CHAPITRE X
La Chevalerie. — Le Destrier. — Le Ronssio. — Le FaleflwtT ^ Lc^ Combats.— Les Tournois. — Les Carrousels. — Chevaux des lomaas.
— Chevaux des iégeodes.
HiSÏOlftË Dli CHIVAL
GHAPITRË PABMIER
Création du cheval. — L'Eden. — Chute de rhoimue. — Les Pasieurs. — Les Géans. — Le cheval divinisé par les premiers hommes.
Aprte avoir créé, par sa parole, le ciel et la terre, les
poissons des eaux et les oiseaux des airs, Dieu trouva bon de donner à F homme une suprême marque de sa faveur : il créa le cheval.
Dans la magnifique succession d'êtres où sa toutepuissance voulut, pour ainsi dire, s'essayer, la dernière place, celle de la perfection» était réservée à cette belle créature»
Si le cheval eût été un de ces grossiers animaux qui
rampaient dans la fange des premiers jours, avec les grands serpens, les monstres amphibies et les dragons volansvon retrouverait ses ossemens parmi ceux de ces
animaux que la science a recomposés* Hippopotames, ours, éléphans, chameaux* se retrouvent dans les terrains de formations plus ou moins anciennes; mais le fossile du cheval, connne celui de i homme, ne se trouve nulle part. Ouvrages des derniers jours, fins de la création, dont la fenmie devait être le mot suprême, le cheval et l'hoinme entrèrent les derniers dans la vie, après les séries de merveilles, après les soleils et les mondes.
Les inteUigences prirent dans leurs mains les moules des créations ; ils choisirent les plus charmans contours, les proportions les plus parfaites, Tensemble le plus merveilleux ; ils denuiiidèreiit au lion sa fierté, au tigre sa souplesse, au cerf sa légèreté; ils prirent l'œil de la gazelle, la fidélité du chien, la mémoire de l'éléphant; le cigne donna son cou d'argent, et Tonagre son pied de fer.
Le Très-Haut octroya encore à l'être privilégié qu'il voulut former la gracieuse élégance des oiseaux qui se balancent dans l'azur des cieux. Puis il le revêtît d'une robe couleur du temps, c'est-à-dire changeante comme • lui ; tantôt elle est jaune comme l'or, tantôt elle est noire comme lanuit, tantôt toutes les nuances s'y jouent comme l'émail des fleurs dans les prairies. Quelle était la couleur de celui qui le premier eflltMu a de ses pieds les bosquets de r£den? Sans doute, il était de cette nuance oér leste que nous retrouvons seulement aujourd'hui dans ces lieux où repose le berceau du monde; son poil était l)];iiic comme le lait de la chamelle et parsemé de légères marques rougeâtres, comme si les anges, en se jouant, eusseaat fait {deuvcôr sur som corps «ne grêle dé corail.
Dieu avait accordé un don de sa main à chacmi des
aniœaoz qu'il avait créés : au cerf, la rosée des feuilles du taillis; au Uon, le sable chaud pour y faire sdn nid:
il donna au cheval T espace pour s'y jouer, comme à l'aigle le chemin des airs, comme à lévialhan la route des * mers. Le cheval fut le roi de la vitesse; c'est le plus ra^ |Mde des quadropëdes ; il devance le cerf, bondit comme le chevreuil et fatigue le loup. Plus prompt que le vent, plus impétueux que le torrent des montagnes, il nele cède qu'à ronragan. L'homme entouré d'^mens qui conju* raient sa ruine, d'animaux dont la vitesse et la force dé^ passaient les «ennes, l'homme eût été esclave sui la terre; le cheval l'en a fait roi.
Le cheval est, en effet, de tous les êtres créés, le plus utile à l'honmie. Dès rori§pne des peuples, il présida à la formation des empires, et maintenant encore, un état sans cavalerie et sans la vie que donne le cheval, serait à la merci du premier conquérant. On peut se peindre un monde sans animaux sauvages, un monde même sans aucun des animaux domestiques cpii y répandent le bon- . heur et la fertilité ; mais un monde sans chevaux est impossiMe. Nous dirons plus tard comment la civilisation portée en Amérique par les premiers navigateurs qui peuplër^t cette terre, s'éteignit et aboutit à l'état sauvage sous le plus beau ciel et au milieu de la plus belle nature du monde, parce que le cheval ne se trouvait p^ dans la cargaison du vaisseau qui y porta lé premier iiomme. Là où le cheval est en honneur, la civilisation croit et se développe; là où il s'abâtardit, la civilisation languit et meurt. Retranches le cheval de la création « vous enlevés de la terre le sentiment et la vie, vous en^ levea le grand ressort de la machine de Dieu. Aussi
comme ce noble animal est bien fait pour sa haute mifl^sion. Elégance, hannonie, force, courage, douceur, m-
teîlip:cnce, le cheval réunit tout. Tous les climats lui sont bons, tous les alimens font sa nourriture, son pied mord sur le roc, effleure le sable et se pose en sûreté sur les glaces du Nord ; d'admirables jointures élèvent sur ses quatre bases un corps rayoniiant de grâce et de beauté; son rein supporte les poids les plus lourds, sa queue forme un éventail si riche que des rois puissans et des ' phalanges guerrières en ont fait un glorieux ornement; son cou porte sans plier le joug des chars, et sa tête est un poème vivant où toutes les passions éclatent et dont le langage sait se faire entendre à tout ce qui respire, soit qu'il caresse soit qu'il menace. Le mouvement de ses oreilles, Téclaîr de ses yeux, le hennissement doux ou terrible de ses ardentes narines répandent la joie ou la teiTour. 11 se plie à tout: sous le frein du guerrier, sa voix appelle les combats; et sous la main du laboureur, il trace un paisible sillon.
Tant que durèrent les jours del'Ëden, le cheval ne fut d'aucun service à l'homme. Comme tous les autres animaux, il était seulement un de ces brillans jouets qui n'avaient d'autre destination que celle d'animer de leurs ébats 1 immense solitude du matin de l'univers. 11 paissait les vastes prairies qu'arrosait le fleuve aux quatre branches, et livrait sa chevelure soyeuse aux vents tièdes de l'heureux séjour.
La chute de l'homme révéla au cheval sa noble mission; il sortit avec lui de la douce patrie, il frémit en voyant sur la terre les cèdres déracinés par l'orage , les ravins creusés par les torrens ; il effleura d une dent dé-
daigneuae les prairies embaumée» qui s'étendent du. Tigre à riiupiiiate : elles lui senibUient amères comme le pain de l'exil. Ëfirayô par des bruits étrangles, pai* cette nature rade et sauvage à laquelle ne l'avait pas accoutumé réternél printemps dont il avait joui jusqu'alors, emporté par l'instinct de son aventureux génie, pour la première fois, lui aussi fut ingrat ; il oublia son maître , il quitta l'homme, il franchit le désert en quatre bonds , il vit l'e^fiaoe et la liberté devant lui ! Mais bientôt il vint reprendre sa chaîne pour ne plus la quitter, et l'homme, à son premier réveil sur cette terre de misère, le trouva docile et soumis, prêt à partager ses dangers et sa gloire. U laissa l'espace pour un sentier rude et borné, la liberté pour un frein, et fut le premier être qui prit la devise: Je sers l qui plus tard honorera le front des rois.
Le cheval fut de tout temps le serviteur de l'homme; avec le chien, la vache et la brebis, il forme ce noyau d'animaux domestiques qui suivirent l'homme dans son exil : le cheval sauvage est un animal dégradé ; c'est un fruit de nos misères, c'est le bandit qui fuit sur la montagne, ou le.pauvre banni, relégué loin des si^is sur une terre de tristesse et d'abandon. 11 faut au cheval la compagnie de 1 homme : sa main pour lisser sa crinière, son c(Bur pour animer le sien , son génie pour ennoblir ses destins. L'homme, ditron, aurait conquis le cheval I Et où voit-on donc les marques de l'esclavage? S'il est esclave, c est lorsque, soumis à ses besoins, livré aux simples instincts de la brute , maigre, chétif, épuisé, il dispute aux élémens en fureur, aux animaux sauvages, une vie d'inquiétude et d'abstinence ; mais il est libre, quand il bondit sous la main du cavalier, quand il traiue un char
de victoire, quand il triomplie aiiz jeux du Cirque, quand
il combat et meurt aux jeux du dieu de la guerre : là est son règne et sa puissance , là est sa gloire et sa destinée. Quel iiit le sort de la race équestre, pendant cette jeunesse du monde où la terre produisait à l'enn les froite les plus savoureux, les fleurs les plus brillantes, où riierbe égalait en hauteur la tige des palmiers, où les palmiers des vallées caressaient le front des montagnes, où le roi du monde n'avait qu*à se laissar vivre au sein des prospérités que Dieu lui avait fûtes T 11 estfadle de le dire; elle rendit à rhonime tous les services qu'elle était destinée à lui rendre ; Adam, qui vécut 900 ans, qui vit passer sous ses yeux trois cents générations de chevaux ; Seth, le père êtes enfans de la Loi, Enos, Caïnan , Malaléel , Jared , Enoch , qui , après 360 ans de vertu, fut enlevé au ciel, Mathusalem, dont la vie fut si longue, Lameth, p^ de Noé, tous ces hommes forts et intelligens qui sentaient encore dans leur âme bouillonner le souille divin, furent d'habiles éleveurs et du bons écuyers. Us devinaient ce que nous n'apprenons qu'avec peine ; chacun d'eux pouvait compter des siècles d'expérience, et cette expérience ne fut pas perdue pour eux ; elle leui' servit à mettre à profit les dons qu'ils avaient reçus.
Le cheval fut d'abord l'ami de la famille, admis sous la tente du patriarche, caressé par les csifons, nourri
par les mains des jeunes filles de l'ambroisie que distillaient les plantes de l'ancien monde ; il passait les jours à gravir les hautes montagnes^ à franchir les torrens, ou les cratères encore chauds des volcans de la création ; il courait à travers les plaines du désert défiant la gazelle
et Fantraelie, préhidimt ainai ain rudes travaux qm l'homme dsvait bientôt kd imposer. Le soir, couché an
seuil de la tente, il prêtait parfois sou ilanc docile ao pasteur qui s'y étcadalt mollement, le coude sur l'encohire, ccHome plus tard tes "vohiptueiiz rois de TOrient sur leurs soyeux coussins. Quelquefois, quand le groupe arrondi des enfans d'Adam écoutait les grands récits qu'il devait transmettre à la postérité, le cheval# appuyant s» tâts capricieuse sur Tépaule de Vxm d'eux ^ mêlait sa flottante crinière aux cheveux bruns des jeunes liommes, aux cheveux blancs des anciens de la tribu.
Ce fut un beau momeot dans rbistoire du monde, un moment où les anges du del se penchèrent de leurs 8lé<<
ges étoilés pour regarder la terre , celui où le premier cavalier enroula sa main dans la crinière de son coursier et s'élança sur son dos, trône de tant de gknres. Jeté sur u» coin de ce globe, qu'il devait mettre plus de dnq mille ans à connaître, le premier instinct de l'homine primitif fut la curiosité ; il avait soif de ce mystérieux infini qui fuyait devant ses pas et tourmentait son oiigueil ; il lui fallait un secours, un pied plus infatigable et plus rapide que le sien. Le clieval anima les \astcs solitudes du naissant univers ; il rapprocha des lieux inconnus et remplaça à lui seul, au sein delà famille et sous la tente mmnde, quarante siècles de civilisation»
Un des premiers soins, un des plus importans à cette époque fut celui des troupeaux. La vie pastorale est la plus naturelle , la plus pure, la plus rapprochée d'une origine divine. Le paissage des troupeaux fut Voccupaiion des premiers liommes, et plusieurs tribus s'y consacrèrent
spécialeiiient TeUeiutGeUedeiabel^filBd'AdaetdeLar
meth ; elle était composée de pastemrs, habitant sous des tentes et menant cette vie errante qui va si bien au climat de rOrient On lit dans Zonare : t qae Jabel avait de grands haras et fonse pouliùiis et cbevauz ak il pratak son plaisir, » Le cheval et le chien furent les auxiliaires des pasteurs : le chien servit à diriger les hordes vaga- ' bondes, le cheval à les suivre. Comment, en effet, diriger et rassembler ces immenses troupeaux, perdus dans la prodigieuse végétation d'un monde antédiluvien, sans avoir le secours de la vitesse du cheval? comment rapprocher des oasis séparées par des déserts? La vie humaine n'y eût point suffi. Semblables à ce berger d'un conte populaire, qui, s'il eût été roi, eût gardé ses moutons à cheval, les premiers pasteurs gardaient leurs troupeaux à cheval, le long des fleuves de TOrient, comme le firent plus tard les Centaures et les Lapythes, comme le font encore aujourd'hui les piccadores espagnols, les bergers de la campagne de Rome, les tabunzeks des steppes de Tartarie, les pâtres de la Camargue et les Gauchos du Nouveau-Monde.
