GRANDE-BRETAGNE
Le 20 octobre i83i le choléra se montra à Sunderland pendant qu’il existait dans la plupart des ports de la Baltique à proximité desquels cette ville anglaise se trouve.
Un médecin français de grande renommée ^
^>0 niSïOIHE
(jiii était allé en Angleterre pour y observer la marche et les phénomènes du choléra asiatique, le savant professeur Delpech , enlevé aux sciences par une mort bien déplorable pendant qu’il pouvait encore leur rendre tant de services , nous apprend de quelle manière le choléra a été importé à Sunderland (i). Un matelot ayant été employé au déchargement d’un vaisseau venant de Hambourg, ville alors infectée, eut le choléra, et fut porté à l’hôpital, où il mourut; le jour suivant, la garde qui l’avait servi fut attaquée de même et succomba ; plusieurs malades furent aussi atteints, on jugea prudent d’enlever les autres : il ne resta qu’un vieillard jugé trop faible; il fut attaqué, mais ne mourut pas (2).
A peu près à la même époque des lits de plume furent apportés à Sunderland par des matelots qui les avaient achetés à Riga, à Cronstadt, a Hambourg; plusieurs de leurs camarades étaient morts du choléra dans la traversée : ces lits, qui restèrent à Sunderland, avaient pu servir à des cholériques (3).
(1) Elude du choléra-morbus en Angleterre et en Écosse pendant les mois de janvier et février 1832 , par le professeur Delpech.
(2) A Vienne en Autriche on a fait des observations toul-àfait semblables: les malades réservés pour renseignement clinique dans deux salles de l’hôpital ont etc infectes du choléra par l’introduction d’un cholérique parmi eux.
(3) Le docteur anglais Haslcwod dans un ouvrage qu il a
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Quoi qu’il en soit, l’importation de la maladie par la voie maritime est un fait de toute evidence i le choléra se montra d’abord sur le quai de la rive sud-est du fleuve tliQ TV Gur^ dans les maisons où l’on reçoit le plus grand nombre d’étrangers, enfin dans celles où logent les personnes occupées sur le quai ou à bord des navires; en s’éloignant de la rive du fleuve il s’est manifeste surtout dans les quartiers habités par les personnes que le commerce maritime fait vivre.
D’autres quartiers qui paraissent avoir une position meilleure et plus saine furent ensuite infectés; les dernières maisons de la Grand’Rue, du côté occidental , près l’embouchure du fleuve, furent désolées par le fléau, il n’y resta personne debout ; ces maisons, anciennes et mal bâties, sont hautes et accessibles à tous les vents; les percemens y sont assez nombreux. Tandis que ces maisons étaient ainsi maltraitées la maladie n’a pas pénétré dans une caserne ayant une enceinte générale avec une seule porte en face des maisons dont il s’agit , et seulement à trente pas de distance. Celte caserne, placée à rembouchure du fleuve,
publié sur l’ épidémie de Sunderlaiid raconte qu’une cha^ise k ])orteur qui servait à transporter les cholériques appartenait à la maison des pauvres, et y était rapportée toutes les fois qu’elle avait servi; les habitués de la maison s’amusèrent à se porter mutuellement: il en mourut rapidement cinq qui avaient pris part à cet amusement. (Ilisiory and.mcd. Irait, of choiera.)
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est bâtie sur un terrain plus l)as que tout le reste de la ville, et se trouve par conse'quent dans des conditions moins favorables de salubrité ; il n’y a pas eu un seul cholérique. Quelle est la cause de ce privilège? on la déterminera facilement quand on saura que la garnison tout entière a été rigoureusement consignée dans la caserne, que personne n’y est entré et que personne n’en est sorti tant que la contagion a duré.
