MALADIES ACCIDENTELLES
Nous donnons ce nom à des altérations du bois de chêne, provoquées généralement par l’envahissement du tissu ligneux par des larves d'insectes ou des mollusques qui dévorent sa substance. C’est en quelque sorte un parasitisme dont la matière organisée devient le siége. |
En général, les bois n’offrent que rarement ces maladies avant leur entrée dans les approvisionnements. [ls peuvent en avoir le germe, mais ce n'est que dans les dépôts que ces altérations, se communiquant de proche en proche, amènent de véritables désastres. C’est contre elles que sont dirigées les moyens de conservation nécessaires pour préserver les grands entassements de chêne, moyens dont nous ferons l’étude plus loin.
Bois piqués Er Bois vermouLus. -— Les chênes sont moins sujets que les autres arbres à ces altérations. Les bois piqués. sur pied n'ont rien perdu de leurs qualités, les bois vermoulus ont été pénétrés plus profondément par les larves d'insectes différentes de celles qui piquent les arbres vivants. La vermou- - lure se manifeste surtout chez les bois de retour et chez ceux dans le tissu 1esquels la sève a fermenté. La dessiccation prévient ces altérations, l'immersion des pièces attaquées peut la combattre.
LymEexyLon. — Genre d'insectes de la famille des Lymexylones caractérisé par des yeux gros et saillants surtout chez les
(1) De Lapparent, Instruc. sur les bois, etc.
mâles, et assez fortement séparés sur le front surtout chez les femelles.
La larve du Lymexylon naval est grèle, filiforme et à peau lisse. Les larves de cet insecte attaquent les bois abattus ou debout mais plus ou moins malades, y creusent des galeries horizontales, souvent profondes de plusieurs pouces, dont elles élargissent l'entrée au moment de se changer en nymphes, afin d'assurer une sortie facile à l'insecte parfait. Elles paraissent se nourrir exclusivement du bois qu’elles rongent,.
C'est surtout dans les ports du midi que le Lymexylon exercé ses ravages. Connu depuis 1814, nos dépôts du Mourillon en ont parfois beaucoup souffert. En 1824, plus de 100,000 pièces de chênes furent mises hors de service à Toulon par cet hôte dangereux. M. Garraud décrit ainsi ses effets : a Il perce les bois jusqu'au cœur perpendiculairement aux fibres, de sorte qu’il en détruit le nerf et les rend faciles à être traversés par l'eau. On a remarqué que toutes les pièces qui étaient attaquées par ces vers, arrivaient promptement à un état de fermentation acide sensible à l’odorat. Les bois de Provence et de l’île de Sardaigne sont moins attaqués. Les ravages ont lieu principalement sur les bois des autres parties de‘a France’ etSur COUx J'ITANE. 7... Ne 72 EME
On combat cet ennemi des bois de chêne par une dessiccation parfaite des pièces, ou. en débitant celles-ci en bordages afin de tuer les larves qu'elles contiennent, Malheureusement le mal est déjà grand quand on s’en aperçoit, les trous faits à sa sortie par l’insecte étant excessivement petits.
LIMNORIA TEREBRANS. — Crustacé de l’ordre des Isopodes, de la famille des Asellotes, Les trous creusés par cet animal dans les bois les plus durs ont 1/15 à 1/20 de pouce anglais de diamètre, et près de 2 pouces de profondeur, Il forme ainsi des galeries cylindriques, lisses et tortueuses, dirigées en tous
sens et surtout de bas en haut. C’est avec ses mandibules que l'animal ronge les bois de chêne immergés.
Robert Stevenson l'a signalé pour la première fois sur le bois de support d'un fanal au phare de Bell-Rock. Depuis, on l'a rencontré sur d’autres points du littoral de la grande Bretagne ; au pont de Montrose, aux écluses du canal de Crinau, à Leith. à Port-Patrick, à Dublin, ete.
M. Garraud rapporte que des bois imprégnés de créozote, traités par le bi-chlorure de mercure ou le prot-sulfate de fer, n'ont point été préservés des perforalions de ce crustacé, perforations suivies d’une destruction plus ou moins rapide de la matière ligneuse.
