‹ Histoire du chevalier d'Iberbille, 1663-1706Chapitre 25 sur 38 · QUATRIEME EXPEDITION A LA BAIE D'HUDSON · texte numérisé non relu

QUATRIEME EXPEDITION A LA BAIE D'HUDSON

Les bâtiments étaient au nombre de trois principaux : d'Iberville commandait le Pélican, vaisseau de 50 canons et de 150 hommes d'équipage ; M. de Sérigny, le Profond, et M. de Boisbriand, le Wesph. L'équipage était réparti sur deux autres petits bâtiments, lé Palmier et Y Esquimau, chargés de vivres. L'escadre avait, outre les hommes d'équipage, 250 combattants. Les bâtiments étaient approvisionnés de tout ce qui était nécessaire pour ces expéditions du nord : des mousquets, des haches d'armes, des harpons, des grappins, des couvertures de laine, des fourrures, des armes particulières pour combattre les baleines. La navigation avait cela de particulier que jusqu'à l'entrée de la baie d'Hudson, on pouvait rencontrer les glaces venant du pôle, tandis que, plus loin, ces glaces diminuaient à cause de la chaleur du Gulf-Stream, qui quitte les côtes de l'Amérique en cet endroit pour traverser l'Atlantique.

V ,, i/ji chevalier d Tbeirv'illt . 171

bonté; mais ii n'en fut pas de même de ses gens, qui refusèrent d'écouter de telles prétentions. Ils déclarèrent que si le gouverneur voulait avoir sa part, il n'avait qu'à aller la chercher Lui-même dans Les stations où il restait quelque chose. IN citaient parmi celles-ci le port de Rognouse, où on savait qu'il y avait cent hommes de défense avec des provisions abondantes.

M. de Brouillan, irrité, tit emprisonner quelques-uns des opposants, et chercha à séparer M. de Montigny de M. d'Iberville. Cela poussa d'Iberville aux dernières limites du mécontentement.

On ne sait ce qui aurait pu résulter de l'entêtement de M. de Brouillan et de L'indignation du capitaine canadien, lorsque arriva un événement qui changea? toutes choses.

M. de Sérigny, frère du chevalier, arriva de Fraace le L 5 du mois de mai L698. Il conduisait une escadre qui apportait les ordres Les plus pressants de se rendre à la baie d'Hudson.

La cour ayant appris que Terre-Neuve était conquise presque entièrement, enjoignait à M. d'Iberville de se rendre auasitôt à la baie d'Hudson. On pensait que M.

172 Vie dit chevalier d'Iberuille.

de Brouillan suffirait à compléter la conquête par la prise de Bonavista.

Ainsi finit l'œuvre de M. d'Iberville en Terre-Neuve et il ne lui resta plus qu'à prendre congé de l'irascible gouverneur.

Après cela, M. Beaudoin énumère le résultat de cette année <le combats. Il nous l'ait remarquer que 125 hommes, en si peu de temps, avaient occupé près de 500 lieues carrées de territoire, avaient pris trente stations, fait plus de 1,000 prisonniers, tué 200 hommes, et saisi tant il»- milliers de quintaux de morue, sans avoir éprouvé d'autre accident que deux hommes Messes.

Le pieux missionnaire ajoute qu'il bénit le Seigneur d'avoir assisté les Français, qui avaient presque tous la crainte de Dieu, tandis que leurs ennemis étaient de mœurs abominables.

Ces Anglais avaient cependant de bonnes qualités: ils étaient des hommes actifs et habiles dans l'exploitation des pêcheries et des chasses : mais ils n'avaient rien des qualités militaires, et ils étaient incapables de résister à des combattants intrépides comme les Canadiens.

De plus, Dieu ne pouvait les favoriser : ils ne faisaient

Vie du chevalier d'IberviUe. 173

aucune religion, n'ayant pas même de ministre avec eux. Ils étaient, dans leur conduite, pires que les sauvages. abandonnés à l'ivrognerie et à tous les désordres.

M. Beau» loin donne ensuite l'énumération «les stations prises par les Français, et il les met sous trois divisions distinctes :

Celles prises par M. de Brouillan seul, avant l'arrivée d'Iberville; celles prises par M. de Brouillan réuni à M. d'Iberville; et enfin les stations prises par M. d'Iberville seul, avec le nombre des habitants de chaque place, les chaloupes qu'ils y ont trouvées, et le poisson qu'ils y prennent chaque année.