La ville de Newcastle est séparée en deux parties inégales par la rivière la Tyne; la partie la moins étendue sur la rive méridionale forme un faubourg nommé Gatesliead, qui a les plus grands rapports avec Sunderland par la rivière , et qui a été atteint après cette ville. On ne peut dire comment la maladie pénétra à Gatesliead : on parle d’une marchande d’hahits qui aurait acheté et revendu des vétemens de cholériques ,• et qui aurait succombé elle-même; le fait n’a pu être vérifié, dit Delpech. Ce qu’il y a de plus sûr, ajoute-t-il, c’est que les trois premiers cas de choléra y ont eu lieu dans des maisons saines, situées sur le sommet de la colline et par conséquent très ventilées : ainsi commença la contagion.
Elle était calmée, lorsqu’une femme alla à Salowel, près Newcastle, soigner son frère, qui mourut du choléra; elle y passa deux jours a laver les vétemens du défunt : à son retour a Gatesliead
DU CHOLÉRA-MORDUS, elle fut attaquée du meme mal; son père et son frère furent atteints après elle. Ils guérirent tous les trois, mais à l’occasion de cet accident la maladie recommença à Gatesliead.
La plus grande partie de Newcastle est sur la rive septentrionale; cette partie de la ville a un quartier bas, voisin de la rivière, et un quartier élevé qui en est plus éloigné; le quartier bas n’est pas fort sain, les rues y sont étroites; quant au quartier haut, il couronne une colline découverte où tous les vents peuvent souffler. Pour se faire une idée de la disposition de ce quartier, dit encore Delpech, il faut se représenter les beaux quartiers de Londres > leurs rues larges et droites , avec leui's beaux squares; il faut se rappeler les plus beaux quartiers de la Chaussée-d’Antin ou du faubourer Saint-Honoré à Paris; il faut se transporter dans les plus beaux quartiers de la partie neuve de Marseille, et les semer de promenades trois ou quatre fois larges comme les allées de Meilhan : hé bienl dans ce beau quartier il n’y a pas une rue où il n’y ait eu des cholériques; ceux qui cherchent la raison de l’épidémie dans Pinsalubritc locale seront fort déconcertés par ce fait (i).
La contagion se répandit dans les environs de la ville : là aussi les plus salubres habitations comme les plus chétives furent atteintes.
(1) Élude du cholera-morbus.
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Ai\ village de Ncwl3um phisiciii’s balcliei’s coiiniis élaient revenus de ^ie\vcaslle avec la dianliée pendant cpic le clioléra y régnait; le janvier I 83*2 Kobson , batelier lui-nième, l’ésidant dans la partie basse du village, fut atteint de la maladie et mourut le troisième jour; un de ses voisins j batelier comme lui, fut attaqué à son retour, le 5 janvier, et succomba : dès ce moment le mal se dirigea partout, mais d’abord autour des premiers malades et sur ceux qui les avaient soignés. Sept garde-malades y furent envoyés de Newcastle; cinq reçurent le germe contagieux, et deux liioururent. Le ministre de la paroisse , habitant une maison saine et grande, fut emporté par le même fléau ; il avait assisté les mourans en grand nombre. Deux jeunes médecins venus de Newcastle furent en danger par la diarrhée, et le chirurgien du village fut pris du mal, mais il guérit (i).
Les villages de Bellsclose elScolswood, près de Newcastle j sur la Tyne, sont réunis par des maisons intermédiaires. Il n’y avait pas encore eu de malades tandis que le choléra régnait à Newcastle,
(1) Au même village de Newburn un enfant de 18 mois nourri par sa mère fut alleinl du choléra ; la mère avait eu la maladie douze jours auparavant, et n avait pas cessé d’allaiter son nourrisson tant que le lait avait subsisté'. Ce délai de douze jours est digne do fixer l’attention des observateurs parce qu'il peut jeter quelque lumière sur le temps nécessaire au développement de la maladie j sur la période d’incubation.
DU CHOLÉRA-MORDUS, lorsque le ao décembre un batelier nommé Nicholson revint de cette ville avec la diarrhée; il habitait une maison située entre les deux villages; la diarrhée cessa spontanément : le 27 les deux enfans de Nicholson eurent le choléra, dont ils guérirent. Les voisins vinrent visiter les malades; parmi eux était mistriss Guthrie, femme habitant la maison attenante; elle fut prise du choléra après la guérison des enfans de Nicholson et résista aux coups du mal ; la contagion atteignit cinq membres d’une famille nommée Dods , parmi lesquels trois succombèrent.
