‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 86 sur 156 · OL8T · texte numérisé non relu

OL8T

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SAFNNY

Ainsi tous les 30 ans, sur chaque hectare, on coupe n baliveaux et on en réserve 40, et lorsque le taillis composé est en pleine exploitation, 150 ans après sa création, on coupe sur chaque hectare, par année :

1° n baliveaux de l’âge du taillis ;

7 CE 1 — de 60 modernes ; A0 — de 90 anciens 2° classe ; 4 10 — de 120 anciens l'° classe ; b°*210 de 150 vieilles écorces ;

et on réserve :

1° 40 baliveaux de l’âge ou de 30 ans;

20: "90 — de 60 modernes ; 3° 920 -- de 90 anciens 2° classe; 4 1]0 — de 120 anciens l' classe ;

Voilà le travail d'exploitation, coupe et réserve à faire tous les 30 ans, sur chaque parcelle du taillis sous futaie.

Nous ferons remarquer qu’en pratique, ce sont 50 baliveaux d'âge que l’on réserve; mais que 30 ans après ces 50 chênes sont réduits à 40 par suite d’accidents naturels.

Ce balivage normal est réglé sur la nécessité de ne maintenir, sous le couvert des chênes, qu’une portion de la superficie de la forêt.

L’espacement, ou la distribution des baliveaux réservés, a la plus grande importance dans la futaie sur taillis. On comprend que les arbres d’âges différents qui la composent doivent être exactement mélés ; sinon les coupes, en portant sur des chênes de même âge, produiraient des vides, si ces derniers se trouvaient groupés.

Le balivage ou martelage est assurément l’une des opérations les plus difficiles de la sylviculture : il se pratique de printemps ou l’été qui précède l'exploitation. Il faut

une grande sagacité, une grande habitude pour déméêler dans la forèt les réserves de toutes catégories.

Outre ces grandes opérations de la coupe et du balivage, la culture du chêne en taillis composé réclame d’autres soins; tels sont les nettoiements et éclaircies secondaires, tel est encore l’élagage des baliveaux.

L'élagage à son importance, il a ses règles théoriques et pratiques : « Dans les forêts de l'État surtout, il a une haute importance à cause des moyens qu’il offre pour favoriser la formation des courbes et courbants propres aux constructions navales. » (LORENTZ et PARADE).

Aucun arbre n’a plus de tendance que le chêne, lorsqu'il est isolé, à se couvrir le long du tronc de branches gourmandes qui détournent à leur profit la nourriture de l'arbre En conséquence de ce fait, la cime cesse de se développer, et bientôt l'arbre entier dépérit.

Si l’élagage est une opération indispensable pour le chêne, elle est pour lui aussi une cause de vices, grisettes, huppes, pourriture, etc., quand il est mal fait.

L'amputation des branches doit être faite de façon à ne pas léser l'écorce. Lorsqu’elles ont plus de 10 à 12 centimèêètres de diamètre, la section rez-le-tronc faisant une plaie trop difficile à recouvrir, on supprime l'extrémité de cette branche, ou bien on laisse un chicot de un mètre de long, lequel se couvre de ramilles et n’est point une cause de carie pour le tronc.

Un élagage fait trop près du tronc amène la carie du chicot et celle de l'arbre, ou bien une loupe. Il faut donc adopter, quand la réparation de l’écorce semble possible, l’amputation rez-le-tronc avec une onction de coaltar. C'est la méthode du marquis de Courval appliquée par M. le comte Des Cars.

L’élagage du chêne demande beaucoup de discernement, car la suppression de fortes branches peut rompre l’équilibre entre la cime et les racines, ou détruire l’espoir de courbes précieuses. Le chêne isolé doit avoir enfin une tête plus forte que celui qui à crû en massif, afin de résister aux intempéries.

Les bourrées qui résultent de l’émondage du chêne ont toujours assez de valeur pour compenser les frais de Popération.

La sylviculture possède les moyens de passer d’un mode d'exploitation du chêne à un autre ; c’est ce qu’on appelle conversion. Nous ne dirons qu’un mot de chaque sorte de conversion.

Conversion d'une futaie en taillis simple. — Rien de plus facile si les chênes à couper peuvent donner des rejets. La forêt est divisée en vingt-cinq parties, où l’on fait d’années en années les coupes de régénération. A la vingtsixième année, on revient sur le premier vingt-cinquième, qui est un taillis simple. Quand les souches trop âgées ne peuvent donner des rejets, il faut les remplacer par des brins de semence. Cette conversion se pratique rarement.

