‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la natureChapitre 40 sur 129 · CHAPITRÉ VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ VIII

Géographie )>otaniqae du Ghène.

Gybèle représenttit It terre ches les Grecs, et la déesse Ténérable éuit quetqaelèis figurée avec une cettronoe de chêne sar le front U terre réelle porte aussi la cearonne de chêne !

Hlitoire du ChéM*

La géographie botaoûiue d'un genre aussi lUMoibreuK et aussi biaa caractérisé ({ue le genre Qwercu^ {chêne) ofSre un intérêt considérable. La distribution de œs arbîes à la surface de la terre se lie en effet à des questions de la plus haute impar tance. Il est donc nécessaire de traœr d'avance les divisions de cette partie de Thistoire du chêne, Tune des plus curieuses et des plus essentielles» mais aussi Tune des plus obscures et des plus controversées. Nous étudierons successivement :

1° La distribution actuelle du genre Quercus dans son ensemble, en longitude, en latitude, en altitude ;

2* La répartition des espèces, retendue et les limites de leurs aires;

3* Leur cantonnement dans ses rapports avec la classification du genre ;

4® L'origine, les migrations des espèces , et leur habitat actuel au point de vue géologique ;

^ Ije$ rela;tècms des diéBefi aoboeis et des ohéBes fossilieB, rhistofa^e de ces dea^biers.

C'est un vaste programme , on le voit ; les perspectives qu'il offre a l'imagination sont immenses : les horizons de la terre se déroulent devant nous, et nos regards pénètrent les profondeurs . lointaines des époques préhistoriques.

DistrUMUtloii aetueUe du genv^ Qik^cub Oans son euu^vpM^, ^n longitude, en iatitudo» en altitncle.

Beaucoup de persoanes étrangères , aux sciences naturelles seront trè&-étonnées d'apprendre que l'Europe n'est pas la véritable patrie des chênes. Malgré les naagniflques espèces qui peuplent nos contrées » telles que, les chênes pédoncules, sessiles, les chênes verts et les chênes lièges, il existe loin de nous des pays que Ton peut à plus juste titre rtommeft la terre du chêne.

L'Europe en présente tout au pltjs 70 formes sur toute son étendue ; sans doute les individus qui les représentent soût iiômbi*eux, et iîouvrent souvent de vastes espaces ; mais la véritable patrie du chêne est la contrée qui contient la plus "grande variété d'espèces aptes à vivre ^ur son sol et -^ous son climat ; l'Europe n'est pas dans ce cas.

L'Asie, si peu connue encore au point de vue botanique, est bien plus riche en espèces (1) de chênes; elle ^en compte

{4) Nous ddnmtti» m au imyt espèce une signification an peu large, puisque nous comptenons lN)tts ce tHre ke c^pèeeg vmies'ét leuré va?iél@s«

actuellement 174 environ. Assurémeipit , c'est peu comparativement à rétendue de cette immense région; mais ses richesses ne sont pas toutes découvertes. L'Asie offre d'ailleurs aux chênes les climats les plus divers, les altitudes les plus considérables ; rien d'étonnant à ce que les variétés s'y rencontrent en très-grand nombre.

L'Amérique, et presque exclusivement l'Amérique septentrionale , nourrit une grande variété d'espèces querciennes, 168 environ, d'après le dénombrement fait par M. Alph. de Candolle pour le Prodrome, De l'Atlantique au Pacifique, du cinquième au cinquantième degré de latitude Nord , on rencontre de nonibreuses espèces sur cette vaste étendue ; elles sont tantôt à l'état d'isolement, tantôt à l'état social, formant ainsi de magnifiques forêts.

Quant à l'Afrique, si voisine de l'Europe, et liée à l'Asie par Suez, elle contient dix espèces au plus. C'est là un fait étrange , sur lequel nous reviendrons , car l'Afrique septentrionale offre aux chênes les mêmes conditions de climat que celles qui sont préférées en Asie par un grand nombre de ces arbres.

En 'résumé, l'Europe n'est pas la patrie du chêne ; l'Asie ou l'Amérique, les deux peut-être, semblent avoir été les berceaux du genre.