Elle se répandit ensuite de la meme manière; des plus voisins aux plus éloignés.
A Lemmington, près Newcastle; il n’y avait pas eu de malades jusqu’au 21 décembre i83i.
Dans cette dernière ville mistriss Walles soigna son mari ; lequel mourut du choléra; elle vint vivre ehez son beau-père à Lemmington ; trois jours apres, c’est-a-dire le 21, elle fut prise du choiera et mourut le lendemain ; le 27 son beaupere fut attaque de la meme maladie et mourut le meme jour. Quelques-uns des plus proches voisins eurent la diarrhée après ces deux accidens.
L un deux, Joseph Rand , fut atteint du choléra
9 j‘îti'vier et mourut dans la journée.
La maladie , suivant ensuite le meme ordre, s’é^ tendit dans tout le village.
nrsTOiRE
/V Wcslmoor, près Newcastle, deux hommes qui moururent rapidement, communiquèrent la contagion aux habitans vers la fin de décembre: ils étaient allés à cette date assister au convoi d’un parent mort du choléra dans la partie basse de Galeshead. La maladie se répandit ensuite autour de leur maison et parmi leurs connaissances (i).
Un voyageur du commerce appartenant à une maison de Londres, qui après avoir séjourné à Newcastle vint à Morpeth, y fut pris du choléra et mourut; il n’y avait pas encore eu de malades en ce lieu ni à quarante lieues à la ronde : un marchand de bestiaux de Hawick, ville du comté de Roaburgh, distante de cinquante milles au nord de Morpeth , coucha deux jours après dans là chambre oli venait de mourir le voyageur, retourna à Hawick, où la santé publique était parfaite, y fut attaqué du choléra et mourut. A compter de ce moment il y eut successivement dix-sept malades, dont quatre succombèrent. Le premier, après le marchand, fut sbn frère; après lui et successivement, dans la même maison, son neveu, sa sœur, son domestique; puis une blanchisseuse, son mari et sbn fils; deux enfans affaiblis par une maladie précédente, le médecin qui avait soigné ces malades, enfin la sœur de celui-ci (2).
(1) Dclpccli , ouvr. cité.
(2) London Mcdicdl GazeUc du 3 mars 1832.
DU CHOLÉRA-MORBUS. Ti
Le choléra fit son apparition à Musselburgh au commencement de janvier i832 , le lendemain d’une fête solennelle en Ecosse. Une vieille femme fut la première victime; son fils vint lui donner des soins avec sa jeune épouse : ils tombèrent malades tous les deux et moururent. La vieille femme reçut aussi des visites et des soins de la part d’une riche famille bourgeoise oii elle avait été longtemps employée, d’abord comme nourrice, puis comme domestique : la maladie se déclara aussitôt dans celte famille; elle attaqua le plus jeune des enfans, ensuite le père, la mère et un autre fils; tous les quatre expirèrent. En même temps une femme du voisinage fut emportée par la violence du mal. Bientôt une jeune fille mourut aussi; on l’enterra le soir même pour arrêter la contagion, et on lava la maison avec soin ; malgré ces précautions la mère de celte fille fut attaquée deux jours après, et succomba au bout de quelques heures; sa sœur, qui était venue de Leith pour la consoler, reçut l’atteinte du choléra presque en entrant dans la maison , et ses nièces la trouvèrent morte sur le plancher; le mari de cette dernière, arrivant de Leith pour avoir des nouvelles de la famille, éprouva à soh tour une attaque mortelle immédiatement après son retour. Ces événemens sont bien connus dans le pays, où ils ont fait une profonde sensation; on
ne pouvait trouver de gardes pour soigner les malades, et tout le monde les abandonnait (i).