Le Limnoria terebrans n'e:t pas le seul crustacé qui attaque le bois de chêne M. Hesse, le savant et patient carcinologiste des côtes de Bretagne et particulièrement de la rade de Brest, a découvert, mêlée à la précédente, une autre Limnorie, le Limnoria æylophaga.
C'est à l'aide de mandibules, terminées les unes par des dents, les autres par des scies et des rapes propres à creuser, que les Lymnories xylophages forent leurs galeries. Des antennes, démesurément larges et couvertes de poil lango, servent de balais à l'animal pour chasser les déblais de son travail.
« Une fois, dit M. Hesse, qu'ils se sont établis sur une pièce de bois, ils ne la quittent que lorsqu'il n’en reste plus de vestiges ; ils la réduisent en peu de temps en poussière, en la creusant en tous sens et en la criblant de trous, lesquels aboutissent à des galeries qui, généralement, suivent le fil du bois. C’est par la surface périphérique qu'ils commencent, et, à l’aide de petits trous verticaux, ils pénètrent graduellement, par couche parallèle, jusqu’au centre. Le bois attaqué de cette manière a l'aspect d’une éponge, l’eau pénètre avec facilité dans toutes les galeries qui y sont creusées. Ils attaquent la carène des navires dont ils diminuent successivement l'épaisseur, et finissent par les rendre perméables, en les criblant de trous, »
Tarers. — Il est fort rare que l'on ait à constater la pré sence des tarets chez les bois admis en recette : nous aurons au contraire à signaler le mal que ces êtres font à ceux de nos bois d'approvisionnement que l’on conserve dans l’eau de mer et à la coque de nos navires.
Le taret est un genre de mollusques acéphales, rangé par Georges Cuvier dans sa famille des £n/fermés, par Blainville dans celle des Adesmacés et par Deshayes dans les Pholadaires.
M. Laurent, chirurgien en chef de la marine, fut chargé, en 1845, par le gouvernement, de la direction d’un laboratoire de zoologie au Mourillon où devaient être faites toutes les recherches nécessaires pour connaître les animaux terrestres ou marins qui aftaquaient nos approvisionnements de bois, et signaler les moyens les plus propres à les combattre.
Nos bois et nos navires, d'après cet observateur, seraient attaqués, dans les ports de l'Europe, par au moins trois espèces de tarets, qui seraient, dans la Méditerranée, l'Océan et la Manche, le Teredo navalis: La Méditerranée, outre ce dernier, posséderait encore le Teredo bipalmulata, et l'on trouverait au Havre, dans quelques circonstances, le Teredo sénégalensis.
M. de Quatrefages, en 1850, a fait paraître un mémoire sur les tarets. Dans l'incertitude où l’on est encore sur le nombre des espèces qui peuvent attaquer le bois de nos vaisseaux sur différents points du globe , il s’est borné à la description des animaux qu'il a pu étudier vivants dans les ports de l'Océan, ou entiers dans les coilections du Muséum. Il abandonne l'expression de l'eredo navalis, de Linné, comme se rapportant à plusieurs espèces ; il décrit seulement :
Le plus commun en Europe et par-
1° Teredo fatalis..... ticulièrement à la Roshelle, aux Pas-
sages, dans nos ports de guerre, etc.
AL te | pedicellatus. ( Ces deux espèces habitent aussi les face bipennata.. { mers de l'Europe.
4 >» Deshaïi .... Fréquent à Alger.
TRE Truncata ... Mers d'Amboine (Quor et Gaywar).
6° > Elongata ... Mers de l'Inde (Gaupicxaun, Er- DOUX, SOULEYET).
7e+sbx Palmata ... Mers de l’Inde,
sat + Itachburgii.
Le taret est un animal allongé, vermiforme, terminé à sa partie antérieure par un pied tronqué ; sa coquille, épaisse et courte, est annulaire, ouverte en avant et en arrière, équivalve et inéquilatérale. Cette coquille est en partie finement striée, et les stries sont hérissées de dentelures aiguës.