Bientôt le cheval vint servir d'autres besoins, de plus impérieuses passions. Du jour où Caïn tua sun frère, la discorde avait pénétré sur la terre; des rivalités de toute nature germèrent au cœur de l'homme. Le cheval du pasteur devint un cheval de guerre ; le cheval du labourem^ ravagea les champs ([u'il avait cultivés. De rbabitudede se servir de lances pour diriger leurs troupeaux et les défendre contre les attaques des bêtes féroces, à cdle de s'en servir pour combattre entre eux, il n'y eut qu'un pas à faire pour les premiers pa^teuis, et bientôt les es-
cadrons se ruèrent Fuii sur raulre et la terre frémitsous Iràrs pas. '
Alors les tyrans se riiontrèrent, comme après l'orage le limon à la face des eaux. Quand les ûls de Dieu prirrat pour épouses les filles des hommes; ils eurent pour fils les géaas ; ceux-d étaient puissanspar le génie, puîssans par la ibrce de leurs bras ; leur cœur était intrépide ; mais ils vivaient loin de Dieu. Ils dirent les premiers : « Ce champ est à moi! » Les hommes les suivirent; ils fondèrent des colonies, des villes pour y cacher leurs crimes, y fuir les atteintes des bêtes sauvages et le courroux de leurs frères. Caïn leur avait donné cet exemple; il bâtit dans sa vieillesse la ville d'HénocMa, du nom de son fils Hénoch. Les géans bâtirent aussi cette ville de Sippary, ou ville du Soleil, en Mésopotamie, où Noé enterra les tables de pierre qui contenaient les faits historiques et les principes des sciences. Ils élevèrent des palais ; ils eurent des citadelles et des années ; le cheval leur vint en aide ; il porta les guerriers, il s'attela aux chars de guerre; son importance s' accrut du besom qu'on avait de lui ; il fut divinisé comme le cavalier. Les idoles des faux dieux adorés du temps de Noé étaient Ood, c'était le ciel représenté sous la forme humaine ; Joa» qui avait la figure d'une femme; Irowt, celle d'un lion; Yaoue, celle d'un cheval» et Naser, celle d'un aigle. C'est la première fois que nous voyons le cheval pris pour emblème. Si, comme le pense le commentateur Jamchascar, ces noms étaient ceux des grands hommes du temps, Yaouc était sans doute un fameux cavalier de l'époque antédiluvienne. Dès lors, les rois qui possédaient le plus de chevaux et de cavaliers étaient les niaî-
ires de k terre; leur orgueil ne eonnat falentôt pliid de
bornes : Nous monterons au ciel, disaient-ils, nous plor cerons nos trônes au-dessus des étoiks; nous serons sem-
biabieê au Tréê^Hauil Dieu confondit leur insolence, il se vengea par le déluge : le cheval et le cavalier furent
confondus dans sa colère; deux chevaux seulement, compagnons de Noé, s'aiTètèrent avec lui au sommet de 1 Ararat.
GUAIUTIIË II
tHàfettMt éM homnies. ^ Btb«1. — DifiëreDs noms da cbemK — Le» f :f , Pattlaielies. — tes Rois. — Job et le clieval arabe.
rl|eftftbefaux qui entrèrent dans Tarche avaient sans ânÂto dégénéré de celui qui courait en liberté dans
IXden. Le sceau divin imprimé à tous les êtres qui sortaient de la malu de Dieu s'était peu à peu effacé, et» oijMMPA k ces créatures lumineuses que d'anciennes Ifnâitiops nous représentent confondues au berceau du lîioiide avec les fils des hommes, ils conservaient encore le reflet de leur céleste origine, mais comme obscurci et vbilé par les ombres de la terre. Cependant cette dégé- BidBtlnin n'était rien en comparaison de celle qui atten^ dait la création après le déluge. C'est un fait attesté pailes historiens et les savans, que la terre se refroi- #| 4^près cette grande catastrophe, qu'elle se soit ac- <XBÉlplîe successivement ou simultanément. La vie des Uommes ne fut plus que d'une courte durée j une vieil-
lesse précoce, des maladies inconnues en altérèrent le cours* Les végétaux perdirent leur vigueur, les fleurs furent moins éclatantes, leurs parfums moins délicieux,
leurs tiges moins élevées. Les animaux déclmrent dans la même proportion. Ainsi, quand, après un demi-siècle, nous retrouvons autour des peuples naissans l'espèce chevaline déjà importante en nombre, elle a perdu de sa taille, de sa force et de sa poésie. C'est encore le premier animai de la création ; mais ce n'est plus cet être puissant et magique que nous avons vu faire trembler sous ses pas le sable de l'ancien monde. ,^ Le fait historique qui domiae cette époque est la formation des langues et la dispersion des hommes, ici l'histoire du cheval devient complexe, et nous aurons à le suivre dans les climats divers où s'égara le pied des premiers peuples; nous aurons à indiquer les variations, les dégradations qui s'opérèrent chez lui, à mesure qu'il s'éloigna de son berceau. Nous aurons ensuite à constSpter son influence sur la civilisation des peuples, la grande mission qu'il eut à remplir chez quelques uns, tandis que chez d'autres il était négligé ou même à peu prés in- GomiQ. Ënfm, nous aurons à signaler les pays qui con* viennent le mieux à sa constitution et qui réussirent à lui conserver à un plus haut degré ses qualités natives; mais d'abord constatons un fait, c'est que ce pays, où la Cîenèse place le berceau du monde, cette vaste contrée bornée au nord par le Pont-Emdn et la mer Caspienne, à l'occident par la ^Méditerranée et la mer Rouge , à l'orient par les déserts de THircanie, le golfe Persique <et la mer des Indes, au midi par l'Océan et la mer Erythrée, est la palne par exodlence du cheval. Il semble
— lô —
que ce climat soit fait pour sa constitution, la terre pour son pied, les produits du sol pour sa bouche, Tair tiède qu on y respire pour ses ardentes narines. C'est là que, sous le nom générique de cheval arabe, il a été regardé par les hommes de tous les temps comme le type de la perfection, au point de vue de la poésie, des détails et de rbai'inutiie de l'ensemble.
ËDviron cent ans après que les enfants de Noé furent sortis de Farcbe, ils se trouvèrent trop nombreux pour habiter ensemble T Arménie ; ils descendirent les deux fleuves de VEuphrate et du Tigœ et arrivèrent dans les plaines deSennaar ; là, ils s'arrêtèrent, et bâtirent une ville et une tour qui fut appelée Babel, et plus tard Babylone.
De cette époque, selon l'Ecriture, date la diversité des langues et la dispersion des hommes. Le nom du cheval se retrouve au berceau de tous les peuples anciens, exprimé par des sons qui n'ont entre eux aucune analogie, ce qui prouve que ce noble animal était d'un usage habituel. En ellbt, les langues anciennes, même les plus pauvres, celles qui n'expriment que les principales sensations humaines et un petit nombre d'objets physiques, ont toutes un mot et en ont souvent plusieurs pour désigner le cheval, tandis que presque tous les autres animaux ont des noms dont les racines sont communes à plusieurs langues.
Nous donnons ici les noms des chevaux chez les divers peuples. On verra ceux qui peuvent avoir entre eux de 1* analogie, qui viennent nécessairement les uns des autres, 6t ceux qui supposent une origine ou un genre de langage tout dilïérent.
DirFteBKTBS LE CUBVAL UMUES SB NOBMB
Asiaiiques
Un hébi'eu Sous.
— arabe Vvtes.
— syriaque Ralcscbo
— cbaldéen Sous.
— chinois Ma.
— indien. ....... A ssouaoï.
— persan Asp.
— arménien Tsjn.
— zend Aspo
— turc A t.
— cocliiiichiriois, Aiaa.
— Iiébraïco- phé-
nicien Parasii.
— bindottslani. . . Ghora.
— uialaib Koudo.
^ suDscrit Açrva.
Africaines
— éffyplieo Hoçan,liausan
— africain (aigri-
lie) Mourda.
— copte Hlor.
ceUiiopieD.... Fan.
UIPVâBENTES LIi CUM.\ AL LANCUBS SE MOBMB
Eutojm/itu's
Fugrec Ilippos.
— cellique Maic'h.
— latin. Equus.
— italien — .... Cavailo.
— espagnol Caballo.
— aMcinaiid Ross.
— anglais Ilorse.
— prussien... ••• Ross,
— russe ........ Locbad.
— > roman Cavaib.
— portugais Cabalbo.
— Islandais HrOM.
— suéd«>is Ha>t.
— danois Hest.
— saxon Hors.
— polonais Kon.
— iiiriiianien. ... A szwa.
— bas-breton.... Marc'h,Gazec.
— Ibculon Pfcrd.
— hollandais . ... Pai^rd.Heng&l,
— grec moderne. A logo.
— gaélique KacQ.
Il y aurait une curieuse recherche à faire sur l'origine des noms da cheval dans toutes les langues, à les comparer et les combiner entre eux ; mais ce travail sortirait du cadre que nous nous sommes tracé; nous dirons seulement que la lecture de ces noms , presque tous monosyllabiques, tels que eu, ma, asp, fars, pferd, ross, imptique, parleur brièveté» une idée de vitesse, qui, en effet, s'associe dans plusieurs langues aux noms d*atle, de flèche, hirondelle, etc. L'aspiration du grec hip -pos, semble se retrouver dans hip-tamai voler. Le mot etiuus sort de ce cercle d'idées ; il viendrait, pense-tr-on, d'u&çiia/cVàcausedttdosuni et des proportions régulières
du cheval. Le mot français, cheval, est le plus riifieule de
tous comme étymologie : il dérive du mot de la basse latinité cabaUus^ venant du grec xi6aXXy)ç , chameau , bête .de charge. En effet, Tantiquité avait fait du cheval un anhnal poétique et hrîllant , comparable par sa vitesse aux oiseaux des cieux, et les temps modernes n'en ont fait trop souvent qu'un lourd et grossier chameau.
Deux grandes divisions s'opérèrent chez les nations à l'époque de la dispersion des hommes, et ces divisions sont trop importantes dans Thistoire du cheval, pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant. 11 se forma des peuples pasteurs, qui habitaient sous des tentes qu'ils transportaient çà et là après un séjour plus ou moins lonpj. Les hommes qui gouvernaient ces peuplades s'appelaient patriarches ; tel était Abraham, cette grande figure qw remplit de son nom le vieil et le nouvel Orient. En outre, il se fonda des villes dont les habitaas fixes cultivaient les champs, faisaient la guerre aux animaux sauvages et se livraient entre eux des combats sanglans. Tels furent ceux qui se symbolisèrent dans Nemrod, vUhient chasseur devant le Seigneur, qui apprit en tuant des bêles à tuer aussi des liomnus.
Le cheval compte nécessairement pour peu de chose chez les patriarches. Ces hommes, qui vivaient simplement dn produit de leurs troupeaux, avaient surtout hesom du bœuf, de la vache, de la brebis et delà chèvre; il leur fallut aussi des chameaux pour transporter leurs bagages quand ils voyageaient; mais leur monture i»incipale était l'âne, frère de l'onagre indompté, robuste et patient animal, dont la civihsation se moque, parce qu'elle l'a d^radé. La garde des troupeaux de bœufs, les messages
rapîdeK k ckiwe dans certakueB ooDtréeB, voilà seuie^ AeMt l'emploi de quelques chevaux parmi les peuples
pasteurs. Le cheval n'était pas une nécessité pour eux; ils n'eu possédaieut donc qu'autant qu'en réclamaient ks aerviees les jUm indiqpensableB* Nous jugerais, par un coup d'crâl jeté sur k vie du
j)ère des Hébreux, des habitudes et de la vie errante des pairiarclies.
Abraham, né à Ur, vilk de IMésopotamk, k quitte pour aller s'établir à Haran ; après la mort de Tharé
son père, il abandonne Haran pour Sichem, pénètre jusqu'à la vallée de Manibré et delà à Bétliel, où il plante ses t^tes. La famine étant survenue dans ce pays, il se ^tmi en Egypte; d^Egypte il revient au pays de Cbanaan et va iairr paître ses troupeaux entre Béthel et Haï. Ce •fut à cette époque qu'il se sépara de Loth, auquel il dit : « f^ûus V0f€z devant ^om iouie ia lerref si,vous alies à l^utkêfjé prendrmi k droUef si vous ekoiti§$ez ia draiie, je prendrai la gauche. » Abraluuji , par l'ordre du Seigneur,-parcourt la terre promise à ses descendans ; il s'élabët d'abord près d'Hébron, sur les confins de k vallée de Hambré. Après la destruction de Sodéme, il pose de nouveau ses tentes vers Gérare, entre ( .idèset Sur, puis il reviejit en Palestine. Peu d'années après, il s'en retourne à Bersabée aik il demeure; à k mort de Sara, il était à HébroQ, puisqu'elle y moiurut. Enfin Abraham mourut lui-même à Bersabée, près de Gérare, et fut enterré avec Sara dans la caverne d Epbrom»
T^e était k vie des patriarches; telle fut celle de iMÛk et des autres. Us {dantaientkurs tentes yagaboades là où s'offraient les meilleurs pâturages, là où la terre
i>e tour étati pas disputée; ils nvaîent du produit de touFSrtroupeauxt et du ecHnmerce qu'ils faisaient avec les habitans des villes , qui leur cédaient des vètemens, des meubles , des parures , pour prix de leur bétail.
Vcttlà d'où vient l'opimcm que les aineieiis Arabes n'avaient point de chevaux, et nitoe que le ( lieval n'est point originaire de leur pays. Mais, quoique la vie nomade ne .nécessiat pas l'emploi fréquent du cheval , on ne peut croire que les patriarches eurent Tfm6^ . eUlité, suivant l'expression de saint Jérôme, de ne pas s*en servir. Toutefois , si chez les peuples pasteurs le cheval n était que d'une milité secondaire, il n'en fîit pas de mèioe ches ceux qui habitaient les villes : ceux-ci étaient chasseurs et guerriers ; or la chasse des bêtes féroces ne pouvait se faire qu'à cheval, et la première lois que l'Ecriture parle des guerres de ces tonps andens, elley fait apparaître le chevalet le cavalier. Après Nemrod, un des premiers bâtisseurs de villes . fut Assur, qui édifia cette cité prodigieuse plus tard appelée Ninive, du nom de son restaurateur Ninua : on le regarde comme lefondateur de Roboboth,Rhesenet€aIé, dans r Assyrie. Nmive avait, dît-on , A20 stades de tour, ou 120 kilomètres; ses murailles avaient plus de ââ mètres de hauteur, et trois chars poizvûoit marcher de front sur leur sommet ; trois miUionscThabitans sortaient par ses portes magnifiques que défendaient 150 tours élevées. On se fait diiïicileiiient une idée de ces gigantesques nations, et on juge mal, à notre époque, la vie iateUig^ite et activa de ces liommes d'un autre âge. Uns, pour ne soulever qu'un coin du voile qm caclie a jamais dans la poussière leur civilisation inconnue , croitr-on que.
sans la force , la vitesse et le secours du cheval, d'ausai prodigieux travaux eussent été entrepris, des pensée»
aussi grandioses eussent pu naître et se réaliser? N'estce pas le cheval qui a fait concevoir que l'espace et le temps n'étaient rien? Peignez^vous donc Ninus à pied, traçant les contours de sa vifiel Oh I Vidée d'un circuit si colossal ne lui fût pas Tnême venue. Coinnicnr aller vaincre les Indes, quand, au rapport du prophète Jonas et de l'historien Strabon^, il fallait trcâs jours pour pai^ courir sa ville?
