‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la natureChapitre 127 sur 129 · VEBS A SOIE DES CHÊNES DE LA CHINE · texte numérisé non relu

VEBS A SOIE DES CHÊNES DE LA CHINE

Depuis longtemps on sait que, dans les provinces occidentales de la Chine, on obtient une soie différente de celle du mûrier, et que cette soie est filée par des vers qui se nourrissent de feuilles de chênes.

M Eug. Simon, chargé d'une mission en Chine, a retrouvé dans un passage des écrits du P. d'Incarville, missionnaire à Pékin, un passage relatif aux vers à soie du chêne, et aux précautions que Ton prend pour Téducsition de ce bombyx. « Ceux qui croient qu'il est dangereux de ne pas accoutumer les vers tout d'abord au grand air, plantent des branches de chêne sur les bords d'une rivière, mais pour ne pas les exposer ainsi à l'impression funeste du vent, ils élèvent un petit mur de nattes du côté où il vient. ^

Le ver à soie du chêne de Chine , ou ver sauvage , a été désigné par les entomologistes, sous le nom de 60mbyx'pernyi, en raison des services rendus par M»' Perny, missionnaire, dans tout ce qui se rattache à la production de ce ver.

Les premiers essais d'introduction en France datent de 1850, époque à laquelle M. Forth-Bouen fit une expédition de cocons qui arrivèrent en mauvais état. En 1851, un envoi du P. Perny à M. Roux, fabricant à Lyon, n'eut pas plus de succès. En mars 1854, M. Guérin-Méneville et

Tastet, appelèrent Tattentioa de la Société d'acclimatation sur le bombyx-pernyi, et provoquèrent la formation d'une commission chargée de rédiger un questionnaire destiné à nos missionnaires. En 1855, il fut possible de constater que le ver sauvage de Chine mangeait les feuilles de nos chênes. On avait obtenu quelques bombyx d'un envoi de M»» VéroUes et de M. de Montigny. En 1857, deuxième envoi de M»' Vérolles, pas de résultat. En 1858, la question fit un grand pas, le P. Bertrand répondit aux questions posées, et M»' Perny, de retour en France, vint lui-même communiquer à la Société d'acclimatation une note sur le ver à soie du chêne.

Le mode d'éducation de ce bombyx était dès-lors connu ; il ne restait plus qu'à savoir s'il pouvait vivre sur nos chênes. M»' Perny retournait en Chine, njais cet empire était alors bouleversé par la grande insurrection, il ne put se procurer de cocons, et les tentatives faites pour en obtenir, par l'intermédiaire des courriers russes, ne réussirent pas. Ce ne fut qu'en 1863 qu'un envoi de M»"^ Perny fut fait, mais se perdit en route. Le 8. avril de la même année arriva un lot de cocons, récolté dans le Koiiy-Tchéou, par M8' Faurie.

Quelques éclosions eurent lieu chez M. Guérin-Méneville, Telles sont, d'après M. Fréd. Jacquemart» les péripéties dp l'introduction des vers sauvages du chêne de Chine en Europe. Grâce à la Société d'acclimatation de France, de nombreux essais ont été tentés chez nous, mais ils n'ont pas donné de résultats très satisfaisants ; avec plus de persévérance on eût peut-être réussi, mais l'attention des sériciculteurs fut toulrà-coup détournée, en 1861, sur un autre ver à soie du chêne, celui du Japon.

Si les feuilles de nos chênes ne se sont pas encore transformées en soie, par le bombyx-pernyi, il n'en est pas de

même en Chine, où la soie du chêne a une importance considérable.

C'est principalement dans les provinces du Kouy-Tchéou, du Su-TchUen, de Chantong, de Chan-Si et de Ho-Nan, que Ton élève les vers à soie dû chêne.

La première de ces provinces jouit seule du privilège d'avoir deux réTcoltes du ver quercien.

Cette double génération du bombyx donne au Kouy- Tchéou le monopole des semences de vers sauvages ; tous les ans, les sériciculteurs des autres provinces y vont faire leurs achats. Ce n'est, en effet, que la deuxième génération qui assure la conservation du ver quercien. En avril, les papillons sortent des cocons formés au mois de septembre précédent Ils pondent, et leurs œufs éclosent.- Les chenilles d'avril entrent en cocon au mois de juin, mais en sortent papillons 20 jours après : ces seconds papillons pondent et meurent. Leurs œufs ne sauraient se conserver plus d'un mois ; ils ne pourraient donc servir aux éducations de l'année suivante. On les fait éclore, on met leurs larves sur les chênes, et en septembre la deuxième production de cocons de l'année a lieu. Ce sent ces cocons qui seront, en avril suivant, le point de départ des éducations nouvelles.

