‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 143 sur 156 · QUERCUS TINCTORIA · texte numérisé non relu

QUERCUS TINCTORIA

Depuis plus de 60 ans, Bancroof a fait connaître les applications d’une écorce de chêne vendue dans le commerce sous le nom de quercitron, et provenant d’une espèce américaine le Q. tinctoria, ou chène quercitron. L’introduction de celte matière colorante dans les fabriques anglaises fut jugée d'une telle importance, que le Parlement anglais concéda à Bancroof le privilége exclusif de préparer et de vendre cette substance tinctoriale.

D’après M. Persoz, cette écorce se compose de trois parties : 1° l’épiderme qui doit sa couleur noire à linfiltra-

tion de la sève au travers de ses pores, et qui, ne renfermant qu'une petite quantité de matière colorante altérée, en est soigneusement enlevée ; 2 un tissu cellulaire, où réside la matière colorante ; 3° l’aubier.

Le quercitron, dont la valeur commerciale est assez élevée, est l’objet de nombreuses falsifications, avec des bois dont la teinte jaune se rapproche plus ou moins de la sienne. Malheureusement, cette substance se vendant en poudre, il faut avoir recours à un essai chimique pour en reconnaître la pureté.

On peut, suivant le procédé de Houton- Labillardière, essayer au colorimètre une décoction de quercitron suspect, et les comparer avec une décoction de quercitron normale.

Une décoction de 1 gr. de quercitron dans 10 gr. d’eau filtrée à chaud, offre une teinte jaune orangé brun, qui ne se trouble que par le refroidissement, mais qui, après un certain nombre de jours de repos, laisse déposer une substance cristalline nommée quercitrin où quercitrine.

L'odeur de la décoction de quercitron ressemble à celle de notre chène ordinaire et sa saveur est astringente et amère. Elle rougit le tournesol et précipite la gélatine. Les oxydes alcalins et terreux rendent sa nuance plus foncée, les derniers la précipitent en jaune roux. Cette réaction distingue essentiellement le quercitron du bois jaune.

Une solution d’alun servira encore à distinguer le quercitron du bois jaune. Dans la décoction du premier, elle ne produit qu'un léger précipité jaune sale et un précipité très abondant dans la décoction du second. Les sels de chaux, enfin, caractérisent la matière colorante du quercitron, ils sont décomposés par elle et donnent naissance à de véritables laques.

MM. Chevreul, Bolley et Rigaud, ont étudié dE matière

colorante du quercitron, que le premier de ces chimistes nomma quercitrin et le dernier quercitrine.

Cette quercitrine paraît exister dans l'écorce du quercus tinctoria, à l’état de combinaison avec un acide tannique particulier. On peut enlever la matière colorante à l'écorce et l'obtenir sous forme de petits cristaux microscopiques solubles dans 5 à 6 p. d'alcool et dans 422 p. d’eau bouillante.

Sa composition est exprimée par la formule MT SATA rs

Le quercitron est utile, non-seulement comme matière colorante, mais comme réactif. Souvent les fabricants éprouvent de sérieuses difficultés à cause des sels de chaux contenus dans les eaux qu'ils emploient. Ces sels de chaux modifient les couleurs. Le quercitron, dont la matière colorante a pour la chaux une grande affinité, est fréquemment employé pour sauver de l’action de cet alcali les teintes délicates, celle de la garance par exemple.

M. H. Schlumberger a montré que la poudre de quercitron, ajoutée dans un bain de garance dans la proportion de un trentième du poids de la matière colorante, équivaut à un poids de garance même égal à 27. Cette dernière nuance est ainsi modifiée par le quercitron qui lui communique une teinte jaune orangé, À Rouen, où l’on fabrique beaucoup de mouchoirs genre foulard, ces deux matières colorantes sont fréquemment combinées.

Le jaune est la teinte propre au quercitron. Il sert à communiquer aux tissus des teintes aussi variées que peuvent l'être les mordants qu’on lui associe.

Avec les mordants d’alumine, il donne une couleur jaune serin pur. Avec les mordants de fer, des gris, des verts olivâtres, des noirs particuliers ; avec l’oxide chromique, un jaune olivâtre : avec des mordants mélangés d’alumine et de fer, des couleurs olive et réséda. Pour le

réséda clair, le réséda moyen, le réséda foncé, la proportion de quercitrou par pièce est de 750 grammes, 1,500 gr., 1,650 gr.

L'emploi du quercitron en teinture demande des précautions Spéciales, tenant à la nature de son principe colorant, et à la forte proportion de tannin à laquelle il est associé. Il est nécessaire de ne pas dépasser une température de 20 à 25° et de neutraliser le tannin à l’aide de la colle forte.

La teinture de quercitron est préparée à l’aide d’une décoction de cette écorce de chêne, à laquelle on ajoute un peu de carbonate potassique, sodique ou calcique, dans le but d'arriver à des teintes d’un jaune plus pur.

On ne peut se faire une idée de la variété des effets qui peuvent sortir de l'union du quercitron et de la garance, et surtout du quercitron et de la cochenille. Avec les bois rouges, il donne les nuances bois, puce, etc. Avec le cachou, le fernambouc, le fustet et la noix de galle, il permet de réaliser toutes les nuances allant du marron à l’olive. Les teintes pistache, cannelle, acajou, tourterelle, etc., sont encore dues au quercitron associé avec diverses substances.

Le quercitron à été une des premières couleurs appliquées à la vapeur. Bancroof, vers 1797, « voulant produire sur le drap une impression jaune, imprima une décoction concentrée de quercitron à laquelle il avait ajouté une certaine quantité de nitro-sulfate d’étain. Après avoir couvert de papier la surface imprimée pour éviter les réapplicages, il enroula le drap sur lui-même, et l’introduisit dans un sac en coutil d’un tissu très serré. Il exposa ce sac, hermétiquement fermé, à l’action de la vapeur d’eau durant 15 à 20 minutes, et parvint ainsi à appliquer à l’étoffe un jaune aussi solide que si on l’eût fixé à la

manière ordinaire. » Les applications du quercitron par cette méthode perfectionnée sont aujourd’hui nombreuses et diverses.

S'il fallait indiquer toutes les combinaisons infiniment variées de nuances sur toile, coton, laine, soie, velours, etc., dans lesquelles le quercitron est employé, nous serions obligé d'entrer dans des détails qui ne seraient pas en rapport avec le but de cet ouvrage. Il nous suffit d’avoir montré, dans une grande industrie, le rôle important de cette écorce de chêne (1).

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