DE L’ORGANISATION DES SECOURS PUBLICS
PENDANT L’iMMINENCE
d’une épidémie de choléra asiatique.
L’invasion du choléra asiatique dans une ville, et sur tous les points où une population plus ou moins considérable est agglomérée , s’accompagne de grands désastres. Ceux-là, ce sont les effets directs du mal; ceuxci , souvent plus graves, ce sont les conséquences déplorables de la peur. A peine l’épidémie s’est-elle déclarée que les secours préparés pour les besoins ordinaires deviennent insufQsans ; elle se répand souvent avec une rapidité si grande qu’il devient difficile de pourvoir aux immenses exigences de la situation. Des lits, des médicamens, des serviteurs , des médecins manquent aux malades, des bras au service des inhumations, du pain à grand nombre de pauvres familles que le choléra a privées de tout soutien; un asile et un avenir à des enfans en bas âge devenus tout-à-coup orphelins. A ces maux déjà si grands par eux-mêmes, se joignent les funestes conséquences de la peur , la suspension soudaine des affaires, la ruine de l’industrie, une perturbation violente de tous les intérêts matériels. Une bonne organisation des secours publics peut prévenir en grande partie
les uns et les autres, et atténuer les malheurs que l’invasion de l’épidémie entraîne nécessairement après elle.
La choléra estl’enncrtii public, un ennemi perfide qui frappe quelquefois au moment où il est le moins at tendu , et dont aucun moyen humain ne peut souvent conjurer l’approche. Tous les citoyens doivent donc se réunir contre lui , et s’aider réciproquement, chacun dans sa sphère d’action , pour diminuer ou pour réparer les malheurs dont il s’accompagne. En présence de l’implacable fléau , tous les membres de la grande famille deviennent solidaires les uns pour les autres , et se doivent mutuellement consolation et appui. C’est aux magistrats qu’il appartient de régulariser l'administration des secours publics pendant ces graves conjonctures; placés par le gouvernement, ou par le choix de leurs concitoyens j à la tète des populations, ils doivent faire l’abnégation la plus entière de toutes considérations personnelles. Leur poste est à l’avant-garde; plus le péril est grand, et plus le devoir de le regarder en face devient impérieux pour eux. Un fonctionnaire qui déserte devant le choléra forfait a l’honneur ; il se déclare indigne delà confiance du pays et de l’estime de ses concitoyens.
Et cependant plusieurs ont donné ce déplorable exemple! On a vu une cour royale entière se hâter de prendre la fuite aux approches de l’épidémie ; on a vu à Aix, à Toulon , à Marseille , de hauts employés dans l’ordre civil et militaire , des conseillers municipaux, des directeurs des postes, des présidens de tribunaux de commerce ou de bureaux de bienfaisance , sacrifier leurs devoirs à la crainte, et abandonner honteusement leurs fonctions, oubliant que la peur, excusable jusqu’à
un certain point cliez les autres, ne l’est jamais chez les fonctionnaires.
Un emploi public confère à cçlui qui en a été pourvu des honneurs, un traitement, du pouvoir; mais il lui impose aussi l’obligation d’accepter les charges avec les bénéfices; celle surtout de n’abandonner en aucun cas sans ordre les fonctions qui lui ont été confiées, même quand leur exercice est devenu dangereux . C’est aux fonctionnaires de donner à tous l’exemple du dévouement et du courage; ils ne s’appartiennent plus lorsque le choléra vient frapper leurs administrés.
Le gouvernement a puni d’une destitution immédiate ceux qui avaient déserté; tous les préfets des départemens ont reçu de lui l’invitation expresse de frapper de la même peine ceux de leurs subordonnés qui se permettraient un tel oubli de leurs devoirs. Il a fait plus : dans quelques villes que l’épidémie ravageait , des bouchers et des boulangers avaient , en fuyant, compromis la subsistance des habitans; le ministre du commerce les a privés aussitôt de l’autorisation d’exercer leur état. Charles-Albert a suspendu, pour un temps indéfini, delà pratique de leur profession, quelques médecins assez pusillanimes pour s’être enfui aux approches de l’épidémie; c’était justice ( I) . Le médecin aussi est un fonctionnaire public, et de tous celui dont les devoirs sont le plus rigoureux ; des liens intimes l’unissent à ses malades, et quelle que soit pour Lui l’éventualité du danger , il leur doit ses soins , tous ses momens, et , au besoin, sa vie. Nos lois ne permettraient pas en France
(1) Par délibération de la Commission sanitaire de Gènes, en date du 2 septembre , vingt-huit médecins ou chirurgiens ont été interdits de leurs fonctions.
l’interdiction de celui qui fuirait devant le choléra , mais l’opinion publique le stigmatiserait d’un blâme ineffaçable.
S’il y a eu des désertions parmi les fonctionnaires , hâtons-nous de le dire, il y a eu chez le plus grand nombre un vif sentiment de leurs devoirs. L’héroïque dévoûment de Belsunce et du chevalier Rose a été imité , et Marseille a vu un nouvel exemple de noble courage; nous avons cité la belle conduite de son maire, M. Consolât. •
Le maire d'une grande ville ou ie préfet d’un département doit s’estimer bien malheureux s’il n’est pas à son poste, lorsque le choléra vient à s’y déclarer; en effet , la responsabilité de ces magistrats est immense , tout repose sur eux. Ils sont le centre obligé de tous les renseignemens , le point de départ de tous les secours, l’ame de tous les fonctionnaires leurs subordonnés , la providence du pauvre , l’espoir de leurs administrés. Aussi leur premier soin doit-il çtre de se constituer en permanence , et d’organiser immédiatement les secours publics.
