DU GHOLERA-MORBUS A AMIENS EN
Pendant que les diverses administrations Amiens prenaient les mesures les plus sages comle les plus éclairées pour atténuer les atteintes un fléau qui portait la consternation et le deuil ins Paris par les nombreuses victimes qu'il y
faisait, et les scènes atroces et sanglantes auxquelles il donnait lieu , qui croirait que dans la dernière classe des habitans d'Amiens, il se trouvât une foule d'individus qui riaient de ces mesures salutaires, et regardaient le choiera comme un être imaginaire, inventé par le gouvernement dans le but de détourner les regards delàpolitique !
Cependant l'attention des habitans d'Amiens, fixée alors sur ce qui se passait à Paris , fut bientôt ramenée sur leur propre ville : un cri d'effroi, semblable à celui qui s'était fait entendre en 1597, lorsque l'Espagnol l'avait surprise pour y faire régner un pouvoir étranger , et par-là même toujours détesté, un cri de terreur, dis-je, se fit entendre le lo avril, dans cette classe même qui, petrd'instans avant, semblait être dans une sécurité complète ; le choiera avait éclaté à Amiens ! mais les divers fonctionnaires publics., le plus grand nombre des habitans, doués d'un esprit juste et éclairé, le reçurent avec calme , et s'empressèrent de venir au secours de l'indigence. M. le maire nomma , pour recueillir les souscriptions spontanément offertes de toutes parts , des personnes recommandables (i) , qui obtinrent de la bienfai-
(i) Ces mescieurs sont : les avoués; Delahaye-Martin et Galhaut fils; Delaporte-Leroy et Deflesselles; Pécourt et Fréchon j Duvelle-Grandpré et Dhervillez-Marcsl ;
ance des liabitans 22,587 fr. 55 c. Le conseil muicicipal mit 20,000 fr. à la disposition de M. le laire, qui en envoya 12,000 au bureau de bienlisance , et lui donna plus tard sans doute une ibvention de 7,000 fr., car il les dépensa en plus 1 soulagement des malheureux; les 48,000 fr. lae lui alloue tous les ans le conseil municipal î lui ayant pas suffi, malgré les quêtes et ses f venus qui rapportent aussi chaque année, terme )'Oyen , la somme de 62,000 fr.
S. M. Louis - Philippe envoya spontanément oofr. sur 5oo,ooo fr. qu'il voulut bien, dans sa nificence , allouer aux villes des départemens ippées de l'épidémie. S. M. , touchée des maux d affligeaient Amiens , comme le lui exposa M.
andsire et Lamy-Martin fils; Vion père et Théophile Hamorlière ; Ducrotoy-Dupont et Bizet; Boullet et iucousin; Janvier et Delaporte; Ledien père et Démons;
lounet et Fournier ; Lennel et d'Halloy ; Renardnrville et Soyez aîné ; Boudon aîné et Wicz ; Warmé lelThicbault fils; Guidée-Blondel et Desjardins-Soyez; le-Gensse et Lecointe ; MM. les commissaires du fauirg de Noyon , de la Voirie , du faubourg de Beauvais, ïem, dft Monlières, de Longpré. M. Polier, capitaine grenadiers de la garde nationale , et M. Pelletier, ca- Ine de la compagnie d'artillerie de la garde nationale, rirent une souscription dans leurs compagnies. La son de M. de Rumigny envoya sa souscription ainsi MM. Ignace, garde d'artillerie, et Potier, receveur de troi.
Thierion , dans une lettre que M. Fumeron d'Ardieuil s'empressa d'appuyer, envoya encore à fin de mai 5,ooo fr. Ce nouveau secours fut si promptement adressé, que six jours s'écoulèrent à peine entre l'envoi de la lettre et la réception de cette somme (i). M. le préfet ayant obtena alors une allocation de 20,000 fr , en: appliqua une partie à la banlieue d'Amiens.
La Gazette de Picardie recueillit 3,i38 fr. , qui furent envoyés par moitié à M. Dubas, curé de Notre-Dame , pour les paroisses de Notre-Dame, de St.-Leu et le faubourg de Noyon.
L'autre moitié fut remise à M. le curé de St- Remi, pour les paroisses de St.-Remi, St.-Jacquea^ St.-Germain et le faubourg de St.-Pierre ; les cvitéi de ces paroisses s'empressèrent de verser ces premiers secours dans le sein des malheureux; les personnes qui contribuèrent à cette somme , doBnèrent encore à la souscription faite par les soins de M. le maire , et dont nous avons parlé. Les hospices d'Amiens dépensèrent aussi au-delà des années ordinaires ; la ville se chargea du surplus de leur dépense en leur laissant tout le mobilier qu'avait rendu nécessaire l'installation des hospices temporaires, et des salles des cholériques , et en leur allouant environ 3,ooo fr. Indépendam-
( 1 ) Bis dat qui crtb dot.
iment de ces secours, plusieurs personnes soula* gèrent encore des malheureux dont la misère leur était connue (i).
Le choiera attaqua, \^ lo avril, le nommé rGorec (Louis ), âgé de 5r ans, couTreur, demeu- 'ant rue des Francs-Mûriers, n°. 19. Cette rue, >où les rayons du soleil arrivent à peine , con- [kient des maisons malsaines , de vieilles construcms , dont le sol est au-dessous du niveau de me,^ ce qui les rend très-humides; la plupart lême reçoivent la lumière à travers de petites ttitres, enchâssées dans du plomb : cet homme mccomba le même jour à 9 heures du soir. Le 10., il attaqua aussi la femme GuvilUer, dite "anche d'Or, âgée de Saans, revendresse, ayant Ja demeure petite rue Ste.-Marguerite , n°. 3. Cette î est également malsaine , étroite , mal éclairée, \f peu de distance d'une rivière. Elle mourut le 1 1 avril à 1 1 heures du soir. M. le maire pria MM. aliquier et Thuillier de lui faire séparément leurs ipports sur la maladie de cette femme, et sur lésions pathologiques que pourrait présenter
(i) Plusieurs même firent donner ,, par les médecins, ce 1 ni était utile aux malheureux ; j« citerai ici M. Frédéric rilIette-d'Acheux, qui mit du bois à ma disposition pour ► !S nécessiteux de la rue Blanquetaque , rue qu'il assainit les constructions et les jardins qu?il y forme.
l'autopsicv Ces deux savans médecins s'en acquittèrent avec le talent et le zèle qui les rendent si recommandables ; ils annoncèrent tous deux qu'elle avait succombé au choléra-asiatique. MM. Lemerchiere t Terrai, qui assistaient à l'ouverture du corps, et qui avaient ainsi que nous suivi la maladie, furent du même avis, comme le rapportent les lettres de MM. Riquier et Thuillier.
La profession de ces deux personnes les obligeait à rester à l'injure de l'air, qui alors était froid , brumeux.
Le 1 2 avril , le choiera frappa deux hommes et quatre femmes, qui sont :
1°. Beaumis ( Auguste ) , âgé de 48 ans, ouvrier tisseur , rue de la Dodane , n". 26 , qui fut pris du choiera à deux heures de relevée. Il alla à l'hôpital, où il mourut le 16, à six heures du soir, malgré les soins les plus assidus et les fréquentes visites du médecin.
2". Gueldry , âgé de 3o ans, garçon serrurier, demeurant rue des Lirots , fut pris du choiera en soignant la nommée Joséphine Barbier, rue de la Dodane , n°. 26 j il guérit,
3<*. Durand (Françoise), âgée de 19 ans, ouvrière, rue de la Dodane, n". 265 morte le i3 à sept heures du matin, après vingt-quatre heures de maladie.
