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MALADIES PHYSIOLOGIQUES

Retour. — Bois passé. — Les chênes dont la cime est couronnée quand on les abat donnent des bois sans force, sans élasticité, et d'une conservation difBcile : c'est ce qu'on appelle le retour. Les bois de ce genre ont perdu de leur densité et doivent être exclus des constructions navales. Il est souvent difBcile de reconnaître cette manière d'être. Cependant l'odeur, la coloration, la présence de bois mou au fond des gerçures, un commencement de cadranure, mettent sur la voie.

Bois MORT. — Provient des arbres morts sur pied, et dont

(I) Mitheilungen neher einen interessanten blitzschlag in mehrere itieleichen. Kapporl sur les dégâts causés par la foudre sur plusieurs chênes pédoncules par Fr. Buchenan. Dresde, 1868.

te tissu ligneux a, par suite, pewhi «ne partie de son éii^ieité naturelle. Les lx>is de cette soritti se décam posent aussi avec la plus grande fecilité, il faut donc les exclure. Lorsque ce bois mort est localisé dans les pièces, y forme des veines plus ou moins étendues^ ces portions doivent être extraites avec soin.

Bois gras. -^ Nous aYons dit plus haut dans quelles conditions se développaient les bois de chêne dits gras D'après l'opinion des ingénieurs les plus compétents, les bois gras doivent être exclus de certaines parties des constructions, mais non des approvisionnements des arsenaux. « Un ingénieur judicieux, dit M. de Lapparent, n'emploiera les bois d'essence plus ou moins grasse qu'aux parties les moins importantes de la construction et là où les chances d*altération sont les moins à redouter. »

Ce n'est donc plus une que^^tion de rebut, mais de proportion à établir entre les bois maigres et les bois gras. Il sera toujours facile de distinguer les uns des autres.

Bois maigres.

Bois gras.

La finesse du grain ']es> bois maigres permet de leur donner un beau poli.

La varlope en détache de longs rubans pleins, quoique d'une ténuité extrême, ayant une grande ténacité longitudinale et transversale , ce qUi annonça que les faisceaux de fibres sont bien unis et comme soudés ensemble.

Si on détache un de ces faisceaux, on peut le rouler en hélice entre les doigts, dans toute sa longueur, sans le rompre.

Leur couleur est pâle, brune ou rougeâtre.

Si on y passe la varlope, à la place de longs rubans, on n'obtient que des enlevures courtes, écailleuses, sans ténacité, et se rompant brusque^ ment sous le moindre effort.

Si on essaie de rouler une fibre entre les doigts, elle se réduit en poussière.

Enfin, UQ pareil bois pos- Eafia, les sections de rup«

sede le maximum de résistanoe, tare, au lieu do présenter de

et sa section de rupture n'est longues esquilles, sont nettes,

jamais nette, mais pr<^senle de et le bois, selon l'expression

longues esquilles, indice du pittoresque des ouvriers, casse

liant du bois. comme un navet (1).

IfALABIES ACCIDENTELLES.

Nous donnons ce nom à des altérations du bois de chêne, provoquées généralement par l'envahissement du tissu ligneux par des larves d'insectes ou des mollusques qui dévorent sa substance. C'est en quelque sorte un parasitisme dont la matière organisée devient le siège.

En général, les bois n'otfrent que rarement ces maladies avant leur entrée dans les approvisionnements. Us peuvent en avoir le germe, mais ce n'est que dans les dépôts que ces altérations, se communiquant de proche en proche, amènent de véritables désastres. C'est contre elles que sont dirigées les moyens de conservation nécessaires pour préserver les grands entassements de chêne, moyens dont nous ferons l'étude plus loin.