Il importe avant tout de constater positivement la présence du choléra lorsqu’il commence à se déclarer. Les premiers avis qui sont transmis à l’autorité sont presque tou jours contradictoires; quelques médecins qui n’ont pas vu l’épidémie appellent de son nom des maladies fort ordinaires; d’autres se sont fait un système de nier son existence dans les cas les mieux constatés. L’autorité ne peut se faire juge du point scientifique, mais elle a pour s’éclairer les avis des sociétés de médecine et ceux des conseils de salubrité, et son premier devoir, c’est de consulter l’opinion des hommes compétens. Leurs lumières
ne manquent point aux grandes villes, mais il n’en est pas toujours ainsi dans les communes rurales.
L’une des premières conditions que réclame la bonne organisation du service sanitaire , c’est l’unité. S’il est morcelé en plusieurs institutions rivales , il perd et son action et sa force morale 5 la divergence presque inévitable des avis fait perdre aux conseils de l’art médical toute leur autorité. Pour éviter ces inconvéniens, le préfet du Rhône, M. Rivet, a institué une commission centrale de salubrité du département , composée des membres des deux conseils et des membres de l’ancienne intendance sanitaire. Son excellent arrêté du IOaoùt 1835 organise les secours dans toutes les communes d’une manière régulière et uniforme (I) ; chaque canton possède aujourd’hui un comité de santé, composé du maire du chef-lieu, du juge-de-paix, de tous les docteurs en médecine et en chirurgie domiciliés dans le canton, et de trois officiers de santé. Ces comités sanitaires cantonnaux correspondent avec les commissions de salubrité d’arrondissement qui, elles-mêmes, sont en relation immédiate avec la commission centrale.
Le service médical ainsi régularisé, des bureaux de secours sont organisés pour la ville et pour la banlieue ,
(1) M. Rivet, dans sa circulaire aux maires du département du Rhône , lait une observation importante qui doit trouver place ici.
« J’ai administré , en 1S32 , dit-il , i’un desdépartemens de l’Est , « qui eurent le plus à souffrir de l’épidémie; je me suis associé « à tous les efforts des autorités municipales , et , je puis vous « le déclarer avec une profonde conviction , tout dépend , dans les « communes rurales, de l’impulsion que sait donner un fonctiou- « naire éclairé et courageux. L’assistance des médecins eux-mêmes « devient inutile et infructueuse, lorsque des mesures administra- « tives n’ont pas rendu leur mission plus facile et plus sûre. »
et des ambulances sont ouvertes aux malades : rien ne doit, être laissé au hasard de ce que la prudence peut lui ôter.
C’est aux conseils municipaux qu’il appartient de délibérer sur les dépenses nécessaires pour subvenir aux nombreuses exigences de la situation. 11 faut grand nombre de lits et d’objets de literie , des linges , des médieamens en abondance ; il faut un nombre suffisant d’infirmiers, d’élèves en médecine , de pharmaciens et de médecins; pourvoira ces besoins, c’est le premier soin de l'administration. Le nerf.de son action, c’est l’argent , elle en demandera au conseil municipal et au gouvernement; les souscriptions volontaires des citoyens lui vieil dront en aide, elles ont produit à Marseille d’abondantes ressources. Les dépenses sont considérables , mais nulle part la bienfaisance publique n’a hésité à y pourvoir.
Les secours publics ne sont dus qu’aux pauvres ; seuls les indigens ont droit aux soins gratuits des médecins, et aux distributions de médicamens et d’alimens. II ne conviendrait pas sans doute que les concitoyens , chargés de 1 honorable office de pourvoir aux besoins de la classe indigente , se montrassent trop rigoureux sur les titres des malades à la bienfaisance publique, mais le principe n’en subsiste pas moins. Aussi serait-il à propos d’inst ituer des visiteurs qui constateraient à domicile la situation réelle des malades inscrits sur les regis-
très d’un bureau de secours. Tous les abus ne sauraient être évités; des bons de médicamens pourront être usurpés encore sans motif légitime; plus d’un malade, en état de subvenir à ses besoins, devra sans doute à l’obsession ou à la faveur le droit d’être traité gratuitement. Cependant une surveillance active et directe de la distribution des secours publics n’en présenterait pas moins de grands avantages ; elle préviendrait ce gaspillage qui double presque toujours les dépenses.
Neuf bureaux sanitaires avaient été formés à Marseille, huit pour la ville, et le neuvième pour la banlieue; ils se composaient de membres du conseil municipal et de citoyens désignés pour ce service par l’autorité , au nombre de douze. Trois auraient suffi; quand il y a trop de chefs, rarement les subordonnés remplissent exactement leurs devoirs. Un secrétaire salarié doit être attaché à chaque bureau et ne le quitter ni le jour, ni la nuit; ses fonctions consistent à enregistrer les malades, à recueillir toutes les notes relatives au service, à faire exécuter les ordres de la commission dont il est le représentant permanent. Dix médecins' à Marseille étaient attachés à cha que bureau, ils avaient partagé entre eux le service de la journée; le service de nuit appartenait à des élèves qui s’étaient également répartis entre eux les heures de garde. De nombreux changemens ont eu lieu, au reste, dans le personnel médical de chaque bureau; on ne pouvait exiger d’hommes qui se dévouaient bénévolement à des fonctions pénibles l’exactitude d’un employé salarié.