Conversion d’une futaie en taillis composé. — Comme dans le cas précédent, c’est un taillis à créer, tout en maintenant une part de la futaie incapable de gêner le repeuplement par un couvert trop épais, et en prenant les dispo-

sitions nécessaires pour le balivage. Les vieux chênes devront tomber à mesure que les chênes baliveaux arriveront à l’état de modernes.

Conversion d’un taillis simple en taillis composé. — Se borne à établir sur le taillis les différentes catégories de baliveaux à réserver.

Conversion d'un taillis simple enifutaie. — En théorie, rien n’est plus simple; mais deux cas se présentent : dans l’un, la conversion peut se faire sans tenir compte de la diminution du revenu. Il suffit alors de pratiquer des coupes préparatoires, qui ont pour but de supprimer les brins chétifs ou dominés, pour ne laisser subsister que les chênes capables de former la futaie.

Dans le second cas, la conversion doit se faire sans abaisser trop sensiblement l’ancienne production. S'il est juste de ne pas sacrifier l'avenir au présent, il est non moins équitable de ne pas abandonner le présent pour l'avenir. La conversion est alors plus lente. Quant aux détails de l’opération, n'oublions pas que nous n’écrivons pas un traité de sylviculture , travail pour lequel nous serions très-incompétent.

Conversion d'un laillis composé en futaie. — I1 semblerait que la forêt, constituée. par une futaie surmontant un taillis, deviendrait facilement futaie par la suppression du taillis. L'opération est plus compliquée ; cela tient à l’état irrégulier de la plupart des taillis sous futaie, et aux srandes différences d'âge des différentes catégories de chênes qui forment le couvert jau-dessus du taillis. Cette opération se pratique en grand. dans les forêts domaniales, et c’est une des plus fécondes au point de vue de Pavenir de la production du chêne.

Conversion d’un taillis composé en taillis simple. — C'est facile : il suffit de couper les réserves, de ne conserver que les baliveaux de l’âge et de repeupler les dégarnis et les clairières produites par l'enlèvement des arbres supprimés.

Nous n'avons rien dit de la culture et de l'exploitation des chênes à feuilles persistantes, parce qu’en France il n'y a guère que le chêne liége, dont nous parlerons à part, qui, parmi les arbres toujours verts, soit l’objet d’une exploitation plutôt que d’une production.

Dans la région des Maures et de l’Estérel existent de vastes forêts d’une contenance considérable. Le pin à pignons, le pin d'Alep, le pin maritime, le châtaignier et le liége en sont les essences dominantes.

Le chêne-liége tend à devenir, de jour en jour, dans la partie granitique du Var, l'espèce la plus importante, et à remplacer les autres. Jusqu'ici, il n’y a pas cu de culture proprement dite, et la préservation de ces forêts, du terrible fléau de l'incendie, a surtout préoccupé le gouvernement et les particuliers.

D’après un rapport sur une enquête faite, en 1868, par le directeur général des forêts, les étendues de bois exposés, dans le Var, au feu, étaient encore à cette époque de 72,180 hectares. La minime portion de cette superficie, 7,080 hectares, appartenait à l'État; les communes en possédaient 17,520, et les particuliers 47,580 hectares.

Un projet de loi destiné à fonder, pour cette richesse forestière, la sécurité qui lui manque, avait été voté en 1870, à la veille de la guerre. Mesure tardive, après les désastres de 1863, 1864, 1867, qui avaient ravagé 20,000 hectares, mais qui, bien comprise, peut sauver ce qui reste de ce beau domaine.

Il ne s’agit pas ici seulement de chênes-liéges et de . Pindustrie qui s’y rattache. La Provence, comme toutes les contrées du bassin de la Méditerranée, n'a été que trop déboisée, et les conséquences, si le mal n’était réparé, conjuré, ne tardéraient pas à se révéler avec une intensité croissante. L’Asie-Mineure, la Grèce n’ont plus la fertilité si vantée des anciens temps ; avec les bois, la fécondité du sol à disparu, le climat s’est modifié, les sources se sont taries. Que les chênes-liéges au contraire couronnent de nouveau ces sommets dénudés, les cours d’eau reprendront leur régularité, et au lieu d’être des torrents dévastateurs, ils arroseront de nouveau des rivages auxquels la nature prodiguerait tous les dons, si l’homme la laissait agir dans sa mesure (1).

(4) Voyez : Des incendies de foréts dans la région des Maures et de V'Esterel, etc., par M. de Ribbe, 1855.

Voyez aussi : Les foréts de la région du feu, par Ch. de Kirwan. — Correspondant, livraison du 25 juin 4870.

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