‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 72 sur 91 · CO S · texte numérisé non relu

CO S

DU GHOLÉRA-MORBUS. 401

La population d’Alger était de 87,000 âmes environ : a5,ooo habitans et 12,000 militaires.

La mortalité a été de 76,9 sur 1,000.

Le clioléra-morbus sévit aussi avec violence dans lies environs d’Alger, à Mustapba-Pacba, à Hussein- ’Dey, à Kouba et à Byr-Kbadem. Les maires de ces ^communes avaient reçu des instructions touchant lies mesures a prendre en pareilles circonstances , tet on leur avait envoyé un dépôt de médicàmens ipour l’administration des premiers secours. La [population de Beni-Menad fut réduite à moitié; la itribu des Hadjoutes fît aussi de grandes pertes, et lie caïd Tayel-Ben-Bédra fut au nombre des morts.

Le choléra fit également d’affreux ravages dans 1 l’armée de l’émir Abd-el-Kader, et dans les villes :deMéliana, Mascara, Médéab, Coléab et Bélida. ^ Cette dernière ville, presque détruite en 1826 par Lun horrible tremblement de terre, et saccagée en ii83o par l’armée française, avait en i835 une [population qui n’excédait pas 6,000 âmes. Au 3o îaoùt le choléra y avait enlevé i,5i i personnes , ce qui fait un décès sur 4 habitans.

La province de Constantine ne fut pas à l’abri ides coups du mal indien. Dans la seule ville qui [porte ce nom, on évalua à i4?ooo le nombre des vviclimes. Toutes les populations agglomérées dans IJes environs de cette capitale furent cruellement lUteintes.

Bone paya aussi son tribut j mais l’autorité avait pris des mesures préventives qui furent efficaces et contribuèrent à affaiblir la violence de la maladie. On compta néanmoins dans cette localité 433 décès; 291 appartenaient aux diverses castes delà population civile, et 142 à la population militaire.

ITALKE.

Lorsqu’en décembre i834 le choléra se montra pour la première fois sur les cotes de la Provence et vint se ruer sur Marseille, le gouvernement sarde prit, à l’égard des provenances de cette partie de la France, des mesures de précaution et d’isolement. Un arrêté rendu par le magistrat de santé de Nice le i3 janvier i835 interdit l’introduction des marchandises françaises par la voie de Saint- Martin-du- Var. Ces marchandises ne pouvaient être admises que par le port de Yillefrancbe ou par celui de Nice, après avoir subi la quarantaine prescrite; mais les voyageurs venant du département des Basses-Alpes, ceux venant du nord de la France pouvaient entrer dans les états du Piémont par le pont de Puget-Tliénier, après avoir demeuré dix jours à Entrevaux. Ces précautions furent suffisantes lors de la première invasion du choléra à Marseille; mais plus tard, soit que le nondjre d’émigrans ait été plus considérable, soit

qu’on ait trouvé le moyen d’éluder les mesures ^sanitaires prises par les autorités piémon taises , le choléra pendant qu’il exerçait ses ravages dans le département du Var et dans celui des Bouches- -du-Rhône, et presque en meme temps qu’il faisait iirruption dans le département des Basses-Alpes , se -déclara a Nice. C est le i3 juillet que le premier ccas officiel fut constaté sur un forçat dans le 1 bagne même ; mais déjà des maladies suspectes et suivies d’un prompt décès avaient éveillé l’attention du gouvernement, qui avait envoyé à Nice le professeur Berruti pour y recueillir des observaûons sur le caractère de ces maladies et sur la :eause de ces morts subites. Le premier rapport de :ce médecin était à la date du 1/4 juillet; il portait i]ue le choléra s’était non seulement manifesté IJans les bagnes, mais encore dans la ville et dans ’hôpital ; il ajoutait que la garnison de Villefran- ;jhe avait été aussi atteinte. Au nombre des premières personnes frappées à Nice, le professeur 3erruti signala une dame nommée d’Arbigny, une iimie de celle-ci et une fille qui l’avait soignée (i).

