TABLEAU OFFICIEL DES DÉCÈS
Causés, à Marseille , par le choléra asiatique , depuis le 4 juillet 1835, immédiatement avant l’explosion de l’épidémie, jusqu’au 51 août , même année, époque avancée de son déclin.
Le tableau que je publie ici a été rédigé d’après un dépouillement fidèle des registres de l’état civil ; cependant on ne peut pas lui accorder une confiance absolue, il ne donne pas avec exactitude le chiffre de la mortalité cholérique. En effet, la mortalité moyenne, à Marseille, celle qui est le résultat des décès ordinaires, ne dépasse pas le chiffre 12 , et pendant la durée d’une épidémie elle doit être abaissée au moins à 10. Cependant on voit l’état civil l’élever fréquemment, dans le tableau, aux nombres 17, 21, 26, 29,30, 33 et même 37; pour avoir le chiffre vrai, il faut donc ajouter aux décès cholériques ce qui , dans ces nombres , dépasse le chiffre 10. Le tableau indique , pour totaux du 4 juillet au Ier septembre : décès cholériques 2,189 ; décès ordinaires 970. Il embrasse une période de 59 jours qui ne devrait fournir à la colonne des décès ordinaires que le chiffre 590; on doit donc ajouter aux décès cholériques la différence de 590 a 970 , soit 380 qui , additionnés avec le nombre 2, 189 , donnent 2,569 pour chiffre des décès cholériques. M. Consolât , maire de Marseille, à qui je soumis mes remarques sur le peu d’exactitude relative des chiffres de l’élat-ciyil , en reconnut la vérité.
Mais voici une autre erreur : pendant les journées des 24, 25 et 26 juillet, la mortalité fut si terrible qu’on se trouva dans l’impossibilité , à la mairie, d’enregistrer grand nombre de décès. On enleva, durant ces trois journées, quantité de cadavres abandonnés sans forma-
lités. Tandis que Fétat-civil accuse seulement pour les 24 , 25 et 26 juillet, 488 décès cholériques, le cubage des tranchées du cimetière St-Charles indique , pour les mêmes jours , 1,184 morts , et si l’on joint à ce chiffre les morts cholériques de FHôtel-Dieu, de la Major et de St-Victor qu’on inhuma dans d’autres cimetières, on aura un chiffre de 1,500 décès. C’est mille de plus en dehors du chiffre de F état-civil , ce qui élève à 3,589 le nombre approximatif des décès cholériques pendant cinquante-neuf jours , du 14 juillet au Ier septembre 1835 (I).
Ce chiffre est considérable sans doute; cependant, comparé à celui de la population de Marseille , if perd une partie de son importance. Combien d’épidémies dont personne n’a parlé ont fait un bien plus grand nombre de victimes! mais elles s’appelaient variole , rougeole, fièvres typhoïdes , fièvres puerpérales , et ces noms vulgaires les faisaient passer inaperçues. Si le choléra asiatique perdait le sien , la terreur qu’il inspire diminuerait de moitié.
(1) Extrait d’une lettre de M. Hippolyte Rey , président du bureau de secours du Cours, au Dv Monfalcon. Marseille, 12 septembre.
«Depuis le premier septembre , deux petites recrudescences du choléra, à Marseille, ont augmenté le chiffre absolu de la mortalité. Leur cause est ignorée, on a remarqué cependant que beaucoup d’émigrés avaient été frappés de l’épidémie ; on a observé, de plus , chez les malades ,les mêmes symptômes que ceux qui caractérisent l’épidémie à son début; la plupart ont succombédansquelques heures. Dans une maison de la rue Beauveau (l’une des plus belles de la vil le), quatre personnes sont mortes le même jour; les autres locataires , à bon droit effrayés, sont allés se loger ailleurs. Jusqu’à ce jour nous comptons , au bureau, 530 cas graves , sur lesquels 162 morts. L’ambu lance boulevart Dugommier a reçu 33 cholériques graves et 20 cholérines; 11 malades ont succombé. L’ambulance de la rue Turenne a reçu 36 cas de choléra graves , et a eu 12 décès. »
TABLEAU DES DÉCÈS à JtlarailU
DU 4 JUILLET (quelques JOURS AVANT l’iNYASIÜN DE l’ÉPIDÉJIIE)
au 31 aout 1835.