Aussi les plus anciens historiens ne peignent-ils les rois des villes qu'entourés de chars et de cavaliers. Les monumens que l'on découvre chaque jour dans la vieille Egypte et sous les ruines de Ninive, représentent les dieux et les héros sur des chars traînés par des chevaux, comme pour symboliser leur puissance.
Ainsi, dèsTorigine des peuples, il se trouva des nations chez lesquelles le cheval devint le compagnon inséparable de r homme, et d'itutres où son usage lut moins habituel.
Il serait fort difficile de déterminer d'une manière certaine quels furent les peuples hippiques de ces temps re-
. culés; nous ne pouvons qu'indiquer les caractères généraux que les historiens ont attribués aux races chevalines du monde des anciens.
Dieu n'avMt créé qn*un cheval, niMS il avait donné à l'espèce une prodigieuse facilité de se modifier, selon le gré et les besoins de Thomme ; il permit que des sols divers, des soins appropriés, une nourriture spéciale, des croisemens judideux, vinssent apporter dans Forganisation, la taille, laforce, l'énergie, la vitesse de cet animal.
tous les changemens nécessaires aux travaux divers qui éeTaîent Mètre imposés^ Ainsi, dès Fépoque de la dispersion des honunes, des races dÎTerses de chevaux se formèrent sur la terre.
Les chevaux qui vinrent vers l'Afrique prirent diilô-r rentes formes, selon le climat; mais ils conservèrent en général les caractères principaux des chevaux méridionaux, la légèreté, la grâce et l'énergie. Dans les champs iécouds qu'arrose le Nil, leur taille se développa, leurs muscles s'élargirent, et ils devinrent propres à traîner des chars de guerre. C'est en Egypte, en effet, qu*on les vit attelés pour la première fois à ces chars.
Ceux qui furent conduits aux sources de l'Ëuphrate, prirent plus de taille, de grâce, de brillant; mais perdis» rent cette énergie et ce fonds inépuisable, caractère in-* délébile du cheval du désert.
Ceux qu'on emmena en Europe acquirent peu à peu une taille plus élevée, des formes plus arrondies* Ici, ils conservèrent une brûlante énergie ; là, ils perdurent plus ou moins leur mérite et leur beauté. Il y eut des con-» trées humides et de lourdes atmosphères où ils finirent par ressembler au cheval des fleuves, à ce massif Hippopotame, auquel ils prêtèrent leur nom.
Ceux qui furent exilés sur les côtes de l'Inde furent bientôt privés de leur taille, de leur énergie, de leui* vigueur; ils devinrent peu^ peu inutiles à Thomme, qui s'accoutuma à les remplacer par les chameaux, les ânes et les élé|)Ijans.
Ceux qui gagnèrent les plaines de la Tar tarie et de la Chme se divisèrent en deux grandes familles. La famille chinoise dégénéra comme celle de l'Inde, tandis que la,
famille tartare, tout en penknt sa grftoe et aon harmonie natives, conserva son âme, son poà de fer et son de
feu.
£âlm, ceux qui restèrent sous la teote des pasteurs 4' Arabie conservèrent le sceau divin de la créadon. Os formèrent la raiee arabe, telleàpen près qu'elle s'est osn-
senée iiisqii'à nos jours, uiaigié les dép^radations inséparables de l'état précaire des peuples nomades qui habitent l'Arabie, malgré les gueires, les invasions, et peat-ètre l'action dn temps, qui, s'il en finit cffmre de graves penseurs, tend a iiiiiier sourdement la créature, à mesure qu'elle s'éloigne de son premier jour.
Qooi qu'il en soit, voici comment le livre de Job nous représente le cheval arabe :
Bsuse toi qui is «kmoé la Jbnne au dieval , qui as liérissé «on «ou d*ooe crinière mouvante?
Le feras-tu bondir comme la sautOTOlle? ,
Son soiiflle ri'pand la lerreur !
11 creuse du pied la terre; il s'élauce avec orgueil; il couii au-de- «nt <ies aimes.
Il rit de la peur; il aUrouie le glaive ; sur lui le bruit du carquois
retentit, la flamme de la lance et du javelot ^'tincelle ; il boiiiltonne, il frémit» il dévore la lerre. A-t-il cnionrlu la trompeltet C'est elle. Il dit r Allons ; t i de luia il respire Iccumbui, la voix tonnante des cbeis et le tracas des armes.
Job était un roi pasteiu*, qui habitait la terre de Uuz, dans riduiiiée orientale, sur les frontières de l'Arabie. L'époque où il a vécu est contestée. Quelques-uns le font contenqx>raîn de Jacob ; d'autres de McSae^ Quoi qu'il en soit, ce fragment de son magnifique poème est la première et la plus belle description qu'on ait faite du cheval*
. On voit aussi par là comluen était avancée la science
équ^tre des premiers âges. Le cheval est monté, û est accoutume au l i t 'in, au choc des armes, au son des tri jupettes; il bondit, il vole, il liérisse sur son cou sa Ilottante crinière; il est le plus magnifique, comme 1q plus vaillant esclave derhomme ! QuVt-il gagné depuis cinq mille ans?
GHAPITBB ni
CbeTaux de rancien Orient.— Les Egyptiens. — Les Assyriens. — Les Mèdes. ~ Les Penuis. — Les Partfaes — Les Israélites.
Le plus ancien comme le plus authentique des livres, rScritiire, ne commence à mentionner le cheval qu'en parlant de l'entrée de Joseph et de ses frères en Egypte; d*on l'on a conclu que c'était en Egypte et chez les peuples voisins du Nil que le cheval avait d'abord été soumis à l'homme et façonné à ses besoins : c'est une erreur. Gomme nous l'avons vu, le cheval a de tout temps été soumis à l'homme et a partout suivi ses destins. L'Egypte a été une des plus anciennes nations civilisées, une des preiniéres où les fils de Noé ûent bâti des viUes« aient fondé des établissemens fixes, aient fait fleurir Tagriculture. Il est tout naturel que le cheval se soit ressenti de cet état de choses. Les Egyptiens, en effet, ne se contentèrent pas des services ordinaires rendus par le cheval aux premiers hommes ; ils le dressèrent à toutes sortes d'usages; le firent servir aux plaisirs, à la guerre, aux
affaires* 11 U's^ le char des guerriers, la charrue du la^ boureur, le chariot destiné aux promenades, aux triSmiphes
et aux voyages. D'ailleurs le climat et les vallées que fertilise le Nil avaient, comme nous l'avons dit, développé la race chevaline, lui avaient donné une taiUe plus élevée* des formes plus amples et par conséquent plus d'aptitude pour le tirage que n'en a le cheval prinûtif, dont la conformation est ramassée et anguleuse.
Voici d'ailleurs comment s'exprime l' Histoire-Sainte dans le passage «pie nous venons de rappeler :
« Le roi le fit monter (Joseph) sur son char, précédé » d'un héros criant : Que tout le peuple fléchisse le ge^ » nou devant lui. »
Vlvm tard, Joseph ordonna à ses frères « de prendre n des chars de la terre d'Egypte pour amener leurs pe^ » tits en fan s et leurs femmes. »
Joseph lui-même a ût atteler son char et vint à la ren- » contre de son père. »
Nou$ avons dit que les Israélites n'avaient que peu de chevaux, à cause de leurs habitudes pastorales; c'est ce que r Ecriture ne manque pas d'expliquer formellement en disant : a Ils sont pasteurs de brebis et ils ont soin de nourrir des troupeaux ; ils ont amené avec eux leurs brebis et leurs bœufs et tout ce qui leur appartenait. » Cependant le cheval était loin de leur être étrauget ; car Joseph, quand ses frères eurent amené leurs troupeaux, leur fit donner dé la nourriture pour leurs chevatat, leui-s brebis, leurs bœufs et leurs ânes.
Jacob avait l'habitude delà cbasse à cheval, puisqu'il fait cette belle comparaison : « Dao est un serpent près » de la voie, un serpent caché dans le sentier et qui
1» mord le pied du ctieval, «fin que le cavalier toute m n arrière. »
A la mort de Jacob, Joseph fit célébrer ses funérailles ea. la terre de Ciiaaaan» et il prit aveclui un grand mmbce de cayaiiers.
A répoque de lloise^ yen Faa du monde 2600, Védur
cation du ciieval et fart de s'en servir étaient poi*tés au plus haut degré de perfection.
Si, remontant de iM)00 ans, nous entrions un malin
dans les murs géans de Thèbes ou de Memphis, peut-être senons-iious couibndus à la vue de ces habiles cochers, de ces Intrépides écuyers lançant sur le sable moelleux d'ardens coursiersà la narine de feu. lienèset Isis, qui sefaisaient des statues plus élevées que les cèdres ; les Pharaons, qui se haussaient des toniheaux haut^ comme des montagnes ; llieris, qui se croisait un réservoir grand comme une mer \ tous ces hommes de ^gantesque pensée et de gigantesque pouvoir ne laissaient pas s'éteindre daus leurs mains le flambeau sacré de la science du cbevaL Parmi les coutumes de^ce peuple égyptûm, dont la sagesse est si vantée, figurent tous les exeroices publics capables de développer la force, le courage et l'adresse de l'homme, et parmi ces exercices se placent en première %ne, avec les courses à pied, les courae&de chevaux et de chars. Les hiéroglyphes nous représentant encore das épisodes curieux de ces jeux, dont malheureusement ies descriptions ne sont pas venues jusqu'à nous, mais que nous retrouvons au seuil de la nalionalUé grecque, brillant reflet de celle de l'Egypte.
Lors du passage de la mer Roiige , vers Tan 2515 ,
i'ttsage du cheval à la guerre était û fréquent^ uauel, que l'Ecrîtoie dit» en parlant de Pharaon: « Il fit atteler » aon char et prit tout son peuple avec lui, et il énuméra » six cents chariots d'éJite et tous les chars de FEgypte n et ka chefs de toute l'armée, et comme le» £g^>tieDa » les pouisuiTaient de j^s, Ils les virent campés près de » la mer ; toute la cavalerie et tous les chars de Pharaon » étaient à Phiiiahiroth, vis-à-vis de Béelséphon ; et les » Egyptiens, les poursuivant, entrèrent avec eux dans la » mer, et toute la cavalerie de Pharaon etsescharsetses » cavaliers. *
» Alors Moïse et les enfans d'Israël chantèrent le cann tique au Seigneur et dirent : Je chanterai le Seigneur, » parce qpHl a fait éclater sa glmre ; il a précipité dans » la mer le cheval et le cavalier. »
Dans les temps postérieurs, l'Egypte possédait un si grand nombre de chevaux, qu'elle en fit l'objet d'un commmse considérahleavec les nations voiakies» Ces chevaux étaient sortent renommés pour le tirage des chars. Le roi Salomon aimait à les faire servir à ses attelages et à ses cavaliers.
Ce qoe nous avons dit d'ailleurs de la haute antiquité de la science hippique né- doit pas surprendre, quand on envisage le degré de perfection que cette science avait d^à atteint à une époque si reculée. 11 faut, en eifet, se rendre com^ du temps qu'il aMlu pour en arriver, après des essais répétés pendant des nècles, à faûpe un char de guerre, à y atteler un coursier, à diriger ce char et ce coursier sur un champ de bataille. Tout cela a demandé des milliers d'amaées à apprendre , et tout cela était connu avant Moïse.
Une des preuves les plus frappantes de l'antiquité des habitudes équestres se trouve dans l'histoire d'Osyman-
drée. Ce roi d'Egypte vivait peu de temps après le d(''luge et près de huit siècles avant la guerre de Troio. Au rapport de Diodore, ilfit la guerre aux peuples de la Bactriane à la tète d'une armée de quatre cent mille hommes d'infantene cl \ ingt mille chevaux. C/est, du reste, la confirmatiou de ce que nous avons dit des nations aguerries à l'époque des patriarches.
Les bas^reliefs trouvés en Egypte offrent partout l'image du cheval employé soit à la guerre, soit aux fêtes religieuses» soit aux voyages, soit aux usages de l'agriculture.
On voit, entre autres, dans les sculptures de llièhesv
au temple de Kaiiiac, un cliar monté par un guerriur et son écuyer. Gelui-<:i a les rênes attachées autour des rems ; le* guerrier tient un arc ; les deux chevaux sont au galop, très enlevés et presque cabrés.
Au palais de Kaniac, on trouve aussi un guerrier combattant sur un char ; les deux chevaux de son attelage sont ornés de plumets.
On y aperçoit encore un roi assis dans son char. On amène des captifs à ce roi. Ses chevaux sont couronnés de plumets et enveloppés entièrement, à l'exception de la tète et des jambes, d'un vaste caparaçon. Leur allure est gracieuse et enlevée. Le port de queue est supert>e et la tête fort ramenée.
Ces représentations se répètent à l'infini à Karnac, à Louqsor et dans tous lés monumens de l'Egypte.
Un tableau que l'on remarque moins fréquemment dans ces monumens antiques, nous moutie un cavalier
monté sur m cheval. Ce cheval eat au galop. Le cavalier est blessé d'une flèche; il a un boucMer à la
main. Le coursier est nu et bridé comme les chevaux des chars.