:l Deux ordres de malades se présentent aux bureaux de secours, ceux-là désirent être traités à domicile, ceux-ci consentent à être transportés dans les ambulances ou dans les hôpitaux.
11 faut clans chaque bureau deux registres tenus exactement par le secrétaire : l’un est un livre journal , sur lequel sont inscrits jour par jour, et par ordre de numéros, tous les cholériques qui se présentent pour réclamer des secours, avec l’indication de l’âge, du sexe, de la profession et la demeure du malade , et celle des circonstances relatives à la maladie 5 l’autre, c’est un registre particulier pour chacun des médecins qui sont attachés au bureau , faisant connaître chaque jour le mouvement de leur service , et le nombre des visites dont ils se sont respectivement chargés. A la première inspection de ces registres , le président de la commission voit aussitôt quels malades ont reçu des soins et quels ont été oubliés ; plus tard , ces recueils fournissent de précieux documens à la statistique.
On ne saurait établir des règles positives , quant au nombre des bureaux de secours qu’il convient d’établir dans une ville infectée ; il est subordonné à l’étendue de la cité et au chiffre de la population. Voici quelques considérations générales sur cette question: ces bureaux ne seront point trop éloignés les uns des autres, si on leur laisse en effet une circonscription trop grande , beaucoup de malades 11e pourront être secourus assez promptement. Cet inconvénient grave s’est fait sentir à Marseille ; le petit nombre des médecins etdes élèves dont la ville disposait n’avait pas permis de multiplier assez les bureaux 5 aussi le service médical a-t-il présenté, dans quelques-unes de ses parties, de grandes difficultés. Ces bureâux doivent tous être organisés sur un plan uniforme et correspondre avec la commission centrale , de manière à former un ensemble parfaitement coordonné. Il importe beaucoup qu’on y trouve réunis, à toutes les
heures du jour, l’un de ses membres, un ou plusieurs médecins, des élèves et le secrétaire. M. Hippolyte Rey, président du bureau de secours de la rue du Mont-de- Piélé, à Marseille, était en permanence dans le. sien; on l’y trouvait toujours , veillant avec son infatigable activité à l’exécution de tous les détails du service, et ne s’en rapportant sur ce point qu’à lui.
Lorsque les bureaux de secours ont été organisés suivant l’exigence des besoins, l’autorité annonce leur existence par des affiches, et les désigne au public en plaçant un signe ostensible à la porte de la maison où ils ont été établis. C’était à Marseille une lanterne rouge. Tous les malades pauvres sont donc informés qu'ils y trouveront constamment des médicamens, et des médecins, prêts, soit le jour , soit la nuit, à leur donner des soins. Au personnel de chaque bureau seront réunis un dépôt de médicamens,. et de moyens de secours de toute nature proportionnés aux besoins. S’il était possible d’y placer une pharmacie, il en résulterait une économie considérable.
Voici l'indication sommaire du mobilier affecté aux malades : des brancards à cerceaux , des paillasses, des matelas, et un certain nombre d’objets de literie, une table-bureau ; des chaises, un poêle , un appareil portatif pour l'administrai ion des bains de vapeur, sudatorium (éolypile), des briques , des cruches de grès, des bassinoires, des éponges, une seringue, des brosses, etc. Chaque bureau doit avoir à sa disposition une petite somme pour faire face aux dépenses d'urgence; celte caisse est tenue par le secrétaire sous la surveillance journalière du président.
On ne peut y réunir assez de médicamens pour toutes
les exigences du service, des bons sur les pharmaciens de la ville pourvoiront à leur insuffisance. Les commissions ont été presque toujours dispensées de régler les prix ; partout les pharmaciens , faisant abnégation de toute considération d’intérêt personnel , se sont bornés à réclamer leurs déboursés, line conduite aussi généreuse est digne des plus grands éloges.
Les bons de médicamens sont remis aux malades ou à domicile par les médecins attachés à chacun des bureaux de secours. Ils sont retirés , l’épidémie passée , par la commission qui lésa fournis. On avait étendu à trop de personnes, à Marseille, l’autorisation de les délivrer; médecins , membres de la commission , chirurgiens de service , élèves en médecine , pharmaciens , tout le monde en donnait, et ce n’était pas toujours chez des malades, ou chez des malades pauvres qu’ils étaient placés. Par quel moyen réprimer ce gaspillage ? La commission y parviendra en n’accordant qu’aux médecins le droit de signer les bons. Elle les invitera à tenir note chaque jour, sur un carnet affecté à cet usage, de ceux qu’ils auront délivrés , et pourra, de cette manière, s’assurer facilement de la bonne administration des secours.
Des servons salariés , en nombre suffisant , sont attachés au bureau pour fournir aux médecins les objets nécessaires , exécuter les ordres de la commission , et transporter les malades sur des brancards aux ambulances , quand ils en ont été requis.
Pendant la première invasion du choléra à Marseille, les élèves et pharmaciens des bureaux recevaient, chacun une indemnité de table de soixante francs par mois, et prenaient leurs repas chez eux. De cet usage résultaient des absences fréquentes et prolongées , et quel-
un
quefois la désertion complète des employés , malgré toutes les précautions que l’on prenait pour l’éviter. Pour prévenir un si grave inconvénient et dans l’intérêt des malades , le président de la commission lyonnaise demanda que les étèves prissent leurs repas dans le bureau même , et qu’un lit leur y fût donné. Cette mesure eut d’utiles effets ; jamais les secours ne manquèrent aux pauvres.