Aussitôt que le premier cas de choléra eut été :;onstaté dans un des bagnes , le magistrat de santé lit évacuer tous les forçats de cet établissement r.ur le lazaret de Villefranche, et prit toutes les

(1) Gazelle Piémonlaise, n° 157.

mesures qu’il jugea nécessaires pour empêcher la communication avec les autres villes ou villages des états sardes. Un cordon sanitaire fut immédiatement établi, et des troupes furent échelonnées depuis Yintimille, de manière à fermer toute la ligne de la Roja. Un commissaire-général de santé parcourut cette ligne pour faire stationner dans les lieux les plus convenables les détacheraens de troupes qui devaient être employés au cordon sanitaire intérieur. Plusieurs bataillons se rendirent de Coni à Limone pour entrer dans le comté de Nice par le Col -de -Tende et fermer cette communication, tandis que d’autres furent dirigés sur Saint-Rème et Oneille, d’ou ils purent se porter en peu de temps sur Yintimille. De cette manière les deux grandes voies de communication qui conduisent de Nice aux autres parties du Piémont furent immédiatement fermées, tandis que des embarcations , stationnées le long de la côte, surveillaient le mouvement des petits bateaux et empêchaient les émigrations. La maladie, dont les progrès avaient été peu rapides dans les premières semaines, prit quelque intensité vers le lo du mois d’août. Du 1 3 juillet au 17 septembre, 396 personnes furent atteintes, et 224 succombèrent. A Yillefranche la maladie ne dura qu’un mois environ; il y eut 90 malades, parmi lesquels 53 moururent.

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Dès le début du choléra, la municipalité de NNice avait fait appeler le docteur Trompeo, médeccin de la reine veuve Marie- Christine. Ce savant [praticien rendit des services éminens (i). L’évêij:[ue mit à la disposition des autorités locales le s séminaire épiscopal, où Ton établit une ambulance poour le service des cholériques.

Déport de Nice fut déclaré libre le i5 octobre; \i^illefranche l’avait été le lo du même mois. A ces éépoques les navires furent expédiés avec patente nette.

Le i8 du même mois un Te Deum solennel fi ut chanté dans l’église cathédrale de Nice, pour .■endre grâces à Dieu de la cessation du fléau.

Malgré les précautions prises par le gouvernement sarde, la maladie ne tarda pas à étendre ses ravages. Subtile et insaisissable, elle franchit le :i;ordon de troupes qu’on lui avait opposé, et se montra, vers les derniers jours de juillet, dans la nille de Coni, au delà des Alpes. Le 3i il y avait !'U 37 malades et 17 décès. Alors le gouvernement supprima toutes les mesures d’isolement îit les cordons sanitaires. Par ordre du' roi, line commission, composée de trois professeurs, IIM. Sacchero, Berruti et Cantù, fut envoyée à

(1) La municipalité lui accorda en récompense le droit de iité et lui offrit une magnifique tabatière d’or portant cette uscriptiou ; Au docteur Trompeo, la viUc de Nice reconnaissante..

Coni pour y observer la maladie. De toutes les parties de Fltalie des médecins et des chirurgiens se rendirent aussi dans celte ville.

Le roi ne borna pas sa sollicitude pour les malheureux habilans de Coni à l’envoi d’une commission de médecins j il voulut encore venir au secours des infortunés et ranimer leur courage

par la présence d’un grand fonctionnaire. A cet effet il envoya dans cette ville pour le représenter le lieutenant -général comte Maffei di Boglio, auquel il ordonna de mettre à la disposition de l’évéque une somme de 3,ooo francs prise sur sa cassette, avec promesse de renouveler ce secours le mois suivant si les besoins de la population l’exigeaient.

Par une circulaire du ministre de l’intérieur, à la date du lo août, les intendans des provinces furent invités à prendre toutes les mesures qu^’ils jugeraient les plus promptes et les plus efficaces pour combattre le choléra dans les localités dépendantes de leur juridiction, les dispensant, pour les moyens à employer, de toute demande en autorisation préalable, afin d’agir avec plus de célérité. Les communes atteintes du mal furent également autorisées à faire toutes les dépenses jugées utiles ou nécessaires. Par la meme circulaire, les intendans reçurent mission d’employer les fonds déposés dans les caisses provinciales pour secoii-

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rir les communes qui ne pourraient pas suffire ’ à leurs besoins. Cette circulaire était terminée par un appel à la charité des classes riches ou aisées, et invitait tous les employés du gouvernement à donner l’exemple. En meme temps le ministre ordonnait qu’il fût formé dans chaque (commune frappée du choléra, une commission de secours, chargée de recueillir les dons en numéraire et en nature qui seraient faits en faveur des pauvres; cette commission devait être composée du syndic, du curé de la paroisse et de trois notables.