4°. Barhier (Joséphine), âgée de 18 ans, ou-
tvrière, me de la Dodane, n°. 26, fut prise du choiera en donnant des soins à la précédente;
orte le i3 à une heure de relevée , après vingt- ::rois heures de maladie.
5°. Dupont (N.), âgée de i4 ans, rue de l'An- -louille ; elle guérit.
6°. Durand (Joséphine ), âgée de 21 ans, rue de a podane , n°. 26 ; elle était enceinte de trois nois; elle fut prise du choiera en donnant des oins à sa sœur, que nous venons de citer au n". \. Chaque fois qu elle vomissait elle ressentait des arampes, ou tombait en syncope ; elle disait éprouer à la gorge des douleurs comme si elle était écorée. Elle vomit quelques vers lombrics ; malgré a position elle échappa à la mort, et fut assez eureuse pour accoucher à terme d'un enfant ni vit et jouit d'une bonne santé, ainsi que sa "ère.
1 Le 1 3 , le choiera frappa les personnes suivantes : 1°. Sulpice Tellier^ âgé de 82 ans, rue desClai- Tjs, n°. 95. n avait une diarrhée depuis le 9, ce '\ ne l'empêcha pas de se livrer à son travail dentaire ( quelque temps avant il était garçon inturier ) ; le i3 il se mit à travailler dès six ures du matin ; vers les sept heures, éprouvant 1 malaise , il prit un petit verre d'eau-de-vie ; à :uf heures il avait été trois fois à là selle, qui
était blanchâtre comme de l'eau de riz sale; il avait éprouvé des sueurs , des défaillances ; vers midi il alla du bas et vomit, eut des crampes dans la plante des pieds toutes les demi-heures jusqu'à trois heures de relevée , où je le trouvai vomissant, éprouvant des crampes très-fortes aux gras des jambes. Le malade se peletonnait , cherchait à donner à sa tête une position déclive , les yeux étaient profondément enfoncés dans leur orbites, il avait une teinte bleuâtre sur la figure, noirâtre autour des paupières surtout inférieures j il éprouvait une céphalalgie frontale ; son haleine était froide(i); par moment il ne pouvait distinguer
(i) Air expiré par les cholériques; M, Rayer, médecin à l'hôpital de la Charité , a démontré :
1°, Que l'air expiré par des cholériques qui n'offrent point le caractère extérieur de l'asphyxie , contient à peu près la même proportion d'oxigène que l'air expiré par des hommes sains.
2°, Que l'air expiré par des cholériques qui offrent 1< > caractères extérieurs de l'asphyxie , contient notahhmcnl i plus d'oxygène que celui expiré par des individus saîns.
3°i Que dans quelques cas ( d'après le témoignage df MM. Glauny et Barruel) , l'air expiré par des cholériqnei 1 1 asphyxiques , n'a suhi aucune modification dans le poumon.
4°. Qu'enfin la diminution ou le défaut d'ahsorptio» •
; les personnes , un brouillard semblait les lui ca- I cher ; il baillait continuellement ; les joues étaient froides , creuses , les. traits de la figure tirés comme ceux de la décrépitude j les battemens du cœur îtait faibles, irréguliers; les crampes se faisaient ientir dans les cuisses. Jé lui donnai une potion calmante j je lui fis appliquer sur les jambes et ses pieds des cataplasmes arrosés d'essence de té- Sébenthine, ce qui le soulagea beaucoup; le soir, L huit heures , à ma troisième visite , on m'apprit ufu'il s'était bien trouvé des cataplasmes , qu'il n'aéit plus ressenti de crampes , mais qu'excité à er à l'hôpital, il s'y était déterminé; qu'il avait Q une syncope quand on l'avait mis sur un fau- 1 ( on aurait dû au moins le mettre sur un uteuil à dos pliant, ou mieux sur un bran-
ïxygène dans la respiration coïncide avec l'abaissement U la tempéralure du corps, l'altération du sang ou le ifaot d'hématose.
-Lorsque ces expériences auront été suffisamment répéîs , il faudra rechercher si le défaut ou l'imperfection de [lématose tient aux qualités du sang primitivement altéré , »venu difficilement oxygenable , ou au défaut d'innervaiHa, comme on l'a vu à la suite de la ligature ou de la :tion de la huitième paire des nerfs , ou au ralentisse- «nt de la circulation , ou enfin à toutes ces causes réu- L!S. Gazette méd. de Paris, i83a, pag. 277.
carcl) pour le transporter dans cet établisseraent(i). Il resta un quart-heure faible , après lequel il vomit toutes les demi-heures ; il alla huit fois à la selle jusqu'à huit heures du matin, le i4j moment où je le vis à l'Hôtel-Dieu : les battemens du cœur étaient faibles , irréguliers ; on ne sentait point l'artère radiale ; la face était toujours très-altérée. Il avait des borborygmes très-fréquens; les urines étaient supprimées. Le soir, à huit heures , je fus lè voir, il ne répondait plus à mes questions. Le stéthoscope laissait encore entendre les battemens du cœur, mais bien faibles , tumultueux; il râlait, les yeux étaient fortement enfoncés, étaient tirés en haut; tout son corps présentait assez de chaleur (2) , communiquée par les boules d'eau
(i) Les cholériques cyanoses peuvent marcher ; nous en avons vu un, guidé par son instinct, sortir entièrement nu de son lit, se diriger en vacillant comme un homme ivre, vers une baignoire où l'on avait porté son camarade, et s'y précipiter en aveugle. {Rapport, remis en décembre i^in , à M. le mfnàtre du commerce, par MM. Casimir , Alibert , Boudard, Dalmas , Doubled et Sandras, \
(a) Température du sang comparée à celle des autres \ parties du corps. j
Nous devons dire que la température de la salle dani | laquelle ces expériences ont été faites , était de i5 à 16." | Réaumur, et que le sang examiné a toujours été obtenu par le saignée du bras.
( haude et les couvertures de laine j sa peau était ecouverte d'une sueur visqueuse, son état était
relûi d'un nsphyxié ; il mourut à neuf heures du oir.
Autopsie le i5 , à deux heures de relevée : l'extérieur du cadavre présentait un aspect violacé , .surtout à la figure, aux pieds et aux mains; le los avait une couleur foncée , les muscles étaient bien dessinés à travers la peau qui paraissait collée dessus; les bras et les jambes étaient un peu fléchis , les doigts des pieds et des mains con-
1°. Femme de vingt-sept ans, guérie; langue, a3.o ; mains, 21.0 y» ; pieds, 19.0 ; sang, 24.0 y\.
2". Femme de trente-neuf ans, morte; langue, ig.o ; mains, ig.o yg ; sang, 20,0 ^4,
3". Femme de cinquante-quatre ans , guérie ; langue , i-o '/a ; mains, aS.o ; pieds, 23. o; scrobicule du cœur, j.o '/i6 ; sang, 26.0 /e.
4". Femme de vingl-et-un ans, morte; langue, 19.0; uains, 18.0; sang, 21.0 y^.
5". Femme de soixante-deux ans, guérie; langue et air expiré, 22.6 '/s ; mains, 22.0 '/s ; sang, 22.0 j/4.
6°. Homme de quarante-buit ans, mort; langue, a3.o j mains, 22.0 '/s - sang, 26.0.
7°. Homme de soixante ans, guéri; langue, 25, o '/s; mains, 23.0 y^; sang, 27.0,
8». Homme de trente- deux ans, mort; langue, ai.oî nains, 20.0 '/^ ; sang, 21.0 y4.
tractés (i). L'estomac avait son volume normal, contenait un peu de liquide, et était rouge, en. gorgé de sang , ainsi que les intestins ; les glandes de Peyer et de Brunner avaient un développement prononcé. Le foie était noirâtre, il en découlait, par les incisions qu'on y faisait, un sang noir , poisseux. La vésiciile biliaire était distendue par une bile épaisse. Les reins étaient secs , flétris ; il en découlait un sang noir ; les calices , les bassinets , les uretères contenaient une matière blanchâtre , crémeuse ; la vessie avait un liquide semblable, moins épais, en petite quantité j elle était ramassée derrière le pubis.
