‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la natureChapitre 99 sur 129 · CHAPITRE XVH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVH

CSonmrvatlon dn bois de chêne des constmotiohs navales.

Si Von pouvait atsurer à dm Ttitiein l'âge da ifoatofii, ota dimimieiiU de moitié les dépeaset de notre marine.

United êermee tnagattie^ mars IttS.

Au chapitre XI nous avons parlé de la durée du chêne et donné des exemples extraordinaires de Tinaltérabilité de son bois. Il ne faudrait pas en tirer la conséquence que la nature a doué cette matière ligneuse de propriétés qui lui permettront de résister au temps dans toutes les conditions, et qu'il est inutile de se préoccuper de sa conservation.

Le chêne est corruptible , comme toutes les substances d'origine organique, et c'est un art trés-difflcile que celui de le conserver, surtout dans les arsenaux de la marine.

Là, il faut agir sur d'énormes mas^^es placéSs dans des conditions très-diverses, soumises à des influences trèsvariées.

La conservation du chêne, pour les nations qui possèdent une marine marchande et militaire, est une question de la plus haute importance. La diminution de cette essence ligneuse, la rareté et la cherté des qualités supérieures obligent à une grande vigilance, pour faire durer le plus longtemps possible une matière si précieuse*

Ce n'est pas seulement une affaire de dépenses, deis intérêts plus grands sont attachés à la conservation du chêne. La sûreté de nos armements, la sécurité même de rËtat y sont liées. Combien de fois, dans nos guerres maritimes, les conceptions militaires les plus profondes* n'ontelles pas été déjouées par des avaries dans la coque des vaisseaux construits avec de mauvais bois î quelques bordages de chêne à changer, temps perdu, occasion manquée, et souvent un désastre au lieu du succès I

La conservation des bois dans les ports de guerre a, depuis longtemps, attiré l'attention ; non-seulement, on s'est enquis des moyens les plus propres à l'assurer, mais on a recherché quelles étaient les conditions antérieures à la recette des bois qui pouvaient avoir une infli^ence sur cette durée.

Nous allons donc diviser ce qui suit en deux parties :

1" Conditions antérieures à la recette du chêne dans les ports qui peuvent avoir une action sur sa conservation ;

2* Moyens employés pour conserver le bois de chên^ de construction.

Le bois de chêne n'est pas toujours une matière identique ; elle • porte en elle-même, avant d'être mise en œuvre, les éléments de sa conservation ou les germes de sa décomposition.

Sa durée tient à deux ordres de circonstances, les unes physiologiques et les autres chimiques ; celles-là ont agi sur la matière ligneuse pendant la vie du végétal, cellesci après.

Il est bien entendu que nous ne parlons en ce moment que du bois de chêne qui sert ordinairement aux coiiç-

imctimis nav»!» des marines annipéeiuieB , et qui prolâent soit da Quêrcus nbiêir pedmncidiêia , soU du i^uenm nimr sessitipam {l).

Examinons d'abord les «irconstances physioiogîques qui peuYent influer sot la durée du chéire, en lui comntoiitîuant des qualités spéciales : elles tiennent aux influences de sol, d'exposition, de tîliïnat, etc.

t On sait , dit M. de Lapparent dans son Mémoire sur le dépérissement des coques, on sait que selon leurs qualités, les bois de ctiêne de construction sont classés en bois maigres ou rouvres, et bois tendres ou gras.

Les premiers ont leurs couches annuelles bien développées, très-serrées et très-dures ; Tenveloppe cellulaire qui entoure chaque couche est étroite et percée de trous très fins : leur densité , même après dessèchement , est considérable, et ce sont ceux qui résistent avec le plus d*énergie aux 'Causes de dèpérissemeot

Dans les bois gras au contraire , les couches annuelles sont étroites, lâches et envelopprées d'un tissu cellulaire à pores très-ouverts. Enfin leur densité, quoique très-consîdérable à l'origine, devient très-faible après un dessèchement prolongé'. »

Ainsi voilà des bois dont les tissus ligneux sont constitués différemment, quant à la proportion de leurs élé-

(1) En Italie on désigne sous le nom de Famia, Ischia, Vera quercia, Cerro, différentes sortes de chêne de construction. Nous ignorons de K|«Blles «spècfis holamcfaes proviennent ces bm. Le Fwtnia, dit H. "Garraud» est bon j^ur la membrure, mais ses vices sûot difficiles À extirper. V Ischia, qui provient des Marennes, de toscane, est préférable au précédent ; t5*«st un art)re de haute futaie, propre k fournit des "bordages. La marine française remploie peu ; eu Angleterre il est utilisé ccnnme bsrdure : ses gournables sont eitcellents. Le Vera guercta est le meilleur chêne que Ton puisse employer pour membrure. Le Cerro fournit, en llalte, âd6 piiees <le quille ; il est repoofiBé f&r la marine francise»

mwta» ^t 4oet pv suite te. demifô xi'^ pas la même i leur durée variera nécessaûrement.