Il y a dans l'ensemble de cette répartition un fait des plus remarquables ; à de très rares exceptions, les chênes habitent l'hémisphère nord. En Afrique , les quelques espèces de cette région sont confinées au nord de l'Atlas et s'éloignent peu du rivage de la Méditerranée. En Amérique, les chênes sont surtout nombreux, du 15* au 45* degré de latitude nord ; ils deviennent de moins en moins abondants en descendant vers le sud, où quelques espèces de la Nouvelle-Grenade semblent aller timidement à la rencontre de la ligne équatoriale.

L'Asie seule â des espèces au-dessous de l'équateur dans les îles de Sumatra, Bornéo et Java. Ne dirait-on pas des êtres doués, de locomotioD, qui, après être descendus jusque-là, quand les îles tenaient encore au continent, ont eii la retraite coupée lorsque les détroits se sont formés. Toujours est-il que c'est la seule exception à la règle qui a donné l'hémisphère nord à la postérité des premiers chênes.

Cybèle représentait la terre chez les anciens Grecs, et la déesse vénérable était quelquefois figurée avec une couronne de chêne sur le front. La terre réelle porte aussi la couronne de chêne sur la tète, car, n'en déplaise aux Patagons et aux Hottentots, Thémisphère nord est bien le chef de notre vieille mère, puisqu'il est assurément le siège de la pensée sur ce globe.

Ce n'est pas pour faire image que nous avons dit que la terre portait une couronne de chêne ; il y a, en effet, continuité entre les nombreuses espèces qui la ceignent, et les océans seuls établissent des lacunes dans cette verdoyante parure.

Si du cap Finistère nous prenons notre route vers l'Orient, nous pouvons, à travers l'Europe, suivre les chênes jusqu'au Bosphore ; nous les suivons encore par l' Asie- Mineure, l'Arménie, la Perse, et nous traversons avec eux le chemin de toutes les migrations, ce grand isthme placé entre la mer Caspienne et le golfe Persique. Par l'Afghanistan, les montagnes du Népaul, du Bengale, d'Assam, d'Ava, de la presqu'île de Malacca, nous arrivons avec eux jusqu'aux îles de la Sohde ; à travers celles-ci et la Chine méridionale, nous atteignons enfin le Japon. Si, continuant notre course à rencontre du soleil, nous traversons le grand Océan, nous pourrons, à nos premiers pas sur le continent américain, saluer les chênes de la Californie ou de l'Orégon

et suivre encore le» espèces de ce grand genre jusqu'aux bords de T Atlantique.

Nous avons essayé, sur le tableau C, de représenter cette continuité des chênes, à l'aide seulement d'un petit nombre d'espèce ; cinq ou six suffisent pour tracer une ligne qui reliera par exemple Lisbonne et le Japon. Partant de ce premier point, et gagnant les bords de la Méditerranée, on peut traverser jusqu'à Gonstantinople les contrées que baigne cette mer, sans cesser de rencontrer soit le Q. ilex, soit le Otierom robur sess. communis ; cette dernière espèce peut nous conduire du Bosphore en Perse, par l'Asie-Mineure, l'Arménie et le Kurdistan. Sur les coaQns de la Perse le Q. r. s. communis nous abandonne, mais nous trouvons là le Q. bêUoot avec lequel nous pouvons traverser l'empire persan, TAIghanistan, et atteindre le Gaohemyr. Nous n'avons pas encore perdu notre dernier guide que sur les premiers plans de la grande arête du nord de l'Inde, le Q. spicata et ses sous-espèces se présentent pour nous conduire par le Népaul, le Bengale, Assam, Ghittagong, Ava, Martaban, Ténassérim, Banka, Sumatra, Java jusqu'à Bornéo. Enfin le Q. cornea nous accompagnera par la Cochinchine et la Chine méridionale jusqu*au Q. thalassica avec lequel nous pourrons franchir la Chine septentrionale et atteindre le Japon.

Ainsi, sans parler des nombreuses espèces, qui se croisent et se mêlent, cinq suffisent pour établir la continuité des chênes, ce sont les Quercms r. s, comrmmis, Q, balooty Q, spieata, Q, cornea, Q. thalassica.