Les poumons , le médiastin , le cardia étaient rouges , engorgés de sang ; le cœur , les gros vaisseaux contenaient un sang visqueux , noir.
Le cerveau, la moelle épinière, étaient gorgés de sang, se ponctuaient quand on les coupait; le cervelet était ramolli.
(i) Dans les cadavres cholériques, le sphincter de l'anas est dans une contraction permanente, telle qu'elle permet difficilement l'introduction du doigt, et qu'elle empêche la sortie des fluides intestinaux. Chez l'homme il y a rétraction constante des testicules vers les anneaux inguinaux ; racourcissement et demi-érection de la verge; couleur livide ou bleuâtre du gland*. {Auguste Gcraràîn et Paul Gaimard, i832.
Julien Abraham, rue de la Burette ; il guérit.
30 ]V£ine^ Blang-y , rue Tatplomb j elle guérit.
4**. Piéfort (Paul ) , âgé de 22 ans , garçon ser- •urier, rue des Lirots, n°. 87; il mourut le 21, ï neuf heures du matin.
5°. La femme Dupetit , âgée de 60 ans , rue de le la Poissonnerie-d'Eau-Douce ; morte le 21, à trois heures du matin.
6°. Voclin , veuve Lcpage , âgée de 78 ans, rentière , demeurant rue Blanquetaque; morte le i4i .i quatre heures de relevée.
7". Derivery , femme Bazile , courtière , rue des Orfèvres; choiera léger; elle guérit.
Toutes les rues habitées par ces malades étaient humides ou au moins leurs maisons. Comme il est inutile de donner un article séparé pour cha- L|ue malade, nous renvoyons les lecteurs aux taîileaux qui se trouvent ci-après , et nous reprenons l'historique du cholera-morbus d'Amiens, [ui, prévu par les dispositions qu'avaient faites les autorités civiles et militaires , fut soumis aux soins de MM. les médecins, dont le zèle et la philantropie furent portés jusqu'à l'héroïsme : on en vit même qui , n'écoutant que leur généreux dévouement, et pins sensibles à la voix des mallieureux qu'à leurs propres maux , quittèrent le ht, quoique couverts d'cxutoires et de sangsues, pour porter des secours à l'indigence, luttant cou-
( iOU )
tre la mort; je laisse à une plume plus éloquente à retracer tant de vertu et de courage.
Les autorités d'Amiens ne se bornèrent point seulement à leurs fonctions respectives pour ce qui avait rapport au choiera : elles visitèrent tous les cholériques afin de diminuer la frayeur qui existait parmi les proches de ces malheureux; touché de tant de dévouement, je crus devoir publier cette lettre dans l'un des journaux de cette ville :
Monsieur le Rédacteur,
« Pouvant juger, par l'exercice de ma profession , de la fâcheuse influence que la crainte du cholera-morbus exerce sur certains esprits, je vous prie de vouloir insérer, dans votre journal, l'article suivant :
» Le cholera-morbus , qui vient, d'apparaître au milieu de nous, est sans doute un fléau bien déplorable, mais il n'a rien de contagieux, et c'est à tort que des personnes timorées ou induites en erreur, croient à sa contagion ; il suffit, pour s'en préserver, de mener un régime de vie convenable que chacun maintenant est à portée de connaître, et auquel il faut joindre le calme, la tranquillité d'esprit. D'ailleurs, cette cruelle maladie est presque toujours déterminée dans l'Inde, comme à Paris et à Amiens, par les vicissitudes et les
v ariations trop brusques de l'atmosphère , auxuelles on peut se soustraire facilement. Il ne nippe jamais inopinément j en prenant des rensei- ;nemens exacts sur ceux qui en ont été atteints ù Vmiens , j'ai pu me persuader , ainsi que les mélocins de Paris l'ont déjà observé, qu'ils ont eu ■s prodromes, des avant-coureurs qui peuvent onner l'éveil et faire prendre les précautions néssaires pour l'éviter.
"On objectera peut-être que plusieurs qui, par urrang, leur fortune, pouvaient se soustraire ux causes dont nous venons de parler , lui ont pendant payé un tribut. Mais qu'on se souviene que ces personnes , en nombre infiniment pet en comparaison de celui de la classe indigente, aient épuisées soit par les travaux de cabinet, it par quelque maladie , et qu'elles ne se trouient point dans des circonstances telles qu'elles issent jouir de ce calme d'esprit sans lequel tous ■ soins hygiéniques deviennent presque nuls. Enfin , il est prouvé pour ceux qui ont vu et adié le choiera, qu'il n'a rien de contairieux : certes, les savans, les fonctionnaires, qui ont ' visiter des cholériques, comme l'ont fait M. lierion de Ghipilly, maire d'Amiens , et M. Fu- Ton d'Ardeuil, préfet du département, n'aspiit pas à la gloire d'avoir affronté la contagion de te maladie, car ils n'y croient pas. Ce n'est pas
que je prétende diminuer le mérite de la conduite de ces Messieurs et oublier le zèle qu'ils mettent à visiter tous les jours les cholériques des quartiers les plus pauvres j loin de là ! car je me rappelle trop le plaisir que je ressentis, quand, donnant des soins avec M. Riquier, à deux jeunes filles des premières atteintes du choléra, je vis arriver, dans leur réduit, M. le maire avec l'aide de caipp du général Christiani ; sa présence ranima les esprits, et il leur fit donner aussitôt tout ce qui était utile, dans le dénuement complet où elles se trouvaient.
» M. le préfet vint aussi , comme il le fait depuis , visiter ces malades , et leur fit distribuer du bois et de l'argent, que j'eus le soin de diriger dans l'intérêt de ces malheureux.
M Je rends donc à ces Messieurs qui savent, par leur philantropie, honorer la place qu'ils occupent, la gloire et la justice qu'on leur doit, loin de chercher à affaiblir le mérite de leur conduite I dans de semblables circonstances. «
Le rédacteur du journal étant surchargé d'insertions , ne put rendre compte de ma lettre j seulement il annonça, dans son numéro du i8 avril , que M. J. Petit, membre du conseil de salubrité, lui avait remis, dès le i5 , une note conçue ) à peu près dans les mêmes vues que l'avis il publia , et que nous rappelons ici :
« Depuis que le choiera s'est manifesté dans la ille d'Amiens , les médecins ont pu se convaincre 'ue cette maladie attaque rarement tout-à-coup s individus en parfaite santé,- que son invasion st le plus souvent précédée d'un état maladif qui lure pendant quelques jours, et qui n'aurait pas e suites fâcheuses, si au lieu d'être négligé , il tait convenablement traité.
L'expérience prouve , depuis quelques jours , ue le choiera n'est pas une suite nécessaire des ^dispositions dont tant de personnes sont actuel- •ment atteintes, indispositions qui chez un grand ombre ne sont que le résultat de l'inquiétude et es frayeurs qu'elles éprouvent ; ce n'est pas à ces emiers que cet avis est adressé , mais seulement Lix individus de la classe indigente, qui font peu attention à des dérangemens , à des douleurs ,^ères, qu'il est utile de leur signaler. Nous leur commandons instamment de ne pas boire d'eau-
-vie, de se mettre à la diète et de cesser leur avail dès qu'ils ressentent des douleurs au creux ' l'estomac, un défaut d'appétit, une lassitude •nérale, des maux de tête, une sorte d'ivresse, 1 enfin des coliques avec des vomissemens ou du
voiement.
