sont donnés à la mèmie altération* La pourriture
sèche se développe souvent à Tintérieur des pièces sans qu'un indice extérieur la révèle. Le bois devient cassant, offre la couleur de la cannelle et sa poussière ressemble à du tabac d*fispa#5ue. Cette pourriture, lorsqu'elje a pour siège quelqi^e portion du bois déjà prédisposée à cette altération par d^s vices de constitution, ou des vices accidentels, peut êu?e limitée par le retranchement de la partie malade. Il n'en est pas de même quand la pièce entière y est prédisposée par son grand âge ou d'autres circonstances.
Comme s'il avait soupçonné que le germe de la pourriture sèche pouvait bien avoir été porté dans toutes les profondeurs du tissu par les liquides nourriciers, John Barow désignait la pourriture sèche sous le nom de sap-rot, ou pourriture de la sève. En Angleterre on l'attribue à ce que Tévaporation de la sève n'a pas été poussée assez loin pour que les germes privés d'eau aient perdu leur propriété germinative. L'attention du gouvernement anglais a souvent été attirée sur cette maladie par les ravages immenses qu'elle a exercés dans la flotte et dans les chantiers.
En 1771, le vaisseau V Ardent y de 64 canons, fut détruit par la pourriture sèche. De 1804 à 1825, la flotte anglaise construite avec des bois mal séchés, fut visitée par cette maladie. Près de quarante vaisseaux, nommés les quarante voleurs (pour l'argent qu'ils avaient coûté en pure perte), furent mis hors de service. Parmi eux la Reine Charlotte, lancée en 1810, était condamnée en 1811 sans avoir pris la mer. Le Bembow, de 74, construit en 1813, était infecté de la pourriture sèche en 1818 et refondïi avant d'avoir servi. Le Dublin, de 74, lancé en 1812, était désarmé en 1813 et ses réparations coûtaient 500,000 francs.
Carie sèche. — Ce n'est qu'une pourriture sèche plu avancée et caractérisée par le développement de nombreus espèces de champignons à la surface des bois décomposés.
chdir de poule ou blanc de chapon, est une pourriture sèche, mais distincte par la couleur blanche et la mollesse du bois.
PouRWTURE HUMIDE. — Les chancros, les gouttières, les nœuds pouilleux, les blessures causées par un élagage mal fait ou la rupture des branches, la mort d'une racine maîtresse, toutes ces causes déterminent souvent une pourriture extérieure plus ou moins localisée. Les chênes provenant de souches en sont fréquemment atteints à leur pied. Commencée sur les arbres vivants, la pourriture humide étend son action sur les arbres coupés : la séparation des parties malades arrête souvent le mal lorsque l'âge des bois ne les y prédispose pas.
GwsETTE. — Une couleur d'un brun plus ou moins foncé, quelquefois tirant 5?ur le jaune, et une odeur de tabac prononcée la caractérisent ; sur les branches elle présente des taches noirâtres ou jaunâtres : sur le corps de la pièce, ce sont des veines de même coloration, suivant le sens des fibres ligneuses ; on les désigne sous le nom de flammes de grisette. Lorsque la maladie s'est encore plus développée, les veines sont parsemées de points ou de filets blancs. Ce dernier symptôme accuse nettement la grisette une des maladies les plus dangereuses du bois de chêne.
La grisette qui descend des branches vers les racines est plus grave que celle qui suit une marche inverse : la première atteint le cœur, et la resection des parties compromises sauve rarement la pièce : on peut au contraire ébouter les tiges qui en offrent Tindice inférieurement, et conjurer ainsi le développement ultérieur de l'infection.
Les ouvriers distinguent trois sortes de grisettes, qui ne sont sans doute que les diverses phases de la maladie : grisette blanche, noire et jaune.
La grisette des chênes d'Italie serait, d'après M. Garraud, moins dangereuse et plus facile à purger que celle des chênes de France.
Chênes fmrés: — Le bois est parfois noirci par le suiatement de la sëye, et prend une couleur analogue à celle du chêne dans lequel on a enfoncé des clous en fer. Ce sont souvent les arbres sur le retour qui présentent cette altération.
Huppe. — Maladie assez rare et dont la description nous semble coïncider avec celle désignée sous le nom de chair de poule. La huppe sérail décélée par une coloration plus foncée dans la teinte d'un nœud : les nœuds, indices de la huppe, sont désignés sous le nom i*œil de perdrix.
Jaunisse. — Taches jaunes annulaires autour du cœur. C'est une maladie des chênes ayant dépassé leur maturité, et une cause de rebut (1).
D'après Mazaudier, les chênes des différentes contrées seraient plus sujets à telles maladies qu'à telles autres. Les bassins de la Seine et de la Loire offriraient fréquemment la pourriture sèche : le bassin du Rhin, le bois mort •et la gélivure ; la Saône, la grisette. Chez les bois de Provence, les naaladies seraient moins prononcées, moins rapides. Ceux de la Sardaigne et de Naples seraient aussi favorises, quoique de qualité inférieure. Les chênes de la Romagne, supérieurs à ceux du nord de la France, offriraient les mêmes maladies, à cause de la nature humide du sol.
Le chêne verdoyant de la Floride (Q. virens), semble presque incorruptible. Knov^les en donne pour preuve la frégate VEssex ; sur 507 pièces qui étaient à bord, depuis 12 ans, 6 seulement furent trouvées en mauvais état.
Le chêne blanc ((/. alba) d'Amérique serait bien différent : les bordages du Devons hire , construit efi 1812, étaient en chêne blanc; ils étaient pourris, en 1817, sans que ce vaisseau eût pris la mer.
(1) Dans rinsiruclion sur les bois de la Marine, M. de Lapparent a %uré les principales maladies du bois de chêne. L'eiagéraiioa du coloris esi le seul reproche qu'on puisse leur faire.
C'était, nous l'avons dit, un des inconvénients du martelage, que de faire affluer dans nos ports d'énormes quantités de chêne, pour ne pas laisser aller à l'industrie les pièces qui en provenaient.
De là ces entassements de bois dont la conservation était bien difficile. Il est souvent arrivé que, faute de pouvoir les loger dans les ports, les sommes allouées pour leur achat ne pouvaient être dépensées, à moins de s'exposer à des pertes considérables.
Malgré la précaution d'écarter' les bois présentant des germes d'altération, les maladies propres à la substance ligneuse ne tardent pas à se développer. C'est alors que l'art de la conservation doit intervenir, art difficile qui doit prévenir et combattre les causes de destruction de ces matériaux coûteux.
Dans nos arsenaux, le chêne existe en dépôt ou en œuvre : en dépôt, dans les magasins ou dans des fosses ;
en œuvre, à l'état de navires en construction ou à flot.
Suivons-le dans ces quatre situations, et voyons leur influence sur sa conservation.
Autrefois les pièces de chêne destinées aux constructions navales étaient^abandonnées en grume aux intempéries, dans le voisinage des chantiers. Lorsque le besoin d'un approvisionnement plus considérable se fit sentir, les bois équarris furent entassés en piles. La détérioration des pièces fut plus rapide encore que lorsqu'elles étaient isolées sur le chantier où elles séchaient plus vite, sans se communiquer leurs altérations.
D'après M. Nozereau, au bout de 15 ans, il fallait dé-
^nservés en plein air, et le dépérissene ces conditions, était égal à eeliii des
les piles d'une toiture, on les établit