On a pensé à tort que les hommes des temps qui nous occilpent faisaient moins usage de l'équitation que du
char. Si l'on rencontre moins souvent l'image du cavalier en remontant i'histoiie de ces temps, c'est que les chefs des peuples» dans les batailles, ne combattaient point à cheval, mais en char, et que les chefs des peuples seuls ont eu le privilège d'être représentés dans des monumens. La Bible 'nous dit : « £t ils le transportèrent du char » où. il était dans un autre qui le suivait, mtvani la coun 4ume det roi», »
Du reste, les historiens distinguent parfaitement les cavaliers et les chariots. Diodore, entre autres, nous en donne plusieurs fois la preuve. « Quand Sésostris ras-r » sembla sa gigantesque année pour la conquête de la » terre, il réunit, dit-il, six cent mille hommes de pied, » vingt-quatre mille chevaux et vingt>sept mille chariots » de guerre. » On lit aussi, en termes exprès, dans ÏEtritore : uSiin ewnibui H hi in e^ncf. »
Tandis que de vastes arènes se dessinaient à F ombre iWigiMiidn sphinx, autour des pyramides ou du colosse deMemnon; tandis que les quatre cent mille soldats de l'Egypte perfectionnaient chaque jour l'art de lancer un char dans la çanière, de l'acrèter court ou de le faire tourner autour des obélisques sans effleurer leur pied de marbre ; tandis que les cavaliers s'exerçaient à régler les mouvemens dociles d'un ou plusieurs chevaux lancés au
galop tur la plaine sanâ horuon, les antres nstioiis de rorientne restaient pas en arrière.
Les Assyriens, les Babyloniens, et après eux les Mèdes et les Persans furent des peuples fiers et guerriers. Noua aivoiis va que Nemrod ^ah tout à la fois eliaaaeiir et guerrim'. L'usage du eheval attelé et monté ftit ftmiilier à Babylone, en Médie et en Perse. La Chaldée fut conime l'Egypte un des berceaux des arts et des sciences. On y cultiva les sciences, l'agriculture. Tari de la guerre* La diasse était aussi dans les mœurs de ces pays ; le soin et îa connaissance du chev al en étaient la conséquence n^^rcssairo. Lne curieuse remaïque que nous fournit M* Ëusèbe de Salverte, sur la compositiofi des noms pnn près, peut nous faire apprécier l'importance du réle que le cheval joue chez les peuples de toutes ces contrées. « Dans les vastes régions qui s'étendent, dit-il, duuord » de la Bactriane aux confins de TAssyrie, le mot Aêp » dominait jadis dans les noms propres d'homimes, de » peuples et de lieux. Cette obscr\ation s'applique au » nom des ancêtres de Zoroastre et à ceux de ses » contmporains du Bas-Empire, jusqu'au Jouf où les » guerriers de rislamisme vinrent changer la reli^on de » ces peuples, leur état politique, leurs usages et jusqu'à n leurs noms. Atipo en zend, asp en persan, signifient » ^w^al : quoi de plus naturel que de voir ce nom entrer » fréquemment dans la eompontion des noms, ehea des ») nations belliqueuses paniii lesquelles le guerrier est ■ n pour ainsi dire inséparable de son clieval. £n voici » quelques exemples : Hydaspe, Choaspe, fleuves ; Zih »> riaspe, ancien nom de la capitale de la Bactriane ; As- ») padan, ancien nom d'Ispaliau ; Gorochasp, Hetchidasp,
» ^é^tm^ père ^ ancôtf e& à» Zoroastpa; CSuMasp» foi ; « Hysta^» père de Darius; Ariaspe» fils d'Artexerce-
» Memnon ; Sytbes Aspasiaques, près de l'Oxus ; Aspé- » bade, aïeul maternel de Gosroës ; Amasaspe, Perseii> Arménien, mis à mort sans jugement par ordre de » JuBtiâieii; Aie^ète» Armtoien de la raee ^ Arsaddes^; inaârû\ ce mm dont la fauese interprétation avait fait » rejeter parmi les êtres fabiileiix les hommes qid le por- » taient, le nomdes Arismaspes. »
iJOans rancienne Arménie, le chef des cavaliers était âj^pelé Asbled de A^, ekevat ; c'était le titre de la plus haute noblesse : on ne le donna d aboi d qu au commandant en chef des arotées ; il devint peu à peu common à ^ÊBé tes grands (Aciers de la couronne. On voira plus lem qu'il en fut de même chez un grand noiqiibre d'autres nations, tant anciennes que modernes*
^ii^êpvès Neaurod ou Bétus, parurent Ninus, le vainqueur des Indes ; Stoiramis, cette femme gigantesque, qui laissait tomber de ses mains les merveilles et les victoires, qui ajoutait TËgypte, l'Ethiopie, la Lyhie aux conquêtes deNinus et ornait Bahylone de ces monumens colossaux, de ces jardins magiques, de ces fortes murailles, qui, couchées dans la poussière, eflrayaient encore l'imaginartîon des soldats d'Alexandre ; Sardanapale, dont la vie vidhiptaoase résume les habitudes douces et faciles que HmÉame peut se faire sous le plus beau del et sur le sol le plus fertile du monde ; Nabonassai', qui data une ère ; Natecbodonosor, dont rEoriture a pânt l'horrible méta- BKnphoae; enfin, -Bahhazar, qui vit la main de Dieu écrire sur la mursûUe de la salle de ses festins.
Qui nous dira la destinée de la race équestre parmi toute cette gloire et toute cette volupté ? Oh I sans doute, ces hommes qui avaient reculé toutes les honies des plaisirs, ne négligèrent pas de rendre le cheval cuiiiplice de tous lem*s amoursy La gloire hippique, cette suprême volupté des grands ciBurs, n'était point étrangère à ceux-là qui les épuisaient toutes. Du resto, nés conjectures n'ont rien d'aventuré, puisfju au rapport d'Hérodote, les rois de fiabylone entretenaient un haras de soii^ante mille jumens et de huit cents étalons.
Nous savons que Sémiramis aimait passionnément les clievaiix, et qu'elle soignait elle-même de ses mains un coursier favori. Niaus assembla, pour soumettre la Bactrîane, une armée qui se montait à dix-sept cent mille hommes d'infanterie, deux cent dix mille de cavalerie et près de mille sept cents chai'iots armés de faulx.
Le règne de Ninus, en suivant la supputation d'Uéro- • dote, doit se rencontrer avec le gouvernement de la prophétesse Bébora, 51& ans avant Rome, 1267 ans avant J.-C. , c'est-à-diie qu'il est antérieur à la ruine de Troie au moins de 80 ans.
Gyrus réunit à la Perse, qui jusqu'à lui avait eu peu d'importance, les royaumes d'Assyrie, de Médie et |»lus tard l'Egypte et T Arabie ; il se créa le plus grand royaume qui eut jamais existe dansle monde. Jusqu'à lui, les Persans, proprement dits, avaient été peu célèbres par leurs chevaux ; mais, sous un roi ^nierrier, et qui par conséquent aimait les nobles exercices du cheval, le cheval devint pour eux un objet de nécessite et presque de culte* Gyrus imprhna un mouvement puissant à l'élève du glorieux
animai, dont la race aemultqilîa bientôt à.rinfiiii. Chacun eut son cheval, même parmi les classes les plus pauvres. Cyrus avait rendu un décret d'après lequel tout Persan possédant un cheval et rencontré marchant à pied, hors de cfaex lui» devait 6tt« ignomimeusement blâmé. Par les ^«positioiis de ce prince, Féquitation devint u!ne des branches les plus imporiautes de l'éducation de la jeunesse, pour laquelle on sait qu« Cyrus fit de si sages rè^ ^emeos. Dans son empire, on commençait à mettre les enfans à cheval dès Tâge de cinq ans. Il était lui-même le premier écuyer de son temps, couiiiie il en était le plus grand cœur. 11 exerçait à la chasse et à la course ses dievaox de gudh^. Nous verrons plus tard Salomon, Alexandre et Gharlemagne en fahre autant
L'origine de la poste aux chevaux remonte à l'époque de Cyrus. Ce fut lui qui en établit l'usage. 11 lit observer la distance qu'un cheval pouvait, sans s'épuiser, parcourir tout d'une traite, et il mesura ses relais sur cette distance. A chaque relais, il fit établir une bonne écurie, pourvue d'un certain nombre de chevaux et de gens chargés de les soigner, sous la direction d'un chef choisi parmi les hommes les plus sûrs et les plus intelligens.
L'histoire rapporte que ce fut surtout pendant la guerre qu'il fit aux Assyriens, que Cyrus découvrit le mérite d'une bonne cavalerie, alors que les Mèdes loi furent d'un si puissant secours, principalement dans la poursuite de l'ennemi. Il fit prendre à l'instant même les chevaux braves et frais des vaincus, les ht monter à ses soldats les plus alertes et en fonna un corps d^ cavalerie. Plus tard, ce noyau s'augmenta de nouvelles recrues, et peu d'années après, par les encouragemeus et le zèle de
Cyinis« laPfiiBepoBflédBÎt laineUteiiieeavileriedtt monde. L'eunuque PMlale, dont il avait protégé les Etats, lui
oH'ritdes présens considérables, pai mi lesquels figuraient é& uiagmfiques chevaux de tout genre, les uns prove* Haut des remontes dek cavalerie, les antres des propres haras de son allié. Cyn» refusa tous les autres présens; mais il accejUa les chevaux, u Car rien ne me vient plus i> à propos, (lit-il, pour former une cavalerie que je veux n élever à dûQmtUe bommes; je veux la compléter toute t» entière de Persans, et la fournir de bons ebevaux bien » exercés. Ceux que ^ ous m'ofl'rez étant tous de premier j» mérite et dressés au service deguene, je ies accepte de » bon cœur, n *
Plus tard, la cavalerie de Cyrus monta au delà de quarante mille hommes, et il fut en état de faire bientôt luimême des présens de chevaux à ses alliés.
Lorsque Cyrus mourut, il fiit enseveli dans un cercueil d'or massif. On mit sur son tombeau :
JE SÛIS CYRUS FILS DE C AMB YSE , LE rOMBATEUR DE L-EMPIRE DES rERSBS,
; LE MAITRE DE l'aSIE ;
m M'm\m.miij jue ^iq^vaik^i ou ]usro&»»pii^ os. •
Tous les mois, les Perses iiiijnolaient sur ce tombeau leur plus pi'édeuse victime, celle dont ils savaient que l'hommage pouvait être le plus doux à l'illustre guerrier; ils hii offraient leur ami, leur compagnon et le rien, —
un cheval !
Une natiou si éminemment hippique devait regarder le cheval oynme une espèce de divinité, et lui accorder, par conséquent, les honneurs dns à la puissance faitrïlî-
gente. Et aussi le chargea-t-elle un jour de désigner l'hé-
ritier dds vm. Sont te nain du Irère de GaBOyyte, un Mage avait asurfié 2a conronnede Perse. Un faux Smerdis régnait insolemment, depuis sept mois, non par le crime de Vèpée ou du génie, que l'histoire pardounet mi^ par celui de Timpoetiire, ({u'elie imfom Lea poiaeaaade l'enjm M révoUèrent; ik reAverdèrent k n>i de théâtre, qui fut tu(j par le fils d'Hystaspe, Darius, de la famille dea Achéménides. 11 fallut. aloi^ choisir un maître; on ooDTÎnt de s'oi rappîiorter au jujgwent des dieux; Sept deBprittdpauK conjurés étaient sur les rangs. On décida qu'ils se renrJiaieut à cheval, au lever du soleil, dans un lieu désiigné, et que celui dont le coursier saluerait le pranier.raatre du jour de ses bennissemeas, serait éhi roi. On sait que le soldlétût la grande divinité des P^ses. Le ciieval de Darius hennit le premier, et donna à à son cavalier le sceptre du monde. On rapporte toutefois que le succès de Darius ne fut dû qu'à la ruse d'un de ses écuyers, qui, la veillé, avait conduit au rendezvous'^ le cheval de son maître, en compagnie d'une cavale dont le souvenir avait provoqu*^ le précieux hennissement. Quoi qu'il en soit, le fils d'Hystaspe, qui se faisait a]»peto^ dana les inscriplions, le mdlleur et le mieux fait des hommes, fit élever une statue en l'honneur du cheval auquel il devait l'empire. On lisait au bas cette eurienaa légende : queDariufiavaitconquisle royaumede Perse par le mérite de sen cheval et l'adresse de son écuyer.
Chaque année, Darius recevait des Ciliciens un tribut de trois cent soixante chevaux blancs.
Nous avons vu que lors de l'expédition de Xerxès, en
Grèce, il n'y avsût qu'un petit nombre de chevaux dans
sa gig^tesque armée ; mai» le cliâi' de Jupiter était traîné par huit chevaux bhuncs, élevés daaa le champ de Nysée.
La mythologie persatine a consaci é iuissi le cheval dans ses poétiques allégories. Lors de la guerre des dieux et des géauSf Siamekschah« fils de Calmmarath» montait le terrible Raaeks, et Sam^Nériman, fils de Gahaman- €atel, après avoir dniii{)té So/mnij dracroii à tête de cheval, s'en servit comme d un coursier de bataille.
Les Persans immolaient des chevaux au soleil, divinisé sous le nom de Mithra. Un poète , dans Lactance, en donne pour raison qu'il ne convenait pas qu'un dieu si rapide dans sa course, eût une victime mmus légère que le cheval.
Plaçât Equù Pcrsin rndiix Hypfvriona cinctum,
jNt detur céleri victima tarda deo, . ' r ^
Les premières courses de chars, dont l'histoire fasse mention, se célébraient aux fêtes de Blithra et se répati^
dirent proimbiement avec ces fêtes })ar tout l'univers. On sait, en ellet, que le culte du soleil fut la religion la plus générale de l'ancien monde, et que ce culte pénétra même chez les Hébreux. Nous lisons, au second livre des RoU' : que Josiah enleva les chevaux que les rois de Juda avaient donnés au soleil, et brûla les chariots. , /;
Plus tard, Alexandre, vdnqueur des Persans, reçut de leurs mains un cheval, qu'il regarda comme le glus beau trophée de sa victoire.
