VERS A SOIE DU CHÉNE DU JAPON
En 1861,. l'attention fut détournée sur un auti^ bombyx sericigène, vivant aussi sur les feuilles des chênes, mais originaire du Japon.
La soie des chênes du Japon y était en telle estime,
qu'elle était réservée aux chefs de l'empire, qui en retiraient un grand profit et avaient défendu, sous peine de mort, la livraison des semences aux étrangers.
En 1861, M. Duchêne de Bellecourt, consul de France au Japon, parvint à se procurer quelques œufs qui furent expédiés au gouvernement français.
Ces semences furent confiées à M. Vallée, au n^uséum ; leur éclosion ayant eu lieu vers le 1 5 mars, époque à laquelle les chênes ne sont pas encore ea feuilles à Paris, l'embarras fut grand pour nourrir les chenilles. Heureusement qu'un Q. cuspidcUa bourgeonnait dans les serres, ce fut une ressource en attendant des rameaux de chêne pédoncule, qu'on fit venir d'Hyères. Les feuilles du Q. castaneœfolia, plus précoce, servirent aussi.
Malgré les plus grands soins, toutes les chenilles périrent. Un seul ver , provenant de quelques œufs donnés à M. Guérîri-Méneville, fit un cocon, d'où sortit un papillon femelle. Ainsi s'éteignit ce premier envoi <le vers de chêne du Japou. Il en resta la certitude que l'espèce pourrait vivre sur nos chênes.
En 1862, M. Eug. Simon, chargé d'une mission en Chine et au Japon par le gouvernement français, fut invité à tenter l'introduction en Europe du précieux ver à soie du chêne du Japon. Les difficultés qu'il rencontra, de la part des autorités, ne lui permirent pas d'accomplir cette tâche. Mais avant son départ, il attira, sur cette importante question, l'attention d'un officier médical néerlandais , directeur de l'école impériale de médecine de Nagasaki.
M. Pompe van Meerdervoort rencontra dans la législation japonaise les mêmes difficultés ; le passage suivant en donnera une idée : « Je m'adressai h des négociants japonais, aux sériciculteurs, à plusieurs naturalistes, et enfin au
gouvernement luî-tnême ; maïs, en vain, on ine répondait toujours que l'exportation était défendue sous peine de mort. C'est alors que me vint l'idée de tn'adresser à un de mes élèves. Un de ces jeunes gens, qui m'avait déjà donné des preuves d'un dévouement extraordinaire, fut choisi pour cette expédition. Je lui proposai de faire le voyage de Vigo, à mes frais, d'y récolter autant de graines qu'il le pourrait, et de me les transmettre. Ce brave jeune homme, auquel j'ai promis de ne jamais dire son nom, se mit en voyage, et, après une absence de quinze jours, il me remit, avec le plus grand secret, les graines du Bombyx- Yama-Maï qu'il avait récoltées avec beaucoup de peine et de danger. >
Ce fut M. Pompe qui rapporta lui-même ces œufs .en Europe, en janvier 1863 ; pendant la traversée de la Mer- Rouge, il dut les placer dans les glacières du bord pour -éviter leur éclosion.
Une partie de ces œufs fut donné au gouvernement et à quelques sériciculteurs néerlandais ; mais la plus grande quantité fut adressée au gouvernement français, à la société d'acclimatation et à M. Guérin-Méneville.
Parmi les sériciculteurs chargés de cette éducation, il faut citer en première ligne M. Camille Personnat, qui a fait une étude toute particulière de Tacclimatation du bombyxyama-maï en France. Nous lui emprunterons beaucoup des détails que nous allons donner sur cette culture, qui, par sa réussite sur nos chênes, est destinée à rehausser encore dans notre estime le beau genre dont nous faisons l'histoire.
Les tentatives d'introduction des vers du chêne en Europe ont démontré que ce bombyx pouvait se nourrir, non-seulement de la feuille des chênes indigènes, mais
encore de celles d'un très grand nombre d'espèces introdui'^es. En voici la liste :
Q. Pedonculata France, Madrid.
Sessiliflora Loir-et-Cher.
Pubescens. Ardèche, Trieste.
Cerris Madrid
Tozza Madrid, Landes.
Pyramidata Turin et Garonne.
Ilex Gard.
Suber Nîmes.
Lusitanica. Madrid.
Cuspidata Paris,
Gastaneœfolia Paris.