L’une des premières conséquences de l’épidémie, c’est une profonde misère dans beaucoup de familles sans travail. Donner des conseils et des médicamens aux malades ce n’est pas assez , il faut encore nourrir ceux qui se portent bien ; du pain n’est pas moins nécessaire à ces indigens que les secours de l’art. Tous les médecins des bureaux , à Marseille , étaient porteurs de bons de pain et de viande qu’ils distribuaient aux indigens, quand ils le jugeaient convenable.
La bonne organisation des bureaux de secours comporte plusieurs dispositions de détail , qui doivent être l’objet d’un règlement spécial rédigé pour chaque ville infectée , par la commission centrale de salubrité.
Les bureaux de santé fournissent des médecins à tous les malades qui en réclament, et les premiers moyens de soulagement aux nécessiteux. Il sont, dans chaque arrondissement , le foyer central d’où partent les secours publics à toutes les heures du jour et de la nuit , mais
leur mission finit là , et le service spécial des cholériques doit être fait ailleurs.
Il est des malades qui sont vus à domicile par les médecins ; le plus grand nombre sont transportés dans les ambulances et dans les hôpitaux. Tous ceux que les médecins traitent à domicile doivent être inscrits sur le livre-journal du bureau, compte-courant du service médical ouvert pour chaque malade qui y a son article spécial.
Le service des hôpitaux a des règles particulières dont cet essai n’a pointa s’occuper; ces établissemens affectent tou jours quelques-unes de leurs salles aux cholériques pendant les épidémies , mais ils ne sauraient pourvoir à tous les besoins. Tel est le nombre des malades, que l’administration des secours publics doit organiser ces hôpitaux spéciaux qu’on nomme ambulances. A Marseille, grand nombre de cholériques avaient une répugnance invincible pour l’Hôtel-Dieu , ils aimaient mieux mourir sans secours que de s’y laisser transporter. Les commissions sanitaires ne se raidirent point contre le préjugé ; le mal était si prompt et si grave qu’il eût été dangereux de temporiser, dans le vain espoir de changer l’opinion du malade. Lorsque le choléra frappe une grande ville , le moral des populations n’est pas moins affecté que le physique et ne réclame pas de moindres soins. On ne peut se passer des ambulanees.
Ces hôpitaux supplémentaires doivent être placés dans un lieu isolé, s’il se peut, bien aéré, bien pourvu d’eau, et d’un abord commode , conditions qu’il n’est pas toujours facile de réunir. On affecta à cet usage , à Marseille , des maisons particulières qu’on blanchissait à la chaux , et dont les divers étages étaient transformés en
salles de malades. Les bâtimens publics conviennent beaucoup mieux pour cette destination ; la plupart ont de larges escaliers , de vastes salles , et sont éclairés par des fenêtres qui y laissent pénétrer de grandes masses d’air et de lumière. Lyon n’a rien à désirer sous ce rapport : les édifices que l’administration a préparés pour ce service, dans la prévision du choléra, sont des ambulances modèles ; il n’existe rien ailleurs de mieux ou d’aussi bien peut-être. Cent malades seraient reçus dans quatre salles à la HalIe-au-Blé , hôpital improvisé dont une ville de second ordre se ferait honneur ; l’ambulance du Collège en admettrait soixante , l’hôpital de la Charité deux cent cinquante; l’Hôtel-Dieu soixante, et au besoin , un bien plus grand nombre ; l’autorité s’est assurée pour la même destination delà maison Tiaffait, au-dessus de la rue du Commerce , et du vaste grenier à sel. Des lits , en nombre proportionné aux besoins présumés , ont été faits sous sa direction par des ouvriers inteïligens ; enfin , elle s’est pourvue de paillasses et de touslesobjets deliterie nécessaires; le choléra , s’il devait nous visiter , ne surprendrait pas Lyon au dépourvu.
Le personnel d’une ambulance se compose d’un ou de plusieurs médecins , suivant l’importance du service, d’élèves internes , d’étudians en médecine , d’un pharmacien , d’élèves en pharmacie , d’un infirmier-chef chargé de la tenue du registre pour le régime alimentaire , d’infirmiers et d’infirmières en nombre déterminé par celui des malades.
Lorsque le président de la commission de Lyon fit sa première visite aux ambulances de Marseille que l’administration avait confiées à ses soins , il remarqua une grande confusion dans les salles. Les malades étaient
couchés les uns auprès des autres sans distinction de sexe ; auprès d’un vieillard se trouvait une jeune fille , ici un agonisant , là un convalescent , une femme à côté d’un jeune homme. Telle était la grandeur du péril pour toutes les têtes que ni malades, ni membres de la commission ne voyaient le moindre inconvénient dans un désordre qui blessait toutes les lois de la décence publique. Des hommes commis à la garde des femmes malades leur donnaient des soins qu’aucune ne refusait , quelle qu’en fût la nature. Cet oubli momentané des senlimens de pudeur a été remarqué dans la plupart des grandes épidémies, surtout pendant les pestes de Florence et de Milan. Il est facile de l’expliquer, comment s’en étonner quand la mort pour tous est si proche ! Le président de la commission de Lyon fit placer les femmes et les hommes dans des salles séparées; les femmes eurent des servans de leur sexe , et une ambulance spéciale fut affectée aux convalescens.
