‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 71 sur 91 · RÉGENCE D’ALGER ET ITALIE · texte numérisé non relu

RÉGENCE D’ALGER ET ITALIE

:Le choléra est importé de Marseille à Alger. ~ Mesures prises par l’autorité. — Marche de la maladie. — Ses effets sur les diverses classes de la population. — Faits divers. — Le choléra fait invasion à Nice. — Grandes mesures de précaution adoptées par le gouvernement piémontais. — La ville de Gênes est envahie. — Progrès de la maladie dans diverses localités. — Turin n’est atteinte que faiblement. — Admirable conduite du roi de Piémont. — Récompenses et punitions. — Faits divers. — Le choléra sévit à Livourne, frappe Florence avec moins de violence et ne s’étend que très peu dans le reste de la Toscane. — Il pénétre dans les états vénitiens. — Tous les gouvernemens d’Italie prennent des mesures aussi rigoureuses que sages pour s’opposer à l’extension du mal. — Tableau synoptique des cas et des décès constatés dans les principales villes italiennes.

RÉGENCE d’aLGER.

ILe choléra se manifesta à Alger, dans la nuit du \i au 3 août i835, sur un militaire en quarantaine Hans le lazaret, et récemment arrivé parle navire a Chimère^ sorti du port de Marseille au moment

HISTOIUE

oii la maladie y sévissait avec force; ce militaire mourut en peu d’heures. Du 3 au 12 du meme mois, plusieurs autres cas de choléra suivis de décès furent constatés dans la ville, et notamment parmi les Israélites et les indigènes. ^

Dès l’apparition du fléau, l’autorité supérieure ne négligea rien pour secourir les malades. Elle établit des hôpitaux distincts pour les Européens, les Maures et les juifs qui ne voulaient pas être traités chez eux. Des médecins furent attachés à ces établissemens provisoires , et l’administration prit en meme temps des mesures pour assurer la fourniture des médicamens dont elle s’était pourvue à Marseille avant l’invasion du choléra.

La marche du choléra fut lente pendant les premiers jours, car il n’y eut que 2Ô victimes du 3 au 10 août; mais les progrès de la maladie furent rapides du ro au 21 du même mois, et l’on compta 885 décès.

Douze ambulances avaient été établies dans la ville; chacune était surveillée par un membre du conseil de salubrité publiquè. L’autorité veilla à ce que les rues fussent fréquemment nettoyées, et à ce que l’intérieur des maisons fût assaini. Les juifs qui étaient dans l’usage de porter les morts découverts , furent obligés de les couvrir.

Les musulmans enterraient dans leurs maisons ceux de leurs co-religionnaires qui succombaient

laux alteinles du mal. Par cette habitude, ils voulaient d’abord satisfaire à une règle de leur religion qui veut que les personnes riches soient ensevelies dans leurs demeures; ensuite ils voulaient soustraire aux regards profanes le nombre de leurs morts, pour faire croire plus facilement laux masses ignorantes que Mahomet protégeait sson peuple et le rendait invulnérable.

Les agens de l’autorité visitaient chaque jour (tous les cimetières, veillaient à ce que les fosses [fussent creusées a la profondeur convenable, et [faisaient jeter de la chaux sur les cadavres.

On alluma des feux sbr les places publiques et dans les rues pou r satisfaire l’opinion publique qui croyait trouver dans cette mesure un moyen efficace pour combattre l’influence de la maladie.

Un comité de bienfaisance, composé de MM. Lafond-Rillier, Fremond, Virot, capitaine, et Lavalllée, notaire, distribua chaque jour à plus de cinq [cents malheureux le pain, la viande, les vétemens [et les remèdes que réclamait leur position.

D’autres personnes recommandables se dévouèrrentau soulagement des malades. Le baron Viallard imit à la disposition de l’autorité l’une de ses plus Ibelles et pittoresques maisons de campagne, pour \y loger tous les malheureux frappés par la maladie. ILe maréchal Clauzel, gouverneur-général, fit évaicuer sur cette habitation et sur le mont Bouzaria

la partie la plus indigente de la population juive, et tous les condamnés militaires furent dirigés sur le village de Kouba. On ne tarda pas à s’apercevoir des effets salutaires que cette mesure produisit, car la maladie perdit aussitôt de son intensité.

Quelques maisons de commerce acquirent des droits incontestables à la reconnaissance publique; ce sont celles de MM. Lacroust, Tabler et Lafond- Rillier. Ces maisons distribuaient des comestibles et des effets d’habillement.

Les orphelins furent recueillis par des dames charitables. On remarquait parmi elles la maréchale Clauzel, MM“"* Lafond, Rozy, Pharaon, Warin, de Croze et Forcinal. L’abbesse Viallard et ses trois sœurs de charité donnèrent d’éclatantes preuves de courage et de dévouement.

La conduite du corps médical a été au dessus de tout éloge. Le conseil de salubrité, chargé par l’autorité de désigner les médecins qui s’étaient le plus distingués, a cité: MM. Rivière, Warin, Renout,Ferrat,l’abbéSpitz,Girat, CabroletGuyon; leurs collègues MM. Leroy, Dubourge, Simedei,de Susini , Girardin, Viattet, Cretté , Marie, Eker, Bout, Brassat et Juving père sont morts glorieusement dans l’exercice de leurs honorables fonctions (i).

(1) Vingt-cinq autres médecins d’Alger ont été atteints par le choléra et ont heureusement guéri.

La population juive fut celle qui souffrit le plus. [Les Maures comptèrent aussi lin grand nombre de morts, bien qu’on ait toujours remarqué chez eux beaucoup de propreté ; mais ils ne prenaient laucune précaution pour se garantir des atteintes

jdu fléau. Impassibles dans leur résignation et dans

(leurs croyances religieuses, ils croyaient que tous des efforts de l’homme ne sau raient prévaloir contre a sentence immuable de l’éternel destin; ils regardaient donc comme inutiles les mesures préveni:ives et repoussaient tous les secours de l’art. Les •Européens ont le moins souffert, et parmi eux (es Espagnols et les Maltais ont fait les plus grandes pertes. Le choléra a particulièrement frappé :a classe pauvre et ouvrière, notamment les individus de cette classe qui se livraient habituellement à l’intempérance.

La mortalité fut très grande à l’hôpital civil, dn croit en trouver la cause dans le transj)ort [[u’on fit subir aux malades de cet établissement, lesquels furent enlevés de leurs salles pour être idacés sous des tentes, et dans la même journée nlevés de ces tentes pour être replacés dans le ocal primitif. La première mesure fut prise par II. de Guirraye, et la seconde parle docteur Rivière.

Pendant la duree de la maladie, M. Lepasquier, ntendant civil , et M. Melcion-d’Arc, intendant- »énéral , firent de fréquentes visites dans les hôpi-

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taux et se montrèrent pleins de compassion pour les malheureux cholériques.

Le 6 novembre i835 le choléra avait terminé son règne à Alger, après y avoir enlevé 2,847 personnes, comme l’indique le tableau suivant :

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