Ils doivent, lorsqu'ils éprouvent quelque chose pareil, appeler aussitôt auprès d'eux un des decins de la ville, qui tous s'empresseront de
leur indiquer ce qu'ils doivent faire , et leur délivreront les secours que l administration municipale a remis à leur disposition.
Il est en ce moment démontré qu'il est possible de faire'cesser ces accidens et de les empêcher de dégénérer en choiera.
Le maire de la ville d'Amiens , chevalier de la légion-d'honneur,
H*^'. Tuiehion. >-
Les visites rendues par les autorités , les médecins, les commissaires de salubrité, les prêtres (i^, portèrent leurs fruits. On ne vit plus des personnes épouvantées au point de fuir ceux qui avaient visité des cholériques, et surtout les malheureux frappés de l'épidémie.
Indépendamment de ce que nous venons de dire de MM. les commissaires de salubrité , ils rendirent encore de grands services à leurs concitoyens, comme le prouvent les différens rapports, qu'ils eurent occasion d'à Iresser à M. Thierion , et auxquels ce magistrat fit droit en prescrivant les diverses améliorations qu'ils lui soumettaient. Les sages observations que ces messieurs eurent occasion de faire, sont trop nombreuses pour que
(i) Voyez, sur ces personnes, la noie placée à la li» ce volume.
tous les citions. Comme elles existent sur un reistre de la mairie, nous nous bornerons à donner
s noms de ces hommes respectables qui, par leur V le et leur courage , secondèrent si avantageuseiientles efforts de l'administration et le service des nédecins. Enfin, tous surent répondre parleurs oins et leur zèle à la lettre suivante de M. Thieion, en date du 12 avril 1882 :
« Monsieur , j'ai reçu de MM. les commissaires le salubrité des rapports qui prouvent avec quel oin ils remplissent leurs fonctions. Je ne saurais rop leur témoigner ma reconnaissance du zèle [u'ils mettent dans l'inspection dont ils ont bien oulu se charger. Toutefois les circonstances develant plus pressantes , cette surveillance demande m surcroît de sévérité. Aussi, monsieur, ai-je honneur de vous prier de vouloir bien ordonner le la manière la plus formelle , en vertu du pouoir que je vous ai délégué , aux personnes qui eraient en contravention aux réglemens saniaires , de s'y conformer avec la plus grande exac- Itude. Ce ne serait qu'autant, que malgré toutes os exhortations , vous ne pourriez vaincre leur ésistance , que vous auriez à réclamer mon conours et celui de la police,- par conséquent, monieur, vos rapports devront se borner à me signaler •s obstacles de cette nature ainsi que les causes l'insalubrité qui ne proviendraient pas des habi-
tans, et auxquelles radministration devrait remédier par elle-même : de cette matière le travail sera simplifié , et l'on obtiendra plus facilement l'exécution des mesures qui doivent tendre au maintien de la santé publique.
Agréez, monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le maire de la ville d'Amiens , etc. "» I
Malgré les nombreuses occupations qui employaient tout le temps des médecins , ils faisaient en sorte de se réunir tous les jours , à midi , à l'hôtel-de- ville , dans la salle du commerce, sous la présidence de M. le maire : dans cette séance , j qui durait une heure, on inscrivait le nom des malades frappés du choiera pendant les vingtquâtre heures; ceux des médecins qui ne pouvaient s'y rendre en envoyaient la note; on se rendait mutuellement compte de l'effet des remèdes qu'on avait employés, des diverses observations qu'on avait faites sur la maladie : enfin , on ' y prenait des mesures pour le bien du service médical, soit en ville , soit dans la banlieue. Un des membres, attaché au service d'un hôpital, crut devoir représenter , vers le 20 avril , qu'en por- | tant dans les bulletins des cholériques ceux qui, dans la ville, étaient atteints de choiera léger, il arriverait que les journaux, donnant un seul chiffre pour rendre les deux genres de choiera ,
épouvanteraient les étrangers , ce qui , en portant la terreur au loin , nuirait au commerce d'Amiens , à ses habilans , à ses nombreux ouvriers , ot même empêcherait les commandes d'envoi d'avoir lieu , puisque la contagion de cette maladie par des effets , était malheureusement reçue des i.nédecins et de beaucoup de personnes étrangètres à la médecine : il conclut en demandant, dans 'intérêt d'Amiens, qu'on ne portât sur les bulle- ::ins, que les cas graves, cyanosés. Les autres vnédecins voyant dans cette proposition quelque ; utilité pour leurs concitoyens , y souscrivirent. Hourage admirable ! ils devaient , à l'avenir , visie.er beaucoup de malades pauvres , exposer leurs *ours à force de fatigue, sans que personne le ;ût, sans que l'autorité même en fût instruite, et c'étaient eux-mêmes qui sacrifiaient leur gloire, ) i 'honneur qu'ils avaient le droit de retirer de leurs 1 eeilles, de leurs fatigues, aux intérêts de leurs I i oncitoyens !
' Pendant qu'on ne portait que les cas graves de 1 a ville, les hospices envoyaient, par un même I hhiffre, les cas graves et les légers, ce qui offrait, I l'après les pièces officielles que nous reproduisons lans nos tableaux, une énorme différence dans ' a mortahté : alors M. Fumeron â'Ardeuil jugea i propos, dans l'intérêt des pauvres, de faire pa- ! i aître l'avis suivant ;
" L'administration croit devoir publier les résultats suivans, qui sont rigoureusement exacts d'après les relevés faits chaque jour , à la mairie et dans les hôpitaux de la ville.
Depuis le 12 avril jusqu'au 3o du même mois, sur 148 malades cholériques qui ont été traités à domicile, laS sont morts, aS seulement sont guéris ou convalescens , tandis que sur i38 cholériques qui ont été transportés aux hôpitaux, 46 seulement sont morts et 92 sont guéris ou en convalescence.
Depuis le 1". jusqu'au 10 mai, la proportion est bien plus forte encore : sur 60 cholériques traités à domicile, 6y sont morts, tandis que sur 77 portés aux hôpitaux, il n'en est mort que 3i, et 46 ont été guéris ou en convalescence.
Cependant beaucoup de cholériques n'ont été portés aux hospices que bien tard , lorsque la maladie avait déjà fait assez de progrès pour ne laisser aucun espoir de guérison.
Puissent ces résultats qui parlent d'eux-mêmes, déterminer tous ceux qui n'ont pas les moyens de se faire bien traiter chez eux, à se faire porter aux hôpitaux de l'Hotel-Dieu ou des Incurables, dès qu'ils éprouveront les symptômes du choiera.
Ils doivent bien sentir que l'administration municipale , lorsqu'elle fait tous ses efforts pour les y engager, n'a d'autre intérêt que de les sauver,
n'a d'autre but que de leur procurer les secours prompts et assidus que cette maladie exige, et qu'il leur serait impossible de se procurer chez eux.
Amiens, le ii mai iSSa.