La marche du choléra est si rapide , surtout pendant la saison de progression des épidémies, que deux visites du médecin dans les ambulances, à heure fixe , sont absolument nécessaires. Un médecin adjoint doit y être en service permanent pour porter immédiatement secours aux malades qu’on y conduit frappés du choléra foudroyant.
On disposera dans l’ambulance une salle isolée pour les autopsies cadavériques ; l’administration a intérêt de mettre à la disposition des médecins tout ce qui peut les aider dans leurs investigations.
Le service des infirmières et des médecins demande une attention particulière.
Des gardes-malades ne se sont pas trouvés en nombre suffisant, dans plusieurs villes que le choléra de l’Inde ravageait; on ne pouvait trouver des infirmiers à quelque prix que ce fût, tant la désertion avait été considérable ! Mais ce service , pendant une épidémie, ne saurait être toujours payé avec de l’or; la volonté de le remplir avec exactitude et dévouement doit être inspirée par un sentiment plus noble , la foi religieuse ou l’amour de l’humanité.
Une autre considération morale se présente ; au temps où le choléra couvre de deuil nos grandes cités , la classe aisée doit aux classes pauvres l’exemple du courage. C’est au petit nombre , c’est aux privilégiés de la fortune à se dévouer pour le plus grand nombre; l’épidémie présente aux riches une occasion éclatante de prouver qu’ils ont mérité de l’être. Un indigent malade que soulage de ses mains l’un des heureux du monde, est bien plus reconnaissant de ces soins qu’il ne le serait de la plus généreuse offrande.
Lorsqu’une épidémie le décime , le peuple devient défiant , injuste , crédule , il croit aux empoisonnemens, aune contagion imaginaire. Mais ces préjugés, les conservera-l-il s’il trouve des jeunes gens opulens en service au lit des malades? Redoutera-t-il autant le danger, quand il le verra froidement affronté par des hommes qui sont
habitués à toutes les commodités de la vie ? Affirmera-til que la maladie est contagieuse , lorsque des mains qu’aucun travail n’a jamais endurcies panseront les pauvres malades devant lui ?
Honneur à ces jeunes hommes de Marseille qui se sont organisés en comité permanent pour servir d’infirmiers aux. pauvres ouvriers , honneur à tant de dévouement et de noblesse ! la reconnaissance du pays ne les oubliera point. Forts d’un grand courage, ils regardaient le choléra comme un ennemi impuissant contre celui qui ne le craint point , et le terrible fléau les a respectés (I).
Leur exemple trouverait à Lyon beaucoup d’imitateurs , car Lyon est la terre natale du dévouement et de tous les genres de courage. Lequel de ses enfans hésiterait à marcher au devant de l’étranger qui aurait osé envahir le sol français? le choléra, c’est aussi l’étranger. Si les moyens de le repousser nous manquent , il est du moins en notre pouvoir de modérer ses ravages et de soulager ses victimes. Ses coups portent surtout sur le peuple , dévouons-nous donc pour le peuple ; l’abandonner quand il ne saurait fuir , c’est manquer à l’un de
(1) Pour que ce dévouement porte entièrement ses fruits, il ne faut point qu’il fasse oublier à ceux qui en donnent l’exemple la nature de leurs fonctions nouvelles. Si les jeunes gens , ainsi devenus infirmiers se prévalaient de ces soins gratuits pour repousser l’assistance des médecins, et diriger les malades suivant leurs idées particulières, de tels services seraient bien plus dangereux qu’utiles. L’obéissance passive aux ordonnances des hommes de l’art est le premier de leurs devoirs. Modestie, persévérance et docilité sont des qualités que doit présenter tout infirmier à titre gratuit ; sans elles, des servans salariés seraient infiniment préférables.
nos premiers devoirs (I). Et qu’on ne parle pas de danger , il n’est point de vertu sans sacrifices , point de gloire sans grands travaux ou sans périls; point de dévouement, s’il n’a exposé à aucune chance fâcheuse ! Le mérite d’une bonne action est tout entier dans ce qu’elle a coûté.
C’est pendant une épidémie de choléra que la dignité du caractère de médecin se révèle dans tout son éclat. En effet, ce qui est beau chez les autres citoyens n’est pour nous qu’une action ordinaire , dont aucun de nous ne peut songer à se prévaloir. Notre dévouement , à nous médecins, est de tous les momens, de tous les jours, et il passe inaperçu, car il est l’une des conditions de l’exercice de notre profession. Sans relâche aux prises avec l’ennemi commun , nous l’attaquons sous toutes ses formes ; sentinelles vigilantes commises à la garde de la société , nous recevons son premier choc , et lorsqu’il nous frappe de mort , nous tombons auprès du lit de nos malades , ignorés comme le soldat qu’une balle perce au cœur sur le champ de bataille. Mais alors nous avons fait notre devoir comme il a rempli le sien , et la dernière heure est douce à qui peut dire: Je meurs à mon poste et avec honneur (2).
Le service des médecins , pendant une invasion du
(1) Plus de quinze cents noms de personnes pieuses sont inscrits à Lyon , sur les listes de l’archevêché. On parle de jeunes gens , appartenant pour la plupart à nos premières familles, qui ont pris entre eux rengagement d’honneur de se dévouer au service des pauvres malades, si le choléra venait nous visiter; leur organisation en comité de secours, exercerait sur notre population d’ouvriers une influence morale bien salutaire.