Le choléra cessa à Coni le i3 septembre; à cette époque il y avait eu 1,124 malades et 427 morts. La municipalité de cette ville voulant atténuer, autant que possible, les effets de la terrible maladie et adoucir le sort des nombreux orphelins qu’elle avait faits, décida qu’ils seraient élevés dans des hospices aux frais de la commune. Les garçons furent placés dans celui de la Charité , et les filles dans le couvent des sœurs de la congrégation de Saint-Joseph.

Pendant que le choléra franchissait le Col-de- Tende et sévissait dans la ville de Coni , il s’étendait aussi le long du littoral , se montrait à Menton dans la principauté de Monaco, pénétrait à Oneille, Port-Maurice, Dian, et faisait irruption dans Gênes la superbe. Du au 5 août on cons-

tala sept cas de choiera dans cette dernière ville, et trois d’entre eux furent mortels. La première victime fut un nomme Jean B6, domestique; la seconde, une dame appelée Madeleine Magnano. L’apparition de ce fléau causa un effroi général, et l’émigration fut considérable. Cependant les autorités pourvurent à tous les services, malgré la désertion d’un grand nombre de médecins et chirurgiens; lesservans ne manquèrent point aux malades, et des hôpitaux temporaires furent établis pour les indigens, qui reçurent d’abondantes aumônes. Ces témoignages d’une grande sollicitude de la part des magistrats n’empêchèrent pas la méfiance d’entrer dans quelques esprits, et des bruits d’empoisonnement circulèrent au sein de la populace ignorante. Dans la journée du i6 août, un malheureux ouvrier étranger fut assailli à coups de pierre par les riverains du Bisagno. Heureusement un poste militaire accourut à son secours et parvint à le retirer vivant des mains de ces forcenés; mais le malheureux conduit à riiôpital y mourut le lendemain des suites de ses blessures. A. cette nouvelle le marquis Filippo Paulucci, gouverneur -général de la division de Gênes , fit publier une énergique proclamation pour prévenir le retour de semblables excès.

Cette proclamation produisit l’effet qu’on en attendait; les esprits sc calmèrent, les malveillans

furent intimidés, la confiance reparut, et les rues de Gènes ne furent plus souillées du sang de Finno- Lcence.

Le dimanche août on célébra une solennité i imposante : l’archevêque avait ordonné une proccession générale en l’honneur de saint Jean-Bapttiste, protecteur de la ville. Toutes les corporations ireligieuses et toutes les communautés se rendirent, .'à 8 heures du matin, dans l’église cathédrale de 'Saint-Laurent, où se pressait un peuple immense. fLa procession parcourut les différens quartiers de lia ville; le gouverneur y assista, suivi des autorités iciviles et de l’état-major de la division.

Le choléra sévit à Gènes avec une extrême viollence; les journées les plus meurtrières furent celles qui s’écoulèrent entre le 20 août et le 10 ^ septembre, et c’est pendant cette période funeste (que le roi de Sardaigne, quittant sa résidence de IRacconigi, accourut au milieu d’un peuple souffrant pour ranimer ses espérances et calmer ses vives douleurs. Ce prince, que la malveillance avait accusé d’égoïsme et de pusillanimité, arriva à Gènes le vendredi L\ septembre, à 8 heures et demie du matin, et sa présence fut partout saluée par des bénédictions et des cris d’enthousiasme. Ce q*our-là il y eut i3o nouveaux malades et 54 décès, limmédiatement après son arrivée, le roi s’informa 'de l’etat St\nilaire de la ville, des mesures qui

HISÏOIUE

avaient ele prises, et des moyens curatifs qu’on avait employés, visita les casernes, les hôpitaux, les ambulances, distribua d’abondans secours, et repartit le lendemain.

