‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 1 sur 91 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis dix-huit ans on a beaucoup écrit sur le clioloràmorbus oriental ^ on a parlé de ses symptômes, de son caractère, de ses ravages, de tout ce qui lui appartient et le constitue : mais tout ce qu’on en a dit dans chaque contrée n’est qu’une partie plus ou moins étendue de son histoire; ce n’est pas, ce ne pouvait pas être son histoire complète, car les matériaux jetés çà et là n’ont jamais été réunis et coordonnés , les élémens épars n’ont pas été fondus dans un ensemble,

Ce grand travail était à faire, et nous l’avons entrepris. Nous avons étudié la marche du fléau des Indes, nous l’avons suivi pas à pas depuis 1817 jusqu’en 1835 , depuis les bords du Gange jusqu’en Provence, et nous offrons à nos concitoyens le fruit de nos recherches.

La tâche était difficile, nous ne le dissimulons pas; étaitelle au dessus de nos forces ? y a-t-il eu témérité de notre part? nos lecteurs prononceront.

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Etrangers à l’art de guérir, nous ne serions pas entrés dan-^ la lice s’il ne s’était agi que de matières médicales; le silence eût été pour nous une loi de convenance et de nécessité : niais dans des questions de fait, d’observation, de chiffres et de logique, nous nous sommes crus compétens, et n’accordons à personne le droit de dire le contraire. Dans un sujet qui tient de si près à la médecine , s’il nous arrive de porter nos pas sur le domaine de cette science , c’est toujours à bon escient. D’ailleurs l’usurpation, si c’en est une, n’est que passagère et sans conséquence; nous ne sommes point coutumiers du fait. Dieu nous en garde! le peu que nous en connaissons n’est pas fait pour nous tenter : profanes que nous sommes, nous avons hâte de sortir du sanctuaire d’Esculapc, où nous n’arons vu que des ténèbres, où nous n’avons entendu que de vaines disputes sans profit pour la raison et pour l’humanité. Après tout , lorsque les médecins, mis en face du choléra, ont été dûment atteints et convaincus d’impuissance complète, pourquoi ne nous serait-il pas permis d’élever la voix? pourquoi ne pourrions-nous pas rendre compte de nos opinions consciencieuses ?.

Quand nous avons mis la main à l’œuvre, nous n’avions jamais réfléchi au mode de propagation du choléra; nous n’avions aucune idée formée d’avance sur une question importante qui a mis et qui met encore tant d’esprits en mouvement. Chez nous point d’opinion préconçue, de parti pris, de système arrêté; nous étions dans cette disposition intellectuelle qui permet de bien connaître, et conséquemment de bien juger. Notre manière de procéder ne pouvait pas être plus rationnelle et plus philosophique. En faisant connaissance intime avec le fléau d’Asie , en étudiant ses progrès dans chaque pays, les doutes se sont évanouis insensiblement, les nuages se sont dissipés, la lumière est entrée dans notre ame, et notre conviction, cédant à l’éloquence des faits, au pou-

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voir d’une irrésistible logique, a été pleine et entière sur la ü’ansmission du choléra, c’est-à-dire sur sa propriété contagieuse.

Il est vrai de dire que les obstacles se sont présentés en foule : notre cadre s’élargissait sans oçsse devant la persévérance de nos labeurs , et plus nous avancions dans la carrière, plus le but semblait s’éloigner; mais nous n'avons pas désespéré de nous-mêmes et n’avons point failli à nos devoirs d’historiens. Un soin religieux a présidé à notre tâche. Au milieu d’une mer semée d’écueils et fertile en tristes naufrages, nous avons eu pour guides la constance, le zèle, l’impartialité, l’amour du bien, une volonté forte; et nous voilà, grâces au Ciel, sur des rivages protecteurs.

Sans doute la critique aura à s’exercer sur notre œuvre; mais les hommes désintéressés et de bonne foi, au jugement desquels nous en appelons, feront la part de toutes choses. Dans une histoire dont le sujet est aussi étendu que les pays ravagés par un fléau épouvantable , dans un travail qui a exigé d’immenses recherches et qui est surchargé d’innombrables détails , qui mentionne tant de faits divers , tant de dates, tant de chiffres, tant de circonstances minutieuses mais nécessaires, qui présente tant de tableaux et fait tant de rapprochemens , qui embrasse enfin dans un cercle si vaste tant d’élémens de statistique , tant d’objets de toute couleur et de toute nature , comment n’y aurait-il point quelques erreurs ? vulgaires écrivains, comment n’aurions-nous point payé à la faiblesse humaine un tribut que lui paient si souvent tant d’intelligences supérieures , devant lesquelles nous courbons un front respectueux? mais ces erreurs sont involontaires, nous l’attestons sur notre honneur : le Ciel nous est témoin que nous avons fait tous nos efforts pour atteindre la vérité, but unique de nos études, et pour découvrir la lumière au milieu des nuages amoncelés autour d’elle par de

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luiisscs doctrines , par des opinions systématiques , par les calculs de l’intérét privé. Nous avons constamment puisé aux sources oflicielles , et n’avons accueilli que des documens authentiques et des témoignages dignes d’une confiance absolue. Des magistrats, des administrateurs, des personnages cminens par leur instruction, leur caractère et leur position sociale, ont bien voulu nous faire des communications utiles; nous les prions d’agréer l’expression publique de notre gratitude profonde. Quand des faits incertains et des choses douteuses se sont montrés à nous, nous nous sommes abstenus, selon la maxime du sage. A défaut de talent, il y a de la conscience dans notre ouvrage, et nous pouvons du moins dire ce que disait Montaigne de son œuvre immortelle : Ceci est un livre de bonne foi.

DU

CHOLÉRA-MORBÜS.

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