Le i'9 janvier i832 un marchand de chiffons et de cornes étant allé à Musselburgh pour son commerce, éprouva le 22 tous les symptômes du choléra après son retour à Edimbourg, et mourut le 27. Une chanteuse en plein air et un jeune homme de 17 ans venus séparément de Musselburgh et d’autres lieux infectés furent aussi saisis par la maladie et lui résistèrent; une femme vivant avec ce jeune homme dans la meme chambre, fut atteinte le 24, mais la contagion céda aux soins des hommes de l’art. Six jours après, la femme d’un employé dans une filature de laine étant allée à Musselburgh auprès de son fils malade du choléra tomba elle-même malade à son retour, et ne put être sauvée. En meme temps, c’est-à-dire le 7 février, la femme d’un milit.aire pensionné subit une atteinte du mal; quatre jours après, son mari la suivit au tombeau , frappé des menées coups : il ne paraît pas que cette femme fut sortie delà ville , mais il est probable qu’elle s’était mise en contact avec des personnes infectées. Tels furent les commencemens du choléra à Edimbourg. Dans cette ville célèbre , asile des études consciencieuses et fortes, sanctuaire où les sciences,
(t) Delpech , ouv. cité.
DU CHOiÉRA-MORBüS.
cultivées de bonne foi et dépouillées de charlatanisme, ne se prostituent point à des spéculations mercantiles, l’administration publique eût rougi de n’opposer aucun obstacle à la marche du fléau indien; elle ne voulut pas imiter la stupide indifférence des peuples d’Orient, qui à l’aspect des malheurs déchaînés sur eux s’enveloppent dans leurs manteaux et s’imposent l’inaction pour loi, s’imaginant que rien ne peut changer l’immuable volonté du Ciel : les magistrats de la capitale de l’Ecosse établirent une maison de quarantaine pour les personnes qui avaient vécu autour des cholériques. « Pendant environ quinze jours que nous avons pu contempler cette curieuse expérience, dit Delpech (i), huit exemples sont venus démontrer qu’il est dangereux de se trouver dans l’atmosphère immédiate d’un malade lorsque le foyer dont elle émane a acquis une grande intensité. »
Les premiers cas de choléra à Glascow sont environnes d’incertitude et de mystères parce qu une partie considérable de la population avait intérêt à cacher ou dissimuler les faits qui pouvaient mettre en évidence une vérité pénible. Les fabricans de cette ville emploient dans les ateliers de filature un grand nombre de gens du peuple;
(i) Ou Y. cité.
lüü iirSTOIKE
la peur leur avait fait prendre la résolution de fermer leurs ateliers sitôt qu’un cholérique s’y serait montré. Les ouvriers , connaissant ces dispositions, niaient la maladie, éloignaient les médecins ou ne les appelaient que très tard; ils contestaient le genre de mort de ceux de leurs parens ou de leurs camarades qui succombaient. Ces causes ont du, comme dans beaucoup d’autres villes, rendre bien difficiles les éclaircissemens sur le mode d’introduction de la maladie. Tout ce que Ton sait positivement c’est que le choléra régnait à Glascow dans les premiers jours de février i832; que Tune des premières victimes fut un jardinier nommé Ferguson, qu’il emporta rapidement le 1 1 ; qu’une femme qui l’avait servi comme gardemalade expira le lendemain avec tous les symptômes de la même maladie; que le i3 une autre femme mourut du choléra à l’hôpital, où la fille Ferguson, qui avait aussi servi son p'ère, succomba elle-même le i4*
« Je vais, dit Delpech, rappeler un exemple « qui donnera une idée de ce que nous avons ic trouvé dans la plupart des cas, je puis dire par- « tout où nous avons pu prendre des informations « nous-même.
