‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 130 sur 156 · MALADIES NATURELLES · texte numérisé non relu

MALADIES NATURELLES

Bois ÉcHAurFÉ. — Bois BRuLÉ. — On indique sous ces noms des états d’altération plus ou moins avancés chez lesquels les éléments organiques, le carbone surtout, se transforment par oxydation, et subissent cette action que les chimistes désignent sous le nom d’érémacausie ou combustion lente. Les bois échauffés ou brûlés sont parsemés de taches rouges ou noires, ils exhalent une odeur acide et se réduisent facilement en

poussière. C’est le commencement de la fin naturelle de la substance ligneuse.

PourriTuRe. — C'est la suite de la décomposition dont l’échauffement est le commencement. Les forestiers et les ouvriers connaissent plusieurs sortes de pourritures. Identiques au point de vue des résultats, ces altérations offrent des caractères distincts les uns des autres dans la même espèce de bois. Rien de plus vague que ce nom de pourriture appliqué avec des adjectifs spéciaux aux aspects variés que prend le bois de chêne en subissant les dernières phases de sa décomposition.

Si nous constatons d’une façon précise les modifications chimiques dont les bois pourrissants sont le siége, nous savons peu de chose sur l'agent de ces modifications. Est-ce un ferment ? Est ce une végétation mycodermique qui détermine ces phénomènes. Depuis que nous savons que le tannin des chênes ne se transforme en acide gallique que sous l'influence de la végétation de champignons particuliers ; depuis que M. Trécul a reconnu, dans la sève en circulation dans les vaisseaux des plantes, la présence de spores de champiguons, il est permis de penser que la pourriture est une transformation chimique ayant pour cause la végétation de protophytes divers. Il est aussi rationnel d'admettre que les caractères variés que prend -la pourriture chez une même essence ligneuse' sont dus à la diversité spécifique de ces protophytes.

L'humidité est une condition indispensable de toute végétation ; aussi favorise-t-elle la pourriture, soit que cette humidité vienne de la sève enfermée dans le tissu, soit qu'elle provienne du dehors.

Nous allons examiner les caractères des diverses espèces de pourriture du bois de chène.

POURRITURE SÈCHE — Ou Bois CANNELLE — ou TABac D'ESPAGNE. — Ces noms sont donnés à la même altération, La pourriture

sèche se développe souvent à l’intérieur des pièces sans qu’un indice extérieur la révèle. Le bois devient cassant, offre la couleur de la cannelle et sa poussière ressemble à du tabac d’Espagne. Cette pourriture, lorsqu'elle à pour siége quelque portion du bois déjà prédisposée à cette altération par des vices de constitution, ou des vices accidentels, peut être limitée par le retranchement de la partie malade. [l n’en est pas de même quand la pièce entière y est prédisposée par son grand âge ou d'autres circonstances.

Comme sil avait soupçonné que le germe de la pourriture sèche pouvait bien avoir été porté dans toutes les profondeurs du tissu par les liquides nourriciers, John Barow désignait la pourriture sèche sous le nom de sap-rot, ou pourriture de la sève. En Angleterre on l’attribue à ce que l’évaporation de la sève n'a pas été poussée assez loin pour que les germes privés d'eau aient perdu leur propriété germinative. L’attention du gouvernement anglais a souvent été attirée sur cette maladie par les ravages immenses qu’elle a exercés dans la flotte et dans les chantiers.

En 1771, le vaisseau l’Ardent, de 64 canons, fut détruit par la pourriture sèche. De 1804 à 1825, la flotte anglaise construite avec des bois mal séchés, fut visitée par cette maladie. Près de quarante vaisseaux, nommés les quarante voleurs (pour l'argent qu’ils avaient coûté en pure perte), furent mis hors de service. Parmi eux la Reine Charlotte, lancée en 1810, était condamnée en 1811 sans avoir pris la mer. Le Bembow, de 74, construit en 1813, était infecté de la pourriture sèche en 1818 et refondu avant d’avoir servi. Le Dublin, de 74, lancé en 1812, était désarmé en 1813 et ses réparations coûtaient 500,000 francs.

Carte sème. — (Ce n'est qu’une pourriture sèche plus avancée et caractérisée par le développement de nombreuses espèces de champignons à la surface des bois décompusés. La

chair de poule ou blanc de chapon, est une pourriture sèche, mais distincte par la couleur blanche et la mollesse du bois.

PourRiTURE HuMIDE. — Les chancres, les gouttières, les nœuds pouilleux, les blessures causées par un élagage mal fait ou la rupture des branches, la mort d'une racine maîtresse, toutes ces causes déterminent souvent une pourriture extérieure plus ou moins localisée. Les chênes provenant de souches en sont fréquemment atteints à leur pied. Commencée sur les arbres vivants, la pourriture humide étend son action sur les arbres coupés : la séparation des parties malades arrête souvent le mal lorsque l’âge des bois ne les y prédispose pas.

Griserre, — Une couleur d’un brun plus ou moins foncé, quelquefois tirant sur le jaune, et une odeur de tabac prononcée la caractérisent ; sur les branches elle présente des taches noirâtres ou jaunâtres : sur le corps de la pièce, ce sont des veines de même coloration, suivant le sens des fibres ligneuses ; on les désigne sous le nom de flammes de grisette. Lorsque la maladie s’est encore plus développée, les veines sont parsemées de points ou de filets blancs. Ce dernier symptôme accuse nettement la grisette une des maladies les plus dangereuses du bois de chêne.

La grisette qui descend des branches vers les racines est plus grave que celle qui suit une marche inverse : la première atteint le cœur, et la resection des parties compromises sauve rarement la pièce : on peut au contraire ébouter les tiges qui en offrent l'indice inférieurement, et conjurer ainsi le développement ultérieur de l'infection.

