CHAPITRE VI
Place du Chêne dans les classifications.
Linné avait réuni presque toutes les formes de chênes connues de son temps dans un genre, le genre Quercus. Les Suber, les Ilex de Tournefort, et les nombreuses espèces découvertes depuis le commencement du siècle y ont été réunies et forment ainsi un des grands genres du règne végétal.
La place du genre chêne n’a pas beaucoup varié dans les classifications. Les groupes desquels il à fait partie ont pris d’autres noms, leur élévation dans la série à changé, ils se sont appelés familles, ordres ou classes : Le nombre des plantes qui se sont trouvées associées aux chênes a été plus ou moins considérable sous ces titres divers, mais le faisceau des espèces est demeuré presque intact ; nul doute, nulle incertitude à leur égard, ni séparation, ni démembrement parmi elles; toutes ont subi les mêmes fortunes, et les dernières viennent sans difficulté se placer près des anciennes. Admirable unité dans la variété la plus étendue.
La gracieuse disposition de leurs fleurs en chatons, la coupe élégante qui porte leurs fruits sont les caractères
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essentiels qui ont réglé la place des chênes dans les classifications et constitué leurs parentés les plus prochaines.
Linné le premier réunit sous le nom d’amentacées, qui veut dire plantes à fleurs en chatons, les chênes et les autres arbres, offrant une inflorescence semblable.
Adanson fit, sous le nom de Castaneæ, une grande famille de nos arbres forestiers. La première section de cette famille comprenait le châtaignier, le chêne, le bouleau, le charme, le coudrier.
Antoine Laurent de Jussieu, dans son genera plantarum p. 409, comprit que les chènes ne pouvaient demeurer rangés sous la bannière des châtaigniers, et pour éviter toute compétition entre les hauts barons de la forêt, il reprit, comme titre de famille, le nom d’'amentacées, employé par Linné. Il mit à la porte de la famille les orties qu'Adanson y avait introduites, et indignes d'y figurer quelle que soit leur analogie A'iRforepcenre avec les véritables amentacées.
À la suite de ses travaux sur les fruits, et comme pour couper court aux réclamations des orties, et de tous les autres porte-chatons, Claude Richard donna le nom charmant de cupulifères aux amentacées de Jussieu dont l’ovaire est infere, et dont les ovules sont suspendus (Rich. anal Ars D, 33,/09). J
Les chênes portérent ce nom avec d'autant plus de droit et d'autorité, que nul dans leur parenté nouvelle ne pouvait montrer une cupule mieux caractérisée et plus élégante que celle où leur gland repose.
Cependant Mirbel (Elém. phys. 2, p. 906), et longtemps après Lindley (Vég. Kingd. p. 290), délaissèrent cette appellation de cupulifères pour celle des corylacées. VNoyezvous le fier quercus robur, qu'Adanson avait soumis au châtaignier tombé plus bas encore et n'étant plus qu'un
coudrier ! quel classificateur eût jamais l’idée de dire du cheval qu’il était de la famille des ânes (1)!
Ce fut encore un Jussieu -qui remit les chènes en leur place, en donnant le nom de quercinæ à la famille dont ils font partie, et qui leur doit assurément tout son éclat, toute son importance (Jussieu, Dict. des sciences nat., 2, suppl. p. 12).
La réaction, comme toujours était allée trop loin. Les plantes sont plus démocratiques qu'on ne le croit : quel que fut le droit du chène de donner son nom à la famille qu'il domine incontestablement, pour ménager sans doute les susceptibilités du hêtre et consorts, les classificateurs revinrent pour la plupart au titre de cwpulifères.
De ce nombre furent :
Meissner qui plaça les chênes dans uñe tribu des cupuliferes nommée quercinées et fagineæ (Meissn. Gén. p. 346 et 257).
Schaht les plaça dans ses cupulifères vraies (Beitr. 1854, p: 5à).
Endlicher rangea les quercus dans l’ordre 89 cupulifères (Endl. Gén. p. 272-274, supp. 4 part. 2, p. 22, 1847).
Spach, dans la deuxième tribu de ses cupulifères, sous le nom de cupulifères-types, associe les chênes aux hêtres et aux châtaigniers.
Alph. de Condolle comprit les chênes avec les hêtres et les châtaigniers seulement, dans l’ordre C X C, cupulifères (prodromus pars decima sexta, sectio posterior, 1864).
M. A. S. OErsted, dans son essai de classification des chênes, adopte une famille des cupulifères formés de deux sections, quercinæ et castaninx, dans lesquelles les quercus prennent place avec les hêtres et les châtaigniers.
(1) Un botaniste allemand, Doll, a tenlé aussi d’asservir les chênes aux hêtres, en en faisant une seclion de la famille des Fagineæ ; après tout le quinquina et le café sont bien de la famille des Rübiacées.
Ainsi le hêtre et le châtaignier sont les plus proches parents du chêne, puisque ces trois arbres se trouvent réunis dans le même groupe des trois dernières classifications; si les botanistes sont tombés d’accerd sur ce point, il n’en est pas de même quand il s’est agi de classer les nombreuses espèces du genre en un certain nombre de sections.
Les premiers essais furent conçus de la facon la plus arbitraire et la moins scientifique.
Les uns admettaient deux divisions : {° chênes de l’ancien continent ; 2° chênes du nouveau continent.
D’autres formaient encore deux sections, l’une renfermait les chênes dont les fruits mürissent pendant la première année, l’autre ceux dont les fruits ne deviennent parfaits que la seconde année. Enfin on a divisé encore ces arbres en chênes à feuilles caduques et chênes à feuilles persistantes.
Des espèces analogues se trouvaient par là éloignées, et parfois des espèces éloignées, rapprochées.
Un groupement basé sur les formes des feuilles fut souvent tenté ; mais rien ne varie plus que ces organes, non-seulement sur le même individu, mais sur le même rameau. Après avoir abandonné cette méthode, on y revint en ayant le soin de n'étudier les feuilles que ‘chez les chênes adultes. Voici ces divisions des chênes :