CHÊNE YEUSE OU CHÊNE VERT
Le mot yeuse vient du celtique iw qui signifie vert.
L'yeuse est un arbre de 10 à 16 mètres de hauteur, dont le tronc rameux, souvent très-large, est couvert d'une écorce grisâtre qui se. fendille très- tard. Sa cime arrondie et touffue est formée de branches étalées pendantes ou dressées.
Ce chêne forme des forêts au feuillage persistant, un peu terne et monotone ; cependant , au milieu d'arbres à feuilles caduques, l'yeuse produit un contraste charmant pendant la saison d'hiver.
Le chêne vert est^peu difficile sur la nature du sol où il croît spontanément. En France, on le rencontre trèssouvent sur les calcaires, entre les blocs desquels il enfonce ses racines puissantes.
Il constitue tous les bois du département du Gard, et une partie de ceux des autres départements méditerranéens. On le rencontre en Espagne, en Algérie, mêlé aux lièges et aux zans^ en Syrie, au désert de Saint-Jean- Baptiste, près de Jérusalem. Au nord, il s'avance jusque sur le revers du plateau central de la France,, entre Alais et Villefort, et sur les bords de la mer à Guérande, près du Croisic, et à l'île de Noirmoutiers. On peut le suivre du Portugal jusqu'au Bosphore, et de là en Asie-Mineure, sur les bords de la Méditerranée.
La culture du chêae vert, sous le climat de Paris, demande quelques soins. Il lui faut une exposition un peu chaude, car, lorsqu'il est jeune, il est sujet à perdre ses extrémités délicates par les froids rigoureux.
Le bois de l'yeuse est de couleur claire et d'un grain fia. Il est en outre dur et compacte ; le beau poli qu'il peut prendre le fait rechercher pour quelques usages, essieux, poulies, et autres pièces à frottements. Malheureusement il dure peu, et les alternatives d'humidité et de sécheresse l'altèrent rapidement.
C'est un combustible estimé dont le charbon est excellent et la braise durable.
Son écorce est très-recherchée pour le tannage des cuirs. Ses glands sont le plus souvent doux et se mangent, comme des châtaignes, grillés, bouillis et même crus.
CARACTÈRES BOTANIQUES
Les jeunes pousses sont généralement cotonneuses.
Les feuilles sont coriaces pétiolées, tantôt ovales lancéolées, tantôt ovales arrondies parfaitement entières et bordées de dents plus ou moins nombreuses, souvent piquantes.
La face supérieure est glabre et luisante, l'inférieure blanchâtre et cotonneuse.
Les fruits sessiles et écartés, les uns des autres, sont portés au nombre de 4 à 8 sur un pédoncule commun axillaire.
Les glands ovales, ou ovales oblongs, sont très-saillants hors de la cupule. Celle-ci est formée d'écaillés trèsmenues fortement imbriquées et cotonneuses.
Les feuilles du chêne vert jouent beaucoup : M. Lortet fait remarquer que Clusius l'avait constaté il y a deux siècles : — folia . . : . . in adultis arboribiùs plerum que sine
aculeis prœter noveïla , qtiœ atiqiKmtuhum incisa aculeéata sunt, cefie in tènétlis arhoribus antequam ylmdem ferre i^ncipiunt oinnia foBa aôukata ùbserva^bam.
Il n'est donc pas étonnant qu'autour du ehêffe vert Tes botanistes aient fondé de nombreuses sous-espècéis ou variétés!, stir lesquelles Tàccord à été loin de fee feirte. .
Linné, le premier, avait créé près du Q, ilex le Q. gi^ùrm- ^imtèa. De Gandolle le rapporte au Q, rotundifôlif$ de Lamarfek, lequel d'après Stêudél, ne serait qu'une variété du Q. ikx. C'est donc avec rialsôn que M. Lortet consitièl^e te Q, ^ammuntia doïûme wti chêne vert Jeune à feuilles rondes et épineuses.
M. Lortfel rapporte encore au Q. Ilex^ l^ 'Q, Fontarmii,
Le <?. Àlzina de Lapeyrouse n'en doit pas être non plus
sépiât*é, la savent variable deà fruits dèis chênes Vteifs tie
suffit pas pour fonder une espèce.
Nous ne parlons pas des nombreuses subdivisions créées par M. Tétiôi^ dans les Ileœ.
Kous fferminerons en disant que M. Alph deGandôUe, dans le Prôdr'àm^^, n'adm'et plus que deux variétés û'iledc : le Q. 1. agrifoHa et le Ç. f . hallàta, dont nous allons parier.
Quercm hàltota.
CHÊNE BALLOTï;.
Ce chêne doit-ii être regardé comme une espèce distincte, ainsi que Font fait tour à tour Desfontainéîs, Mît. iColmeiro et Boutelou, et M. Duchat'tre, ou doit- oh ne Voir en lui qu'une dés Variétés du Q. ilex. Le chêne bâllote 'âe distingue du précédent, d'après M. Duchartre, par ^s féuîltes plus grandes à pein^ dentées, Souvent ièntîères, plus colonneusëb et phts bliâncbes eh dessous ; par èbn jgiânà plus grds, surtout ptuà allohgé, doux et bQii a maift-
•ger, eitfin {JaÉr ^eb J)ropartî<)ns et San port (¥â)it*feZ gêHèi^l Oek "ptànm 1857).