Alba Toulon.
Apennina Metz.
Mucrocarpa Metz.
Cette dernière espèce a surtout été recommandée par MM. Belhomme et Saulcy. Le yama-maï est plus commodément, pour,faire son cocon, sur les feuilles de ce chêne, qui ont jusqu'à 20 cent, de long sur 8 de large. Elles sont aussi plus tendres que celles de nos chênes indigènes. Cette précocité naturelle est à considérer, lorsque, par des circonstances particulières, les éclosions se trouvent hâtées.
Au Japon, les espèces suivantes nourrissent le ycrniamai :
1** Quercus-dentata. Thunb. kunn-gi ou foisi-maki; 2** » sirokasù Siebold. siro-kasi.
Les chenilles alimentées avec les feuilles de ces deux chênes font des cocons qui donnent beaucoup de soie. Viennent ensuite les :
3® QuercuS'Serraùa. Thunberg, kasi-va ou favasso.\
D'après M, de Montebello, cette espèce très précoce est
préférée par les très jeunes vers. Elle est très commune dans les provinces de Oshiou et Sui-Shïou
4» QuercuS'Serrata, Var., Thunb. nava-no-kL 5** Une espèce nommée au Japon mUsu-nava.
Les chenilles, nourries avec les feuilles de ces espèces, grandissent rapidement et forment des cocons d'un iil supérieur.
6" Q. cuspidata; T Q, glandulifera ; 8* Ç. glauca.
Ces trois espèces sont indiquées par M. le comte de Montebello, comme servant aussi, au Japon, à l'alimentation des vers. La dernière espèce est un chêne vert, aux feuilles duquel les bombyx préfèrent toujours celles des chênes à feuilles caduques.
M. de Montebello nous apprend qu'au Japon, où l'on a plusieurs espèces de chênes pour l'alimentation des vers on se garde bien dans le cours d'une éducation, de passer des feuilles d'un chêne à un autre ; semblable pratique dit-il, amènerait le dépérissement et la mort des yamamaï.
Quant à chercher à ces vers à soie, en France, un autre aliment que le chêne, ce serait une faute : « Il ne faut pas perdre de vue, dit M. C, Personnat, que le chêne est l'arbre par excellence pour l'avenir du yama-maï, parce qu'il existe déjà partout, et qu'on n'aura pas, en conséquence, à lutter dans les campagnes contre le mauvais vouloir des propriétaires à introduire un végétal étranger ou inconnu. »
Si le chêne réunit le plus grand nombre des qualités nécessaires à la nourriture des vers, il offre un inconvénient, c'est que sa foliation est tardive , et que souvent l'éclosion des vers précède d'un certain nombre de jours le moment de l'épanouissement des feuilles.
Des observations, faites en 1863, établirent l'ordre suivant de feuillaison des chênes :
Uzes "^ inars.
Barcelone 7 —
Alger 18 —
Maine-et-Loire 6 avril.
Bouches-du-Rhône.. 7 —
Turin 11 —
Trieste H —
Indre-et-Loire 12 —
Bois de Boulogne. . . 15 avril.
Madid 15 —
Tarn-et-Garoune 19 —
Aussonce(Ardenues). 20 —
Lausanne 22 —
Eure 25 —
Teschen (Silésie) 27 —
Ce tableau nous montre qu'elle influence jes circonstances locales et orographiques peuvent exercer sur l'apparition des feuilles des chênes. Bien que l'on puisse être à peu près fixé dans chaque localité sur l'époque moyenne de la feuillaison , il n'en est pas moins très-nécessaire de surveiller l'éclosion des vers, et de ne pas trop la hâter. Il n'y a, en effet, que deux moyens de remédier à cet inconvénient résultant de l'écart entre l'éclosion et la feuillaison, retarder l'une ou hâter l'autre.
Il ne faut pas croire qu'il soit indifférent que les œufs éclosent longtemps après la feuillaison. Aux jeunes vers, . il faut des feuilles naissantes. Les larves fraîchement écloses auxquelles on présenterait des feuilles déjà bien formées, périraient. Il peut donc arriver qu'il soit nécessaire de hâter l'éclosion.
L'éducation des bombyx peut se faire de deux -manières différentes bien tranchées : sur rameaux détachés, ou sur chênes libres, végétant en plein air. Au Japon, ces deux systèmes sont employés, bien que les sériciculteurs expérimentés préfèrent l'éducation à l'air sur chênes libres.