Vers le lo septembre, le cboléra diminuait considérablement à Gènes; il y avait eu à cette epoque 3,'yo3 malades et i,8y8 décès. Le i5 octobie la maladie avait termine son cours; le dernier cas déclaré est a la date du i3 du même mois. 4,258 personnes avaient été frappées, parmi lesquelles 2,i5o avaient succombé. Dans les environs de Gênes il y eut 1,777 iïialades, dont 752 moururent. La province se compose de 58.communes, non compris la capitale; sur ce nombre 49 f^î’Gïît atteintes, il n’y eut pourtant que 5oi cas et 218 décès.

Plusieurs médecins et chirurgiens de Gênes s étaient enfuis a l’apparition du fléau. La commission sanitaire, apres les avoir officiellement invités a retourner, les suspendit de l’exercice de leurs fonctions par délibération du 2 septembre. Cette mesure frappa douze docteurs en médecine (i) et

(1) Botto "IGiroIamo, professeur de runiversité; Briguolo Francesco; Coelli Luigi; Castagnetto Gio-Battista; delta Cella Paolo, naédecin du roi ; Nervi Domenico; Orsini Marc-Antonio; Pizzorno Domenico; Saredo-Parodi Antonio; Scravallc Giuseppe; Schiaffino Giuseppe; Pescia Giuseppe-Marziale, doit, di colleg.

seize docteurs en chirurgie (i). Plus tard , quelquesuns d’entre eux s’étant justifiés de leur absence furent relevés de cette interdiction. En meme temps la commission sanitaire ordonna que les noms des membres du corps médical qui s’étaient distingués par leur dévouement seraient consignés dans la Gazette de Gènes ; on y lisait ceux de MM. Torre Gaelano, Felice Cristoforo, Bb Angelo, Massola Giacinto, Remorini Emanuelle, Pescetto Gio-Battista , Questa Giuseppe, qui s’étaient empressés de donner gratuitement leurs soins aux malades. Les médecins Guasconi Orazio, Farina Angelo, Accame Evandro, Solari Emanuelle et le chirurgien Salvarezza Francesco firent l’abandon de leur salaire en faveur des pauvres. On cita encore avec éloge la conduite de MM. Antonini Gio-Battista, TagliaferroDomenico, CavassaNicolo, Mazzini Giacomo, Goddi Luigi, Roscelli Giovanni, Battistaiia Felice j le professeur Viviani Giaccinto, qui de Milan se rendit à Gènes; Bertarelli Bernardo, autre médecin de Milan, qui s’était dévoué au service des cholériques de l’hôpital de Carignan,

(1) ArighcUi, doit, di colleg.; Arata Fortunato, doit, di colleg.; Canaveri Gio-Battista; Castiglione Antonio; délia Cella Ferdinando; Franclictti Nicolo ; Gherardi Bartolomeo ; Nicolari Agostino; Orengo Gio-Battista; Peirano Giuseppe; Rollandi Alessandro; Roscelli Gaetano; Salvarezza Francesco; Scerni Tomaso; Mattaglia Gostantino; Molfino Giuseppe.

et Sperino Giuseppe, médecin de Turin , qui avait soigne les malades de ITiôpital temporaire dit du séminaire. Parmi les chirurgiens on cita : MM. Campanella Giacomo, Ratio Francesco, Romeo Gerolamo, Grosso Andrea, Goullion-Boussar Michèle , Bereta Pietro , Silvestri Domenico et Crovo Biaggio. D’autres, sans doute, méritèrent d’étre signalés à la reconnaissance publique, mais leurs noms ne sont pas arrivés jusqu’à nous (i).

A cette occasion plusieurs personnes honorables eurent la récompense de leur dévouement. Le comte Stephano Giustiniani, dont la courageuse intelligence avait contribué puissamment à assurer l’ordre dans le service des hôpitaux, fut nommé gentilhomme de la chambre du roi. Les syndics de la ville dont la conduite avait été digne d’éloges, reçurent des témoignages de la satisfaction du roi. Le marquis Vincenzo Serra, syndic de première classe, fut nommé commandeur de l’ordre de Saint -Lazare et de Saint-Maurice, et M. Giovanni Francesco Ricci, syndic de deuxième classe, reçut la croix de chevalier du même ordre.

