‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 44 sur 156 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Géographie botanique du Chêne.

Cybèle représentait la terre chez les Grecs, et la déesse vénérable était quelquefois’ figurée avec une Couronne de chêne sur le front. La terre réelle porte aussi la couronne de chêne !

La géographie botanique d’un genre aussi nombreux et aussi bien caractérisé que le genre Quercus (chêne) offre un intérêt considérable. La distribution de ces arbres à la surface de la terre se lie en effet à des questions de la plus haute importance. Il est donc nécessaire de tracer d'avance les divisions de cette partie de l’histoire du chêne, l’une des plus curieues et des plus essentielles, mais aussi

l'une des plus obscures et des plus controversées. Nous étudierons successivement :

1° La distribution actuelle du genre Quercus dans son ensemble, en longitude, en latitude, en altitude ;

2° La répartition des espèces, l'étendue et les limites de leurs aires ;

3° Leur cantonnement dans ses rapports avec la classification du genre ;

4 L'origine, les migrations des espèces, et leur habitat actuel au point de vue géologique ;

5 Les relations des chênes actuels et des chênes fossiles, l’histoire de ces derniers.

C'est un vaste programme , on le voit; les perspectives qu’il offre à l'imagination sont immenses : les horizons de la terre se déroulent devant nous, et nos regards pénètrent les profondeurs lointaines des époques préhistoriques.

Distribution actuelle du genre Quercus dans son ensemble, en longitude, en latitude, en altitude.

Beaucoup de personnes étrangères aux sciences naturelles seront très-étonnées d'apprendre que l’Europe n’est pas la véritable patrie des chênes. Malgré les magnifiques espèces qui peuplent nos contrées, telles que les chênes pédonculés, sessiles, les chênes verts-et les chênes liéges, il existe loin de nous des pays que l’on peut à ee juste titre nommer la terre du chêne.

L'Europe en présente tout au plus 70 formes sur toute son étendue ; sans doute les individus qui les représentent sont nombreux, et couvrent souvent de vastes espaces ; mais la véritable patrie du chêne est la contrée qui contient la plus grande variété d'espèces aptes à vivre sur son sol et sous son climat ; l'Europe n’est pas dans ce cas.

L’Asie, si peu connue encore au point de vue botanique, est bien plus riche en espèces (1) de chênes; elle en compte

(4) Nous donnons ici au mot espèce une signification un peu large, puisque nous comprenons sous se titre les espèces vraies et leurs variétés.

actuellement 174 environ. Assurément , c’est peu comparativement à l'étendue de cette immense région; mais ses richesses ne sont pas toutes découvertes. L’Asie offre d’ailleurs aux chênes les climats les plus divers, les altitudes les plus considérables ; rien d'étonnant à ce que les variétés s’y rencontrent en très-grand nombre.

L’Amérique, et presque exclusivement l'Amérique septentrionale, nourrit une grande variété d’espèces querciennes , 168 environ, d’après le dénombrement fait par M. Alph. de Candolle pour le Prodrome. De l'Atlantique au Pacifique, du cinquième au cinquantième degré de latitude Nord, on rencontre de nombreuses espèces sur cette vaste étendue ; elles sont tantôt à l’état d'isolement, tantôt à l’état social, formant ainsi de magnifiques forêts.

Quant à l'Afrique, si voisine de l’Europe, et liée à l’Asie par Suez, elle contient dix espèces au plus. C’est là un fait étrange, sur lequel nous reviendrons, car l'Afrique septentrionale offre aux chênes les mêmes conditions de climat que celles qui sont préférées en Asie par un grand nombre de ces arbres.

En résumé, l'Europe n’est pas la patrie du chêne; l'Asie ou l'Amérique, les deux peut-être, semblent avoir été les berceaux du genre.

Il y à dans l’ensemble de cette répartition un fait des plus remarquables ; à de très rares exceptions, les chênes habitent l'hémisphère nord. En Afrique, les quelques espèces de cette région sont confinées au nord de l'Atlas et s’éloignent jeu du rivage de la Méditerränée. En Amérique, les chênes sont surtout nombreux, du 15° au 45° degré de latitude nord ; ils deviennent de moins en moins abondants en descendant vers le sud, où quelques espèces de la Nouvelle-Grenade semblent aller timidement à la rencontre de la ligne équatoriale.

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