Le Préfet de la Somme ,
FUMERON d'ArDEUIL. »
Le préfet voyait avec satisfaction la réunion des médecins de la ville et le bien qui en résultait, car tous alors faisaient partie du conseil de salubrité. M. Radiguet, secrétaire-général de la préfecture , sut la mettre à profit , en nous demandant une instruction claire, précise et succincte, qui pût diriger les praticiens des campagnes; nous répondîmes à ses vues par l'instruction que voici, sur le traitement du choiera- morb us épidémique.
n Depuis que le choiera épidémique s'est montré à Amiens, tous les docteurs et officiers de santé de la ville ont été invités à se réunir aux membres du conseil de salubrité , et à donner, concurremment avec les médecins des pauvres , leurs soins aux indigens attaqués de la maladie régnante ; il» se sont empressés de répondre à cet appel, et chaque jour, sous la présidence de M. le maire, ils s'assemblent pour rendre compte de ce qu'ils ont observé, et se communiquent le résultat de leurs observations et de leur expérience : c'est à cette réunion de toutes ces personnes qui exercent à Amiens l'art de gué-
( Al^l )
rir, que s'est adressé, par une lettre en date du 21 de ce mois , M. le secrétaire-général de la préfecture , sous-préfet de l'arrondissement , pour avoir, sur le traitement du choiera, une instruction claire et précise qui puisse diriger les praticiens des campagnes , lorsque par les progrès de l'épidémie ils se trouveront aux prises avec cettes cruelle maladie.
Pour répondre à cette demande, le conseil de salubrité a chargé une commission composée de MM. Barbier, Lemerchier, Josse, Alexandre et Fauvel, de rédiger un projet d'instruction, approuvé par le conseil de salubrité , que M. le préfet s'empresse de publier ét de communiquer à MM. les maires et à MM. les officiers dp santé de tout le département.
INSTRUCTION sur le traitement de cholera-
morhiis.
Le choiera épidémique est pour l'Europe une maladie toute nouvelle, il a d'autres symptômes, et demande un autre traitement que le choiera ordinaire ou sporadiquej il faut l'avoir vu pour s'en faire une idée juste , et c'est l'expérience seule que nous en avons faite, qui peut nous mettre à même d'indiquer la médication avec laquelle on combat cette affection redoutable , mais non contagieuse. La première chose à dire, c'est quil
n'existe aucun médicament, aucune prescription qui puisse convenir généralement contre le choiera déclaré , mais qu'il doit être traité par des moyens divers souvent opposés en raison des symptômes variés qu'il présente, et. surtout qu'il peut être prévenu, si avant qu'il se soit déclaré, on dirige contre les indispositions qui l'annoncent un traitement convenable.
1°. Prodromes.
Les individus que le choiera menace se sentent plus ou moins malades , ils éprouvent des coliques, des vomissemens , des nausées , des étourdisseraens. Il ne faut négliger aucun de ces symptômes qui, dans d'autres circonstances, passent inaperçus; la diète, le repos sont indispensables , mais ce qui nous a surtout réussi, c'est une saignée copieuse , elle a souvent dissipé tous les. accidens et impéché le développement du choiera. Suivant les indications , la saignée peut être remplacée par les sangsues placées au fondement ou sur l'abdoiien. Ces moyens nous paraissent préférables à i emploi de l'ipécacuîinha , qui a été conseillé à 3ette époque de la maladie.
2°. Ini'asion*
Le choiera débute souvent par des tranchées, des selles abondantes et des vomissemens d'un liquide que l'on compare très-bien à la décoction
''^e riz ; si le pouls se sent bien 11 faut faire une saignée , et ensuite , pour peu que le malade accuse de la douleur, de la chaleur au creux de l'estomac , y appliquer des sangsues. Sa soif est souvent ardente, dans ce cas on lui fera boire, en petite quantité , de l'eau très-fraîche , ou mieux î*de l'eau à la glace , qui pourra être légèremenl^ aromatisée ou mêlée avec du jus de citron oû d'orange. Lorsque les vomissemens persistent au milieu de tous les symptômes qui viennent d'être indiqués, il peut être très-utile de faire avaler de la glace en petits morceaux.
Quand même il n'y aurait pas encore de refroidissement extérieur, comme on doit toujours le craindre , il faut coucher le malade dans une coti-' verture de laine bien chaude , et placer à ses pie(ïl et autour de lui des bouteilles de grès pleines d'eau bouillante, ou des briques chaudes, ou de^ sachets pleins de son, d'avoine grillée ou de sa^ ble, que l'on aura préalablement fait chauffer. "
Si la soif n'est pas aussi ardente , si le malade ne désire pas les boissons froides , s'il n'a pas des vomissemens, on peut lui faire prendre une infusion légère et chaude de thé , de camomillè j son effet est souvent de provoquer une sueur abondante , qu'il convient d'entretenir par des moyens qui toutefois ne seront pas trop excitans; cette sueur a souvent été un moyen de guérison.
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3°. Période diL^ d'asphj.cie.
Souvent lorsqu'on est appelé auprès des malades , ils sont déjà froids , et on ne peut sentir leur pouls; c'est la période d'asphyxie; on tâchera de les réchauffer par des moyens semblables à ceux précédemment indiqués ; on y ajoutera des cataplasmes sinapisés ou des sinapismes aux extrémités ; on en placêra sur l'abdomen , sur la poitrine, sur la région du cœur ; on appliquera le long de l'épine du dos une compresse trempée dans un Uniment ammoniacal et térébenthiné , sur laquelle on promène un fer à repasser chaud ; on fera boire une infusion chaude de thé ou de camomille. Si tout cela était insuffisant pour rappeler la chaleur et le mouvement circulatoire , une boisson plus excitante, comme le café, le vin chaud avec la canelle ou le punch, doit être employée; mais il convient de surveiller avec soin le réveil de la circulation , d'interroger le malade sur ce qu'il ' 'prouve. Accuse-t-il une douleur, une chaleur à Testomac, on y appliquera des sangsues, des ventouses scarifiées; la tête est-elle lourde, rouge, on y posera aussi des sangsues; si le pouls se redève , il ne faut pas craindre de pratiquer une salée en continuant toujours l'emploi des excitans à l'extérieur et l'application d'une chaleur mo- (Brée.
'Les vomissemens, lu diarrhée, les douleurs d'es-
tomac ne cèdent pas toujours à la saignée générale, aux sangsues appliquées sur l'abdomen, au fondement, au larynx : il faut donc dans ce cas recouvrir le ventre avec de larges cataplasmes bien chauds, arrosés de laudanum ou de solution aqueuse d'opium. Pour arrêter la diarrhée, on donne des quarts de lavemens avec la solution de gomme ou l'eau d'amidon , dans lesquels on ajoute le laudanum à doses graduées. On a remarqué que l'opium pris par la bouche convenait peu dans cette maladie, et que l'amélioration apparente qu'il produisait était suivie d'accidens fort graves; cependant on est forcé d'y recourir, administré seul ou associé à l'éther , pour appaiser les crampes affreuses qui souvent tourmentent les malades et leur font jeter des cris aigus , se rouler convulsivement dans leur lit ; mais des sangsues apphquées en quantité suffisante aux lombes , au sacrum, le long delà colonne vertébrale, sont un meilleur moyen encore j leurs piqûres doivent être recouvertes par des cataplasmes arrosés de laudanum; on applique aussi dans ce cas un yésicatoire le long de l'épine.
Le symptôme le plus redoutable est la coloration en noir ou en brun du visage et des extrémités : des cataplasmes très-cbauds appliqués sur le bas ventre et les membres, des bains de pieds dans de l'eau graduellement chauffée jusquà ce
qu'elle devienne brûlante; des irritans divers, employés avec persévérance , ont quelquefois produit un commencement de réveil et d'excitation ; des sangsues placées alors sur l'abdomen ont pu rappeler à la vie.
4°. Période de réaction.
Le retour de la chaleur ne conduit pas toujours à la convalescence des malades qui ont échappé aux premiers accidens du choiera : ils tombent souvent dans une sorte de stupeur (état typhoïde) qui peut être fort grave ; il se fait ordinairement une congestion cérébrale qu'il importe de combattre par des sangsues posées derrière les oreilles, des applications d'eau froide où de glace sur la tête , un séton à la nuque et des cataplasmes sinapisés , des vésicatoires placés aux extrémités inférieures.