On pourrait constater la même continuité sur le continent américain à l'aide de quelques espèces, et démontrer ainsi que, sauf l'interruption des mers, l'hémisphère nord est ceint de chênes.

Les espèces querciennes se rencontrent donc surtout de

ur cou

DU

.va

Martaban joluques

Chine mérid.

Chine septen.

Japon

Quercus thalassica-

Quercus aliéna

Quercus serrata —

réquateur aux limites septentrionales de la végétation ; mais elles ne sont pas également réparties sur cette large zone. Certaines régions ont le privilège d'en contenir un plus grand nombre. Nous avons déjà montré la pauvreté de TAfirique et la richesse de l'Asie et de TAmérique ; nous avons essayé, dans le tableau D, qui représente Thémisphére nord projeté sur le plan de Téquateur, de figurer l'abondance de telle ou telle région en espèces de chênes, à l'aide de teintes graduées ; on a par là une idée d'ensemble de la répartition des chênes à la surface de la terre.

Voici cette distribution numériquement :

, Nombre

CONTREES. d'Espèces (1).

Mexique 94

Europe ^ 69

États-Unis de TEst '. 46

Japon 30

Java 29

Perse 27

Sumatra 26

Nëpaul 23

Provinces du Geutre- Amérique 23

Orégoa Californie 13

Chine septentrionale. 11

Afrique 10

Nouveau Mexique 9

Chine méridionale 8

Moluques, Célèbes, Philippines 8

Bornéo 6

{\) L^addilion donnerait un chiffre supérieur au nombre des espèces, puisqu'un certain nombre d'entre elles sont communes à plusieurs régions,

^ tl4 —

Si ÏQUf QQmpar0 i»aû)temat le nombre des espècas à Véteadttte de» tewîtotres, l'ordre précédent sera profi^Hdé^ m^ntî modifié^, el le9 Fégjk>a& sa9-^iQdiM;iaées ptrandront rang eomme il suit :.

1 Java.

ft Sumatra.

3* Japon.

4 Meiique^

5 Moluquesv ete.

9 Bonnéo)..

7 Asie-Miaeure.

8 Perse.

9 Provinces du €etrtre^Améric[ue.

10 Orégon, Cisilifornie.

11 Nouveau Mexique.

i2 États^Uuis de KEst.

13! Europe.

H Chioe septentriaaala..

15 Chine méridionale.

16 Afrique.

Le fait que les climats chauds renferment plus d'espèces que le3 froids se vérifie donc, pour le chêne, en ne tenant pas qompte de l'Afrique. L'Orégon, la Californie, les États- Unis, (Je l'Est, l'Europe, la Chine septentrionale, qui occupent, les mêmes latitudes à peu près, se rapprochent aussi sur le tableau précédent, qui indique le nombre d'espèces querciennes, par rapport à l'étendue superJi- .cielle.

M., Dalton-Hooker fait observer que si Java, Sumatra, etc., contiennent plus d'esgèces. que l'Europe, c'est dans ce dernier pays , que les variations ou sous-espèces, sont les plus nombreuses ; le Quercus robur en est un exemple : sur de vastes étendues, les chênes peuvent en effet aller à la rencontre des causes de la variabilité.

Ce sont les grandes îles de l'Asie qui sont les plus riches; le Mexique est remarquable aussi, 1! Asie-Mineure et la.Perse, régions intermédiaires entre l'Europe et l'extrême orient, sont encore des stations privilégiées pour le chêne.. Viennent ensuite le Centre -Amérique et les diffjéreijtQs, parues de l'Unipu,: l'Europe,, on le voit,, est presque au dernier rang avec ses 69 formes.

— -tlB'-

Si iei Mandés fles de l'Àsiô sont rtéïi'éfe eu ch'ônës , il tf en est paâ de même danâ le NoUveâu-Montïe. Aucune espèce n'a été signalée ni rfans lés graùdes ni dans les* petites Antilles. Cependant les communications sont aussi fetcires entré le cohtinénl; américain et ces' îles gu^entre TAsie et les terres de l'Archipel de la Sonde. Là Floride descend vers le^ Antilles, coinme la liresqu^île de Malaôca descend vers Sumatra ; de plus, le Yucatàn semble vouloir aussi rattacher Cuba; au continent dont un détroit' peu large la sépare. Ôe la grande île espagnole, la communication eût- été ensuite aUfesi facile avec leâ aùtteâ' Antilies qu'elle lest entré Sumatra, Java, Bornéo, etc. Lé élimàt des A!ntilles était favorable à la rencontre dés esjiècés qùerciennes de la' Floride et de la Géorgie, avec celles du Centre-Amérique, venues par le Vubatan ; cependant pas* un chêne n'a traversé les détroits.