Cette circonstance explique tous les insuccès de l'expédition en Europe des œufs du bombyx pemyi.

Dans les provinces de Kouy-Tchéou et de Chantong, d'après M. Eug. Simon, on a simplifié le mode d'alimentation décrit par le P. d'Incarville. Au lieu de branches de chênes, on plante, en ligne, à 1«50 cent, les uns des , autres en un sens, et à i" dans l'autre, des chênes que l'on tient à basses tiges. Après avoir placé une certaine quantité de vers ^ur les premiers plants de chaque ligne, on les rattache aux seconds en liant leurs branches, et ainsi dQ

suite des seconds aux troisièmes. Les cultures de chênes sont sillonnées de petits canaux qui en interdisent Faccès aux fourmis. Des filets les protègent contre les oiseaux. Au Su-Tchuen, ou ne donne pas, au chêne, de culture. Dans cette contrée, qu'une exploitation imprévoyante a déboisée, les chênes n'existent que sur les montagnes. A rage de 7 à 8 ans, on les coupe rez du sol : les souches produisent des rejetons : ce sont ces rameaux de jeunes chênes qui servent à l'éducation des vers.

Dans les essais d'acclimatation du bombyx pernyi en France, les feuilles de plusieurs espèces de nos chênes ont été présentées aux chenilles. D'après M André Leroy, ce sont cplles du qioercus cerris, chêne chevelu, qu'elles préfèrent. Mais on peut aussi leur donner les feuilles du chêne tauzin et du chêne à fleurs sessiles ; parmi les espèces américaines, elles préfèrent le chêne des marais (0. Palustris). Le même observateur a remarqué que les chenilles du ver à soie de Chine préfèrent les feuilles de chêne lisses à celles qui sont cotonneuses.

Ce chêne à feuilles lisses sur lequel le bombyx pernyi vit en Chine a un caractère qui le distingue des autres espèces du genre, il a le port et les feuilles du châtaignier. C'est le Tsin-Kang, du Su-Tchuen, d'après le P. Bertrand, ou Kin-Tsin-Kan, de l'abbé Mihiéres, qui n'est autre que le Quercus sinensls de Bunge.

M. Taylor Meadows, consul anglai:3 à New-Chwang, rapporte que dans te nord de la Chine trois sortes de chênes servent à la nourriture du ver, deux Tsin-Kang leu, grand et petit, et le Hon-polo ; l'un des deux premiers ou les deux premiers sont sans doute encore le chêne à feuilles de châtaignier.

La Chine possède un très grand nombre d'espèces de ehênes, Ces espèces changent avec les climats si variables

des différentes parties de ce vaste empire, Dana le district de New-Chwang, où l'on cultive aussi le bombyx pemyi, M. H. T. Hance a retrouvé les Quercus mongolica, de Fischer, et denicUa, de Thunberg.

La soie des vers du chêne n'est pas un produit de mince importance en Chine où elle sert à vêtir pius de 100,000,000 d'hommes. La seule province du Kouy-Tchéou - en livre plus de 40,000 balles à elle seule. Dans toutes les grandes villes du Su-Tchuen elle est l'objet d'un grand commerce* On en fabrique de belles étoffes solides et brillantes. C'est avec elle que les boui'geois et les prétoriens font leurs toges, et les dames leurs robes d'été. On en tisse des ceintures remarquables par leur durée. Souvent on mélange la soie du chêne avec celle du mûrier, mQitié par moitié, ou pour un tiers de l'une, deux tiers de l'autre. Les étoffes de soie du chêne se vendent le double du prix de la meilleure toile de coton, et pour la durée une robe de cette soie vaut deux rohes de coton.

Nous trouvons dans le bulletin du mois de novembre de la société d'acclimatation, un mémoire sxxr l'éducation en grand du bombyx pernyi, tentée en Italie dans le parc royal de Mandria par M. B. Comba, au commencement de l'année 1871. La récolte de cocons fut assez abondante pour que l'on ait pu filer et tisser leur soie. Une maison de Turin> la maison Barbaroux, est arrivée à des résultats importants ; ella a constaté que 100 kilogr. de cocons rendaient 6 kilogr. 36 de soie fine.

Page 1