5". Convalescence.
Quand même cette espèce de typhus ne se montrerait pas , on reste dans un état de faiblesse et de susceptibilité très-grandes ; il est nécessaire de beaucoup de ménagemens, de prolonger la diète et se soumettre à un régime très-sévère, quoique le besoin des alimens se fasse bien sentir. Les rechutes sont en général fort dangereuses. Amiens, le 26 avril i832. »
( Rapport discuté et adopté par le conseil de salubrité pris la mairie d'Amiens, dans sa séance du 26 avril l832. )
A la suite de cette instruction , nous croyons utile de donner les lettres que M. Barbier, directeur de l'école de médecine , et médecin en chef de l'Hôtel-Dieu, écrivit sur le choiera (Gazette Médicale de Paris, 5, 12 et 26 maij 22 septembre; 6 et 27 octobre i832. )
« Le cholera-morbus qui vient de fondre sur la France, est une maladie où marche, symptômes périodes, terminaison, tout est extraordinaire. Le premier cholérique que j'ai vu a fait sur moi une impression analogue à celle que j'éprouverais si, dans une herborisation, je rencontrais, au milieu de nos bois ou de nos prairies , une plante exotique , tout à fait étrangère à nos climats.
Quelles sont les lésions morbides qui constituent le choiera P Voilà, monsieur, la première question que je me fais. Pour y répondre , il ne faut pas seulement se livrer à des recherches anatomiques, il faut de plus interroger tous les organes de ceux qui sont actuellement en proie à cette redoutable maladie.
Les autopsies cadavériques que nous avons faites à l'Hôtel-Dieu d'Amiens , nous ont montré :
1°. Une quantité assez considérable de sérosité sous la lame arachnoïdale de la moelle épinière. Cette sérosité était ordinairement limpide j quel-
quefois nous l'avons trouvée blanchâtre, même sanguinolente sur des hommes qui comptaient au moins six jours de maladie j la membrane arachnoïdale était épaissie, plus résistante, plus opaque. Le cordon spinale portait sur la face externe une injection vasculaire très-apparente. Souvent ce cordon a paru plus dur , plus résistant qu'il n'a coutume d'être.
2°. Un épaississement notable des méninges encéphaliques produit par une sérosité contenue entre leurs lamelles. Ces membranes sont blanchâtres, plus résistantes elles offraient, sur des personnes dont la maladie avait duré au-delà de huit jours , et qui avaient eu du délire , de l'agitation , etc. des taches qu'on aurait pu prendre pour du pus dans leurs replis. Tous les vaisseaux qui enveloppent l'encéphale sont gonflés , distendus.
3°. Une forte congestion sanguine des hémisphères cérébiaux; la surface lisse , applatie de leurs circonvolutions révélait une intumescence de la pulpe médullaire qui avait pressé la surface de l'encéphale contre la voûte du crâne. Lorsque l'on coupait la substance du cerveau, elle se ponctuait d'une manière très-marquée.
4°. Le péricarde, sec à l'extérieur , ne contient pas de sérosité j le cœur a constamment une cou-
leur bleuâtre à l'exiérieur , un aspect tout à fait morbide; la membrane séreuse qui le recouvre est épaissie , blanchâtre; elle n'a point sa couleur normale. Toujours un sang noir, modifié, remplit les cavités du cœur, ainsi que les gros troncs artériels.
5°. Les poumons sont spongieux , affaissés , sains ; on ne trouve que rarement des engorgemens dans leur tissu ; la plève est comme collante et sèche : nous trouvons souvent des colorations morbides sur la face supérieure du diaphragme.
6°. La membrane muqueuse de l'estomac est chargée d'injections, de macules rouges ou brunâtres et ramollies : ces altérations n'ont pas toujours la même étendue , ni le même siège ; les intestins grêles, souvent rosés à leur extérieur, présentent de longues poriions de leur membrane muqueuse dans un état de rougeur, de raraol' lissement très-prononcé. Nous avons toujours vu les cryptes de Peyer toujours plus apparentes , nous les avons même trouvées sous forme d'une éruption boutonneuse, confluente, qui couvrait la dernière portion de l'iléon ; les gros intestins offrent souvent aussi une rougeur morbide à leur surface interne. Il est digne de remarque que les lésions des trois portions du canal alimentaire , ne sont pas toujours simultanées ; nous avons vu
l'estomac à peine malade avec de gros intestins très-phlogosés ; nous avons rencontré ces derniers sains sur des cadavres où l'estomac était grandement affecté j les lésions des intestins grêles sont également variables dans le choiera par leur étendue et par leur siège.
Il existe dans tous les cholériques une congestion sanguine dans les tissus intestinaux qu'il ne faut pas omettre dé noter , et cependant le péritoine a sa surface libre comme visqueuse.
7°. Enfin les reins, ainsi que le foie, sont gorgés de sang ; la vésicule biliaire est le plus souvent remplie d'une bile noire et visqueuse ; la vessie toujours resserrée sur elle-même.
Ces notions, tout importantes qu'elles sont, ne suffisent pas au médecin ; il faut que de l'amphithéâtre il retourne au lit des malades, qu'il fasse l'application de ses recherches cadavériques au cholera-morbus , qu'il juge si ces lésions lui montrent l'origine de tous les phénomènes qui caractérisent cette maladie. Cette épreuve le convaincra comme nous que si ces lésions expliquent facilement un certain nombre de symptômes, il en est d'autres , et ce sont les plus imporlans , dont aucune des altérations anatomiques que nous avons emmérées ne rend bien compte , et dont il reste à trouver la cause dans l'organisation animale.
Les aocidens les plus remarquables du choleramorbus ne peuvent être conçus que par une perturbation de l'influence nerveuse. Si quelques-uns de ces accidens, les cran^pes, les roideurs musculaires , décèlent un travail morbide sur la moelle épinière, bien d'autres phénomènes portent la pensée sur les plexus ou sur les ganglions du nerf grand sympathique. L'innervation qu'exercent sur les viscères ces plexus et ces ganglions est évidemment pervertie; il faut un changement d'état, une modification de leur condition normale pour amener cet effet. Or , ce changement et cette modification constituent pour moi une lésion pathologique dont je dois m'appUquer à dévoiler la nature. Pendant la vie , des signes concluans auront révélé à mon intelligence l'existence de cette lésion , mais le cadavre ne prouvera pas qu'elle existait. Les parties qu'occupait cette lésion sont trop tenues pour qu'on puisse s'accorder sur les variations de leur couleur , de leur consistance ; de plus la mort aura fait disparaître la chaleur, le gonflement, la tension , et bien d'autres attributs encore de leur état morbide.
L'étude semeiotique du cholera-morbus , qui formera l'objet de ma seconde lettre , conduit à penser que l'anéantissement progressif des contractions du cœur , la suspension des pulsations artérielles , la stagnation du sang dans les veines ,
la pléthore passive des vaisseaux capillaires, le refroidissement de tous les tissus dans lequel on trouverait plutôt une production de froid qu'une cessation du dég-agement habituel du calorique; l'interruption de l'action chimique qui s'opère dans les cellules bronchiques entre l'air et le sang, et d'où résulte la conversion du sang veineux en sang artériel j l'altération si étonnante des traits de la figure, des yeux, de la voix, etc., etc., sont les produits d'une modification soudaine du système des nerfs ganglionaires , qui pervertit , qui suspend leur influence vivifiante sur les organes qui exécutent les principales fonctions de la vie.
Je rattacherai aux phénomènes dont je viens de parler, les anxiétés épigastriques, avec mouvemens de sueur, menace de syncope, exaspération de tous les autres accidens qui viennent par accès , et qui se reproduisent si souvent dans le choiera.