(1) La municipalité de Gênes, voulant aussi reconnaître les services rendus à la cité pendant le règne du choléra , par le chevalier Michel Griffa, médecin, professeur de l’iiniversilé royale de Turin, envoya à ce savant docteur une tabatière d’or portant les armes de la ville.

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Dès le commencement de la maladie, des listes de souscriptions furent ouvertes pour secourir les indigens, et la ville de Gènes, entraînée par le noble exemple du souverain, se montra belle de charité, car les dons volontaires s’élevèrent à la somme de 192,338 francs 54 centimes. Les sœurs religieuses du Refuge et celles de Saint-Vincentde-Paul ne cessèrent de donner des preuves d’un zèle infatigable pour le service des cholériques.

Lorsque le choléra envahit le Piémont, le roi habitait sa résidence de Racconigij la maladie se montra dans cette ville le 1 3 du mois d’août, et le 20 y déployait déjà sa violence. Néanmoins le roi et la reine se rendirent le 28 du meme mois ' dans l’eglise principale de Racconigi et y enten- I dirent la messe, pour donner au peuple l’exemple de la résignation et du courage.

Le choléra exerça ses ravages sur la population de Racconigi jusqu’au 28 octobre; pendant cette période il y eut 434 malades, parmi lesquels 21 1 succombèrent. Les sexes ont payé un égal tribut . au fléau : sur 2 1 1 décès , i o4 appartiennent au sexe masculin, io4 au sexe féminin, et 3 sont inconinus. Il n en a pas été de meme des âges; ceux qui • ont été le plus fortement frappés sont ceux de 3i ians à 60 ans, ainsi qu’il résulte du tableau suivant :

De 1 an à 10

11 à 20 ans

21 à 30 ans

31 à 40 ans

41 à 50 ans

51 à 60 ans

61 à 70 ans

71 à 80 ans

81 à 90 ans

Ages inconnus

Total

J>ècks.

2ÏÏ~

A Racconigi la moyenne de la durée de la maladie a été de 32 heures 21 minutes 5 on a constaté :

Morts dans les 6 heures qui ont suivi l’invasion. . 12

12 heures id 35

24 heures id 54

48 heures id 44

Au dessus de 48 heures id..^ 66

Total 211

Il y a eu sur mille hahitans malades et

20 morts; la population est de io,55o âmes.

Les décès ont été aux malades : : i : 2,o5.

En meme temps que la maladie s’était montrée à Racconigi, un grand nombre d’autres localités des états sardes avaient été envahies : à l’est de Coni, les villes de Geva, Bene, Mondovi, Fossano, Novi; à l’ouest, Demonti, Salluzzo, Murello; au nord , Savigliano , Cavallermaggiore et plusieurs autres petites communes. Turin ne fut que faible-

ment frappé. Le choléra se manifesta dans cette capitale vers le a5 août; le 27 il n’y avait eu que •6 cas et deux décès. Aussitôt l’autorité prit toutes les mesures de précaution que commandaient les circonstances. La commission sanitaire fît annoncer publiquement que quatre ambulances avaient ete ouvertes pour recevoir les cholériques : la première à Dora, la seconde à Pô, la troijsième dans l’hôpital supérieur de Saint-Jean-Bapîtiste, et la quatrième dans celui de Saint-Louis. ^Ces ambulances étaient destinées aux personnes îqui n avaient pas les moyens de se faire soigner ichez elles , mais aucun malade ne devait y être (Conduit contre son gré. En outre, l’autorité éta- Iblit dans divers quartiers de la ville des pharmaccies où l’on trouvait, à toute heure du jour et de !la nuit, les médicamens nécessaires pour combatttre les progrès du mal.

Le septembre le roi et la famille royale .avaient quitte leur résidence de Racconigi et étaient arrivés à Turin. Le 8 du meme mois toute lia cour assista à un service divin qui fut célébré Ldans la basilique royale de Superga, pour obternir, par l’intercession de la sainte Vierge, la déliivrance des états sardes.