Les chevaux persans furent les plus célèbres de toute l'antiquité, pour la beauté des formes, la grâce, l'énergie.
et toutes les rai*es qualités qui distinguent si éminemment les chevaux d'Orient.
Les plus aocieiis' historiais les repréàc^nt comme surpadsaiit tous les autres, par la fierté et la grâce de leur port et par la douceur de leurs mouvemens. Ils étaient aseÎB sur leurs hanches, légm du devant, et leur cou de cygne portait une tète élégante qai se balançait gracieusement dans Tair et se courbait en arc jusque sur la poitrine. Souples et lians, ils volaient et s'arrêtaient court ; leurs allures étaient cadencées et leur vitesse pro-* digi^ise.
Athenaiis et Xénophon blâment les Perses d'avoir couvert leurs chevaux de housses et de tapis, u en prélérant » l'agrément d'être assis moll^nent sur leurs chevaux à » l'honneur de se montrer hardis et légers cavaliers , » comme les Parthes et les autres naiioiis \ igoureuses » qui les entouraient. » Ce reproche nous paraît peu fondé, à l'égard d'une nation si universellement renommée pour ses habitudes équestres. L'art de l'éqfuitation ne se Ijuine pas à s'élancer bravement sm un coursier libre de frein et de harnais, c'est là de F audace et voilà tout; il consiste à connaître et à pratiquer les moyens^de tirer le meilleur parti possible dé l'utile animal, destiné à joindre son existence à la nôtre ix)ur la doubler et l' embellir.
Plusieurs peuples anciens, et même quelques peupla^ des modernes, ne se sont jamais servi de selles ni de bri^
des. et n'ont jamais employé que le secours de la voix ou celui d'une baguette pour diriger leurs chevaux; mais, si ce mode d'équitation prouve une perfection bien grande dans l'art de dresser les chevaux, il faut avouer qu'il ré^
pond peu ata besoins et ans hilBtndes des peiqiles d-
vilisés.
Dans r Arménie et la Médie, les chevaux étaient d'une fort» CGmfoniiation» et trèa proprcdau l^teiid que c'est de cedender pays que tient kplmteiqipelée médica , cultivée particulièrement en Espagne. Cette plante, originaire de Médie, en aurait conservé le nom. Les anciens la reganUent comne très noorrissafite et très propre à restaurer un cheval faible et ^uîsé, et àlni rendre instantanément l'embonpoint et la vigueur.
Les Partbes étaient renommés çbez les anciens par leur amour pour le cheval; e*était un peuple gnervier et
qui, comme les modernes Tartares, ne combattait jamrài qu'à cheval. Daus les vastes déserts qui défendaient, du côté de rOeckkntt la frenti^ parthique, leurs phalanges se dérioulaient rapides comme le Sanoun, et dévorantes comme lui.
. Les chevaux des Parthes ressemblaient aux chevaux persans ; ils les surpassaient même par leur élégance, . leur vigueur et surtout leur ftnod. Leur docilité était extrême, et jamaispeuple n' a poussé aussi loin queîesPtertbes la perfection du dressage. Admirables cavaliers, leur nom dériva de l'hébraïco^phémden /MmwÀ, cheval; ik. montaient à poil et sans bride. Leur adresse était trile, leur empire sur leurs chevaux étaut si puissant, qu'ils les dirigaient à leur gré, par la seule puissance de la voix ou la pression des jambes^ Ils les lançaient contre Xmnesû» les arrêtaient court, layaiottt et revenaient à charge. Dans leur fmte, phis redoutables que dans l'attaque, ils lançaient par dessus l'épaide, les traits de leurs
terribleB accir C'estde là qo'est vcam le prorerbe na*' cien : fuir en Panfu. Hérodote pêtisalt qde léHf 'supé^
riorité dans l'art de l'équitatkm n'éftâit pas ancienne, 'parce que ceux d'entre eux qui suivirent l'expédition de XmèÊt en Grèce étaient & piefl^ A nùos répondions que hi natiife même de cette expédition, les difficultés d'une route coupée par des montagnes et brisée par des mers, le&( années qu'il fallut pour réunir quatre mSDmm ^hùmme», devai^ïit exdhre FemidOii delà cavar lerie. Aussi, la plupart des nations qui composèrent la grande armée de Xerxès, ne resservirent pas plus de cikevaux que les Parthes, quelque renonmiées qu'elles ' taaeaU par leurs haMtudes hippiques.
L'édocaCMm du cheval et Tart de le dresser étaient poussés chez les Parthes à un haut degré de perfection. Cette per^BOtion ne fut point chez eux, comme chez la pbspan des peuples modernes, eberchée au moye» dlnstrumens de terlures ou de fatigues prématurées. Leurs méthodes étaient aussi douces que rationnelles, et mériteraient d'être étudiées avec smn, même à notre époque, bit cosme en bi^ d'autres eheses, peut-être, devtionEh nous nous contenter de nous mamtemr à la hauteur dissancicns, loin de prétendre les surpasser. En équitation, c'est déjà beaucoup que de ne pas être au dessoifô d'eux. Lorsqaf il s'aigISBaitde dresser lés poulains, ils lesconduisaîent dans un champ de terre unie, d'une petite étendue, coupé de lignes régulières. Les poulains y étaient exercés jour- A^emait; kttrsfautesétaientpmiiesd'ttnel^gère correctieiKi E»tfeqaéral«iitain8i,enpeudetemp9etsans violence, l'habitude d'hsirmonier leurs aHurés, de lever les pieds gracieusement, de former des pas plus ou moins longs,
suivant la nature du terrain, qualités précieuâeâ et rares daoB le cheval de route« que raudenne école françnee savait aussi admirablement développer.
Les Israélites avaient pris ou dû prendre en Egypte le goût et les habitudes de Téquitation ; cependant il ne parait pas qu'ils s'y livrassent beaucoup pendant les quarante uns qu'ils errèrent dans le désert : ils y menaient la yie pastorale de leurs pères et n'y avaient avec eux qu'un petit nombre de chevaux.
Le cheval, d'ailleurs^ a toujours été regardé cfaes tons les peuples comme le symbole de la guerre, et il a donné à tous ceux qui en ontiait usage une ardeur guerrière et une audace qui ont souvent dégénéré en orgueil et en tyrannie. Equus par€Uur in dtea MU. C'est pourquoi Dieu ne voulait pas que son peuple eût de chevaux. On yoit dans Les Nombres que les chariots oflerts en présent au Seigneur par les princes d'israél et les chefs des fan milles étaient attelés de bœufs ; c'était même un précepte de relip^ion : « Quand vous serez entrés dans la » terre que le Seigneur, votie Dieu, vous donnera, que n vous la posséderez et que vous habiterez en elle, si » vous dites. : J'établirai sur moi un roi, comme toutesr » les nations (jui nous environnent, vous prendrez celui » que le Seigneur votre Dieu aura choisi du nombre de » vos frères. Vous ne pourrez recevoir pour nû un homme » d'une autre nation et qui ne soit pas yotre frère, et » lorsqu'il aura été établi roi, il ne multiplira point les -, » chevaux, n il ne s'agit point ici de ne pas en avoir» mais de n'en avoir qu'une quantité bornée.
A cette époque, les puissans d'Israél ne montaient
àés ânes. Pour domwar une haute idée d'Isalé, Vm
des juges qui golivernaient le peuple, l'Ecriture dit qu^il avait trente fils, montés sur trente ânes, et chefs de trente villes. Il est (lit d'Abdon, un autre des juges, qu'il avait quarante fils et trente petitB4ite, montés sur soixante-dix ânet, < t, dans le cantique de Déborah, les chefs d*lsrafil sont décrits montés bur des ânes polis et luisans
Arcbitopus , voyant que son conseil n'avait pas été 'suivi» « ût seller son âne et s'en alla en sa knaison. »
Cependant tous les peuples de l'Idumée se servai^t alors de chars et de cavaliers. Lorsque les Israélites, après avoir fui la servitude d'Egypte, vinrent prendre possession de la terre promise, ils n'avalait point de cavalerie, et ils avaient afiSeure aux peuples guerriers des villes de Syrie ; aussi Dieu leur dit-il : « Lorsque vous • » sortirez pour combattre vos ennemis et que vous verj» rez leur cavalerie et leurs chars et une armée plus » nombreuse que la vdtre, vous ne craindrez point, parce » que le Seigneur votie Dieu, qui vous a tirés d'Egypte, » est avec vous. »
Plus tard, les rois vinrent attaquer Israël. « Lorsque I» Jubin, roi d'Absor, eut ouï toutes ces choses, il envoya M à Jobat, roi de Mailuu, au roi de Seméron, au roi » d'Acbsap, et aux rois de l'Anquilon, qui habitaient les » montagnes et la plaine yers le midi de dénéroth, et » dans les campagnes et dans le pays de Dor, auprès de » la mer, et vers le C.iiaiianéen, en Orient et en Occi- » dent, et vers l'Amorrhéen, l'Hethéen, lePbéi*ézéen, le n Jébuséen, qui habitaient les montagnes, et vers l'Hé- » véen, qui habitait sous l'Hermon, vers la terre de » Maspbia. Et ils sortiient tous avec leuis troupes, peu-
» suisi Bonfareoi quek aaUe q« ett tur le rivage n de la aMTy et avec iioe grande nultiti^
» de chars. Et tous ces rois s'assemblèrent aux eaux de )> Mérom pour conobattre contre Israël, et le Seigneur dit » à Jofliié : ^teleeeraiBap(mlttCar^0aa^Aàeellemêm n pleee, je les livrerai tous poar6txe frappés en présenee » d'Israël ; tu couperas les nerfs de leurs chevaux et tu » briseras leurs chars. £t Josué vint contre eux, et » teulerannée avec lui, vert les eam de Mérom, et Us » se prédpitèreiit sur eux. Et k Semeur les IS/m ma
n mains d'Israël ; ils les frappùrcnt et. les poursuivirent » jusqu'à la grande Sidor et jusqu'aux eaux de mer, k n Repboth, et jusqu^m duoifi de Maapbé, qui est vem » rOrient; et il: les frappai sorte qu^il n'eo resta pas » un seul; et il lii comme le Selc;ncur lui avait comn aiandé ; il coupa les nertâ de leurs chevaux et brisa • » leurs chars. »
C'était sans dente k cautnme à tevte époque, quaiad on n'avait pas besoin des chevaux des vaincus de les rendre incapables de service. C'est ce que Ton voit plusieurs ftk répété dans rficntore. « Bavld ayant pris dan» ime )r batailk milk sept cents cavalien et vingt inllk featas- » sins, coupa les nerfs des chevaux des chars et n'en » réserva que pour cent chariots. »
L'ËeiitQEe cite quelques-unes des oattkns de rOrient les plue célèbres par kors chevaine :
« Les Ammonites, voyant qu'ils avaient offensé David, >» enveyèrent mille talents d'argent pour acheter des » chars et raasembkr des cavaliers dans k llésopotamk» » dans k Syrie, en liaacba, et dans ScHra.
» Ils réunirent donc trente-deux mille chars et le roi
' » de liaaebft et ms 8«|et8 «va& eux» et s'étant mis en
» marche, ils vinrent camper TO-à-vis de Médaba, et les t) Ammonites s' é tant aussi assemblés de. tûutealeura vilks » sepcéparècentaaQoiidMit.»
. à, répoquft de Dwrid, ITmege dm étmÉl étaàt dovoau un besoin impérieux pour le peupile d'IsraêU soit que V exemple des nations voisines, Thabitude de demeoiep dans les Tâk», lajnoÛBBseàkqiiieilemTiteaipaiflBam-» memle diraalde FOnent, eussent £ût appréoierleB.8viiii^ tages de l'équitation. Toi^gours est il que chaque homme, à cette époque, n'allait qu'à cheval. C'est ce qui explique oeittt prodîgîeQaei iMaiîfiô «rec laquelle hod seulement les rois, ks priaces, les géBénuix^ mais encore les simples particuliers s'environnaient à chaque occasion de chars et de. cavaliers. « Après cela, Absalou prit des chars . » et des cavalieis et einqnaate heinmes qui le préc^ daient. »
« Adonias, fils d'Aggith, se leva, disant : Mot, je ré- » gnerai ; et il assembla des chars et des cavaliers et » daiqaaote homme» pour eoiirir devant lui^
Les Hébreux: plaçaient bant dans teur sagesse la. douceur envers les serviteurs de l'homme, et un des plus beaux titres qu'ils donnaient à leurs saints était celui élieimiie lx>n enms ka aninuuiz.
Gependant Fère brillante du lojfuuDe de Juda appro* chaiL ; le règne de Salomon fut la grande époque de la nation juive. Outre l'édilication du temple de Dieu, ce' rd, que la postèiiité & nouamé le Sage, bàtil des TÎUes» éleva diiBS édifiées* el surpaesa tena les rois du; monde en^ puissance et en sagesse. Tant d'éclat devait rejaillir sur la i*ace chevaline. 11 parait que Salomon aimait passion-
Dément les chevaux : « lia bîeiHaimée, je vous compare à D la beauté de mes cavales, » disait-il dans le Cantique
des cantiques. Aussi, i*:iioii les présens que lui faisaient tous les ans les rois de la terre, parmi les vases d'argent, les vètemens, les aimes, les parfums, on n'oubliait pas les chevaux. Il en achetait lui-même à l'Egypte, aux rois d'Eilnopie et de Syrie. Beaucoup de marchands allaient en chercher à Coa et venaient les lui revendre. On lui amenait quatre chevaux d'Egypte pour six cents sicles d'argent II avait quatre mille écuries seulement pour les chevaux de ses cluii s !