Les ouvriers distinguent trois sortes de grisettes, qui ne sont sans doute que les diverses phases de la maladie : grisette blanche, noire et jaune.

La grisette des chênes d'Italie serait, d’après M. Garraud, moins dangereuse et plus facile à purger que celle des chènes de France.

Cuènes rerrés. — Le bois est parfois noirci par le suintement de la sève, et prend une couleur analogue à celle du chêne dans lequel on a enfoncé des clous en fer. Ce sont souvent les arbres sur le retour qui présentent cette altération.

Hurre. — Maladie assez rare et dont la description nous semble coïncider avec celle désignée sous le nom de chair de poule. La huppe serait décélée par une coloration plus foncée dans la teinte d’un nœud : les nœuds, indices de la huppe, sont désignés sous le nom d'œil de perdrix.

Jaunisse. — Taches jaunes annulaires autour du cœur. C'est une maladie des chênes ayant dépassé leur maturité, et une cause de rebut (1).

D'après Mazaudier, les chênes des différentes contrées seraient plus sujets à telles maladies qu’à telles autres. Les bassins de la Seine et de la Loire offriraient fréquemment la pourriture sèche : le bassin du Rhin, le bois mort et la gélivure ; la Saône, la grisette. Chez les bois de Provence, les maladies seraient moins prononcées, moins rapides. Ceux de la Sardaigne et de Naples seraient aussi favorisés, quoique de qualité inférieure. Les chênes de la Romagne, supérieurs à ceux du nord de la France, offriraient les mêmes maladies, à cause de la nature humide du sol.

Le chêne verdoyant de la Floride (Q. virens), semble presque incorruptible. Knowles en donne pour preuve la frégate l’£sseæ ; sur 507 pièces qui étaient à bord, depuis 12 ans, 6 seulement furent trouvées en mauvais état.

Le chêne blanc (Q. alba) d'Amérique serait bien difrérent : les bordages du Devonshire, construit en 1812, étaient en chêne blanc; ils étaient pourris, en 1817, sans que ce vaisseau eût pris la mer.

(1) Dans Pinstruction sur les bois de la Marine, M. de Lapparent a figuré les principales maladies du bois de chêne. L’exagération du coloris est le seul reproche qu’on puisse leur faire,

C'était, nous l’avons dit, un des inconvénients du martelage, que de faire affluer dans nos ports d'énormes quantités de chêne, pour ne pas laisser aller à l’industrie les pièces qui en provenaient.

De là ces entassements de bois dont la conservation était bien difficile. Il est souvent arrivé que, faute de pouvoir les loger dans les ports, les sommes allouées pour leur achat ne pouvaient être dépensées, à moins de s’exposer à des pertes considérables.

Malgré la précaution d’écarter les bois présentant des germes d’altération, les maladies propres à la substance ligneuse ne tardent pas à se développer. C’est alors que l’art de la conservation doit intervenir, art difficile qui doit prévenir et combattre les causes de destruction de ces matériaux coûteux.

Dans nos arsenaux, le chêne existe en dépôt ou en œuvre : en dépôt, dans les magasins ou dans des fosses ; en œuvre, à l’état de navires en construction ou à flot. Suivons-le dans ces quatre situations, et voyons leur influence sur sa conservation.

Autrefois les pièces de chêne destinées aux constructions navales étaient abandonnées en grume aux intempéries, dans le voisinage des chantiers. Lorsque le besoin d’un approvisionnement plus considérable se fit sentir, les bois équarris furent entassés en piles. La détérioration des pièces fut plus rapide encore que lorsqu'elles étaient isolées sur le chantier où elles séchaient purs vite, sans se communiquer leurs altérations.

D’après M. Nozereau, au bout de 15 ans, il fallait dé-

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classer les bois conservés en plein air, et le dépérissement du chère, dans ces conditions, était égal à celui des bâtiments à flot.

On recouvrit alors les piles d’une toiture, on les établit sur des pentes pavées. Des piles plus soignées encore furent soutenues au-dessus du sol sur des traverses de fer.

Knowles constatait que les vaisseaux construits de son temps avec des bois bien empilés, se conservaient beaucoup mieux, mais il signalait en même temps les inconvénients de cette méthode, et regrettait qu'on ne püt placer tout l’approvisionnement dans des hangars.

Le savant ingénieur recommandait de reformer les piles tous les ans, et de placer les pièces de la base au sommet du nouvel édifice. Il conseillait aussi de disposer les bois verticalement plutôt qu'horizontalement, précaution singulière qui avait cependant donné de mauvais résultats à Venise.

Des piles à toits mobiles on passa aux hangars. Le bois était mieux protégé contre le soleil et les vents qui le font fendre, et contre les pluies qui le pourrissent. Cependant l’arrimage de grosses pièces, la difficulté de déplacer celles qui conviennent, quand elles supportent les autres, la nécessité de refaire les piles pour visiter les bois, enfin: les dangers de l'incendie rendaient ce mode de conservation difficile et onéreux.

Il faut done de grands soins pour conserver les bois sous hangars. De grands dégâts y ont été souvent causés par les diverses maladies que nous avons énumérées ; c'est surtout dans les ports du Nord, où l'air est froid et humide, que les différentes sortes de pourritures sont à redouter. Dans les ports du Midi, à Toulon, où la plus grande partie de l’approvisionnement en bois de chêne est encore sous des hangars, la conservation est satisfai-

sante. Cependant il est arrivé que le Lymerylon navale à failli compromettre les dépôts de bois. Pour ne pas propager le mal, on fut obligé de renoncer à envoyer aux ports de l'Océan les bois courbes dont ils avaient besoin.

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