BOIS DE CHÊNE DE 1" ESPÈCE
Reçus annuellement depuis la suppression du martelage,
Aonées. Quamitéi.
1835 26 p. 0/0 de la quantité, totale reçue dans Tannée.
1836 31 Idem.
1837 22 Idem.
{i) Ce sont les pièces du meilleur bois et des plus fortes dlmeosion^.
Àniiétt. QuMitilés.
1838 21 p. 0/0 de la quantité totale reçue daus Tannée.
1839 25 Idem.
1840 18 Idem.
1841 26 Idem.
1842 24 Idem.
1843 34 . Idem.
1844 33 Idem.
1845 30 Idem.
1846 34 Idem.
De 1820 à 1827, le prix moyen du stère de bois de chêne était de 121 francs ; il s'éleva à 1S3 francs en 1843, à 135 en 1844, et retomba à 127 francs en 1845, puis revint à 132 en 1846. M. Gros signalait une diminution dans les bois de chêne en Angleterre à la même époque. D'après un marché passé en 1839 pour faire arriver les bois d'Italie dans les ports anglais, le prix moyen du chêne provenant des États romains était de 12 livres sterling 8 sh., le load (un stère 4). A partir de 1845, ce prix moyen subit une baisse sensible.
En somme , rareté des espèces de choix , élévation des prix , telle était la situation ; elle se compliquait d'une façon inquiétante par la décroissance rapide du bois de chêne de nos approvisionnements.
Le baron Portai, ministre de la marine, avait demandé en 1820 un approvisionnement de prévoyance de 168,000 stères de chêne. Grâce au martelage, nos ressources s'élevaient à 192,000 stères en 1828. En 1830, nous n'avions plus que 150,000 stères. En 1833, il en restait seulement 14i,0u0. A la faveur d'un ralentissement dans la consommation, tombée à 30,000 stères, de 1830 à 1837, notre approvisionnement pendant cette dernière année s'était relevé à 163,000 stères; mais la construction d'une flotte de transatlanti-
ques pendant les années t840, 1842 et 1843, réduisit le stock de nos dépôts à 100,000 stères de bois de chêne.
Pénétré du danger de cette situation, M. de Makau demandait, le 20 décembre 1845, que Tapprovisionnement fût porté dans un délai de cinq ans à 180,000 stères : 36,000 stères manquant alors au nécessaire des arsenaux. C'était, au prix officiel, de 135 francs Tunité , une dépense de 4,800,000 francs.
En 1845, lors de la fameuse discussion au sujet de la demande d'un crédit de 93,000,000 pour constructions navales et approvisionnements , la question se représenta devant les Chambres.
€ Il y a dans les approvisionnements, disait le contreamiral Le Ray, il y a quelque chose qui doit nous toucher beaucoup, c'est la grande quantité de bois de chêne que nous sommes obligés d'employer dans les constructions navales. Dans beaucoup de parties de ces constructions on a pu avec avantage remplacer le bois de chêne par la tôle et le fer, mais pour la construction des grands navires, il nous faut du bois de chêne, et du bois de chêne de grandes dimensions, du bois de chêne que la nature met des siècles à produire. Avec de telles exigences, j'avoue que pour ma part je ne suis pas rassuré en voyant la manière dont le bois disparaît tous les jours de notre sol. Le gouvernement a proposé pour le bois de chêne un approvisionnement de 180,000 stères : beaucoup de personnes l'ont confondu avec celui qui est voté tous les ans au budget. Ces 180,000 stères constituent un approvisionnement de prévoyance , auquel il ne doit pas être touché. Puisqu'il faut environ 3,000 stères de chêne pour construire un vaisseau, 2,000 pour une frégate, 180,000 stères donneront 26 vaisseaux et 26 frégates : donc un approvisionnement de cette importance peut déjà pourvoir à de grands besoins. »
Une des difficultés de ces grande ©utasseBaçate de bois, c'était à cette époque le défaut de pioyens de consarvatioQ du chêne dans les pénaux : aussi le commissaire du roi déclara que les dépôts existants ne permettaient pas une augmentation dp plus de 10 à 12,000 stères.
