‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 8 sur 156 · QUES · texte numérisé non relu

QUES

Que Dieu avait planté L'arbre de Guernica,

Restez donc debout

C'est à présent le moment ; Si vous tombez nous sommes Complètement perdus.

IT

Vous ne tomberez pas Arbre aimé, Si se comporte bien La junte de Biscaye, Nous prendrons un appui Avec vous, Pour que le peuple basque Vive en pays.

EV Qu'il vive à jamais :

Pour ‘le demander à Dieu, Mettons-nous Vite à genoux Et quand nous l’aurons demandé, De tout notre cœur, L'arbre vivra, A présent et dans l’avenir.

Le chêne a généralement bien inspiré les poëtes. La fontaine l’a mis en scène dans un petit poëme que l’on considère comme un chef-d'œuvre. Je me range à cette opinion, mais en faisant mes réserves. Dans la fable du chêne et du roseau, le poëte a prêté au héros de cette histoire un langage et des facons que nous n'acceptons pas. Son chene a les travers et les ridicules de quelques-

Le Dre

uns des grands seigneurs d'autrefois, c’est un chêne en perruque et à manchettes, ce n’est pas, non ce n’est pas le chêne austère et grave du pays celtique.

Et d’abord c’est un arbre d’une vanité puérile, alliant

au plus sot orgueil une bonhomie d’autant plus facile qu'elle lui coûte peu :

RARES Mon front, un Caucase parei!, Non content d'arrêter Jes rayons du soleil, Brave l'effort de la tempête.

norton Tout me semble zéphir.

Que cette pompeuse présentation de lui-même contraste avec l'intérêt du grand seigneur pour le chétif voisin !

— Vous avez bien raison d’accuser la nature, Un roitelet pour vous est un pesant fardeau.

Et encore :

— La nature envers vous me semble bien injuste.

Après cette fausse pitié, regrettera-t-il que sa grandeur lenchaîne au rivage ? Nullement, qu’allait-il faire après tout ce roseau

— Sur les humides bords du royaume du vent ?

C’est sa faute ; et le faux-bonhomme de chêne, se ren-

gorgeant encore, achève de se désintéresser dans l'affaire par ces mots dédaigneux :

— Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage,

Vous n’auriez pas tant à souffrir,

Je vous défendrais de l'orage,

L'arbuste, en sa réponse, ést inimitable de simplicité, de politesse et de fine ironie :

— Votre comparaison.................

Part d’un bon naturel, mais‘quittez ce souci, Les vents me sont moins qu'à vous redoutables, RARE Je pheet ne romps pas.

C’est pour avoir méconnu ce que j'appelerai le caractère moral du chêne, que Lafontaine termine cette charmante fable par la contradiction et l’exagération.

Après ces paroles du roseau : Je plie et ne romps pas,

on s'attend à voir le chêne brisé par un orage. Le poëte, au contraire, nous le montre déraciné par la tempête. Jamais ouragan n’a déraciné les vieux chênes, il les mutile, il jonche le sol de leurs débris, mais ne les couche pas les racines en l’air, surtout lorsque celles-ci sont assez puissantes pour toucher à l'empire des morts.

Jamais Lafontaine n’a fait parler le lion comme le lièvre, pourquoi donc fait-il de notre chêne un faquin!

Virgile, au livre 1 des Géorgiques, a célébré le chêne (Æsculus) en beaux vers, que Lafontaine n’a pas imités jusqu’au bout : |

Æsculus in primis, quæ quantum vertice ad auras Æthereas, tantum radice in Tartara tendit.

Ergo non hyemes illam, non flabra neque imbres Convellunt : immota manet, multos que per annos Multa virum volvens, durando secula vincit.

Tum fortes late ramos et braçhia tendens

Huc, illuc, media ipsa in gentem sustinet umbram.

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Le véritable chêne, le voici encore dans cette traduction d’un admirable chant d’outre-Rhin :

Élève toi jeune chêne, élève toi au milieu des tempêtes, tu

es le chêne.

Étends tes rameaux touffus, les oiseaux du ciel les rempliront de leurs nids et de leurs chansons.

Les enfants du village danseront à ton ombre sous les regards de leurs aïeux et échangeront de doux serments.

Les jeunes guerriers respireront le courage à tes pénétrantes émanations, et tes feuilles tresseront autour de leurs tempes la couronne des vainqueurs.