Remarquons ici que les médecins auxquels les altérations trouvées dans les voies alimentaires suffisent pour concevoir tous les symptômes que présentent les cholériques, invoquent la puissance des sympathies , et alors font intervenir le système nerveux. Mais ce système peut-il opérer les phénomènes que nous avons signalés plus haut, sans que ses centres prennent un état nouveau, sans qu'il subisse une modification spéciale; or
ce changement d'état est la lésion que nous cherchons.
11 m'est venu à la pensée que dans le choleramorbus, le plexus nerveux du grand sympathique et la moelle épinière se vengeaient du dédain que les pathologistes ont toujours montré pour ces deux parties si essentielles du corps.
La lésion dont le plexus nerveux et les ganglions du grand sympathique paraissent atteints dans le cholera-morbus , ne peut être une phlogose, car ce mode de lésion se manifesterait autrement que par une suspension delà circulation, de la respiration, de la calorification , etc. Pour m'expliquer ce qui arrive dans le cholera-morbus, je suis conduit à admettre dans les parties que je viens de citer, une modification morbide qui équivaut à une stupéfaction.
Au fond, ce qui caractérise le cholera-morbus, ce n'est pas l'existence de telle ou telle lésion morbide, c'est l'ensemble spécial, coordonné de toutes les lésions dont nous avons parlé.
Il n'y a point de médecin qui ne rencontre dans sa pratique chacune des lésions qui font le cholera-morbus , dans un état d'isolement , de sorte qu'il est permis de dire que nous voyons souvent cette maladie par fragmens. Il y a quelques mois, je fus consulté par une dame qui éprouvait des mouvemens , des secousses convulsives dans le
ventre, des tiraillera en s , des crampes dans les muscles des jambes , des cuisses , des pieds. Ses organes digestifs étaient sains, toutes ses fonctions s'exécutaient avec régularité. La lésion de la moelle épinière que ce centre nerveux présente dans le cholera-morbus n'existait-elle pas chez cette dame ? n'est-ce pas un mode de lésion analogue à celui qui saisit les plexus nerveux du grand sympathique dans la maladie dont nous nous occupons , qui se forme au début des accès d'une fièvre intermittente grave , dans les syncopes , lorsqu'il survient subitement un refroidissemet de tout le corps, une suspension du pouls , une décompositioh de la figure ? etc. Il est très-ordinaire de rencontrer des congestions sanguines de l'encéphale avec accablement , pertes des forces musculaires , hébétude , indifférence, etc., avec conservation des facultés de l'intelligence. On voit des phlogoses de la membrane muqueuse des voies alimentaires avec une exhalation surabondante, donner lieu aux diarrhées séreuses, à des vomissemens aqueux, etc., etc.
Mais dans le cholera-morbus il v a réunion, simultanéité de toutes les lésions. C'est cette pluralité d'altérations organiques , de nature dissemblable , qui spécifie cette maladie.
Cependant tous lés individus qui sont atteints du cholera-morbus épidémique n'offrent pas tout d'abord l'ensemble des lésions que nous avons si-
gnalées. Celles-ci se développent habituellement d'une manière successive; c'est quand elles naissent toutes en même temps , que les malades succombent en peu d'heures. Ajoutons que l'intensité, l'étendue de ces diverses lésions ne sont pas toujours les mêmes, et nous aurons la raison des différences si grandes que l'on remarque dans cette maladie.
La cause qui engendre le cholera-morbus est une cause générale, atmosphérique, qui se montre plus puissante dans certaines localités que dans d'autres , qui agit sur tous les hommes et qui les affecte plus ou moins , selon la prédisposition de leurs organes. Cette cause provoque la formation des lésions caractéristiques du choiera. Sur un grand nombre d'individus, ce sont les organes digestifs qui sont atteints les premiers ,• il y a des coliques , des déjections alvines , des vomissemens , du trouble , de la chaleur dans les intestins , etc. 5 d'autres éprouvent du trouble dans la tête , des vertiges , des sortes de syncope , etc. ; c'est l'encéphale qui chez eux a reçu les premières atteintes de la cause cholérique ; d'autres ressentent d'abord les effets de la lésion de la moëlle épinière ; ce sont des crampes, des tirailleraens dans les membres, des palpitations de cœur , des serremens diaphragmatiques , etc. , que l'on observe au début de la maladie.
Les lésions d'abord distinctes semblent bientôt se réunir, se susciter réciproquement; on reconnaîtra qu'elles existent en même temps par la simultanéité des symptômes qui se rapportent à chacune d'elles. Mais jusque-là , la maladie reste encore un choiera léger ; elle ne prend un caractère grave que quand la lésion des plexus nerveux du grand sympathique s'estformé : c'est alors qu'apparaissent la perturbation de la circulation, la suspension des phénomènes chimiques de la respiration , le refroidissement du corps , la coloration bleuâtre de la peau , la cadavérisation de la fil^ure, etc.
Il est maintenant reconnu, à Amiens, que tant que la maladie ne présente qu'une ou deux , et même trois des lésions dont nous avons parlé d'abord, tant que la modification si redoutable des ilexus nerveux ne s'est pas effectuée, il est facile ^e faire avorter la maladie, en employant la sai- ;née ou les sangsues , la diète , le repos , une douce 'haleur et des lavemens adoucissans.
Nous venons de placer les lésions morbides qui onstituent le cholera-morbus dans l'ordre de leur léveloppement, montrons-les maintenant dans ceui de leur gravité. Nous les exposerons ainsi: '5°. l'altération spéciale des plexus nerveux ou des anglions du grand sympathique ; 2°. les lésions nt les méninges rachidiennes et la moelle épi-
-nière sont atteintes; 3". les lésions des organes digestifs ; 4°. les lésions de l'encéphale; je ne parle ici que de celles qui ont lieu dans le début de la maladie.
La gravité du choiera se montre principalement sur le nombre des lésions qu'il réunira. Il n'y a pas plus loin d'un choiera léger à un choiera gra-- "ve , que d'une petite vérole discrète et bénigne, à une petite vérole confluente, avec des symptômes ataxiques : ces deux genres de maladies reconnaissent une même <;ause. Ce qui distingue les cas légers des graves, c'est le nombre , l'intensité des lésions. Dans les petites véroles bénignes, l'appareil de l'innervation conserve son état normal ; le cerveau , la moelle épinière , les plexus nerveux du grand sympathique n'ont subi aucune modification morbide, n'ont reçu aucune atteinte. Dans les petites véroles confluentes et de mauvais caractères, ces parties sont ordinairement le siège d'un travail de phlogose, elles prennent unia grande part à la maladie ; c'est la perversion dfe' leur action qui cause la mort : ceci est applicable au cholera-morbus. Tant qu'il n'existe que la lésion des voies digestives , le malade est dans la période des prodromes ou d'imminence. Si les lésions de la moelle épinière se développent, il est entré dans la période d'invasion ; dans le choiera dont les prodromes auront été fournis par une
lésion de l'encéphale ou de la moelle épinière, cette période d'invasion sera marquée par la lésion des organes digestifs, par des évacuations. Mais toujours la période cyanosique ou algide ne surviendra qu'avec la modification morbide des plexus nerveux. Dans la période de réaction, les lésions ne restent pas les mêmes : quelques-unes changent de nature , comme nous le dirons dans notre prochaine lettre.
C'est de la séméio tique du choiera - morbus épidémique que je dois m'occuper dans cette lettre. Je n'entends pas seulement par là une énumé- 1 ration des accidens que suscite son développement; 1 la séméiotique d'une maladie est pour moi un exa- 1 men appréciatif de chacun de ses symptômes, qui i conduise à la double connaissance i°. des organes (OU des appareils organiques d'où ils sortent; 2". (de l'espèce de modification de la lésion morbide cque ces symptômes annoncent ou supposent.