M. Thiers et d'autres députés demandèrent que sur les ^3,000,000 il en fût prélevé treize pp^r le bois, t J'imagine, disait le futur président de la République, que ces treize jDûillions seront employés à acheter celle de toutes ces matières qui semble la plus précieuse, celle qui disparaît le plus sensiblement tous les jours : le bois de chêne. ■
Le ministre adhéra à cette propositiou ; ces treize millions représpntaient environ 100,000 stères de chêne qui, ajoutés aux approvisionnements courants, réalisèrent dans nos arsenaux une réserve importante. Elle permit de satisfaire aux mouvements considérables de notre matériel flottant pendant les dix années qui suivirent.
£n proie à cette préoccupation contiauelle de maintenir nos approvisionnements à la hauteur de nos -besoins et des éventualités, le département de l^ marine avait fait rechercher à cette époque de quelles ressources pcwxrraieat être pour lui lep imi9ense^ forêts de nos posisessions ajgériennes. Un officier du génie maritime fut cjiargé de parcourir notre colonie africaine ^t d'apprécier Timportance des bois de construction qui pouvaient s'y trouver.
Dans un mémoire publié en 1854, dans les Nouvelle Annales rrmritimes. M- V. Legrand, ingénieur des eonstructions navales, rendit compte au ministre d'une mission dont les difficultés et les^ labeurs avaient demandé une grande expérience des choses forestières, et beaucoup de patience.
M. Legrand estimait que l'Algérie et la Kabylie possédaient 100,000 hectares de forêts en essence dechéne-zan,
D'après ses évaluations, les fordts des diverses provinces de rAigérie offraient une superficie exploitable de 30,000 hectares dont le rendement, en bois de marine, serait, par an, de 10,000 stères ; pour arriver à oe chiffre, il faudrait aménager ces forêts suivant la méthode des éclaireies pé* riodiques et dn réensemenoement naturel.
En admettant, sur ces 30,000 hectares, la contenance en chêne de marine de la forêt de TEdough, on pouvait juger ({u'ils renfermaient sur pied ^,400 stères de bois de chênes propres aux constructions navales. Par des calculs très-précis, M. Legrand établissait que, sans dépasser l'accroissement annuel et sans engager le produit des coupes futures, ces 225,400 stères p<mrraient fournir annuellement 6,197 stères de Ghène de marine. Estimation très^modérée, puisque ces 6,197 stères étant la production de 30|,000 hectares, il suffirait de récolter 1 stère par 5 hectares pour les réaliser.
Avec la possibilité de faire arriver fiicilement dans nos arsenaux ces 6,000 stères, on créait une ressource pré<^ cieuse pour nos ports de la Méditerranée , en admettant que le cbéne-zan fût propre aux constructions navales.
Ce point fut résolu en 1846 par une commission réunie à Toulon, sous la présidence de M. Dumonteil^ ingénieur de la marine. Divers échantillons de chênes provenant des forêts de la Galle et de TEdough furent examinés, et Ton reconnut que le chêne -zan est une espèce analogue au fc^mia de Sardaigne, et par suite qu'il est propre aux constructions navales.
Au port d'Alger, le service de rartillerie fait usage de ce bois depuis bien des années, il l'applique à tous ses travaux et le considère comme excellent.
M. V. Legrand ajoute que les approvisionnements qu'il a visités dans les magasins, le grand nombre de pièces
qu'il a examinées en forêt, Pont conduit à partager l'opinion de la commission, et à reconnaître que le c^iêne-zan présente toutes les qualités et tous les défauts des bons chênes d'Italie. Il est comme eux fibreux, bien lié et susceptible de se gercer par le dessèchement, peui^étre même est-il plus lourd, plus résistant et phis dur à travailler.
L'aubier est très-épais chez les jeunes arbres; il ne dépasse pas chez les gros les proportions ordinaires.