Bois PIQUÉS ET Bois vermoulus. — Les chênes sont moins sujets que les autres arbres à ces altérations. Les bois piqués sur pied n'ont rien perdu de leurs qualités, les bois vermoulus ont été pénétrés plus profondément par les larves d'insectes différentes de celles qui piquent les arbres vivants. La vermoulure se manifeste surtout chez les bois de retour et chez ceux dans le tissu lesquels la sève a fermenté. La dessiccation prévient ces altérations, l'immersion des pièces attaquées peut la combattre.

Ltmkitlon. — Genre d'insectes de la famille des Lymexylones carat^térisé par des yeux gros et saillants surtout chez les

(1) De Lapparenl, Imtrwi, «ur les 6o»$, etc.

mâles, et assez fortemea); séparés sur le front surtout ch^ les femelles.

La larve du Lymexylon naval est grêle , filiforme et à peau lisse. Les larves de cet insecte attaquent les bois abattus ou debout mais plus ou moins malades, y creusent des galeries horizontales, souvent profondes de plusieurs pouces, dont elles élargissent l'entrée au moment de se changer en nymphes, afin d'assurer une sortie facile à Finsecte parfait. Elles paraissent se nourrir exclusivement du bois qu'elles rongent.

C'est surtout dans les ports du midi que le Lymexylon exerce ses ravages. Connu depuis 1814, nos dépôts du Mourillon en ont parfois beaucoup souffert. En 1824, plus de 100,000 pièces de chênes furent mises hors de service à Toulon par cet hôte dangereux. M. Garraud décrit ainsi ses effets : « Il perce les bois jusqu'au cœur perpendiculairement aux fibres, de sorte qu'il en détruit le nerf et les rend faciles à être traversés par l'eau. On a remarqué que toutes les pièces qui étaient attaquées par ces vers, arrivaient promptement à un état de fermentation acide sensible à l'odorat. Les bois de Provence et de l'île de Sardaigne sont moins attaqués. Les ravages ont lieu principalement sur les bois des autres parties de la France et sur ceux d'Italie. • '

On combat cet ennemi des bois de chêne par une dessiccation parfaite des pièces, ou en débitant celles-ci en bordages afin de tuer les larves qu'elles contiennent. Malheureusement le mal est déjà grand quand on s'en aperçoit, les trous faits à sa sortie par l'insecte étant excessivement petits.

LiMNOMA TEREBRANS. — Crustacé de l'ordre des Isopodes, de la famille des Asellotes. Les trous creusés par cet animal dans les bois les plus durs ont 1/15 à 1/20 de pouce anglais de diamètre, et près de 2 pouces de profondeur. Il forme ainsi des galeries cylindriques, lisses et tortueuses, dirigées en tous

sens et surtout de bas eu haut^ C'est avec ses mandibules que l'animal rongé les bois de chêne immergés.

Robert Stevenson fa signalé pour la première fois sur le bois de support d'un fanal au phare de Bell-Rock. Depuis, on l'a rencontré sur d'autres points du littoral de la grande Bretagne ; au pont de Montrose, aux écluses du caual de Crinau, à Leith, à Port-Patrick, à Dublin, etc.

M. Garraud rapporte que des bois imprégnés de créozoté, traités par le bi-chlorure de mercure ou le proto-sulfate de fer, n'ont point été préservés des perforations de ce crustacé, perforations suivies d'une destruction plus ou moins rapide de la matière ligneuse.

Le Limnorla terebrans n'e>t pas le seul crustacé qui attaque le bois de chêne M. Hèsse, le savant et patient carcinologiste des côtes de Bretagae et particulièrement de la rade de Brest, a découvert, mêlée à la précédente, une autre Limaorie, le Limnoria. xylophaga.