Des bruits d’empoisonnement circulèrent à Turin comme dans toutes les grandes villes, et le 1 1 septembre l’archevêque adressa h tous les

curés une lettre pastorale, par laquelle il les invitait à prémunir le peuple contre des rumeurs aussi absurdes que criminelles. Aucun excès ne fut commis.

La maladie fit peu de ravages dans cette capitale : le chiffre des déc^s ne s’est jamais élevé au dessus de 7 par jour; et pendant les soixanteseize jours qu’a duré la contagion, le chiffre des malades n’a été que de 219, et celui des décès de i5o. 11 y eut dans la banlieue 1 14 malades, parmi lesquels 56 moururent. Ainsi la ville de Turin et son territoire n’ont eu que 333 malades et 206 décès. Les morts ont été aux malades : : i : 1,6 r.

Après l’invasion de Turin, les villes de Vercelli, Trino et Balzola, dans la province de Casale, présentèrent quelques cas de choléra. Le 11 novembre les bulletins sanitaires de toutes les parties du royaume étaient satisfaisans; une localité seule avait présenté quelques nouveaux cas, c’était celle de Balzola.

L’invasion des états sardes mit en lumière de nombreux actes de dévouement et d’humanité. Le roi, comprenant les devoirs du trône, imprima le premier élan : grand par la bienfaisance et par les plus nobles qualités du cœur, il sut donner au pouvoir souverain le doux prestige des vertus paternelles ; il visita les hôpitaux de la capitale et prodigua à chaque malade des secours et dés

consolations. Le i4 octobre Charles- Albert se rendit àRacconigi, que le choléra ravageait encore. Les pauvres et les malades de cette ville éprouvèrent les effets de sa bienfaisance royale.

A Turin, les filles de V opéra regia clelle Rosine offrirent spontanément d’admettre dans leur couvent trois pauvres orphelines de parens morts du choiera. Cette offre était d’autant plus généreuse, que ces filles ne vivaient que du fruit de leur travail.

Le marquis don Antonietto-Botta-Adorno , l’un des plus riches propriétaires de Branduzzo, province de Voghera , ordonna à ses agens de distribuer d’abondans secours à tous les pauvres du lieu; en meme temps il fit préparer dans son projpre palais un lazaret pour y recevoir et soigner : tous les indigens qui seraient atteints de la maladie.

L’avocat Gatto, de la petite commune de Sarmone, province d’Ivrea , voulant contribuer à .^secourir les malheureux cholériques et à soula- ;ger leur misère, s’empressa d’offrir deux vastes ibâtimens dans un site salutaire et agréable, pour 'y former un lazaret; à celte offre M. Gatto joignit lia fourniture de 24 lits garnis et une somme de 13oo francs.

Le marquis de Pamparato, comte deRoburento, imajor-général de cavalerie et directeur de la pou- (drière royale de Morozzo, eut à peine appris l’inwasion du choléra dans la ville de Coni, qu’il s’em-

pressa de faire distribuer, par ses agens , des secours journaliers en soupe et en viande aux familles malheureuses; et aussitôt que la contagion se fut manifestée dans la commune de Morozzo, la charité de l’iionnéte marquis de Pamparalo s’accrut avec les besoins des indigens. Il mit à la disposition du prévôt, du médecin et du secrétaire de la commune, tout ce qu’exigerait le service des pauvres, soit en numéraire, soit en linge.

Le sénateur Giuseppe Domenico Porta offrit à l’administration communale de Montanaro, sa patrie, une maison qu’il possédait à Saint-Bernard, avec douze lits garnis et préparés pour recevoir les pauvres malades de sa commune. Il joignit à cette offre une somme de i,ooo francs.

Le roi de Sardaigne accorda de nombreuses récompenses aux personnes qui pendant les temps de calamité donnèrent des preuves de courage et de dévouement; il fit destituer impitoyablement tous les fonctionnaires déserteurs de leurs postes.

Les conseillers Rinaldi et Dimarchi, de la commune de Carpignano, ayant refusé d’accepter les fonctions de membre de la commission sanitaire, furent, par ordre du roi, destitués de leurs charges et déclarés inhabiles à remplir aucune fonction publique.

