‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la natureChapitre 113 sur 129 · ABSORBÉE · texte numérisé non relu

ABSORBÉE

D'ALTÉaA.TION

de

démolition.

de séjour à l'étuve.

perdue.

par

Kil. de chêne

sec.

du, bois.

altéré.

altéré

très altéré.

sain.

altéré.

peu altéré.

altéré.

peu altéré.

Il ne faut pas oublier que, dans ces recherches, la question de masse a une grande importance : la quantité d'eau perdue ou absorbée est d'autant moindre que les dimensions des bois sont plus considérables. Mais quand on compare des poids égaux de bois de chêne, la quantité d'eau absorbée par unité de substance varie comme l'altération. Ainsi, le troisième échantillon, très-altéré, avait absorbé, par kilogramme, 742 d'eau, tandis que, sous un poids à peu près identique, le quatrième échantillon n'en avait absorbé que 453.

Les fragments mis en expérience avaient des origines très-diverses au point de vue de la place occupée par eux dans le navire démoli ; mais tous avaient été en quelque sorte saturés d'humidité par un séjour prolongé, sans abri sur les quais. On peut donc attribuer à l'inégale altération du chêne les inégales quantités d'eaîi absorbées. En résumé le kilogramme de chêne sain absorbe moins d'eau à saturation que le kilogramme de chêne altéré.

Quand la saturation s'est produite, le kilogramme de chêne des grosses pièces pèse autant que celui des petites. Il en résulte un état physiologique tout particulier du bois, sa surface ne sèche plus à bord des navires, c'est alors que ces derniers deviennent insalubres et dangereux à habiter. Nous pourrions citer sur nos rades tel vaisseau qui, après 18 ans de service, s'est trouvé dans ces conditions ; les affections que les hommes y contractaient y prenaient un caractère de gravité que les médecins ne pouvaient méconnaître.

La durée du chêne des navires à flot a une limite avonsnous dit, limite que les raboubs et l'entretien dans les ports ne peuvent reculer que d'un assez petit nombre d'années. La fin de ce grand corps arrive ; un jour vient où désemparé, sans agrès, abandonné, ce n'est plus qu'un cadavre, une carcasse.

L'heure de la dissolution, je veux dire de la démolition, arrive pour le triste navire, et ses matériaux disjoints vont bientôt joncher de leurs débris informes et noirds le terreplein des bassins. Ce n'est pas sans résistance que la robuste charpente cède aux efforts qui l'attaquent : qu'il est encore solide et beau le bois de chêne de quelques-uns de ces couples ou de ces bordages que tant de climats ont éprouvé, et contre lesquels tant de flots ont battu!

Du bois de démolition, voilà ce qui reste d'un noble vaisseau, d'une fière frégate. Ce bois sera brûlé : triste combustible après tout que ce chêne plein d'eau et de sels déliquescents. Il brûle sans chaleur et sans éclat, laissant un résidu rougeâtre ; parfois cependant le foyer s'illumine : des flammes, teintes de pourpre ou de bleu d'azur par les chlorures de fer ou de cuivre dont ces bois sont imprégnés, courent comme des feux follets sur^ les charbons qui s'affaissent.

Que de fois, spectateur mélancolique de ces lueurs dernières, mes yeux sont demeurés fixés sur ces cendres rougies, pendant que mon esprit remontant les âges évoquait l'histoire de ce moroeau de chêne. Que de place entre le gland, qui fut son origine, et cette poussière encore chaude 1 Je voyais les grands bois où pendant des siècles se forma cette solide et saine substance dont plus tard un constructeur fit un vaisseau. Je pensais- aux existences humaines que ce morceau de chêne avait soutenues sur l'abîme profond des mers, aux routes immenses qu'il avait parcourues sur tous les océans, je songeais que la grandeur de mon pays, l'honneur de son pavillon avaient été liés à la destinée de ce fragment de bois, et que, sous les pieds de nos marins, il représentait partout le sol de la

patrie '

et pendant ce rêve, la cendre s'était refroidie ; la cendre I dernier mot des plus belles et des plus nobles choses !

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