C'est à l'aide de mandibules, terminées les unes par des dents, les autres par des scies et des râpes propres à creuser, que les Lymnories xylophages forent leurs galeries. Des antennes, démesurément larges et couvertes de poil /lango, servent de balais à l'animal pour chasser les déblais de son travail.

a Une fois, dit M. Hesse, qu'ils se sont établis sur une pièce de bois, ils ne la quittent que lorsqu'il n'en reste plus de vestiges ; ils la réduisent en peu de temps en poussière, en la creusant en tous sens et en la criblant de trous, lesquels aboutissent à des galeries qui, généralement, suivent le fil du bois. C'est par la surface périphérique qu'ils commencent, et, à . l'aide de petits trous verticaux, ils pénètrent graduellement, par couche parallèle, jusqu'au centre. Le bois attaqué de cette manière a l'aspect d'une éponge, l'eau pénètre avec facilité dans toutes les galeries qui y sont creusées. Ils attaquent la carène des navires dont ils diminuent successivement l'épaisseur, et finissent par les rendre perméables, en les criblant de trous. •

Tàrets. — Il est .fort rare que l'on ait à constater la pré sence des tarets chez les bois admis en recette : nous aurons au contraire à signaler le mal que ces êtres font à ceux de nos bois d'approvisionnemen^i que Ton conserve dans Teau de mer et à la coque de nos navires.

Le taret est un genre de mollusques acéphales, rangé par Georges Cuvier dans sa famille des Enfermés^ par Blainville dans œlle des Adesmacés et par Deshayes dans les Pholadaires,

M. Laurent, chirurgien en chef dé la marine, fut chargé, en 1845, par le gouvernement, de la direction d'un laboratoire de zoologie au Mourillon où devaient êire faites toutes les recherches nécessaires pour connaître les animaux terrestres ou marins qui attaquaient nos approvisionnements de bois , et signaler les moyens les plus propres à les combattre.

Nos bois et nos navires, d'après cet observateur, seraient attaqués, dans les ports de l'Europe, par au moins trois espèces de tarets. qui seraient, dans la Méditerranée, l'Océan et la Manche, le Teredo navaUs. ha Méliterranee. outre ne dernier, po^sélerait encore le Te edo bi/yilmulam, et Toi trouverait au Havre, dans quelquss circonstances, le Tered') sénégilensis.

M. de Quatrefages, en 1850, a fait paraître' un mémoire sur les tarets. Dans l'incertitude où Ton est encore sur le nombre des espèces qui peuvent attaquer le bois de nos vaisseaux sur différents points du globe , il s'est borné à la description des animaux qu'il a pu étudier vivants dans les ports de rOcéan, ou entiers dans les collections du Muséum. Il abandonne l'expression de Teredo navalis, de Linné, comme se rapportant à plusieurs espèces ; il décrit seulement :

ILe plus commun en Europe et particulièrement à la Rochelle, aux Passages, dans nos ports de guerre, etc.

2** » pedicellatus, i Ces deux espèces habitent aussi les

3° » bipennata . . { mers do TEurope.

Deshaii

Fréquent à Alger.

Truncata . . .

Mers d'Amboine (Quoi et Gaymard).

Eloagata . . .

Mers de l'Inde (Gaudichaud, Et-

Doux, Souletet).

Palmata ...

Mers de^'Inde.

Itachburgii.

Le taret est un animal allongé, vermiforme, terminé à sa partie antérieure par un pied tronqué; sa coquille, épaisse et courte, est annulaire, ouverte en avant et en arrière, équivalve et inéquilatérale. Cette coquille est en partie finement striée, et les stries sont hérissées de dentelures aiguës.

La sexualité, le mode de génération des tarets n*est bien connu que depuis les travaux de M Quatrefages, exécutés à Saint- Sébastien et à la Rochelle (1)

Les tarets sont ovipares : la ponte est successive et dure un temps assez considérable. Les œufs pondus par les femelles s'arrêtent dans le canal branchial où ils sont fécondés par Teau chargée de spermatozoïdes qu'y introduit la^ respiration. Il est possible aussi que les œufs soient chassés au dehors, où ils sont fécondés, et se changent en larves. Celles-ci, entraînées par les courants respiratoires, reviendraient se loger dans l^ lieu où elles doivent passer une première phase de leur vie ; leur sortie ultérieure a pu faire croire que le taret était ovo< vivipare. \

Ces (aits montrent que la féconclation chez les tarets se fait d'autant mieux que ces animaux vivent dans des eaux plus tranquilles : leur propagation, dans les grands chantiers de bois immergés soumis à des courants, est moins facile que dans les fosses à eau dormante. La nature, il est vrai, par Tincroyable multiplication des spermatozoïdes et des œufs, a compensé ces chances de destruction.