a La ville de Rirkintiloch, non loin de Glascow, « est située sur le sommet d’une colline fort élevée. « Sur une autre colline parallèle et très voisine
DU CHOLÈRA-MORBUS. 101
« est bâti un petit bourg dans lequel passe un « canal qui fait la communication entre la mer du a Nord et celle d’Irlande. Un ravin dans lequel « coule un ruisseau fangeux séparé la ville et le « bourg voisin ; des habitations malsaines court vrent le ruisseau et les deux versans. Il n’y a « pas eu un malade du choléra dans ces cloaques; « ils se montrèrent sur le bord le plus habité du « canal. Le premier fut un enfant en apprentis- « sage chez un tisserand, lequel habitait la maison rt la plus voisine de l’embarcadère. Après lui, rt dans la même maison, la femme du tisserand « fut attaquée; en face, à quinze pas, une vieille rt femme, et, à côté, une famille composée de quatre « enfans et de leurs deux parens : le plus jeune rt fut le premier attaqué et mourut ; le père fut enrt levé presque aussitôt. La mère pendant la courte « maladie de son mari voulut tenter de sauver « les trois enfans qui lui restaient; elle les envoya « chez une de leurs tantes à Kirkintiloch, qui jus- « que-là était intact. Ces trois enfans y furent pris «de la maladie, l’un d’entre eux y succomba; « leur mère et leur tante résistèrent , mais une « blanchisseuse qui avait lavé le linge des cholé- « riques fut attaquée et périt. La maladie se ré- « pandit ensuite autour de ces premières victimes. « En outre de cette espèce d’itinéraire, il est im- « possible de ne pas remarquer que Kirkintiloch
« et le bourg voisin sont infiniment plus sains « que les habitations situées sur le ruisseau inter- « médiaire; que c’est sur le passage d’un canal, t< sur les rives mêmes, sur le point de débarque- « ment d’une voie de communication très fré- « quentée, que le premier accident a eu lieu (i). »
• Peslay est une ville importante, située seulement à sept milles de Glascow; la plupart des maisons y sont fort saines, et l’on v trouve toutes les conditions du l’erj comforty comme disent les Anglais. Le 1 3 février le nommé Galbreth , libraire colporteur, tomba subitement malade du choléra. La femme Mac-Donnald, chez laquelle il demeurait, lui prodigua les soins de garde-malade; mais dans la journée cette femme subit elle-même une attaque de choléra et ne succomba point. Elle fut remplacée auprès de Galbreth par une infirmière de l’hôpital, laquelle fut atteinte et résista au mal. Le fils de la femme Mac-Donnald, jeune homme de seize ans, vivant dans la maison de sa mère, ne tarda pas à éprouver les symptômes de la contagion et eut le bonheur de lui échapper. Le i4 une veuve demeurant en face de la ruelle où vivait Galbreth fut attaquée à son tour et périt. Plusieurs autres personnes qui demeuraient dans le voisinage ou qui avaient été plus ou moins en
(I) Élude du choléra-morbus , par le professeur Delpech.
lOS^
communication les unes avec les autres devinrent la proie du fléau-. Une femme mourut après avoir nettoyé la chambre de Fun de ces cholériques, et un comédien ambulant qui avait établi son théâtre dans le meme quartier, tomba aussi victime de Taffreuse maladie.
Comme on le voit, le choléra s’est répandu d’un point central vers la périphérie, et le point central est le bord de la rivière où sont les embarcadères ; la contagion ne s’est point écartée des quartiers voisins de cette rivière , navigable et fort pratiquée (i).
L’Irlande paya aussi tribut au mal asiatique. Le 26 avril il y avait à Cork 818 cas et 225 décès. Le dépôt de mendicité fut transformé en hôpital pour les cholériques , et la contagion régnait avec tant de violence qu’elle enleva quelques personnes en trois heures. On écrivait de cette ville à la même date : « Vous ne pouvez imaginer la mé- « fiance des classes inférieures pour les médecins. « Les rues sont aussi silencieuses que la tombe (2).» Vers le 20 de mai le total des malades était à Cork de 2,149 , et l’on comptait 4^4 morts.
Le 3o avril le choléra avait fait à Dublin 36o victimes sur 902 malades ; le 20 du mois suivant,
(1) Delpech, même ouv.
(2) Gazelle Médicale de Paris du 8 mai 1832.
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le noQibre des premières s’élevait à 860, et le nombre des cas était de 2,228. Un homme nommé Cresby , dont la femme était morte du choléra, fut assez fou, malgré les avertissemensde ses amis et de ses voisins, pour se coucher après les funérailles dans le lit de celle-ci avec son enfant, âgé de trois ans ; le surlendemain au soir tous les deux furent pris du choléra et moururent dans la nuit (i).