Vbîci, d'un autre côté, ce qu'e ï^eiise, sur cette question, M, Malingre qui â étudié cet arbre aux lieux mêmes bù' il croît ispôîîtané'mfent : « Lé chêne à jglaiidâ doux n'est qii'^n'e variété de notre chêne vert ou yeuse ; on né peut distinguer entre Tespèxîe et la variété aucun catactère botanique certain. Elles he diffèrent entré elleis que par la 'grb^seur et la iqualité du fruit. Or, en Espagne, Sous la . mêïnè latitude, dans les mêïnes coiiditioti& et juè^iié dans le même tehamp, on rencontrée des àrferes qui dôiinént dés fruits doux, savoureux, excellents ; et d'âutî*es de§ glands amers, tout aussi amers que ceux de notre chêhé vert, c'est-à-dire qu'il y a une suite de variétés q'uî réelle Va meilleure avec lé type, -sans qûfe l'bn aperçoive une sèlutioû de continuité. » (»**«. 'é;e la Sàc-. 'cTadclîm., Ï06&.
La culture dû cbênè à glands dou^ d'ÈsJiagne a 'été tentée dans nos départements du sud. En 1863, M. le bat'on Cloquet possédait déjà, sur sa propriété de Lainalgue, des Q, èallota donnant des fruits, et constatait que cette Variété réussissait partout ôii croît le chêne liège.
M. feamon de la Sagra a fait cependant observer que le Q, suber est comiOQun dans le Midi de là î^énihsulè, 'et le ballota dans le Nord.
M. Malingre croit aussi à l'utilité de Tintroduction àe ce chêne en France : « J'ai souvent mangé des glands doux avec plaisir dans mes excursions; j'en ai trouvé qui ^'avaient ni âcreté ni amertume, et qui étaient presque aifâsi bons qu'une noix ou qu'une amande. On en a beaucofup exporté en France pendant côs dernières annéiBSi et on assuré qu'on en a fait à Pariis un excellent café. Il y a aUfe&i déô industries fen Bspiagne iqui eh font un pareil usage. On trôUVè Te chêhfe àglàtldè dtttibc jûbqttte sûr îés
hauts plateaux de la Vieille-Gastille» et à une altitude de 800 à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui indique que l'arbre peut résister à 10 degrés centigrades audessous de zéro. Mais à ces hauteurs, les arbres sont petits et rabougris, et leurs fruits laissent beaucoup à désirer, tant sous le rapport de la grosseur que sous celui de la qualité. Les meilleurs glands viennent en Estramadure, en Andalousie et dans les provinces du littoral, à des altitudes qui ne dépassent pas 250 à 300 métrés, et où le thermomètre ne descend pas au-delà de 4 à 5 degrés au-dessous de zéro, et où la température moyenne de l'année est considérable. >
Il y a donc peu de provinces de France où l'on puisse espérer acclimater ce chêne.
L'Algérie pourrait lui convenir ; comme plante forestière, livrée sans culture à de mauvais terrains, il y réussirait. Ce ne serait pas d'ailleurs une acclimatation proprement dite à tenter, puisque. Desfontaines l'avait signalé sur les chaînes peu élevées de T Atlas. Le Q. ballota, dans les conditions précédentes, ne donnerait que de mauvais fruits ; si l'on tenait à la qualité de ces derniers, il serait nécessaire de donner aux arbres des soins de culture, et surtout de ne pas ramasser au hasard des glands de semence, mais de bien choisir les porte-graines.
Les ouvrages de Théophraste et de Strabon autorisent à penser que cette espèce serait aussi spontanée dans quelques cantons de la Grèce où on la désignait sous le nom de vijjLepMy.
A Madrid, c'est avec le bois du (). ballota (que l'on écrit * bellota et que l'on prononce beyota) que l'on se chauffe ; son bois est, à ce point de vue, supérieur à celui de nos chênes ordinaires. En 1866, il se vendait 80 fr. les 100 kilogrammes, et de 45 à 50 fr., en 1868. On n'en tire aucun parti pour la menuiserie et les constructions.
C'est sans doute à Tespèce qui nous occupe que Mathiole donnait le nom de Q. siogaro, chêne sucré. Dans sa description, c'était une espèce à feuilles persistantes.
CARACTÈRES BOTANIQUES
Les feuilles sont courtement pétiolées; elles sont ellip-
tiques, et plus souvent arrondies qu'aiguës au sommet.
.Leur bord entier et ondulé est légèrement denté : leur
longueur maxima est de 5 centimètres, et leur largeur de
20 millimètres.
La face supérieure est glabre, la face inférieure est blanche et cotonneuse.
Les fruits plus ou moins comestibles sont très-courtement pédoncules, oblongs ou cylindriques ; leur longueur est de 2 à 5 centimètres , leur largeur de 10 à 12 millimètres-
La cupule, presque cylindrique, est formée d'écailles obtuses, imbriquées et cotonneuses.
Dans le paragraphe 2 de la classification des chênes, on trouve les espèces chez lesquelles les ovules avortés sont infères, et la maturation du fruit bisannuelle ; voici les plus iniportantes :
Quercus cerris.