(2) Onze médecins et pharmaciens sont morts du choléra pendant l’épidémie du choléra à Toulon et à Marseille.
choléra , est permanent; tous se doivent à l’intérêt public , tous sont tenus de mettre une partie de leur temps à la disposition des malades pauvres. Chacun d’eux appartient de droit au bureau de secours de son arrondissement , pour quelques heures de garde ; c’est d’ailleurs au président de la commission qu’il appartient de régler les détails du service et de répartir entre les docteurs en médecine dont les noms sont inscrits sur le tableau , soit le service de nuit., soit la visite journalière et répétée deux fois par jour des cholériques compris dans la circonscription de son bureau. Il n’j a d’exemption pour personne ; ceux-là sont employés dans les ambulances , ceux-ci dans les hôpitaux , d’autres, en plus nombre, voient les malades à domicile ; bien partagé, le fardeau du service devient léger.
A Marseille , les citoyens qui possédaient des cabriolets les avaient mis à la disposition des médecins, qu’ils conduisaient souvent eux-mêmes partout où les bienfaits de l’art étaient réclamés. Il y avait tant de malades que les forces physiques de l’homme le plus heureusement constitué n’auraient pu suffire aux fatigues du service ; un cabriolet stationnait en permanence à la porte de chaque bureau de secours , par l’ordre de l’administration municipale.
Tous les secours médicaux émanent de la commission centrale de salubrité ; elle est le centre et le lien des bureaux , et l’administration se repose entièrement sur elle de la surveillance de la santé publique ; aussi doit-elle se constituer en permanence dans la personne de quelques-uns de ses membres, et avoir des réunions générales très-fréquentes. Qu’elle laisse aux sociétés de médecine, et pour les temps ordinaires, les discussions
théoriques sur le mode de propagation ou sur la nature de l’épidémie , qu’elle ne dépense pas un temps précieux en oiseuses causeries 5 sa vie est dans l’action , et son service est tout entier en applications pratiques.
Il est des villes dans lesquelles le nombre des médecins s’est trouvé insuffisant pour les nombreux besoins du service. Si ce cas se présentait, l’administration qui a grand intérêt à le constater le plus tôt possible, s’adresserait par le télégraphe , comme l’a fait Marseille aux villes principales des départemens les plus voisins , et bientôt grand nombre de docteurs et d’élèves viendraient lui engager leur temps.
Le gouvernement a envoyé plusieurs médecins dans le midi 5 M. Larrey, par son ordre , a visité Marseille , Avignon et d’autres villes encore. Ces missions de médecins isolés sont médiocrement utiles ; en effet , si le délégué du ministre n’est pas chargé d’un service personnel auprès des malades , s’il se borne à une inspection des secours publics, à quoi bon sa présence ? il n’a autorité ni sur les bureaux , ni sur les médecins ; on ne le consulte sur rien, et son intervention ne répond a aucun besoin. Rarement même peut-il réunir les élémens d’un rapport utile ; en effet, il ne voit l’épidémie qu’un instant et n’est pas toujours en position de la bien voir.
Ce n’est point avec de l’or que les soins donnés par les médecins aux malades pauvres pendant une épidémie peuvent être récompensés ; un désintéressement absolu, dans ces tristes circonstances, est pour nous un devoir. Le choléra est un ennemi public 5 les services , quand il s’agit de lui , sont assez payés par l’honneur de les avoir rendus.
L’un des premiers résultats de l’invasion des épidémies c’est une maladie morale chez les populations j c’est, parmi les masses, la propagation rapide des préjugés et des pratiques les plus funestes ; c’est l’explosion soudaine d’une terreur panique, bien plus désastreuse, sous le rapport de ses conséquences , que ne saurait l’être l’épidémie elle-même.
Des moyens moraux sont le remède de ces aberrations de la raison publique 5 il faut comprendre dans cet ordre de secours les communications de l’autorité avec le public dans les journaux ou par des affiches , et la distribution, à grand nombre, des avis et des enseignemens rédigés par les commissions centrales de salubrité.
On ne saurait apporter trop de soins à former l’intelligence du peuple, à combattre ses erreurs, à l’éclairer sur ce qu’il doit faire pour résister au fléau avec le plus de chances de succès. Il comprend vite en France , et une parole pleine de sens fait promptement impression sur lui.
Quel serait le sort des ouvriers en soie si l’approche du choléra faisait fuir la plupart des fabricans de Lyon, et les privait tout-à-coup des cent vingt mille francs de façon que chaque jour verse dans leurs ateliers ? Ils seraient donc abandonnés aux ravages de l’épidémie , et aux conséquences obligées de l’interruption soudaine du travail : la misère et la faim ? Un industriel que la frayeur a chassé de ses foyers, ne perd qu’une partie de
ses bénéfices , il peut attendre , mais l’ouvrier , il faut qu’il demeure ; il ne peut pas fuir , lui , car l’argent lui manque , et son atelier, c’est tout ce qu’il possède. Aucune loi , on le sait , ne commande le patriotisme et le courage 5 aucun article du Code n’impose sans doute aux négocians l’obligation de ne point déserter leurs magasins à l’approche du choléra , et celle d’assurer aux classes laborieuses le plus sûr des préservatifs auxquels elles puissent recourir, la continuation du travail ; aucune ordonnance royale ne prescrit aux chefs de commerce, comme une nécessité , le devoir de contribuer de leur bourse et de leur personne au soulagement des maux dont l’épidémie peut accabler les ouvriers, mais les droits des travailleurs en sont-ils moins sacrés , et ce que la législation n’a pu demander aux riches , la morale et l’amour de l’humanité ne F ordonnent-ils pas? Ces ouvriers ne doivent-ils pas être considérés par l’industriel comme des associés moins bien traités que lui par la fortune, comme des amis malheureux?