Un des évêques protestans se retrancha dans une maison du côté de Wicklow, il y avait rassemblé des provisions et ne laissait entrer ni sortir personne; des appareils de désinfection étaient établis dans une autre maison éloignée, les journaux et les lettres du prélat anglican y passaient avant de lui être remis (2) : la maladie ne pénétra point dans cet asile.
Cove, Arklow , Downpatrick , Belfait, Naas , Kingsead, Carlingford, Drogheda, Kinstown, Graig et d’autres lieux furent aussi atteints. Le choléra prit beaucoup d’extension dans le sud de l’Irlande, principalement à Limerick, où plusieurs personnes des classes élevées moururent. La petite ville de Tullamore, bien bâtie et contenant à peine 7,000 habitansjfut celle qui souffrit le plus, car dans une seule semaine le nombre des morts s’éleva â 200, et il n’y eut pas une seule guérison.
(1) Dublin Times.
(2) Gazette Médicale de Paris , ibiu.
Londres fut atteint le 9 février de la meme année i83a. Le choléra se déclara d’abord à Rotherhith, à l’extrémité orientale delà ville, quartier qui n’a que des rues étroites et humides sur la rive droite de la Tamise. La maladie se manifesta en meme temps à Limehouse, sur l’autre coté du fleuve, quartier habité en grande partie par des ouvriers et des marins du dock. De là le fléau s’est transporté rapidement dans le faubourg de Southwak, sur la rive droite de la Tamise, et à Lambeth, autre faubourg situé sur la même ligne, plus à l’est. 11 s’est ensuite répandu dans Londres même , d’abord dans la paroisse de Mary-Lebone, où se trouvent aussi de petites rues habitées par le bas peuple.
Par quelle voie la transmission du choléra asiatique s’est-elle opérée à Londres ? nous manquons sur ce point de données positives. En général, les habitans de cette immense métropole, ainsi que ceux de Liverpool , de Manchester et de toutes les villes de commerce, ne s’occupaient du choléra que pour en nier l’existence. Cette absurde dénégation y était une mode et un système; c’était une chose de convention entre les fabricans et les negocians pour que les affaires ne fussent pas entravees par des restrictions administratives. Enfin la politique et l’esprit de parti, habiles à chercher pâture pour les haines aveugles et les
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passions ardentes , vinrent exploiter ce triste sujet, où se jouait la vie des hommes. L’opposition anglaise reprochait au ministère les sommes qu’il dépensait pour veiller à la sûreté publique, et il y eut dans le parlement une discussion animée : à la chambre des Pairs les uns votaient pour une enquête, les autres voulaient qu’on fit officiellement connaître aux colonies l’invasion du fléau; aux Communes 'M. Warburton dit qu’il fallait
interdire toute communication avec les lieux con-
laminés; M. Hume s’y opposait, considérant la mesure comme impraticable, et regardant d’ailleurs toutes les précautions humaines comme inutiles; M. Harding proposait de diminuer le nombre des détenus dans les maisons d’arrêt, lord Althorp annonçait que le gouvernement allait présenter un bill; ici on exagérait le mal, là on tournait en ridicule les simples précautions que l’expérience commande ; les esprits flottaient incertains, et du choc de toutes ces paroles contradictoires la lumière ne pouvait jaillir.
Cependant le ministère britannique fut plus sage que ses détracteurs, et le succès de ses mesures donna gain de cause à ses opinions : partout où le choléra se déclarait les troupes étaient consignées rigoureusement dans les casernes, et il n’y a pas eu un cas de maladie dans les garnisons ainsi consignées; le réglement suivi à Edimbourg
et qui coDsislait à isoler pour peu de temps ceux qui avaient vécu auprès des malades, rendit de si grands services à la capitale de l’Ecosse que le gouvernement anglais ordonna de l’imiter dans tout le reste du royaume.