On lit dans le Çoran que Salomon exerçant un jour ses chevaux et l'heure de la prière du soir étant venue, il ne voulut pas permettre que Ton prit le temps de les mettre à Fécurie, et les abandoiiiia cuihiik; ii ajaot plus de maîtres et desùiiés au service de Dieu. Ce fut alors que Dieu, pour le récompenser, lui accorda un Vent doux et agréable, mais fort, qui lui servit de monture dans la suite et le porta partout où il voulut aller, Cependant l'amoui' de réquitatiuu i euiporta un jour dans son âme sur son devoir, car on lit encore dans un commentaire de Zamchascar : « Salomon, assis sur son trône, voyait )) courir des chevaux excellens qu'on lui avait amenés ; )> la course durajusqu au coucher du soleil. 11 oublia de » faire la prière du soir, et se punit de cette négligence » en faisant immoler une partie de ces superbes cour- » siers. n
Parmi les rois juiis les plus cavaliers, l'histoire cite encore Asarias , vainqueur des Philistins. Ses écuries * étaient remplies d'excellens et magnifiques coursiers. Il
les exerçait lui-même à tous les jeux alors eu usage et
accordait de grandes récompenses à ceux qui se distiugoaient dans Fart de l'équitation.
Les guerres contînaelles qu'eurent à soutenir les Juifs,
et les diverses périodes de captivité qu'ils suijii t'iit ne leur permirent pas dans la suite d'avoir un grand nomtiMte<dievaux. Vers la fin de leur empire, un des serviteurs du roi lui dit : « Il y a encore cinq chevaux qai n sont seuls de ce grand noiiibre qui était dans Israël, » tou^Jl^ autres ayant été mangés. »
. J^ursque le dernier jour de la Judée vint à sonner, • lorsque Htus vint assiéger la ville coupable, il ne se trouva plus un cheval de bataille pour défendre la })orie 4g, j^ÊQifiaiem, et la nation juive fut rayée des peuples de
GHAP1TA£ IV
Temps Héroïques et poétiques de la Grëce — Créatiao du cheval par NepLiino — Le dieu Mars. — Cbevaiix de l'Olympe. — Chevaux d'Achiiie. — Chevaux du Soleil. — Castor cl Pollnx, — Pt'gase. — Les Centaures. — Soins donués aux chevaux, — Augias. — Pélops. — Uippolyte.
Ce fut dans ces beaux lieux que dominent TOlympe, le Parnasse et le Taygète, où coulent le Pénée, l'ilysg08 et FEurotas ombragé par ses lauriers roses que, des récits décolorés des jours de r£den« les poètes créèrent la riante mythologie. Premiers héritiers de la civilisation orientale, dans un climat doux et sur un sol fertile, passionnés pour la gloire et les jeux guerriers, les Grecs éle¥^:ent le cheval aux plus grands honneurs : ils donnèrent son nom à leurs héros et à leurs dieux, et, dans la fable des centaures, ils lui prêtèrent la vie et les pas-
wmB des JioiiiiofiB. Mai» ce n'étaîl point asaex pimr l'honneur du eheval : il fallait encore raaaocier aux dieux, le
rendre immortel comme les dieux eux-mêmes. Inférieur à l'homme, mais supérieur à tout le reste de la création, le clieval fut on des féconda et UgUmiea obj^ fictions dé la Grèce. Il se prêta à toutes hs allégories, à toutes les ligures dont le caprice des poètes et la puissante imagination des homme» de ces temps voulurent le rendre Tobjet
De môme que cbes tous les autres peuples, le cheval était chez les Grecs F emblème de la guerre. Neptune, sjmboit de ces chefs errants, venus des marais d'Kgypte ou des coteaux de la Syrie, attacher leurs barques vagar bondes aux lieux où fut plus tard le Pyrée, se disputait avec Minerve, symbole de la civilisation, qui bàîit des villes et cultiva les champs, à qui donnerait son nom à la ville de Gécrops. Neptune frappa la terre de son trident et fit naître le cheval :
7\tqu9t d qui prinu» frmnenttm
Fkidit egmiin magno télhu ptreuitu triâmii.
Minerve à son tour fit naître l'olivier, dont les fruits,
objet d'un coiiimerce considérable entre les nations, en font un signe de paix et d'union. Le don de Minerve fut pi^éi^ par les pères de Ifiltiade et de Péridès. Minerve eut la glou*e de devenir la patronne d'Athènes. Le cheval que fit naître Neptune s'appelait Arion. Les poètes l'attelèrent quelquefois au char de Neptune. Ce dieu en fit présent à Hercule, qui le montait quand il prit la ville (l'Ëlide et lorsqu'il combattit Gygnus. Les dieux le don* aèrent ensuite à Adraste, à qui il fit gagner le prix de la
course aux jeux néméecis, et dont il sauva la vie au siège de Thëbes. Arion avait les pieds de devant d'un homme et Tusagc de la parole, V amlis Arum, Neptune est appelé par les poètes : Danu uSy (loni])teiir, et Uippim, cavalier. Ou célébrait en son honneur, chez les Arcadiens, des fêtes nommées Hippocratie$. Les chevaux, pendant ces fêtes, étûent exempts de tout travail, et onlesprome^ nait parles villes et les campagnes, ornés de guii J.ntdes et de superbes harnais. On immolait des chevaux sur les autels de Neptune et en mémoire de ce dieu. Les peuples en (Paient en sacrifice à la mer. Mithridate y fit précipiter des chariots à quatre chevaux, et Pouipctu a[>i t une victoire, y fit jeter un superbe coursier. On cherchait aussi par de pareils saeriflces à se rendre âtvorables les divinités des fleuves. Xerxèsen offrit au Strymon avant de le traverser pour entrer en Grèce ; Tiridate en offrit à r£uphrate. Quelquefois on se. bornait à lâclier daus les prairies baignées par les eaux des fleuves les chevaux qui leur étaient dévoués. César, avant de passer le Rubicon, oflre à son liinnide dieu un grand nombre de che^ vaux qu'il abandonna sur ses rives. Cette coutume était connue du temps d'Homère, qui fait dire à Achille, en parlant du Xante : « Ce fleuve même, malgré Timmense » et rapide cours de son onde argentée, ne pourra vous u dérober au trépas; c'est en vain que vous lui sacrifiez » tant de taureaux, et que de vigoureux coursiers, vieil times vivantes, sont engloutis dans ses abtmes. »
Le cheval est lié à l'histoire de Neptune, depuis sa naissance. On sait que la mère de ce di^u présenta à Saturne un poulain & dévorer à sa place ; on sait aussi qu'il affectionnait la forme chevaline dans ses transformations.
On se tiemande si vraiment un prince de ce nom avait
développé la scienco iiippi(|iie dans les temps inconnus de l'histoire de la Grèce, ou si i'idée du cheval obéissant à la main habile du cavalier avait un rapport allér gorique avec celle du vaisseau sous la main du pilote.
Les Phéniciens de Gadès donnaient la ligure d'un cheval à la proue de leurs bàtiiueus. Ke)^; signifie également un vaisseau léger et un cheval de course, tant les idées de la navigation et de l'équitation se confondaient dans la langue des Grecs. Paniphus, poète phis ancien qu'Homère, dit què Neptune lit présent aux hommes du cheval et de ces tours flottantes appelées vaisseaux. C'est pourquoi le cheval était à la fois le symbole de la navigation et en même temps l'emblème particulier de la guerre. 11 est remarquable que le cheval ait donné son nom au dieu des combats, le terrible Mars. Dans une des plus andennes langues du monde, qui vit encore en quelcfues contrées celtiques de l'Europe, le mot marc h signifie cheval. Ce nom fut aussi celui d' un des premiers babitans de FAusonie, que d'anciens autctos représentent sous la figure des Centaures, c'est-à-dire réunissant au corps du cheval celui de l'homme. On consacrait des chevaux sur les autels de Mars, et la vue d'un cheval était le présage de la guerre. Ënée aborde aux champs deLavinie; il aperçoit quatre chevaux *blancs: « Oh! » terre étrajigere, s'écrie le vieil Anchise, tu nous pro- » mets la guerre, »
Les dieux, dit Homère, entretenaient dans l'Olympe une race divine de chevaux ; ils les soignaient de leurs propres mains; ils les nourrissaient d'ambroisie; ils les attelaient eux-mêmes a,ux chars qui servaient à les por-
ter, à travers les airs, d'un boat de la terre à Fautre.
< Junon, déesse vénérable et fille du graiid Saturne, » s'empresse elle-môme à oouvrir les coursierâ de har-
« nais d'of Impétueuse et ne désirant que le car-
M nage, elle conduit les prompts coursiers sous le joug. . .
H Elle les presse duiouet... Arrivée devant Troie, là où » le Simoïs et le Scamandre confoudeut leurs eaux, Ju- » non arrête ses coursiers, les détache du char, les envin ronne d'un épais nuage, et le Simoîs fait naître pour » leur pâture une divine ambroisie. »
« Jupiter attache à sou clmr les coui*siers volans, » aux pieds d'airain, et brillans de For deleurscrinières... » il anime les coursiers qui, pleins d'ardeur, prennent » un vol agile entre la {( i re et le ciel étoilé; il touche à n F Ida et arrive au sommet du Gargare. Là, le père des 1» dieux et des hommes arrête les coursiers, les détache » du char et les enyironne d'un épais nuage. «
«Neptune, allant au secours des Grecs, conduit » sous le joug les coursiers au pied d'airain et au vol » impétueux; arrivé près de ïénédos, il les araête, les n détache du char, leur présente la divine ambroisie et » environne leurs pieds d'entraves d'or qu'on m peut » rompre. »
Le plus heau aumom des dieux anticiues fut celui qu'ils empruntèrent iu cheval. Minerve était appelée Hippiu^
soit parce que quelques poètes lui avaient donné Neptune pour père, soit parce que dans le combat des dieux et des iéafiA Minerve avait poussé son cheval contre £neià»Ae» On M donnait aussi lenom é*fftppàiéiia, à cause
de la ville d'Hippola, où elle était honorée. Mars, comme Meptmie, fut ap|)eiè Uippwsi celui-ci
portait ausâ las surnoms ^HippœamieSf é*Hippô^
drome^ de Datneus.
Hercule était appelé Uippoctonus, pour avoir tué les chevaux furieux de Diomède, et HippadéU, pouf avoir «ttaehé les chevaux des Orchoméniens à la queue les uns
des autres.
£k)le, dieu des vents, était appeié Hippodates, soit à cause delarapidilé des vents, soit parce qu'il était petit* fib d'Hippotès.
Les Scvthes adoraient le dieu Mars, et les Macédoniens le soleil, sous la figure d'un cheval.
IKane, la triple déesse, étùt représ^tée avec une tète de cheval, une tête de femme et une tète de chien. Avec une tète de cheval, c^ét'iît la déesse de la terre, dont le cheval est le plus utile animal; avec une tête de femme, kkdéesse du ciel, dont la beauté de la femme est le délicieux emblème; avec une tète de «hien, la déesse des enfers; car la fidélité du chien garde cette porte fatale qui ne s'ouvre que d'un côté.
Les Grecs avalent aussi une déité, la déesse Hippona, qui présidait aux chevaux et aux écuries. On célébrait -sa fête en promenant des chevaux autour de ses autels.
Ces dieux, qui ne croyaient pas s^abajsser^ soignant et maniant eux-mêmes leurs couraim, en prenant leurs
noms, en se revêtant de leurs formes, en leur prêtant leur immortalité, les regardaient aussi comme le plus beau présent qu'ils pussent faire aux hommes. Jupiter, pour consoler Tros de la perte de son fils Ganymède, lui fit présent de chevaux tpi'on regardait comme les meilleurs coursiers qui fussent sous le soleil. Ces chevaux piassè-
rent de Tros à Laornédon. HercuÀe les lui demanda potu* la délivrance d*Hésîone ; mais après que le héros eut tué
le monstre marin qui allait dévorer la jeune fille, Laomédon lui refusa ce prix de sa vaillance. Hercule, justement irrité» renversa les murs de Troie et incendia la ville. Anchise, à Tinsu de Laomédon, avût conduit ses cavales à ces chevaux divins. 11 en naquit dans son palais six chevaux, dont il retint quatre, qu'il nourrit avec soin. 11 donna âr son fds les deux autres, qui semaient l'épouvante dam le» eombatt*
Les dieux, assistant aux noces de Thétis et de Pélée, donnèrent à celui-ci deux superbes coursiers, Xaatos et BaUios. Ces coursiers étaient immortels et fils du Zéphyr et de la harpie Podai*ge « paissant au bord de la mer, n Pélée les donna à son lils Achille, lorsqu'il partit pour la guerre de Troie. Ballios vient du mot grec Bâù^iios branche de palmier. 11 signifie un cheval de eouieur foncée^ marqué de blanc Baillet, après quatre mille ans, est encore le nom favori que les hommes des campagnes donnent à leurs chevaux. Xautiios était aussi un nom de couleur. £«yros veut dire roux. Achille avait encore un autre cheval renommé, le fameux Pédase, qu'il aviût eu au sac de Thèbes. O coursier, né d'une race mortelle, était digne d'être comparé aux coursiers immortels. Pédase fut tué par Sarpédpn, dans le combat de ce héros avec Patrocle.