Le premier mode d'éducation, dit en chambre, se fait soit avec des chênes forcés en serre ou sous châssis, lorsque les éclosions sont précoces, soit avec des branches de
chênes coupées dans la campagne ; les deux modes se succèdent ordinairement, mais il est toujours préférable de retarder réclosion que de Mter les chênes.
Il a fallu l'introduction du bombyx yama-maï en Europe pour voir dans nos serres de jeunes chênes, objets des mêmes soins que ceux que Ton donne à un caféier, et mêlant leur feuillage à celui des palmiers ou des fougères arborescentes, ainsi qu'aux premiers âges du monde. Mais le chêne, ce roj>uste enfant des grands bois, change difficilement ses habitudes, et la température d'une serre ne suffit pas toujours pour le faire sortir de son engourdissement hibernal. Il faut avoir recours à des moyens plus violents : on place sous châssis, sur une couche de fumier chaud, de jeunes chênes mis en pots ; ces pots sont enfouis dans une couche de tan répandue sur le fumier : on arrose, et l'on tient la bâche hernaétiquement close.
L'éducation des bombyx avec des chênes forcés, ou avec des branches, peut se faille à l'intérieur ou à Textérieur. Ce dernier système convient surtout pour les grandes exploitations, à l'aide de rameaux pris au chêne en plein vent.
Les larves du yama-maï préfèrent les feuilles des chênes venus à air libre, à celles des chênes forcés sous châssis et celïes-ci à celles des chênes forcés en serre chaude ; ces dernières produisent quelquefois une grande mortalité parmi les vers.
Des baquets pleins d'eau sont munis de couvercles en bois percés de trous. Les branches de chênes sont introduites dans ces orifices, de façon à ce que leurs pieds plongent dans le liquide. Des boîtes en carton contenant les jeunes larves ou les œufs, sont disposées dans le feuillage, de façon que les chenilles puissent passer facilement sur les branches. A mesure que celles-ci sont
dépouillées par les vers de leurs feuilles, et abandonnées par eux, on les remplace par de nouveaux rameaux; d'un autre côté, Teau des baquets est renouvelée tous les jours.
Quand on arrive à l'époque du coconnage, il faut augmenter la quantité de substance alimentaire, c'est-à-dire renouveler plus souvent les branches de chêne. Ce système ne convient que pour la production industrielle de la soie ; les éducations, pour graines, devrontJoujours être faites sur chênes vivants.
Nous allons parler maintenant de l'élevage en plein air 'sur chênes libres.
Il semble que le chêne, en raison de sa rusticité et de son abondance, en France, n'aura pas besoin d'être Tobj et d'une culture spéciale ; il n'en est rien, et l'industrie séricigène devra s'occuper : 1* d'augmenter la production des feuilles ; 2° d'aménager les arbres en vue des éducations.
Le chêne ne produit guère que 12 quintaux de feuilles par hectare, tandis que le mûrier en donne 25 et 26 quintaux. Les chênes isolés portent une quantité de feuilles bien moins considérable que celle des mûriers de même taille. Tandis que le mûrier développe une sphère feuillée de 0">,50 à (TfiO d'épaisseur, la sphère feuillée du chêne est tout au plus de 0",10 à 0",20 ; à l'intérieur, les feuilles sont rares.
Ces différences tiennent encore à ce que la feuille du mûrier est plus charnue, plus aqueuse que celle du chêne. La production quercienne deviendrait plus considérable si l'on greffait sur nos espèces le 0- dentata du Japon, dont les feuilles larges servent, dans ce pays, à la nourriture des bombyx.
Le chêne, taillé périodiquement après la première sève, pousserait en été de longues baguettes qui, s'aoûtant avant
l'hiver, développeraient, au printemps suivant, à i*aiâsellé des anciennes feuilles, de gros bouquets feuillus, dont la récolte serait facile, ou que les vers préféreraient aux feuilles éparses.
Pour former une plantation de chênes destinés à une éducation en plein air, on prend des chênes de semis de trois ans , et on les met en place en novembre. Les jeunes pieds forment des racines pendant l'hiver et des pousses au printemps suivant.
