VARIÉTÉS
Q. r. s. commu/nis. .
Q, r, s. lanuginosa.
etc.
Toutes ces divisions et subdivisions de Tepèce sont modernes. Linné les confondait sous le nom de Quer&us robur, et les caractères que nous allons donner se rapporteront à ce véritable type d'espèce, duquel on est revenu, et dont les modifications ne constituent plus que des variétés.
Quercus robur.
C'est le chêne ordinaire des parties septentrionales et moyennes de l'Europe, le plus bel arbre de nos forêts par sa puissance et sa majesté.
Après un sommeil de cent dix jours environ, lorsque ses bourgeons gonflés laissent échapper les premières feuilles, peu de temps sufBt à cette toilette prin tanière.
Rarement le chêne subit les influences dues à l'oscillation des saisons. Pendant que les saules et les lilas cèdent aux caresses des premières molles haleines , et paient souvent bien cher cet empressement à s'épanouir, il attend. Pour une moyenne de dix années M. Quételet a fixé au 25 avril pour Bruxelles la foliation du Qurcios robur. Cette époque est la même en France, et si à Madère, d'après l'observation de M. 0. Heer, l'arbre se couvre de feuilles dès le 20 février, c'est que le printemps de cette terre privilégiée est de deux mois en avance sur le nôtre.
L'arbre fleurit aussitôt que les feuilles paraissent. Quel passant distrait a jamais remarqué la fleur du chêne, et combien peu la connaissent. Avec le sens vulgairement donné au mot fleur, l'expression de fleur du chêne a quelque chose d'étrange.
Eh ! quoi, le vieil arbre druidique, le roi des forêts, vat-il aussi s'empanacher ? Mettra-t-il du rouge ou du rose comme la tulipe ou la pivoine ? Va-t-il exhaler les parfums énervants de la tubéreuse ou du jasmin ? Rassuronsnous, le chêne trouve ailleurs les éléments de sa beauté.
A Taisselle des feuilles nouvelles se montrent ks Heurs : elles sont mâles ou femelles, les premières très-nombreuses sont réunies par petits paquets le long d'un axe allongé et filiforme que le vent balance.
Un petit périgone, plus on moins découpé, s'ouvre pomr laisser sortir un nombre déterminé d'étamines dont le pollen abondant est disséminé par les brises.
A la même époque les fleurs femelles naissent au-dessus des fleurs mâles, et sont fertilisées par la poussière staminale qui s'attache aux surfaces glutineuses de leurs stigmates en massue. Ces fleurs sont formées des petites écailles scarieuses au milieu desquelles est un ovaire à trois loges dispermes.
C'est de cette fleur cachée, petite et simple, que naît cependant un être fort qui , défiant le temps et les orages, verra passer bien des générations de bleuets et de coquelicots avant d'atteindre le terme de sa durée.
Devenus inutiles les chatons de fleurs mâles se détachent et tombent ; l'ovaire qui renferme les jeunes semences grossit ; une seule graine, une seule loge en occuperont bientôt la cavité. D'autre part, l'involucre écailleux de la fleur femelle soude ses bractées, et se transforme en une cupule- élégante, où le gland restera fixé jusqu'à sa maturité.
C'est dans ce gland à la coque dure et ligneuse, semblable en sa simplicité au berceau de bois de chêne où dort l'enfant des chaumières bretonnes, que le jeune Quercus sommeillera jusqu'à la germination.
Six cents ans et plus s'écouleront, et l'être chétif sorti de ce gland verra peut-être passer alors sous ses rameaux vigoureux, quelque civilisé du Far-Ouest ou de la Tasmanie à la recherche des vestiges de notre civilisation et d e nos grandeurs disparues.
Le gland tombe avant les feuilles, et les espèces voisines sont déjà dépouillées par l'automne que le chêne a conservé toutes les siennes. Il garde ainsi jusqu'au printemps son feuillage jauni dont la teinte mélancolique s'harmonise si bien avec le ciel gris des campagnes de
rOiiest.
Comme toutes les fortes races, le chêne possède une merveilleuse fécondité ; ses fruits sont nombreux et petits.
Garo seul y trouvait à redire :
Un gland tombe
— Oh ! oh î dit-il, je saigne î Et que serait-ce donc S'il fût tombé de Tarbre une masse plus lourde,
Et que ce gland eût été gourde.
On peut donc dire que tout est harmonie chez le chêne, et répéter avec Lafontaine :
Dieu fait bien ce qu'il fait.
Quercus robur pedunculata.
La première sous-espèce du Q. robur est le Q. r, pedunvvlata, ainsi nommé parce que ses fleurs femelles sont pédonculéès, et que plus tard les fruits forment une sorte
de grappe.
Les botanistes ont distingué plusieurs formes de ce chêne : ce sont des variétés ; les plus connues sont :
i* Q- T. p. communis.
Désigné sous les noms vulgaires de chêne blanc, chêne à grappes, chêne femelle, gravelin, chêne pédoncule, c'est le plus beau des Ouercus de nos contrées.
Ses feuilles sessibles ou presque ensiles sont ovalesoblongues, sinuées, bordées de lobes obtus et même arron-
dis ; glabres sur les deux faces, luisantes en dessu's glauques, en dessous ; cette conformation n'existe que sur les jeunes Quercus de plus d'un an, car avant cette époque, ces organes ressemblent beaucoup à ceux du Q, r, sessillftara, ^
La floraison du Q, r. p, commy/nis précède de huit à dix jours en plaine, celle du Q. r. sessiliflora, et de quatorze jours à certaines altitude» ; c'est pour cette raison qu'il est exposé aux gelées tardives. Cette circonstance peut être très-avantageuse, quand on a besoin de feuilles de chênes précoces pour l'éducation dô certains bombyx de l'extrême orient.
Juscju'à la fin de juillet, le fruit reste très-petit et entièrement caché dans sa cupule ; vers la fin d'août, il aiteiùt la moitié de sa grosseur, il double pendant le mois de septembre, à la lin duquel il est inûr : il tombe pendant la première moitié d'octobre.
Ce chêne est le plus commun des Q. r, peditnculata. Il se trouve à peu près sur tous les terrains, mélangé avec le Q. r. sessiliflora ; mais un œil exercé sait toujours le distinguer, même à distance. Son feuillage ne forme pas une masse uniforme, il est interrompu et se prête mieux aux effets de lumière que rechereheat les artistes. Lorsqu'il croît isolément à la lisière des bois, son tronc est tortueux, irrégulier dans le jeune âge, mais plus tard il se redresse, ses inégalîté& disparaissent, et il lile droit, sans divisions, jusqu'à 20 ou 25 mètres d'élévation.
En altitude, le chêne pédoncule conimun ne s'élève paé très-haut ; en Auvergne, d'après Lecoq, il atteint à peine 700 mètres. De CandoUe le cite à 1,200 mètres dans les Alpes et dans le Jura. Dans la Suisse septentrionale, il constitua des forêts assez clairsemées sur le versant des monts* Dgwis lé CaHicase, Ledébour l'a signalé à 890 métrés:
Voici d'après Lecoq les limites d'extension de ce chêne :
Sud-Grèce 39* 1 écart en latitude.
Nord-Norwége 63* ] 24«
Occident- Portugal 10^ 0. ) écart en longitude .
Orient-Russie- moyenne 50* E. ) 60*
Carré d'expansion 1440.
2^ Q. r. pedunculata fmtigiala.