Les chevaux d'Achille étaient doués d'un entendement humain ; lors de la mort de Patrocle, ils lurent accablés d'une morne tristesse : « Cependant les divins comnsiers ») d* Achille se tenaient à l'écart et . pleuraient leur con^ » ducteur, depuis l'instant où ils s'étaient aperçus qu'il
» avait été renversé dans la poussière par la main san-
» plante d'Hector. î.e fils de Dior, Automédon, plein de » vigueur, les pressait vaineineiU du fouet retentissant ; 0 en vain il leur adressait tour à tour des prières et des •» menaces: ils ne voulaient ni se rendre vers la rive de » l'Hellespont, ni retourner au combat ; niais tels que les te colonnes inébranlables érigées sur le tombeau ci uu » fionime ou d'une femme célèbre, victime de la parque, » ils demeuraient immobiles devant le superbe char, la n tête penchée \evs la terre, regrettant la main qui avait » tenu leurs rênes, plongés dans ime morne consterna- » tion; des larmes roulaient de leurs paupières sur le » sable; leur crinière brillante, éparse sur le timon, se » souillait dans la poussière. Jupiter voit leur douleur et » leur accorde quelque compassion. Agitant sa tête au- » guste : Malbeureux ! dit-il en hii-môme, pourquoi taut- » il que nous vous ayons donnés à Pélée, à un simple ») mortel, vous qui êtes exempts de la vieillesse et du tré- « pas? Etait-ce poui' vous faire partager les maux de la » race humaine, race plus infortunée que tout ce qui res< 9 pire ou rampe sur la terre? Mais je ne permettrai ja- ^ mais qu'Hector soit porté sur le magiiiliquc cliar » d'Achille et conduise vos rênes: n'est-ce point assez qu'Upossèdesésarmes et qu'ilen triomphe avec audace? » Je vtts vous donner une nouvelle légèi*eté et vous inspi- » rer un nouveau coitr;)<:e' ]V)uy ramener Automédon du » milieu des périls, dans le camp; car je veux que les » Troyens soient encore victorieux et sèment le trépas n jusqu'à ce qu'ils se rapprochent des vaisseaux et que ») le soleil ait disparu, remplacé par la nuit sacrée. Il dit » et souûle un nouveau couiage au cœur des div ins coui-
D siéra. AiiflflilOt, seooiiaai la poufisito qui couvrait leur 9 crinière superbe, ils traînent rapidement le char au
» milieu des Troyens et des Grecs. Automédon, consterné » de ia perte de son compagnon, se précipite parmi les » oombsttans, connue le vautour parmi les timides oi- 1» seaux des ]»^rie8. »
Les dieux voulurent aussi leur accorde i' le don de la parde: « Lorsque le ûis de Pélée, l'impétueux AciiiUe, n se préparait à aller combattre le vaillant Hector et c(»i- » «rier les mânes de wn ami Patrocle, tué par le prince j troyen, Automéduii et Alcime attèlent à sou char les » immortels coursiers. De superl)es courroies les unisn sent ; le mors blanchit dans leurs bouches éeumantes ; » les guides, ajustées avec art,*les dirigent Armé d*un » fouet léger, souple, brillant, Automédon s'élance sur » son char. Couvert de l'armure divine qui brille comme » le soleil, le ûls de Pélée prend place derrière son fidèle » écuyer. Adressant la parole aux immortels coursiers » que luidona;i Ptilée, son père:
» Xantbus et Ballius, leur dit-il, illustres enians de » Podarge, nous marchons au combat ; songez à dércèer » à la fureur des Troyens votre maître et votre guide » rassassiés de carnage ; craignez de les laisser étendus » sur la poussière, comme vous y laissâtes le corps san<- » glant de Patrode, qui vous guidait dans les oombatSb
» Le rapide Xantbusy «ntendantces paroles, inclme sa » tête altière, développe sa \ aste crinière ; elle couvre le » joug auquel il est attaché et s étend jusqu'à terre, Ju- » non lui communique le don de la parole :
» Valeureux fils de Pélée, dit4U nous sauverons en ce » jour et toi et ion écuyer ; mai» le glaive de la mort est
» suspendu sur ia tète ; ne uqus impute pas ton trépas. it.Jupiter et l'ioexarable destinée en sont les a^uls a^r %,]|^tirs. Ni le courage» ni la légèreté ne iiou9 nu^aqué'^ « rent quand Patrocle fut dépouillé de son armure p^r » les Troyens. Le zépliir, qu'on dit le plus léger des ». ,yents, n'égala point la rapidité de notre course ; n^ais iiL,m dieiji plus puissant, ÂpoUpn, fils djç Latone» perça 9 Patrocle au mUieu des^ héros de la Grèce et accrut la )» gloire d'Hector; ainsi un dieu et un mortel réunis l'eni' » porteront sur toi. Tel est l'ordre du destin.
dÂU et les furies étouffent ^ voix. »
(i^Xes çbevaux du Soleil étaient Erythoûs, le lever du iour; Actéon, legrand joui ^ Lampes, le nncli, et Pliilogeu$» le tomber du ^oir ; d'autres poètes les oot appelés JlSXQ^ Ém, Aêton et Pl^légon.
^Ovide, en chantant Taventure de Phaéton, parle des chevaux du Soleil; il les fait atteler par les Heures, qui liQâ font jsortii'de Técurie, où il/» s'épient ri^ssas^iés d'aïur
./iCeux de Pluton s'appelaient Orphénus, le ténébreux ; Aéton, l'aigle; Nyct^us, le nocturne, et Alastor, le fatigué.
Pégase» Je çheytf le plus oél^re de la Mythologie, naquit du sang de Méduse. Il avait des ailes, et, dès qu'il eut vu le jour, il s'élança sur le mont Hélicon. 11 frappa la terre, et l'eau jaillit : — La fontaine Bippocrène (ion* taine du cbaval) t dont laliqueur enivre^fxmme le nectar, s'ouvrit sous son pied. Tbiyn signifie aussi fontaine ou source ; Pégase fut donc le cheval de la loatain^, etl tiippocrène) 1^ fontaine du cheval.
Pégaise fut dompté par Minerve, qui le donna à Bellé-
rophon. Celui-ci ^'en servit pour combattre la Chimère ; mûs, ayant voulu profiter des ailes de son coursier pour
s'élever au ciel, il fut précipité sur la terre, et Pégase continua sa route vers l'Olympe. Persée monta aussi Pégase, pour aller, à travers les airs, par delà la Mauritanie et les Hespérides, faire la guerre aux Gorgones. En revenant de. cette expédition, il aperçut la belle Andromède, liée aux roches d'Ethiopie. Aidé de son divin coursier, il tiiompha du monstre qui allait la dévorer.
Pégase aimait à se jouer sur les poétiques sommets de l'Hélicon et du Parnasse. Abaissant ses ailes blanches, il paissait les herbes fleuries qui naissent sous les pas des muses et des grâces. Il appelait d'un hennissement joyeux les poètes et les héros, et menaçait d'un pied dédaigneux les déshérités de la gloire.
On a cherché dans l'histoire de Pégase toutes sortes d'allégories ; pour nous, nous y verrons encore la preuve de l'admiration de l'antiquité pour le noble animal d'où procède tout honneur et toute gloire. L'antiquité a peint la poésie, cette ûlle du ciel, premier don de Dieu aux hommes, pour adoucir à leurs lèvres lacoupe amère de la vie, sous l'emblème d'un coursier superbe et rajnde. Le cheval sur le sommet de la montagne, embrassant sous un même regard le ciel qu'il approche et la terre qu'il domine, c'est le poète contemplateur. Le cheval, parooarant Fespace avec la rapidité du vent, franchissant les ravms et les torreas, mordant de son ongle d'an ain les rochers et les débris fumans, courbant à ^eine les tiges des fleurs en se jouant dans les prairies embaumées;, c'est «acore le poète épandant les trésors de sa lyre.
Les ailes symboliques du cheval répondent à la^^ensée de sa prodigieuse vitesse, si souvent et si diversement
exprimée par les poètes.
Mars attelait à son char deux coursiers ; Démos, la crainte, et Phobos, la terreur. C'étaient ceux qu'il prêta un jour à la déesse de la beauté :
« Vénus va trouver le dieu de la guerre, dont un nuage » environnait la lance et les bouiliaiis coursiers. Vénus » tombe aux genoux de son frère et lui demande avec » les plus vives instances ses coursiers brillans de tresses
ré
)) d'or. »
Apollon avait nourri et soigné lui-même, sur les montagnes du Piéron, les coursiers d'Eumèle, fils dePhères, « rapides comme l'aigle ; ils avdent le même poil , le » même ùge, la même taille. »
Le nom de Centaures fut donné aux premiers bergers de Tbessalie, qui gardaient des troupeaux de bœufs près du mont Pélion. Il vient du grec xtvrccv xùitç roupoO; piquer les bœufs. On les appelait aussi Hippocentaures, parce que, suivant V usage des premiers pasteurs, ils étaient toujours à cbeval. Leur adresse à dompter les coursiers était prodigieuse et a donné lieu à cette allégorie qui les représente sous la forme d'un monsti*e, moitié homme et moitié cheval. Le genre de vie rude et guerrier qu'ils menaient leur avait donné la force dii corps et la dextérité du bras. Leur aspect inspirait la terreur. I/importance de leurs occupations elles services qu'ils rendaient eu élevant des coursiers de batailles, tout conspirait à les rendre redoutables. Alliés aux Lapithes, leurs noms sont confondus, cbez les anciens, dans les mêmes récils :
I« UpWn^ mtHA IV dit nmiiHiii Smiwofcgft
Aiacewif lefteiaacM^ntwiiialewfiboiiclies Leur apprit à bondir, à cadeocer leur pas, Bt gouverna leur fongoe au milieu des eombats.
Cependant les Lapithes sembleat ariur été plue spécialement fantassins, tandis que les Centaures étaient plus
^[)écialen)ent cavaliers. Ils eurent entre eux de sauglans démùiéb. Les Lapithes triomphèrent. Ils se vengèrent enfin de rarrogance d^ ces hommes violena, pour qui rîen n'était sacré, pas même k toit révéré de Thospitalité. Hercule, Thésée, Nestor, Pirithoûs, en firent un grand carnage. Ceux qui périrent dans le combat fuient enterrés dans un lieu appelé depuis Taphos, tombeau* Les principaux Centaures furent Eurytion, Hylée, Pfaocus, Omadus, Nessus, qui, pour se venger d'Hercule, remit à Déjanire sa robe ensanglantée; enfm Chiron, le plus fameu2L de tous* qui semblait se distinguer de ses frères autant par sestalenset sa science que par sa douceur et l'urbanité de ses mœurs. H fut le précepteur d'Hercule et d'Achille, ou du moins ce fut lui qui leur enseigna l'art de l'équitatiou et le soin des chevaux.
Les Centaures descendaient d'Ldon» dit la fable. Ldon était sans doute un des premiers princes de Thessalie qui lli e rU faire le plus de progrès à l'art de l'équitation. Les Grecs ont orné de toutes les fleurs de la poésie la fable des Centaures. Leurs javelots étaient les arbres des fo* rèts. Hs chargeaient leurs frondes de rochers déradnéa* L'amour de la beauté enflammait leur âme et fut la cause de leur ruine. Ils trouvèrent des rivaux dans les guerriers de la Grèce, qui les accablèrent sous leurs traita. Les Centaures qui échappèrent au carnage s'enfuirent
dans les montagnes d'Arcadie, où Hercule les poursuivit; mais Neptune ravit à sa fureur les restes mutilés d'une race qui lui était chère. Ils se retirèrent paisiblement dans nie des Syrènes, où bientôt, après avoir résisté aux traits des héros, ils périrent Subjugués par les voluptés. Le signe du Centaure, placé dans le zodiaque par les anciens astronomes, est connu aujourd'hui sous le nom de Sagittaire. ' * '
Castor et Pollux, ces deux jumeaux si célèbres par l'amitié qui les unissait, ne l'étaient pas moins par leur talent dans l'art de l'équitation. Honorés sous le nom de Dioscures, on leur éleva des statues et des temples. Un grand nombre de médailles, sur lesquelles ils sont représentés à cheval ou tenant des chevaux près d'eux, attestent encore le culte qui leur était rendu. Castor surtout, surnonnné le Dompteur, devint le protecteur des hippodromes et des cirques. Les Romains lui élevèrent un temple dans les environs du cirque. Son frère était spécialement honoré pai* les athlètes : \ ''-
« Castor gaudet equis, avo proynatus eodem, ■ Pugnis ■
Si Castor et Bellérophon passaient généralement, chez les Grecs, pour avoir les premiers montré l'équitation aux hommes, Erycthon, troisième roi d'Athènes, était regardé comme l'inventeur de l'art d'atteler les chevaux. Un bas-relief de la frise du Parthénon le représente guidant un attelage de deux coursiers. Delille a dit d'après Virgile :
EryclhoD le premier, par un effort sublime, Osa courljer au joiig quatre coursiers fougueux, El porté sur un char, s'élancer avec eux.
Un autre Erycthon,'fils de Dardanus et pere dé Tros, surnommé le plus opulent des hommes, avait un haras troiâ mille jumeus et d'un pareil nombre de superbes poulains.
Tandis (jue les dieux et les héros ne dédaignaient pas
de s'occuper eux-mêmes du cheval et de l'admettre dans leur familiarité, les hommes avaient l'habitude de T associer dans leurs dangers et à leurs gloires, sinon à l'égal d*eux.niémes, du moins comme un animal d'une nature
supérieure, doué jusqu'à un certain point d'inteUigence et de raison.
Homère, dans l'un des premiers chants de Tlliade, ne craint pas de l'élever à la hauteur de ses chants et de le
mettre de pair avec ses liéros :
« Muse, dis-moi quel fut le plus vaillant soit des » hommes, soit des coursiers? »
Lorsque l'orgueil des chefs consistait à avoir un grand nombre de chevaux : a Je n'ai point ici, dit à Knée, Pan- » darus, fils de Lycaon, je n ai point ici mes coursiers et » pies chars , du haut desquels je pourrais combattre. » J'ai dans le palais de Lycaon douze chars d'une rare )) beauté, près de chacun descpu'ls deux coursiers, des- » tinés au même joug, mangent l'orge blanche et l'a- » veine ; je ne voulus pomt amener ici mes coursiers, n crugnant qu'accoutumés à Tabondance , ils ne man* )) quassent de pâture dans une ville assiégée. »
Dolon, avant d'aller reconnaître le camp des Grecs, demande en retour, après la victoire, les coursiers d'Achille ; de même, plus tard, Ascagne promettrai Nbus le beau cheval de Turnus.
