ABATTAGE DES CHÊNES
La conservation du chêne tient encore à une autre cause d'ordre physiologique ; nous voulons parler de l'époque de l'abattage.
La question est très-controversée : les uns, et c'est le plus grand nombre, pensent que la saison la plus convenable est celle qui, suivant la chute des feuilles, correspond au temps où la sève cesse de circuler ; d'autres, et Duhamel particulièrement, ayant fait en Espagne et en Italie
roteervaAiou que lea bob Qoupéi^ e>a été durent longtemps, peos^at qu&répoque de rabattre est au moin^ iadifféreate. Sa Amérique, dans quelques États de rUuioa^ ou a reporté de mars en juinTépoque de l'abattage, et l'on obtient, dit-otQ, des boi^ plus durs et plus durables. Sur les bords du Del^ware, d'après le capitaine de frégate Garraud (1), des clôtures^ faites avec du bois de cbênes abattus en mai, durèrent 22 ans> tandis que celles faites avec des bois abattus en février durèrent seulement 12 ans. Enfin, le docteur Rainn afBurme que sous le climat de Dresde, c'est au commencement de juin qu'il faut abattre , quand ou veut avoir des bois de longue conservation.
Cette dernière observation peut faire penser qu'il existe pour* chaque climat une saison favorable à l'abattage^ : on comprend que dans les pays très-secs, très-chauds, où les arbres sont entrés en végétation dès février^ la sève» d'ailleurs peu aqueuse , ait suspendu presque complètement son mouvement en juin.
Si l'on voulait cependant tracer une règle applicable à toutes les localités ou au plus grand nombre , il faudrait reconnaître que c'est à la fin de l'automne ou en hiver que les chênes destinés aux constructions doivent être abattus.
Hésiode recommandait d'abattre en cette saison. Golumelle, Caton, Vitruve, Palladîus, conseillaient de ne porter la hache sur les chênes avant l'autoçnoe, et d'attendre plutôt en décembre. Jules César se plaignait de la mauvaise qualité des vaisseaux construits avec des boi^ abattus au printemps,
Plott, devant la Société royale de LoudreS)^ insistait p(W que les forêts ne soient exploitées que l'hiver, et que pour
quelques tanneurs on ne sacrifie pas la qualité des bois de construction. ( Le Parlement avait ordonné de couper les chênes du !•' avril au dernier jour de juin).
LeuvenhoBck soutenait la même opinion ; mais pour lui les arbres abattus l'hiver se conservaient mieux parce que récorce durcie n'était pas aussi facilement attaquable par les vers. Evelyn, Hunter, étaient du même avis.
Le savant physiologiste Knight, écrivant dans les Transactions philosophiqiueSy attribuait la durée des arbres abattus rhiver, non pas à la moindre quantité de la sève, mais à quelque substance conservatrice déposée pendant Tété dans les cellules ligneuses.
Knowles, imbu des idées de Buffon et de Duhamel, à l'erreur desquels il avait peine à croire, reconnaît cependant la supériorité des bois abattus l'hiver. Il assure toute-, fois que l'amirauté anglaise ne fait aucune différence entre les bois de chêne d'hiver ou 4'été , quand oa a pu le< maintenir quelque tem )S sous des ha igars avant V^^m loi.
Il sera peutrétre plus diflici.e de cjm^jrenJre qu'on ait attaché une grande imiortaice à la C3JCDrdaice le l'abattage avec certai les phases de la lune.
Hésiode prescrivait d'abattre le 14*' jour de l'âge de la lune.
Caton fixait cette opération au 4« jour, par tous les vents, sauf ceux du nord.
Pline recommandait le déclin de cet astre et les épo* ques où souflQe le favonius.
Vegèce préférait abattre du 15* au 23* jour; sans cette précaution, dit-il, le bois pourrit dans l'année même.
L'empereur Napoléon P', dont le génie pénétrait dans les moindres détails, donnait ordre aux conservateurs des forêts de ne faire abattre les chênes qu'au déclin de la lune et quand le vent est au nord : cette pratique a ton* jours été d'ailleurs observée en Corse.