L'Europe, aii contraire, offre béaiicoup d'analogie avec PAsië ; les statibiis insulaires îdu genre Qùercus y sont niultlpliëés ; la (jrànde-Brétàgne , l'Irlande, la Corse, la Sàrdaigne, lés'Bàléàres, la Sicile offrent lih grand nombre d^espèces. Nous ferons observer ici' que Madère, lès Canaries, les îles du Cap-Vert, les Açores n'ont pas de chênes et ^ôrit sous ce rapport plutôt américaines qu'européennes ou africaines.

Nous avons dit plus haut que les contrées les plus chaudes du globe étaient celles qui contenaient le plus d'espèces, et que cette loi se vérifiait en partie pour le chêne. La ligne, qui passerait par les points du globe les plus riches en Qicercus, n'offrirait- cependant pas un parallélisme parfait avec l'équateur thermal ; si la limite inférieure des chênes ne se confond ni avec l'équateur thermal, ni avec une autre ligne isotherme, la limite supérieure du genre forme au contraire uùe trace qui

concorde avec une des lignes isothermes du globe ; beaucoup moins élevée en Asie et en Amérique, elle se redresse en Europe sur les côtes de Norwége et atteint le 62* parallèle.

En Europe, les plus belles espèces de chênes et les plus utiles, les Q, robur pedunculata et Q. robur sessiliflora préfèrent les parties tempérées de cette région, et réussissent admirablement dans sa zone moyenne.

Non-seulement le nombre des espèces décroît à mesure qu'on s'élève vers le nord, mais le nombre des individus qui les représentent diminuent aussi. I.es chênes deviennent rares aa-dessus des grands lacs et du Saint-Laurent (1); ils ne dépassent pas en Suède le 62* degré latitude nord, et dans l'extrême orient on n'en rencontre plus audessus du 40« degré latitude nord.

Presque toujours il est facile de saisir les causes qui font varier l'élévation en latitude des espèces. En Norwége, c'est le Gulfstream qui amène les chênes si haut ; en Ecosse, le même phénomène permet aux chênes verts et aux chênes liégeS de vivre en pleine terre à Edimbourg, où la température est humide, et les nuits étoilées fort rares.

Faisons observer, en finissant, que c'est entre 100 et 110* de longitude occidentale, et entre 100 et 110° dé longitude orientale, d'uQ côté au Mexique et de l'autre à Java, mais à égales distances du méridien de Paris, dans les deux sens, que la multiplicité des espèces de chênes atteint son intensité maxima.

(i) Les Étals les plus favorisés de l'Union , pour le nombre dès espèces de chêne, sont, par ordre : ,

Virginie.

Caroline.

Géorgie.

Pensyhanie.

Maryiand. New-Jersey.

Kentucky.

Floride*

Les chênes ne sont pas les seules espèces d'un même genre, vivant sous des climats très-divers ; celles du genre Solanum, par exemple, sont éprouvées par des températures, encore plus divergentes 4 mais peu de genres sont moins modifiés par des milieux aussi différents pour la chaleur.

Le Quercm robur pedimcalata du nord de la Suède est un grand arbre, aussi bien que le Quercus lUtoraliSy qui habite les rivages torrides de Java. Disons cependant que des différences profondes dans la qualité des bois fournis par. eux existent entre les chênes des contrées chaudes et ceux des contrées froides , dans la même espèce. Amollis par des climats brûlants, hâtés dans leur végétation, aucun des chênes des zones dont la température est très-élevée ne vaut, pour la solidité et la durée, les chênes du nord de l'Europe ou ceux du nord de l'Amérique. Les Anglais ont vérifié ce fait pour des chênes venus dans leurs cultures au Cap.

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