Pbésus possédait de magnifiques coursiei's : u Jamais,
» dit Dolon, je n'ai vu de coursiers plus beaux ni plus » grands que les siens : plus blancs que la neîge, ils
* » égaient les vents dans leur course rapide. »
Nestor, racontant les prouesses de sa jeunesse, (( eii- » leva, dit^il, les troupeaux du roi dTlide, et parmi ces » troupeaux cent cinquante cavales à la crinière dorée. » • La possession de cbevaux était souvent l'occasion de luttes acliai'nées et de combats sauglaus.
tt Iphite voyageait pour réclamer douze cavales qui » remportaient par leur race, par leur force et leur lé- » gère té, entreprise fatale qui le conduisit au tombeau. » Ce mortel invincible, illustré par laiit Je hauts faits, le » fils de Jupiter, Hercule, au mépris de la vengeance des » dieux, de Tbospltalité sacrée et de la table où il l'avait » fait asseoir, retint les jumens incompables dont il était le » ravisseur, et lui ùta le jour par une insigne perfidie. >
Les plus illustres guerriers, les plus grands rois, tels qu*Agamemnon, Achille, Nestor, Priam, soignaient euxmêmes leurs chevaux. Priam nourrissait dans son palais les coursiers avec lesquels il fut redemander à Achille le corps de son fils. 11 possédât, en outre, de nombreux haras qui étaient confiés aux soins de ses enfans. Andromaque s' occupait des chevaux d'Hector avant de songer à lui. Hector, s' adressant à ses coursiers, les encourage en ces mots :
« Xanthos, Podarge, Eton, et toi, généreux Lampos, » c'est maintenant que vous devez me payer de tous les » soms que vous prodigue Andromaque, lorsqu'au re- » tour des combats, elle vous présente le doux froment » et prépare le vin dont vous vous abreuvez avant mèm0 » qu'elle ne songe à moi, son jeune époux. »
Naitticaa attèle eile-mèfiM sob char» et elle le dirige avee adresse datis la ville et sur les bords du fleuve, où
elle rencontre Ulysse.
L'attention que réclament les chevaux et, en général, tous les animaux domestiques, la propreté qu'ils exigent dans tout ce qiu les entoure, sont des principes reconnus de toute l'antiquité. Lôs Grecs nous en offrent le témoignage dans une de ces piquantes allégories qui donnent tant d'attrait aux ingénieux mystères de leurs poétiques traiËtlone. Augîas, roi d'EUde, passait pour négliger ses écuries. Sans doute la poussière mêlée de sueur dont ses coui'siers revenaient couverts n'était pas soigneusement lavée, ainsi que cela se pratic^t chez les plus simples guerriers ; sans doute leurs harnais n'étaient pas frottés d*huile et d'essence chaque fois qu*il les attelait à son char ; sans doute, honte de ces temps cpie nous appelons barbares, leur litière n'était pas renouvelée chaque jour,, et'le sable uni sous leurs pieds par le râteau. Les trois mille bœufs dé ses étables croupissaient, disailnm, sur un infect fumier. On tout iia dès lors en ridicule le roi Augias. Les poètes s'en mêlèrent : ils prétendirent qu'il ne falhdt rien moins qu'une force surhumaine pour né* toyer ces rétables, et l'effort aocomplî pour y rétablir la propreté fut mis au nombre des douze grands travaux d'Hercule. Le fils d'Alcmène dut même, pour mener à bonne fin cetie gigantesque entrq[Nîse, détourner le cours de l'Alphée.
Les courses de chevaux décidaient souvent du sort des empires, du mariage des rois, de la vie des héros. QEnomalte était un roi d'Olympîe, célèbre par la beauté et la vitesse de ses coursiers. Son cocher, appelé Myrtile,
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était aiiall d*ttite exti^teie habileté ; c'était d'iullears un
homme considérable et qui passait pour fils de Mercure, ÛËnomaus avait une fille d'une singulière beauté. £lle trouvait chaque jour de nouveawi piétendaos. Mais son père ne consétitait à m recotmattre aucun digne d'elle, qu'à la condition d* être vaincu dans une course de cliar. Quiconque aspirait à l'honneur de devenir son gendre devait remporter sur lui le prix de cette eoti»sè ou expirer sous lé fer de sa lance. Quand la lutte était acceptée, Myrtile attelait ses coursiers, les guidait avec tant d'adresse, que son maître remportait toujours une facile victoire, et le vaincu recevait le coup fatal, qui était la loi du combat. Déjà treize prétendans avaient succombé; cependant, malgré le peu de succès de ses devanciers, Pélops, enflammé d amour pour Hippodamie, osa tenter eatote la chaace qui lui était offerte, et cette fois le sort filt favorable à uû héroïque séhtimegdt. Lea uns disent que Pélops triompha par la perfide complaisance de Myrtile, qui trahit sou maître et se laissa, battre ; d'autres sou* tiennent que ce ùxt par la protection de N^tune* €'est cette dernière version qu'a su&vte Pindare dans le récit
suivaui :
« Lorsqu'un léger duvet commença à noircir son men- «> ton, Pélops prétendit, à l'hymen de. la noble Hippoda- » mie, qu'il désîrsdt obtenir de son père, le roi d'Olym- » pie. 11 s'approcha de la mer, et il appela dieu qui » agite le trident et fait retentir le ^i^ âge. Aussitôt que » Neptune eut apparu : a Fais-moi obtenir les dons de » Vénus, lui dit^il; enohahie la lance d'airain d'OEno- » maQs ; conduis-moi dai)s un char rapide à Elis, et donne- » moi la victoire. OËnomaiis, après avoii* tué treize des
» prétendaDS à la main de sa fille, diffère toujuiuâ son » hymen ; mais les graods dangers n'efirayent point un M homme courageux* Pourquoi, parmi les êtres destinés » à la mort , quelqu'un attendrait-il obscurément une » vieillesse sans gloire? J'oulrepreiidrai ce combat; que » je te doive le succès. » Il dit et ne lui adressa pas des » prières impuissantes ; le dieu lui donna un char d'or et » des chevaux ailés, infatigables. Pélops vainquit ORno- H maus, obiini la Jeune flippodanue pour prix de ba vic- » toire, et en eut six princes, élèves des vertus. »
Enfin les chevaux étaient dhrgés de la vengeance des (lieux. La mort d'Hippolyte, traîné par ses chevaux, a iounii aux poètes anciens et aux poêler jitod» mes une ample moisson de scènes dramatiques. Uippolyte était fâs de Thésée et d'Antioche, reine des Amazones ; son nom était symbolique, il signiOait dompteur de chevaux. On sait par quelle erreui* Thésée invoqua contre son ûls la vengeance de Neptune, et cette histoire est trop connue pour être redite ici. On connaît aussi le beau récit de la mort d*Hippolyte par Racine. Le poète assode les chevaux du héros à la douleur de leur maître :
A peine noossortioiis des portes de Tréièae, Il était sur son diar ; ses gardes affligés Imitaieot soo sHence, autoar de loi laqgés. Il sniTift tout peosîl le chemin de Mycênes ; Sâ main sw ses dievtoz laissait flotter les rênes. Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois, Pleins d'une-ardeur si noble, obéir à sa voix. L'œil morne maintenant et la tête baissée, Sembiaieoi se Gooformer à sa triste pensée.
CHAPITAE V
Temps hisloriques de la Grèce. —Noms gfees Uiés du citera). ->lcux olym]iiques. — Description du cheval grec. ^ Giieraui de Phidias. — Aleiandffe et Bocépbaie.
L'histoire nous donne peu de détails sur les habitudes équestres des Pélasges, premiers babitans de la Grèce. Cependant le nom grec du cheval, înnoç, se retrouve dans la langue pélasgique et y entre dans la composition d'un grand nombre de noms propres. Comme nous le verrons cheztouteslesnations primitives, ces noms correspondent tous aux dn erses fonctions qu'exige l'emploi du cheval, et qui, aux yeux des anciens peuples, étaient des titres d'honneur et de gloire ; tels furent les appeDations d'Hîppothoûs, un des premiers chefs des Pélasges, d Hijipodamas, d Hij^parqiie, d'Hippodamie, d'Hippocoon, d'Hippocrate, d'Hippolyte, d'Hippolochus, père de Glaucus, d Hippodamé, d'Hipponétonus, d'Hippodamus, d'Hippo-
(liœ, d'Hippodète, d^Hippodrome, d'Hippolélis, d'Hippolucdon, d'Ilippasus, d'Iïippona, fi'Hippalimp, d'Hippason, d'Hippé, d'Hippetis, d'Hippia, d Hippioii, d Hij)po, d'Hippocorystès, d'Hippocourius, d'Hippocraté, d'Hip* polytion, d'Hippomachus» Tels furent encore ceUes des Hippoinolgiies, peuples appelés, par Homère, les plus justes des hommes ; des Hippogéranes, que Lucius place dans les astres^ et des Hippogypes» qu'il fait monter» sur des vautours, au pays de la lune. Il est probable, toutefois, que la science du cheval aborda aux rives pélasgiques avec les peuples déjà civilisés qui colonisèrent ce pays. Avec Cadmus et les Phéniciens, Cécrops et les Egyptiens, Pélops et les Phrygiens, Tagriculture et les arts vinrent fleurir sur cette terre de merveilles, où ils devaient jeter un si constant et un si vif éclat. C/est pourquoi, comme nous Favons vu, la Mythologie avait fait naître le cheval sous le trident de Neptune, dieu de la mer.
Nous avons vu, d'ailleurs, avec quel enthousiasme la Grèce adopta ce noble animal, et de quelles gracieuses fictions le cheval poétique fut chez elle l'objet. Nous ne
parlerons ici que du cheval historicjue.
Le cheval, en Grèce, servit monté Qt attelé dans les temps les plus anciens. Nous voyons les guerriers d'Homère combattre presqu'uniquement Sttr des char». On ne peut entendre parler des Centaures et des Lapithes, de Castor et de Pollux, de Bellérophon, qui dompta Pégase, de Ghiron, qui fîitle précepteur d'Itercule et d'Achille, sans reconnaître qu'ils possédèrent au plus liaut degré la science de l'équitation, et que ceux qui l'enseignaient étaient honorés à l'égal des dieux. Si l'art de
monter à cheval ne servait pas à la guerre, cet art n en était pas moins dans toutes les autres habitudes de la vie. Homère lui-même nous montre Ulysse et Diomèdc montés sur les chevaux quMls ont enlevés à Rhésus.
« Le héros entend la voix de la déesse ; aussitôt il s'6- » lance surTun des coursiers de Rhésus, et Ulysse, mon- » tant sur l'autre, les frappe de son arc. Les coursiers
n volent en bondissant vers les vaisseaux Ulysse et
» Diomède arrivent au camp et font franchir à leurs coiir- » siers le fossé qui le détend. »
Homère nous en fournit encore un exemple concluant, dans cette belle comparaison :
« Tel qu'un écuyer, adroit voltigeur, ayant cljoisi (|ua- » tre coursiers dans un haras, les pousse au milieu de la n route pubHque, vers une grande ville : une multitude 9 de spectateurs, hommes et femmes, le suit de l'œil, a admire avec quel exact équilibre il s'élanœ tour à tour » d'un coursier sur l'autre, au miheu de leur vol impé- 9 tueux. n
On a remarqué, avec juste raison, que cette comparaison prouvait plutôt les habitudes équestres de l'époque d'Homère, que celles des temps de la guerre de Troie. Toutefois, si l'équitation était poussée, è. cette époque, h. on point de perfection tel quMl ne semble pas être surpassé par les écuyers dt la nôtre, on a droit d'en inférer que quelques siècles plus tôt, le cheval était habituelle* ment monté tout aussi bien qu'attelé. Le savant écrivain Lawrence fait, en effet, observer à ce sujet que, pour accomplir ces tours d'adresse avec des chevaux lancés à toute leur vitesse et pour dresser si parlaitement ces chevaux , il faut des siècles de travail et d'étude. Il résulte
(lu reste de l'enseiiible des recherclies faites par les plij<; sérieux auteurs, qu'en Grèce, comme partout, l'habitude de monter le cheval fut en vigueur en même temps, sinon plus tôt, que celle de Tatteler. Nous avons, d'ailleurs,
déjà traité ce sujet en parlant des chevaux de l'ancienne Egypte.
Le climat de la Grèce était très favorable à Télève du cheval ; cependant quelques contrées y étaient plus spécialement propres. Les clievaux de Cappadoce étaient célébrés par les historiens et les poètes comme les meilleurs et les plus vigoureux, tandis que ceux de la Thessalie remportaient autant par leur élégance sur les autres chevaux grecs, que les cavaliers de ce pays remportaient eux-mêmes sur ceux des autres contrées. Il passait pour constant que, parmi les chevaux, ceux de la Thessalie étaient les plus beaux, comme parmi les femmes les Lacédéiiioiiiennes étaient réputées les plus belles de toute la Grèce. Le poète Théocrite dit « qu'une branche de ci-
. » près, prise dans un jardin, et un cheval thessalien trat- » nant un char sont les objets les plus gracieux et les plus )^ délicieux du inonde. » Les médailles thessalieiuies por-
. taient ordinairement un cheval au revers. Plus tard, il en fut de même de toutes les médailles grecques. Les haras d'Epire, d'Argos et de Mycènes produisaient des races excellentes et renommées. II y avait plusieurs contrées qui n'avaient aucune réputation hippique ou même ne produisaient pas de chevaux. Ainsi r}le d*Ithaque, pauvre rocher stérile, à jamais immortel cependant par la sagesse d'un homme et la vertu d'une femme, non seulement n'élevait pas de chevaux, mais même ne pouxpit pas en nourrir. Lorsque Ménélas reçoit Télémaque,