€ Ces bois, dit M. de Lapparent ea parlant des premiers, proviennent presque en totalité d'arbres, qui ont vécu isolément pu en bouquets* yitalie produit le^ meilleurs*. On: en rencontre: aussi d'excellents dans la Provence , le Midi et l'Ouest de la France : on les connaît sous le nom de bois de fossés. Les seconds proviennent de futaies pleines* ou de futaies sur taillis. »

lies cireonstanees'cultumles ont effectivemeat cette action sur la qualité du cbéne. Dans les sols maigres ou humi* dea» Ift partie de la coucshe annuelle formée au printemps^ et la plus lâche, reste prédominante^ Dasks les terrains fertiles et auix bonnes expositions ^ la zone du printemps est cernée par une zone automnale large^ à tisiw dense et résistant. Les chênes qui croissent le plus rapidenaent ea diamètre sont donc les meilleurs pour tes constructions navales ; ceux qui s'effllent sous ie couvert des futaies conviennent moins.

Les deux espèces» querciennes citées plus haut peuvent donner ^ suivant ces circonstances , des bois maigres ou gras. En général, le Ç. r. pedunculata, ou chêne blamc, est préféré au Çv r. sessilifiora, ou rouvre, parce, que le prer mier croissant plus rapidement , la zone automnale ,. qui est proportionnelle à la rapidité du. développemen.t , e^t bien plus développée chez lui que chQS(, le second.

Les qualités diif&eentes des tois le^iur aa^igneant d^t places distinctes dans la eonstru<ction des navires;. Les ImA maigres foiomei&t exol^vement les pièces de mcmbirju^e^H Gesi pàèees sonit aussi p)ua exposées* à la^poupriiii^re,^ eau ^es soiiit renfermées entre deux plans de chêne. Or, les boid nerveux oSke^^ sous^ une surface couverte de nœudis provenant des. bra&ches, nme sub^ance lîgneiase très^dure^

élastique , chez laquelle la pourriture qui endommagerait la surface n'a pas de profondeur.

Convenable pour la membrure, ce chêne n'aufait pas la même valeur pour bordages. Sa longueur serait insufH* saute, et le retrait considérable qu'il prend par la dessiccation amènerait une prompte détérioration de la coque du navire.

On trouvera au contraire les qualités nécessaires aux bordages chez les bois gras : grande longueur, changements de dimension peu considérable sous les iuQuences d'humidité et de sécheresse. En même temps, les vices plus ou moins plongeants, provenant de frottures ou d'écorchures , auront moins d'inconvénients chez les pièces placées à l'extérieur, et dès-lors faciles à changer. Ils conviendront surtout pour les radeubs, leur durée pouvant égaler celle des anciens bois.

Des variétés intermédiaires nombreuses viennent se placer entre les bois nerveux et les bois gras. Le constructeur doit en faire usage avec intelligence pour réaliser la durée la plus considérable du navire.

Le choix du bois destiné à la marine doit donc être fait avec le plus grand discernement. En Angleterre, cette opération n'est pas abandonnée au hasard. En 1612, sous le règne de Jacques P', une compagnie, désignée sous le nom de Maîtres gardiens et comnmnauté de Vart des constructions navales, était chargée de veiller au chêne employé dans les constructions. Plus tard, la surveillance de cette partie des approvisionnements revint aux chefs des constructions navales de chaque arsenal. En 1847, Tamirauté institua dans chaque port des inspecteurs des bois {timber inspector). Les bois ne pouvaient être admis que sur un certificat du timber inspector , qui, dans le cas d'une erreur dans les marchés, ou d'une tentative faite pour

introduire dans les arsenaux du chêne de mauvaise qualité, devait en informer le chef suprême du port et même Tamirauté, avec laquelle il correspondait sans intermédiaire.

On sait, en Angleterre, quelle est la valeur des chênes de tel ou tel comté, au point de vue de letir durée. Ceux de Sussex et de Kent sont les plus estimés ; ceux de la principauté de Galles sont aussi très-durables, mais de faibles dimensions. Les chênes des mauvais terrains du Nord et ceux de rirlande sont de qualités inférieures», leur bois est rougeâtre et n'a pas la teinte jaune p&le, de plus en plus foncée, à mesure qu'on approche de l'aubier.

En France, aussi, on sait que le chêne de Provence a plus de durée, c'est pour cela que Golbert recommandait surtout ces bois pour la construction des vaisseaux.

Ces qualités et la durée qui en est le résultat sont en rapport intime avec la densité du bois.

Ces densités changent, d'ailleurs, pour une même localité, avec le mode de culture ; elles varient, comme nous l'avons dit, du centre à la périphérie, de la base au sommet. Deux bordages sortis du même chêne pourront donc avoir des durées différentes.

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