Les qualités de l'essence ne suffisent pas pour assurer un bon emploi dans la construction des vaisseaux, il faut pouvoir trouver chez elle tputes les pièces conformes au tarif pour leurs formes et leurs dimensions.
Les forêts algériennes présentent d'assez grandes différences au point de vue des zans qu'elles renferment.
€ Dans TEdougli, dit M. Legrand, les arbres sont bien proportionnés quant au rapport qui doit exister entre la hauteur du tronc et le diamètre. Ils se prêtent rarement à la confection des courbes, mais un grand nombre d'entre eux sont cintrés de manière à présenter l'arc des allonges de varangues, et même des genoux. Une recette provisionnelle opérée dans cette forêt a donné 29 courbes, 5,80i pièces courbantes, 1,731 pièces droites, sur un nombre total de 7,201 pièces examinées.
Dans les Beni-Salah, les arbres, beaucoup plus élancés et par suite d'un diamètre plus grêle, sont rigoureusement droits ; ils ne produiront que très-exceptionnellement des bois courbants. Les pièces pourront être conservées très longues parce que les fûts étant peu garnis de branches, c'est la diminution du point de diamètre qui en limitera la longueur.
J'ai mesuré à Kalif-Gouléa des arbres de 4 m. 50 de circonférence qui s'élevaient à plus de 30 mètres de hauteur. Ces colosses étaient entourés de plusieurs centaines d'ar-
bres de 2 à 3 mètres de circonférence , admirablement beaux. L'un d'eux, au pied duquel les maraudeurs avaient aliomé un grand feu , était abattu pour une circonférence de 3 mètres ; il avait 21 mètres de longueur sous branches.
Les produits de la partie boisée qui s'étend de Bône au Cap-de-Fer figureront principalement comme bois de membrure dans la construction des vaisseaux. Les bois des
forêts de l'Ouad-Iroug, des Beni-Salah seront par-
ticullèrement employés comme quilles, étambots, carlingues, bittes, épontilles, baux, et seront débités en bordages.
Le chéne-zan a, pour se gercer, une tendance qui fera peut-être hésiter à l'employer au bordé extérieur des bâtiments , cette exclusion sera motivée pour les œuvres mortes des vaisseaux ; mais je ne saurais trop recom^ mander de n'y avoir point égard pour les œuvres vives. Un vaisseau en chantier, revêtu d'une partie ou de la totalité de son bordé de carène, ne sera pas d'un aspect agréable à l'oail, si ce bois est ^ercé ; mais cet inconvénient sera compensé par l'avantage d'obtenir un meilleur calfatage
Le chêne-zan est un excellent bois de fente, ce qui permettra d'employer les rognures à fabriquer en forêt des gournables et peut-être même du merrain. »
C'est l'éloignement des forêts de zans des centres de civilisalion et le manque de routes qui ont rendu cette richesse improductive. A propos de martelage, l'auteur de cette étude conseille à ceux qui en seront chargés de ne pas oublier qu'en Afrique, les vices qui atteignent les chênes extérieurement sont moins dangereux , moins compromettants pour la pièce, qu'en France; car ces vices, ces altérations, étant peu plongeants» sont ordinairement faciles à purger.
II adopte la période de novembre & janvier pour la coupe des zans, et prescrit les plus grands soins pour rabattage de ces arbres, qui se déchirent et se brisent facilement. II voudrait qu'en façonnant les pièces de marine conformément au tarif, on conservât le plus de bois possible, réquarrissage à vive arête diminuant la résistance des bois, par la section des fibres des angles. Les chênes de TEdough et de TOuad-el-Kébir, rendus à Toulon, ressortiraient à un prix inférieur d'environ 35 pour cent à ceux du marché.
Le chène-liége, mêlé au précédent dans les forêts algériennes, pourrait, d'après M. Legrand, avoir son utilité pour la marine, en raison des nombreuses courba» qu^l présente. Sa dureté augmenterait cepeadant le prix de la main-d'œuvre.
L'auteur établissait ainsi la contenance, la richesse des principales forêts de l'Âigiérie, en essence de chénarzan :