Il y en a dix dans la première catégorie, trois dans la seconde, et vingt-trois dans la troisième.

Il est à remarquer que M. de La Potherie, qui copie l'énumération, a omis de faire cette distinction, de manière qu'on ne peut comprendre ce qu'il a voulu dire en cet endroit.

Voici la liste donnée par M. Beaudoin :

1° Stations prises par M. de Brouillan avec ses gens : Roo-nouse, ïremouse, Forillon, Caplini Bay, Cap Reuil, Brigue, Totheave, Bayelxmlle. Aiguei'orte.— 490 pêcheurs,

174 l'" du chevalier d'Ibennlle.

.">4 habitants, 71 chaloupes prises, 25.000 quintaux de morue :

2 Celles prises par M. d'Iberville et M. de Brouillan réunis: le Petit-Havre, la ville de Saint-Jean, le fort de Kividi.— 420 pêcheurs, 82 habitants, L50 chaloupes, 75,000 quintaux «le morue :

3 Stations prises par M. d'Iberville seul : 1 dans la baie de la Conception et la baie de la Trinité ; 2 de Portugal ( '■ »ve, Havremen,QuinscoA e, Havre-de-( trace, Mousquit, Carbonnière, Croques Coves, Kelins Cove, Fresh Water, Bayever, Vieux Perlican, Lance- Arbre, Colicove New Perlican, Havre Content, Arcisse, la Trinité. — 1 138 pêcheurs, 14!) habitants, 214 chaloupes, 113, 800 quintaux de morue.

Total: 2,048 pêcheurs, 285 habitants, 435 chaloupes, 2< io. !*<)<) quintaux de morue.

Après le départ -le M. d'Iberville, M. de Brouillan se trouva délivré d'une grande préoccupation : il lui semblait qu'il serait plus en mesure d'exercer ses prérogatives, et de prouver qu'il n'avait pas besoin de partager sou autorité. Mai- les années suivantes ne lui fureur pas fa-

Vil ,1 a chevalit r d'Ihervilli I 75

vorables, et en L698 les Anglais étaient revenus occuper sans résistances toutes les stations de la côte orientale.

M. de Brouillan ayant été nommé au gouvernement de l'Acadie, fut remplacé par M. de Subercase. Cedernierse décida d'attaquer les stations anglaises, ce qu'il opéra, avec le commandant de Montigny, en janvier 1707. Ils avaient réuni 450 lu tînmes. Ils prirent plusieurs postes et détruisirent tous les environs «le Saint-Jean. L'année suivante. M. de Saint-Ovide , neveu de M. de Brouillan, alla, avec 125 hommes et M. de Cortebelle, occuper le pays: ils enlevèrent Saint-Jean, et se préparaient à de nouvelles excursions, lorsque le gouverneur de Plaisance les rappela, parce qu'il avait appris que les Anglais se préparaient à l'attaquer avec 2,000 hommes.

Les succès furent ainsi partagés dans le cours du KVIIIe siècle: les Anglais finirent par consolider leur occupation, mais ils consentirent à laisser aux pécheurs français quelques points sur la cote. Il ne reste plus aujourd'hui à la France que deux îles au sud de Terre- Neuve, Saint-Pierre et Miquelon, qui sont aujourd'hui le centre d'une exploitation considérable.

En 174-Ô. la pêche occupait chaque armée dix mille

176 Vie du chevalier d'Iberville.

hommes avec 500 navires de Bayonne, de Saint-Jean de Luz et du Havre-de-Grâce.

Aujourd'hui les pêcheries ont une importance plus grande que jamais. Chaque année, près de cent quatrevingt-dix bâtiments viennent se fixer sur le banc de Terre-Neuve. Ils ne doivent pas. d'après les traités, avancer à plus de vingt lieues du rivage, mais cela suffit pour la pêche. Ils trafiquent avec les riverains de Terre-Neuve, qui leur apportent le menu poisson qui doit servir d'amorce. Pas moins de vingt-cinq à trente mille pêcheurs, largement rétribués, sont ainsi employés à la pêche. Cette occupation est une école tout à fait précieuse pour la préparation de la marine française. Aussi h- gouvernement donne-t-il à chaque bâtiment une prime considérable.

Tel est l'état actuel des pêcheries françaises en Amérique, et l'on ne doit pas oublier la part que dlberville a prise au développement de cette précieuse industrie.

Page 1