D’autres fonctionnaires subirent la même dis-

Le choléra se manifesta presque en même temps a Gênes et à Livourne. Le premier cas constaté dans cette dernière ville le fut le 5 août, sur une femme génoise, nommée Cirella, âgée de 6o ans, revendeuse d’herbes dans le faubourg de la porte de Pise, laquelle fut transportée le même soir à l’hopital dans un état désespéré. A la même époque, le collège médical de Florence reconnut la présence du mal asiatique dans cette ville sur la personne d’un soldat d’artillerie et sur celles de deux autres individus. Mais déjà un décès cholérique avait été constaté dans le lazaret de Livourne. Un matelot du bateau à vapeur V Océan ^ parti de Marseille le 25 juillet au soir et arrivé à Livourne le 26 , avait été atteint du choléra , après son départ de Marseille , dans la nuit du 25 au 26; et, sur la déclaration du capitaine, il fut immédiatement débarqué dans le lazaret où il mourut le 29 juillet. Les vingt-deux passagers qui se trouvaient à bord furent également débarqués dans le lazaret et y purgèrent leur quarantaine.

La marche de la maladie dans cette ville suivit ses trois périodes ordinaires. La durée fut de 76 jours, du 5 août au 20 octobre; pendant ce temps 2,025 personnes furent frappées et i,i39 succombèrent. La population de Livourne étant de 66,000 âmes , il y eut sur 1,000 habitans 3o malades environ (3o,6) et 17,25 morts.

Dès l’apparition du fléau le grand-duc prit des mesures préventives , et distribua des secours aux malades et aux indigens. Quelques médecins s’étant enfuis, le gouverneur de la ville leur fit notifier de rentrer dans le délai de trois jours, sous peine d’interdiction.

La maladie s’étendit peu dans le grand-duché. A Florence elle dura longtemps , mais avec un caractère bénin. Elle avait presque cessé vers la fin d’octobre, et l’archevêque ordonna qu’un Te Deum en actions de grâces serait chanté dans l’église métropolitaine, et que l’image de la sainte Vierge demeurerait exposée pendant trois jours à la vénération du peuple dans la basilique de l’Annonciation. Le i8 novembre, au moment où l’on croyait la maladie entièrement éteinte, une recrudescence se manifesta dans cette ville, et quelques nouveaux cas furent constatés. Le grand-duc se rendit alors à Florence pour connaître les nouveaux besoins de ses sujets; il y distribua de nombreux secours, témoigna sa satisfaction aux troupes, donna des éloges aux chefs d’administration, et accorda diverses récontpenses aux personnes qui avaient bien mérité de leur pays.

La petite commune de Rosignano près Livourne fut atteinte de la maladie le 7 septembre; quelques autres localités le furent encore, mais faiblement.

DU CHÔLÈUA-MOUBUS. m

Pendant que le choléra sévissait dans le Piémont , tous les autres états d’Italie prirent des mesures d’isolement et formèrent sur leurs frontières des cordons sanitaires. La duchesse de Parme, par ordonnance du 7 du mois d’août, repoussa toutes les provenances des pays infectés par le choléra. S. A. I. et R. le grand-duc de Toscane et le duc de Liicques prirent plus tard les mêmes mesures. Le gouvernement de Bologne repoussa également toutes les provenances de Livourne, Florence, Turin, Gênes, Nice, Coni , Villefranche et celles de la France méridionale, exigeant que les provenances des autres pays environnans fussent accompagnées d’un certificat sanitaire. Les états vénitiens ne prirent ces mesures que le 27 du mois d’août; la délibération portait: i"* que les personnes provenant des états sardes ne seraient admises que lorsqu’elles seraient munies d’un passeport en règle, et d’un certificat constatant qu’elles avaient séjourné ^1.2: jours dans une commune non infectée du choléra; 2° que celles venant d’un pays sain ne seraient soumises qu’à un séjour de trois jours: étaient dispensés de ces mesures les courriers du service public. Ainsi les mesures prises devenaient illusoires puisqu’elles n’étaient point applicables d’une manière absolue. Aussi le choléra, qui ne put franchir les cordons sanitaires du dqché de Parme, qui neputpéné-