€ L'expérience a prouvé , écrit le commandant Garraud (toc. cit.) , que les bois coupés de jeune lune sont plus sujets à la piqûre des vers que ceux qui ont été abattus pendant le décours de l'astre : ce que Ton appelle couper de vieille lune. Gela tient sans doute à Tétat de la sève, sur les mouvements de laquelle on sait que les phases lunaires ont une grande influença. •
ÉGORCEMENT PREALABLE DES GHÊN^IS.
Knight se trompait quand il attribuait à quelque principe spécial, élaboré l'été, la conservation du chêne abattu en hiver. Cette conservation est due à la concentration de la sève , car tout ce qui peut diminuer son abondance ou augmenter sa densité, tend à donner de la durée au bois. Voilà pourquoi à la pratique d'abattre les arbres en hiver vint se joindre celle de les écorcer avant l'abattage.
Plott, en 1686, conseilla, pour ne rien perdre, d'écorcer au printempâ et d'abattre en hiver. Sutherland proposa d'écorcer deux ou trois ans avant l'abattage : Buffon et Duhamel préconisèrent le même systètne. En 1770, les Hollandais commencèrent à dépouiller leurs arbres avant rabattage.
Dans une expérience de décortication, faite ainsi sur dix chênes, on constata que si l'aubier résistait à la hache et était sec, le plus souvent le cœur de l'arbre était encore très-humide et très-tendre.
Si l'écorcement durcit l'aubier, il ne saurait lui communiquer .les qualités du bois parfait, et le chêne entier perd de son élasticité ; comme chez les arbres sur le retour, le cœur devient aussi plus léger.
La perte d'élasticité due à Técorcement provient de l'augmentation de dureté du bois ; la dureté à son tour engendre la résistance ; ces qualités peuvent avoir leur utUité
dans un grand nombre de circonstances, cependant; comme elles ne sont pas toujours accompagnées de la durée des bois qui les possèdent, les constructions navales peuvent y attacher moins d'importance.
On a cru pouvoir conserver les Avantages de Técorcement et en éviter les inconvénients par le procédé suivant, du à M. BouUay. On enlevait au pied des chênes une couronne d'écorce, et par un trou de tarière pénétrant jusqu'à la moelle , on facilitait l'écoulement de la sève. Ces arbres, employés vingt jours après l'abattage, se conservèrent bien , mais le chêne avait encore un peu perdu de son élasticité ; il était difficile de le courber par les moyens ordinaires. D'après Tobservation du comte Gallawin, officier général de la marine russe, cet effet serait dû à la mort lente de l'arbre ainsi traité.
MM. Becker et Laurop, forestiers allemands, ont également condamné cette méthode. M. Baudrillart croit que les arbres, ainsi écorcés, doivent à la dureté de leur aubier une plus grande résistance aux vers, mais qu'ils pourrissent plus vite, l'opération ayant emprisonné la sève dans le cœur de l'arbre.
Enfin, pour tarir la sève on a encore proposé "de pratiquer au pied des chênes une entaille circulaire de façon à ne laisser, entre Tarbre et la souche, qu'un très-court pivot. Il y a une déperdition considérable de sève, mais c'est une opération dispendieuse et qui très-souvent fait périr les souches, et par suite tout espoir de rejets. La perte d'élasticité qui en résulte encore rend ce procédé impraticable pour les chênes destinés à la flotte.
Cette expérience, tentée plusieurs fois sans succès, en Angleterre, est renouvelée de Vitrune.
Quelques faits,, plus ou moins bien établis, et gravés profondément dans le souvenir des constructeurs anglais,
assurèrent une certaine vogue aux méthodes d'abattage et d'écorcement citées plus haut.
On racontait, par exemple, que'Ie Montagu, de 74 canons, avait été construit avec du bois d'hiver à Chatam, en 1779 , les bois, examinés en 1815, 35 ans après sa mise à l'eau, étaient encore d'une conservation parfaite. Le Royal- WilUcmiy qui dura aussi fort longtemps, fut construit avec des arbres laissés sans écorce d'avril en décembre. La corvette Hawke reçut, d'un côté, des arbres écorcés avant l'abattage, de l'autre des chênes ordinaires : l'expérience ne fut qu'imparfaitement concluante. Un autre vaisseau de longue durée, VAchilles, fut construit sur les chantiers Barnald, à Harwick, avec des arbres abattus en hiver, et son constructeur préconisait beaucoup la décortication préalable.