Le taillis sera divisé en planches de 2 mètres de largeur, séparées par des sentiers nécessaires à l'aération et la récolte. Les pieds seront distants de 0"*30 environ, afin que les cimes feuillées se touchant, les vers puissent passer d'un pied à l'autre ; il sera toujours facile de supprimer des plans si le taillis devenait trop dense. On évite cet arrachage en éloignant davantage les pieds, mais en inclinant les jeunes chênes les uns sur les autres, dans le même sens. Ce système remédie à la lenteur de croissance des chênes, qui sont rarement branchus, même à trois ans, et permet de les utiliser dès la deuxième année.
On s'est demandé si les chênes pourraient supporter chaque année la perte des fe.uilles de leurs premières pousses et l'on a craint que les chenilles ne compromissent le bourgeon et la pousse qui en sortiraient. Nulle inquiétude à cet égard ; le chêne ne souffre pas de la perte de toutes ses feuilles à une certaine époque de l'année, la pousse d'automne à laquelle le yama-maï ne touche plus, répare le dommage ; d'une autre part, le ver laisse intact l'œil de l'aisselle foliaire.
Si l'éducation en plein air donne des résultats avantageux au point de vue de la facilité de l'élevage, si elle est indispensable à la productiqn des semences, elle expose les chenilles à toutes sortes d'ennemis. Ce sont les varia*
tioiïs atmosphériques, puis les fourmis, les arachnides, les forflcules, les guêpes, qui s'attaquent aux larves, le? hannetons, qui leur disputent leur subsistance, et enfin, les oiseaux.
Ces inconvénients, graves quant il s'agit de petites éducations, seraient nuls dans les grandes , qu'importe, lorsque plusieurs centaines d'hectares de chênes seront livrés & des millions de bombyx, que les oiseaux ^n enlèvent quelques milliers.
Les résultats obtenus jusqu'ici permettent de porter un jugement sur l'industrie de la soie du chêne. Le cocon du yama-maï est celui qui se rapproche le plus de celui du bombyx-mori. Il lui est supérieur en poids, puisque le cocon femelle du yama-maï pèse 7 à 8 grammes, tandis que celui du ver à soie du mûrier ne dépasse pas 3 grammes. En revanche, l'enveloppe soyeuse, non dévidable, du cocon de chêne, pèse 70 à 80 centigrammes, tandis que celle du ver du mûrier ne pèse que 25 à 35 centigr. ; cette circonstance égalise les rendements en soie des cocons des deux provenances. Cependant M. C. Personnat entrevoit pour l'avenir, lorsque les éducations se feront en grand et en plein air, un avantage pour le yama-maï.
La soie du chêne soumise aux mêmes préparations que celle du mûrier, offrira un brillant presque égal et la même souplesse. Oq compensera, dans le tissage, son brin un peu moins fin que celui du mûrier, en le dévidant à un nombre de brins moins considérable.
La teinte verte, naturelle au cocon du chêne, disparaît au décreusage, et la soie peut alors prendre toutes les teintes.
Au Japon, pays d'origine et de production de la soie du chêne, elle est très-estimée et très-recherchée : on remploie surtout pour les parties blanches des crêpes japonais.
Pour faire la preuve de l'importance de cette industrie, nous empruntons à M. C. Personnat le bilari des rendements et bénéfices de la soie du chêne : « Soit un hectare de taillis de chêne parfaitement aménagé ; on peut bien placer sur ce bois^ par mètre carré, de 20 à 25 chenilles ; supposons, par suite des causes de déchet, qu'on ne récolte que 10 cocons par mètre carré : on aurait donc 100,000 cocons à l'hectare. Admettons le chiffre le plus bas, 5 gr. par cocon, 200 cocons pleins, ouverts, pèseront donc un kilogr.; ce serait, en conséquence, un total de 500 kilogr. de cocons que Ton obtiendrait par hectare ; mais tous les bois ne sont pas convenablement appropriés à cette culture, il faut en déduire les chemins d'exploitation et de surveillance ; réduisons des 3/5 pour fixer le minimum aussi bas que possible, il resterait encore une récolte de 300 kilo^. par hectare.
Il faudra de 10 à 12 kilogr. de cocons pleins pour ôbte^ nir un kilo^. de soie grège. Si le kilogr. de soie se vend au Japon 75 à 83 fr., le même poids de cocons pleins doit valoir 5 à 7 fr. Admettons que les cocons du yama-maï se vendent au cours inférieur de 4 ou 5 fr. le kilogr., ce sera un revenu annuel de 1,200 à 1,500 fr. par hectare.