La sexualité, le mode de génération des tarets u’est bien connu que depuis les travaux de M Quatrefages, exécutés à Saint- Sébastien et à la Rochelle (1) |
Les tarets sont ovipares : la ponte est successive et dure un temps assez considérable. Les œufs pondus par les femelles s'arrêtent dans le canal branchial où ils sont fécondés par l’eau chargée de spermatozoïdes qu'y introduit la respiration. Il est possible aussi que les œufs soient chassés au dehors, où ils sont fécondés, et se changent en larves. Celles-ci, entrainées par les courants respiratoires, reviendraient se loger dans le lieu où elles doivent passer une première phase de leur vie ; leur sortie ultérieure a pu faire croire que le taret était ovovivipare. :
Ces faits montrent que la fécondation chez les tarets se fait d'autant mieux que ces animaux vivent dans des eaux plus tranquilles : leur propagation, dans les grands chantiers de bois immergés soumis à des courants, est moins facile que dans les fosses à eau dormante. La nature, il est vrai, par l'incroyable multiplication des spermatozoïdes et des œufs, a compensé ces chances de destruction.
(1) Annales des Sciences naturelles, 3° série. Tomes IX, XI, XIII,
M. de Quatrefages a remarqué que la vie des tarets était assez courte. D’après la remarque du garde-magasin du chantier des Passages, ils périssaient presque tous l'hiver. M. de Quatrefages en conclut que là, comme chez certains insectes, la perpétuité n’est assurée que par les quelques individus qui résistent aux rigueurs de la mauvaise saison
Le point le plus intéressant de la vie du Jeune taret est le moment où, sous forme d’une larve, 1l cherche le bois dans lequel il veut pénétrer. Après quelques tâtonnements, 1l se fixe dans une des sinuosités de la surface ligneuse, et surtout dans les sillons formés par les rayons médullaires. Par un mouvement alternatif de droite et de gauche, il s'y creuse un petit godet où il se niche. Il se couvre alors d'une substance muqueuse au centre de laquelle se montrent deux trons pour le passage de deux siphons. Cette couche, qui devient calcaire le 3° jour, est le commencement du tube de l'animal. Le taret sécrète en même temps une nouvelle coquille à dentelures fines, laquelle dépasse promptement la coquille embryonaire qui était lisse.
Hancock croyait que le taret perfore le bois avec son pied. Deshayes pensait que ce mollusque creuse ses galeries avec un sphincter agissant comme ventouse et sécrétant un liquide susceptible de ramollir le tissu ligneux. M. de Quatrefages croit avoir observé que dans cette opération le taret ne fait pas usage de sa coquille, mais de son capuchon céphalique.
En 1858, l'académie des sciences d'Amsterdam, justement préoccupée des ravages causés par les tarets, nomma une commission pour étudier cette grave question. L'un des membres, M. Harting, étudia Jes moyens employés par le taret pour creuser les bois les plus durs, celui du chêne, par exemple.
L'animal, dit cet observateur, se sert de sa coquille à peu près comme si les deux valves étaient des mâchoires mobiles ou les deux bouts d’une pince ; seulement avec cette différence
que leur mouvement se fait successivement sur deux plans verticaux, l’un par rapport à l'autre.
Les petites dents sur les deux portions principales de chaque valve sont placées de la sorte qu’à chaque coup, de la substance est tranchée en particules quadrangulaires d’une petitesse extrême. Le pied fait l'office d’un suçoir attirant la coquille de façon à la forcer à se mettre en contact avec le bois.
Les dents sont peu usées par ce procédé, d’abord parce qu’elles ne grattent pas le bois, mais le coupent, comme le feraient autant de petits couteaux très aigus, et ensuite parce que chaque rangée de dents ne sert que pour un temps limité.
Les dents occupent le bord supérieur des lignes d’accroissement de la valve, le reste est lisse. Chaque ligne d’accroissement, et il y en a plus de 40 dans la coquille, d'individus âgés de plusieurs mois, indique un temps d’arrêt pendant lequel le taret a cessé de travailler pour ne recommencer son forage qu'après la réparation de son outil, c’est-à-dire après la formation d’une nouvelle rangée de dents.
Les galeries creusées par les tarets envahissent tout l’intérieur d’une pièce de bois sans indices extérieurs de ces ravages ; elles se dirigent dans tous les sens. Le taret change de route dès qu'il rencontre un sillon creusé par un de ses voisins ; aussi les galeries se multiplient sans communiquer.