En Angleterre on ne fut complètement délivré du choléra qu’au commencement de i833. Cette maladie a duré environ quinze mois.
D’après les rapports quotidiens envoyés au gouvernement par le bureau central, et formés de ceux arrivant tous les i5 de chaque mois des différens lieux infectés, les progrès de la maladie à l’égard du nombre des localités furent comme il suit :
TABLEAU
du nombre total des cas et des décès dans chaque mois depuis novembre 1831 jusqu’au 31 décembre 1832.
NOMBRE
4NNÉE. MOIS. des ^ CAS. DÉCÈS.
IOCAI.ITÉS ATTAQUÉES.
Novembre . .
Décembre. . .
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre . .
Octobre
Novembre . . .
Décembre.. .
Totaux
niSTOIlŒ
De ce résumé il résulte qu’en Angleterre ce fut au mois d’août que le choléra atteignit sa plus grande violence; que les cas pendant les trois mois de chaleur (juillet, août et septembre) se trouvent être le double des autres mois; que les décès pendant ces trois mêmes mois forment plus des trois cinquièmes du nombre total; que les mois les plus froids (novembre et décembre) sont ceux qui ont présenté le moins de cas et de décès; enfin que les trois huitièmes des personnes attaquées périrent (i).
Le choléra oriental a régné à Londres pendant dix mois : il a atteint son plus haut degré d’intensité au mois de juillet; et les proportions de cette intensité entre les mois chauds, froids et intermédiaires ont été les mêmes que dans les provinces. Le nombre des cas a été de 11,020, et celui des décès de 0,275, sur une immense population de 1,431,734 âmes: cette capitale est une des villes où la mortalité a été le plus faible quoiqu’elle ait été d’un sixième environ de la mortalité générale du royaume (2).
Il y a eu dans quelques parties de l’Angleterre des scènes déplorables qui rappellent celles dont plusieurs contrées de l’Europe ont aussi été le
(1) Journal des travaux de la société française de Statistique universelle , n. vi, décembre 1835.
(2) Revue Britannique, 11. xxxi , juillcl 1835.
théâtre. A Birmingham le bruit s’était répandu qu’on enterrait les malades encore en vie : la multitude se porta dans les cimetières, brisa les cercueils, déterra les cadavres, et attaqua les personnes soupçonnées de ce crime imaginaire ; l’une d’elles mourut des suites des violences qu’elle avait essuyées. Des enquêtes suivies de verdicts constatant les décès ne suffirent pas pour dissiper les préventions populaires , il fallut employer la force.
Mais ces excès ne sont rien en comparaison de ceux qui éclatèrent à Manchester. Des milliers d’individus de la dernière classe du peuple remplissaient les rues en vociférant. Dans la foule on distinguait un groupe portant un brancard sur lequel gifeit le cadavre mutilé d’un enfant dont un médecin avait séparé la tète du tronc, sans doute pour la soumettre à des observations anatomiques. Les hommes qui formaient ce groupe s’arrêtaient de temps en temps et montraient le cadavre à la multitude; ils s’écriaient que les docteurs en médecine de l’hôpital des cholériques avaient assassiné ce malheureux enfant. Cependant la foule augmentait et commençait à présenter l’aspect le plus formidable. Tout-à-coup éclata le cri : Portons-nous sur V hôpital et démo- Hssons-le. Cette populace furieuse se dirigea vers 1 édifice, se mit à en briser les portes et les fenê-
très, se précipita dans l’intérieur, et lit sortir les malades, qui expirèrent tous en arrivant chez eux. Alors commença une scène épouvantable de dévastation et de fureur; les nouveaux brancards destinés au transport des cholériques furent brisés et réduits en cendres. Les officiers de police arrivèrent sur ces entrefaites; mais l’inutilité de leurs efforts détermina l’autorité à envoyer chercher un fort détachement de hussards commandé par lord Brudenell. Grâce à l’arrivée de ces troupes les magistrats purent faire des arrestations et on somma la multitude de se disperser en la menaçant de la lecture du Riot-Act. Cette menace eut son effet, et la tranquillité fut rétablie.