(I) ifMioiM des SeieiuMa fwlmwJies, 3* ftérie. Tomes IX, XI, XltU

M. de Quatrefages a remarqué que la vie des tarets était assez courte. D'après la remarque du garde-magasia du chantier des Passages, ils périssaient presque tous Thiver. M. de Quatrefages en conclut que là, comme chez certains insectes, la perpétuité n'est assurée que par les quelques individus qui lésistent aux rigueurs de la mauvaise saison

Le point le plus intéressant de la vie du jeune taret est le moment où, sous forme d'une larve, il cherche le bois dans lequel il veut pénétrer. Après quelques tâtonnements, il se fixe dans une des sinuosités de la surface ligneuse, et surtout dans les sillons formés par les rayons médullaires. Par un mouvement alternatif de droite et de gauche, il s'y creuse ua petit godet où il se niche. Il se couvre alors d'une substance muqueuse au centre de laquelle se montrent deux trous pour le passage de deux siphons. Cette couche, qui devient calcaire le 3* jour, est le commencement du tube de l'animal. Le taret sécrète en même temps une nouvelle coquille à dentelures fines, laquelle dépasse promptement la coquille embryonaire qui était lisse.

Hancock croyait que le taret perfore le bois avec son pied. Deshayes pensait que ce mollusque creuse ses galeries ayec un sphincter agissant comme ventouse et sécrétant un liquide susceptible de ramollir le tissu ligneux. M, de Quatrefages croit avoir observé que dans cette opération le taret ne fait pas usage de sa coquille, mais de son capuchon céphaiique.

En 1858, l'académie des sciences d'Amsterdam, justement préoccupée des ravages causés par les tarets, nomma une commission pour étudier cette grave question. L'un des membres, M. Harting, étudia les moyens employés par le taret pour creuser les bois les plus durs, celui du chêne, par exemple.

L'animal, dit cet observateur,' se sert de sa coquille à peu près comme si les deux valves étaient des mâchoires mobiles OU les deux bouts d*une pince ; seulement avec cette différence

que leur mouvemeat se fait successivement sur deux plans verticaux, l'un par rapport à l'autre.

Les petites dents sur les deux portions principales de chaque valve sont placées de la sorte qu'à chaque coup, de la substance est tranchée en particules quadrangulaires d'une petitesse extrême. Le pied fait l'office d'un suçoir attirant la coquille de façon à la forcer à se mettre en contact avec le bois.

Les dents sont peu usées par ce procédé, d'abord parce qu'elles ne grattent pas le bois, mais le coupent, comme le feraient autai\t de petits couteaux très aigus, et ensuite parce que chaque rangée de dents ne sert que pour un temps limité.

Les dents occupent le bord supérieur des lignes d'accroissement de la valve, le reste est lisse. Chaque ligne d'accroissement, et il y en a plus de 40 dans la coquille, d'individus âgés de plusieurs mois, indique un temps d'arrêt pendant lequel le taret a cessé de travailler pour ne recommencer son forage qu'après la réparation de son outil, c'est-à dire après la formation d'une nouvelle rangée de dents.

Les galeries creusées par les tarets envahissent tout rintéribur d'une pièce de bois sans indices extérieurs de ces ravages ; elles se dirigent dans tous les sens. Le laret change de route dès qu il rencontre un sillon creusé par un de ses voisins; aussi les galeries se multiplient sans communiquer.

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