Pour arriver à un aussi beau résultat, les dépenses auront été peu importaiQtes ; une première main-d'œuvre pour le nettoyage du scd, un filet destiné à couvrir le bois, les frais d'un garde pendant 50 ou 60 jours, enfin la main-d'œuvre pour la récolte. »
Si quelqu'un peut avoir foi dans l'avenir de l'industrie de la soie du chêne en France, c'est assurément M. Persannat, qui seul a pu reproduire, d'année en année, les vers obtenus des graines de M. Pompe Van Meerdervoort, et arriver à posséder à Laval, plus de 20,000 vers, sur 3,000 jeunes chênes plantés dans son enclos.
A la grande exposition de 1867, on a pu voir au Champ* de-Mars, une gracieuse installation, où les vers du chêne du Japon, vivant sur des branches de chênes indigènes , y suspendaient leurs magnifiques cocons.
Quelle fortune pour nos provinces de l'ouest et du centre de la France, où le chêne abonde, où le climat est à l'abri des grands froids et des grandes chaleurs, si le précieux yàma-maï y trouvait une nouvelle patrie !
En mai 1872, M. Vote, de Romorantin, a rendu compte à la Société d'acclimatation de ses succès dans l'éducation du vers tlu Japon. En 1871, il obtenait 12,000 cocons, et ce beau résultat se fût élevé à 40,000 si le local avait été plus vaste. La soie d'une partie de ces cocons a du figurer à l'Exposition de Lyon.
Voici ce que la Société horticole de Bamberg écrivait, en 1869, à la Société d'acclimatation. « L'acclimatation des vers japonais du chêne est un fait accompli. Ces succès doivent engager à propager l'élevage de ce ver en plein air. Grâce à ce système, chaque pousse, chaque buisson de chêne pourraient être animés par cet utile insecte. Les plans de chêne exploités pour le tan, pourraient être i;itilises pour la nourriture des vers à soie, sans nuire au profit qu'on en retire d'ailleurs. •
La Société d'acclimatation a cru devoir encourager l'introduction des espèces japonaises sur lequel se développe le bombyx du chêae, les Q. serrata et glandulifera et autres. Elle a fondé, en 1870, un prix de 500 fr. et un concours qui demeurera ouvert jusqu'en 1880.
€ Le prix sera décerné à la personne qui pourra justifier de la plantation d'un millier de chênes japonais, hauts de 1 mètre au moins, et qui aura pu faire, avec les feuilles de ces arbres, une éducation de vers à soie yama-maï. »
Cette mesure, il faut l'espérer, portera ses fruits. ^ Déjà, en 1872, M. Mazel. a transmis à la Société d'ac-
climatation, une note sur les essais de culture de chênes exotiques. Les uns ont été importés directement du Japon, les autres proviennent de chez le docteur Von Siébold, de Liège ou de chez Van Houtte. Les espèces glabra , gla/uca^ owakakU salicifolia, dentata, ont fructifié depuis 3 ou 4 ans et ont produit 1,000 à 1,500 jeunes sujets de semis. Le Q, salicifolia a déjà 6 mètres de hauteur; le Q. acuta-roseo-nervis a près de 5 mètres d'élévation ; le Q. cooki a résisté à 20 degrés centigrades, qui ont tué près de lui le Q, Hsx ; la même température a gelé, jusqu'à 50 centimètres du sol, les Q. glabra, ouspidata, glaicca^ mais ils ont repoussé.
Nous terminons ici cette longue histoire ; puissions-nous avoir montré le rôle important de l'arbre de nos pères dans la civilisation moderne et préservé quelques vieux chênes d'une ruine menaçante.
Que le bruit de la hache ne trouble plus les solitudes des antiques futaies. C'est dans leur solennel silence que nous pouvons encore entendre les voix du passé, songer à la France des anciens jours, oublier un instant les tristesses présentes si lourdes à porter.
J'ai payé ma dette, car c'est aux vieux chênes de ma province, aux souvenirs, aux idées dont ils sont le symbole, que je dois de pouvoir dire avec un de nos poètes :
Ce vieil amour du .sol, cet honneur qu'on abdique, Ce culte des aïeux et de leurs saintes lois, Ils coulent dans ta veine, ô muse druidique ! Je les ai respires sous les chênes gaulois.
(De Lp.)