lier ni dans les états de Modène, ni dans ceux de Liicques, qui fut arrêté devant les mesures de séquestration prises dans les états de l’Eglise, entl a dans ceux de Venise, où il se manifesta dans les derniers jours du mois de septembre. Plusieurs localités furent atteintes; mais la maladie ne fit pas de grands ravages. A Venise elle se serait déclarée, selon les uns, dans la nuit du 24 au 20 septembre, sur un sieur de Pretio qui habitait sur le cours de la porte orientale, lequel mourut en peu d’heures; selon une autre version, les premiers cas n’auraient été constatés que le 9 du mois d’octobre. Le choléra ne fut pas très intense dans cette ville qui compte 1 10,000 liabitans ; car, du 9 octobre au 1 4 novembre il n’y eut que 44 1 malades , parmi lesquels 253 succombèrent. A cette époque la maladie n’exerçait presque plus de ravages; cependant quelques décès, mais en jîetit nombre , furent constatés jusqu’au 19 décembre. On remarqua que la contagion avait plus particulièrement sévi sur les tempéramens faibles ou maladifs. Un service de secours avait été établi dans cette ville , et les malheureux reçurent d’abondantes distributions de soupe et de viande.

La maladie se déclara également à Vérone, vers le i5 du mois de novembre, parmi des travailleurs occupés aux fortifications; mais elle n’y fut pas meurtrière. Elle ne fit aussi qu’un petit nom-

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bre de victiaies à Padoiie, à Vicence, à Trévise, à Chioggia, à Paltestrina, et dans les communes de DoloeMira, deBurano, de Rovigoet deCavarzere.

La Lombardie fut préservée de la contagion; la Gazette de Milan attribua cet heureux résultat aux sages précautions prises par les autorités.

Le duché de Parme , celui de Modène et les états de PEdise ne reçurent aucune atteinte. Le

duché de Lucques eut 4 cas suivis de mort , mais tous quatre dans la meme maison; voici comment ils se manifestèrent: le 27 août, un habitant de Lucques, arrivant de Livourne avant que le cordon sanitaire eut été établi, fut frappé du choléra peu d’heures après son arrivée; aussitôt l’autorité isola la maison du malade et les habitans qui s’y trouvaient, parmi lesquels trois nouveaux cas se manifestèrent dans peu de jours; les quatre personnes atteintes moururent. Des précautions ayant été prises, aucun nouveau cas ne se manifesta dans tout le reste du duché.

D’après des lettres de commerce, quelques feuilles avaient annoncé que le choléra avait pénétré en Dalmatie, et notamment à Trieste : ces bruits n’ont pas été confirmés. La Gazette de Zara^ du 1 1 décembre, assure qu’à cette époque aucun cas de choléra ne s’était manifesté dans cette ville, et ne désignait aucune localité de la Dalmatie comme ayant été atteinte par le mal d’Asie.

UISTOIKE

Le choléra-morbus atteignit les élats vénitiens, mais il s’y montra dépouillé de ce caractère de violence qui l’a rendu si cruel dans diverses contrées. A la fin du mois de décembre il s’éteignit lentement dans les états de Venise, et depuis cette époque il n’a pas reparu. Puisse-t-il avoir dit un éternel adieu à la terre d’Europe! Puisse l’Adriatique l’avoir reçu dans son sein et ne nous le rendre jamais (i)l

(1) Au moment tie mettre sous presse (mai 1836) nous apprenons que le choléra s’est réveillé là où il s’était éteint. Venise a été de nouveau frappée du mal indien ; mais les renseignemens qui nous sont parvenus s’accordent à dire que la maladie n’a pas sévi avec beaucoup d’intensité et que le nombre des morts dans cette ville n’a pas excédé 800.

Quelques autres villes du royaume lombard-vénitien ou des bords de l’Adriatique ont également ressenti de légères atteintes de ce mal j on cite Milan, Bergame, Trieste et Como. Dans cette dernière ville la maladie parait s’être montrée avec des caractères alarmans.

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