Plus tard, car tout finit ici-bas, tu tomberas sous la cognée, : mais tu tomberas pour revivre plus utile encore,

Tu seras la lance qui donne la-liberté, qui défend le foyer sacré contre les envahisseurs de la patrie.

Tu seras la table ou s’asseoit la famille, la poutre soutien du toit qui l’abrite, le lit des fortes générations.

Tu seras le tonneau rempli du vin généreux qui nous fait oublier nos peines et ne nous laisse que le souvenir de nos joies.

Tu seras aussi le lit où l’homme dort son dernier sommeil et au dessus de lui tu seras la croix.

Tu seras la croix, splendide trait-d’union qui unit la terre au ciel, dont tu es lé présent, noble chêne!

Ce n’est plus le mystérieux séjour de Thor ou d’Esus, le temple où Merlin rendait ses oracles : la crainte qu’il inspirait à nos pères est remplacée par des sentiments meilleurs. Le chêne a cependant été la source d’une ins-

piration poëtique plus suave et plus élevée peut-être, et nous terminerons ce chapitre en empruntant au chantre immortel des harmonies poëtiques et religieuses la belle page qu'il intitule :

Le Chêne.

Voilà ce chêne solitaire

Dont le rocher s’est couronné ; Parlez à ce tronc séculaire, Demandez comment il est né.

Un gland tombe de l'arbre et roule sur la terre; L’aigle a la serre vide en quittant les vallons, S'en saisit en jouant et l'emporte à son aire Pour aiguiser le bec de ses jeunes aiglons ; Bientôt du nid désert qu'emporte la tempête

Il roule confondu dans les débris mouvants, Et sur la roche nue un grain de sable arrête Celui qui doit un jour rompre l’aile des vents.

L'été vient : l'aquilon soulève La poudre des sillons qui pour lui n’est qu'un jeu Et sur le germe éteint où couve encore la sève

En laisse retomber un peu.

Le printemps, de sa tiède ondée,

L’arrose comme avec la main ;

Cette poussière est fécondée,

Et la vie y circule enfin,

La vie! À ce seul mot tout œil, toute pensée

S'inclinent confondus et n’osent pénétrer ;

Au seuil de l'infini, c’est la borne placée,

Où la sage ignorance et l'audace insensée ‘Se rencontrent pour adorer |

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Il vit ce géant des collines ;

Mais avant de paraître au Jour,

Il se creuse avec ses racines

Des fondements comme une tour.

IL sait quelle lutte s'apprête

Et qu'il doit contre la tempête Chercher sous la terre un appui

Il sait que l'ouragan sonore

L'attend un jour... ou s'il l'ignore, Quelqu'un du moins le sait pour lui !

Il vit!"le colosse superbe

Qui couvre un arpent tout entier, Dépasse à peine le brin d'herbe

Que le moucheron‘fait plier.

Mais sa feuille boit la rosee,

Sa racine fertilisée

Grossit comme une eau dans son Cours, Et dans son cœur qu’il fortifie, Circule un sang ivre de vie,

Pour qui les siècles sont des jours.

Les sillons où les blés jaunissent Sous les pas changeants des saisons, Se dépouillent et se vêtissent Comme un troupeau de ses toisons ; Le fleuve naît, gronde et s’écoule ; La tour monte, vieillit, s'écroule, L'hiver effeuille le granit ;

Des générations sans nombre Vivent et meurent sous son oïbre :

Et lui ? voyez, il rajeunit |

NE

Son tronc que l'écorce protège, Fortifié par mille nœuds,

Pour porter sa feuille ou sa neige, S'élargit sur ses pieds noueux ;

Ses bras que le temps multiplie, Comme un lutteur qui se replie Pour mieux s’élancer en avant, Jetant leurs coudes en arriere,

Se recourbent dans la carrière

Pour mieux porter le poids du vent.

Et son vaste et pesant feuillage Répandant la nuit alentour, S'étend, comme un large nuage, Entre la montagne et le jour ; Comme de nocturnes fantômes

Les vents résonnent dans ses dômes ; Les oiseaux y vi:nnent dormir,

Et pour saluer la lumiere,

S'élèvent comme une poussière,

Si la feuille vient à frénuir.

Et pendant qu'au vent des collines Il berce ses toits habités,

Des empires dans ses racines, Sous son écorce des cités ;

Là, près des ruches des abeilles Arachné tisse ses merveilles,

Le serpent siffle, et la fourmi Guide à des conquêtes de sable Ses multitudes innombrables Q1'écrase un lézard endormi,

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