Il est une influence dont le concours peut aider beaucoup l’action de l’autorité pendant l’invasion d’une épidémie de choléra , c’est celle du clergé 5 cachée , mais cependant réelle dans les villes , elle a dans les campagnes une grande puissance. Un prêtre éclairé peut faire beaucoup de bien , souvent nul mieux que lui ne peut combattre les préjugés populaires, calmer l’irritation des travailleurs et répandre de saines idées parmi les masses. Les étudians que le président de la commission de Lyon avait envoyés dans la banlieue de Marseille trouvèrent, on l’a vu, beaucoup de préventions contre eux parmi les hommes pour lesquels ils se dévouaient , et plusieurs faillirent être victimes de mauvais traite-
mens. Deux de ces jeunes gens avaient pris domicile dans la cure de Bonneveine , et ceux-là seuls reçurent un bon accueil. « S’ils étaient venus pour nous empoisonner, disaient les gens du village, ils ne logeraient pas chez notre capelan. »
L’émigration des liabilans d’une grande ville bouleverse tous les intérêts matériels , devient la cause immédiate de pertes incalculables et ne garantit pas toujours du choléra. Combien de fuyards viennent mourir au loin des germes de l’épidémie qu’ils avaient emportés avec eux? Combien d’autres rencontrent l’ennemi dans l’asile où ils se croyaient bien en sûreté? Rien n’expose au choléra comme la peur, et la peur n’abandonne pas celui qui déserte ses foyers , elle s’attache à lui comme à une proie. On a remarqué à Marseille , à Toulon , à Londres, dans toutes les villes où l’épidémie asiatique a sévi avec violence, qu’un moyen , sinon infaillible , du moins à peu près certain d’échapper au fléau , c’était de ne le pas craindre et de n’y point penser.
Il est, dans les campagnes, des communes qui , pour éviter les atteintes du choléra , ont mis hors la loi une commune infectée en s’interdisant toute communication avec elle; d’autres ont fait plus, elles ont interdit l’entrée de leur territoire aux fuyards. Le soin de les éclairer sur les inconvéniens et sur l’immoralité de cette con duite est un devoir pour l’autorité. Que diraient les habitans de ces cantons si , frappés à leur tour par lé choléra , ils se voyaient refuser un asile et tout secours par les cantons voisins? Rien n’est plus maladroit que l’égoïsme.
S’il existait des moyens pour détourner le choléra d’une ville qu’il menace, l’administration aurait de grands devoirs à remplir.
Lorsqu’il commença son voyage en Europe , les gouvernemens crurent d’abord qu’en isolant complètement les populations ils les préserveraient de ses atteintes. Des cordons sanitaires s’élevèrent autour des provinces , d’autres défendirent les approches des villes, une prohibitionirréfléchie frappa les provenances des pays infectés, et une pénalité rigoureuse menaça ceux qui oseraient enfreindre les nouvelles lois sanitaires. Ces précautions n’eurent aucun succès. Ce fut en vain qu’on les redoubla , le choléra éclata dans les villes les mieux gardées , et y sévit avec autant de Aiolence qu’ailleurs. On remarqua même qu’il perdait de son intensité lorsque la liberté des communications était rétablie. S’il est une vérité démontrée, c’est l’inutilité des cordons sanitaires établis pour arrêter la marche du choléra asiatique. Instruits par l’expérience , les états du nord les ont supprimés ; on n’en verrait plus en Suisse , en Pologne , en Prusse et en Autriche, si l’épidémie envahissait de nouveau ces contrées ; l’expérience a prononcé. Ce système n’est en crédit, aujourd’hui, qu’auprès de quelques gouvernemens arriéré^ du Midi , en Piémont , à Rome , à Naples , à Modène, en Espagne. Ses avantages sont nuis, ses inconvéniens immenses; en effet, il interrompt brusquement toutes les relations d’état à état, suspend les relations commerciales et ruine l’industrie. Les quarantaines et les
lazarets ne sont pas moins inutiles; le choléra ne se propage point par contagion; l’on peut être pris de la maladie quand on est placé dans* la sphère d’action de l’atmosphère infectée, mais elle ne se gagne nullement par le contact. Rien encore n’est mieux prouvé que cette vérité.
Ce n’est pas au moment où le choléra fait explosion dans une ville qu’il convient d’organiser les secours publics , c’est pendant l’imminence de l’épidémie , et lorsque son arrivée n’est encore qu’une éventualité. Si des probabilités même légères la font redouter , l’administration doit aussitôt se mettre en mesure de lui résister pour ne pas être prise au dépourvu. Nous possédons , en matière de salubrité , d’excellens règlemens de police , il ne s’agit que de les faire exécuter. Lyon a mis le bon état hygiénique de ses rues et de ses maisons , sous la surveillance de notables commissaires, “chargés , conjointement avec les agens municipaux, de tous les détails de la police de salubrité. La propreté d'une ville est la première des conditions sanitaires, l’administration doit donc faire recrépir et blanchir les maisons qui ont besoin de l’être au dehors et dans l’intérieur, faire nettoyer les égouts ou en établir de nouveaux , veiller à l’écoulement des eaux pluviales ainsi qu’à l’enlèvement des boues, et ordonner la destruction immédiate de tous les foyers d’insalubrité qui lui sont signalés (I).
Il lui importe beaucoup de soumettre les alimens et les boissons à une grande surveillance , et d’interdire l’entrée des fruits verts ou avariés , et celle des viandes provenant d’animaux malades ou trop jeunes. Elle pos-
(1) Le détail des moyens les plus convenables pour se garantirdu choléra se trouve dans les avis officiels publiés par les commissions centrales de salubrité.
sède sur ce point i mportarit de très-bonnes ordonnances de police dont son devoir lui prescrit d’assurer l’exécution.
Citoyens et fonctionnaires rivalisent de dévouement lorsque l’invasion du choléra est à craindre , mais si la maladie épidémique tarde à se montrer , et surtout si elle change de direction et s’éloigne, le zèle s’attiédit, le service de salubrité se relâche et se désorganise , et tout rentre bientôt dans l’ornière accoutumée. La qualité la plus rare en matière de police sanitaire c’est la persévérance.
Lorsque le choléra cesse enfin ses ravages , de nouvelles mesures appellent la sollicitude de l’autorité. Après une bataille il faut compter ses morts et relever ses blessés ; il faut après une épidémie mesurer l’étendue du désastre, et prendre soin des pauvres et des orphelins quelle a faits. Aussi pressés pour rentrer dans leurs foyers qu’ils l’ont été pour les déserter , les émigrans arrivent en foule, et par leur imprudence exposent la population au retour de l’ épidémie ; une recrudescence accompagne presque toujours la rentrée en masse des fuyards. M. Consolât, maire de Marseille, invita par une affiche ceux qui avaient fui la ville, à prolonger leur séjour à la campagne , et à ne revenir que par petits détachemens; cette mesure était fort prudente (I).
(1) On a demandé combien de jours étaient nécessaires à une personne, qui vient de quitter une ville infectée du choléra, pour ne plus conserver de germe de l’influence cholérique. Si sa santé est bonne , elle n’a rien à redouter dés les premières vingt-quatre heures qui suivent son départ; mais si elle emporte une cholérine , ou , ce qui est bien pire , la terreur du mal, quatre jours, huit jours écoulés bien loin du foyer de l’infection , negarantisseut pas d’une attaque de choléra asiatique; il y en a eujdes exemples. La peur excessive de la maladie est un demi-choléra.
Une épidémie de choléra coûte fort cher ; elle a rendu nécessaire un appel à la charité publique, et à la sollicitude du gouvernement. Chaque bureau desecoursa reçu les offrandes des citoyens dans sa circonscription, et s’est chargé d’opérer les recouvremens chez les retardataires, qui sont d’ordinaires les plus nombreux. Le produit des souscriptions a été versé entre les mains du maire ou chez un trésorier général qui en a fourni récépissé. Dès que le choléra a disparu , chaque commission dresse ses comptes, fournit le mémoire de ses dépenses; elle est remboursée soit par le maire, soit par le receveur général. La presse périodique fait connaître le budget des dépenses et des recettes , dont le contrôle , sous le rapport de la comptabilité, appartient au préfet et au maire (I).
Ces magistrats ont à pourvoir, sur les sommes encaissées ou à recevoir, aux besoins pressans des orphelins, des ouvriers sans travail, des enfans en nourrice remis à la charge des bureaux sanitaires , ainsi qu’à ceux des bureaux de bienfaisance, que les fatales conséquences de l’épidémie accablent de dépenses et de soins.
L’histoire complète de l’organisation des secours publics pendant l’imminence du choléra, soit en France soit chez les diverses nations de l’Europe , demanderait des développemens qui sont étrangers à l’objet et à la nature de cet essai ; j’ai du me borner à indiquer les points saillans. Il est d’ailleurs impossible, en matière pareille, de tout prévoir et de tout dire ; le zèle éclairé du préfet et des magistrats municipaux s’inspirera des circonstances, et en saura toujours davantage sur l’or-
(1) On trouvera ci-après comme modèle à imiter, le compte-rendu des dépenses et des recettes faites, à Marseille, à l’occasion de la première invasion du choléra.
ganisaiion des secours publics, que le livre le plus exact ne pourrait lui en apprendre.
Ces secours ont été préparés à Lyon, par M. Rivet , préfet du Rhône , par M. Martin, maire de la ville, et par l’administration municipale , avec un esprit de prévision et une intelligence dont les résultats dépassent de beaucoup tout ce qui a été fait de mieux en ce genre ^ ils seront sans doute inutiles , nous n’aurons pas l’épidémie. Epa rgnée une première fois et lorsqu’elle était précisément sur le passage du fléau , comment notre ville en serait-elle atteinte aujourd’hui que le choléra poursuit en avant et dans une autre direction son terrible voyage ? Il y a quelque chose dans nos conditions topographiques qui l’éloigne de nous ; si cette opinion ne repose pas sur des preuves d’une certitude absolue , elle est du moins une grande probabilité admise par la science , et justifiée déjà par un précédent de bon augure.