Dans le cholera-morbus , c'est l'estomac, ce sont lies intestins qui appellent d'abord l'attention du médecin. Il y a eu du mouvement dans la cavité abdominale; on y a ressenti comme une barre j comme un poids, etc. ; puis sont survenues des ' 'vacuations alvines. Après l'expulsion du résidu es dernières digestions, on ne rend plus qu'un liquide qui ressemble à une décoction de riz très"
chargée ou à du petit lait trouble , parce que des particules blanchâtres, même des petits lambeaux membraniformes y restent en suspension. Ces d<' jections exhalent une odeur fade, particulière; eu même temps le malade vomit des matières d'abord colorées en jaune ou en vert, puis il rejette un hcjuide semblable à celui qui sort par l'anus.
Quelques malades ont des selles noirâtres dans lesquelles il y a évidemment du sang. Beaucoup de cholériques rendent des vers lombricoïdes par le haut et par le bas.
Le travail de phlogose qui, dans le choleramorbus, occupe la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins ( endogastrite , endonenterite), peut-il donner la raison de l'exhubérante exhalation qui fournit la matière de ces évacuations ? Nous savons que cette phlogose existe ordinairement sans qu elle ait lieu. De plus , ces évacuations ne sont pas proportionnées dans le cholera-morbus, à l'étendue, iiii à rintensité de cette phlogose. L'éruption papuleuse que l'on remarque sur les surfaces enflammées des intestins grêles , les plaques pustuleuses que forment parfois les plaques dePeyer, n'expliquent pas davantage l'activité extraordinaire que prend alors l'exhalation intestinale. Pour concevoir l'espèce de pluie qui , 4ans ]^ début du choiera , vient remplir le canalalimentaire , il faut, à l'effet du travail phlegmasique dont sa surface interne est le siège, ajouter
une congestion sanguine dans tous les tissus abdominaux, et principalement dans le réseau vasfulaire qui recouvre la membrane muqueuse des voies digestives ; peut-être faut-il même admettre dans la complexion du sang, une disposition à laisser échapper sa partie séreuse. La congestion sanguine dont nous venons de parler est poussée si loin qu'elle produit des dilatations vasculaires , des ecchymoses que l'on aperçoit après la mort sur la surface gastro-intestinale , qu'elle donne lieu à des suintemens sanguins qui colorent les évacuations alvines. Ce sont les cryptes muqueuses qui fournissent les matières qui, tenues en suspension dans le liquide, lui donnent un aspect blanchâtre.
Nous devons ici parler de la soif, symptôme si remarquable dans le cholera-morbus ; c'est plus qu'un besoin, c'est une passion impérieuse, entraînante, que les malades ressentent. C'est un spec- I tacle vraiment affligeant que de les voir englôutir " de grandes quantités de boissons, et les rejeter 1 peu après par le vomissement, sans avoir pu appaiser leur soif.
Ce désir de boire est-il un signe ou un effet de la phlogose de la surface gastrique? mais les ma- ; lades qui l'éprouvent n'ont la langue, ni rouge, 1 ni sèche; ils ne ressentent pas d'ardeur daus la réi gion épigastrique ; ce n'est pas pour éteir»dre une
chaleur interne , un feu qui les consume , qu'ils demandent avec tant d'instances des boissons froides. Tout leur corps est glacé quand la soif commence ; Lien examiné , bien interrogé , l'estomac n'est pas plus chaud que les autres parties du corps, que les poumons, d'où l'air sort froid. On peut presser la région de l'épigastre , sans faire souffrir le malade j ce n'est pas de la chaleur qu'il y ressent; il se plaint seulement d'y éprouver un malaise qu'il a peine à définir, et d'avoir une grande sécheresse dans la bouche et dans la gorge.
Il m'a paru nécessaire de constater à quelle époque de la maladie cette soif survenait. J'ai vu qu'elle succédait aux évacuations ; j'ai alors pensé à l'abondance de ces derniers, au sang dépouillé de sa partie séreuse , au besoin de recevoir une fluidité qui lui manque. Cette soif m'a paru avoir la même cause que celle qui se montre après des sueurs excessives, après une super -purgation , après de grandes pertes de sang, etc., etc.
11 est bon de noter ici que les coliques, que les efforts de vomissement ne sont pas toujours, dans le cholera-morbus , un produit du travail de, phlogose qui existe sur la surface gastro-intestinale. Sans doute ces accidens- peuvent être provoqués par le travail morbide dont nous venons de parler; mais, dans le cholera-morbus, les coliques, les soulèvemens d'estomac sont, conune
les anxiétés épigas triques, les serremens diaphragiiiatiques , lès hoquets, les crampes, etcj les suites des lésions morbides qui s'établissent sur la moelle épinière et sur les plexus nerveux du grand sympathique.
Le rôle que la moelle épinière joue dans le cliolera-morbus est très-important. C'est à ce centre d'innervation qu'il faut nécessairement rapporter les tiraillemens musculaires , les roideurs, les tensions des membres , les crampes qui se montrent sur les doigts des pieds , sur les cuisses, sur les bras , même sur le tronc et sur le cou. Il en sera de même de l'état du diaphragme qui , par sa contraction fixe , rend le bas de la poitrine immobile, donne au malade le sentiment de liens solides qui, partant du dos, serreraient fortement les côtés et viendraient aboutir dans l'épigastre.
Ces phénomènes attestent un désordre de l'innervation sur les muscles où ils se manifestent. Cette innervation provient de la moelle épinière : il faut donc que c'e centre nerveux ait perdu sa condition naturelle, qu'il soit entré dans un état nouveau. Les crampes sont comme le délire de la moëlle épinière. L'examen anatomique du cordon spinale, après le cholera-morbus, nous a fait voir un liquide abondant , souvent coloré , sous l'arachnoïde qui l'entoure ; cette membrane paraissait aussi plus résistante, un travail morbide existait
donc sur ces parties. Toutefois pour que la puissance d'innervation de la moelle épinière prenne un autre caractère , un concours désordonné , pour que son action sur les tissus musculaires provoque des contractions que la volonté ne règle plus, qu'elle ne peut même empêcher, il faut faire intervenir la pulpe médullaire , il faut que cette pulpe ait éprouvé une surexcitation, qu'elle soit devenue plus vivante. Sans elle la condition morbide de ses enveloppes ne produirait pas les phénomènes dont nous venons de parler.
Mais d'autres symptômes du choiera tirent leur origine de la même cause. Les couches musculeuses de l'estomac, des intestins grêles et des gros intestins sont fréquemment agitées de mouvemens, de contractions qui changent la forme de ces organes , gonflent , durcissent quelquesunes de leiirs parties, font naître des douleurs assez vives que les malades expriment toujours par le nombre de coliques. Les couches musculeuses de l'œsophage , du pharinx, éprouvent des tractions partielles , analogues j les parois de la vessie en exécutent aussi; ce qui fatigue les malades et donne lieu à des envies d'uriner qu'ils ne peuvent satisfaire; enfin lés palpitations de cœur, les hoquets, les efforts de vomissemens, etc., que l'on observe dans le choiera , sont encore les effets de la perturbation de l'action vivifiante de la
moelle épinière sur le cœur, le diaphragme sur les muscles du bas-ventre.
Si l'on remarque sur les cadavres des cholériques, des mouvemens musculaires long-temps encore après que la respiration ne se fait plus , c'est que la vie de la moelle épinière se conserve après celle des autres viscères ; elle agit sur les muscles quoique le cœur ait cessé de battre et la poitrine de s'ouvrir.
Dans le début du cholera-morbus , quelques phénomènes conduisent l'attention du côté de l'encéphale ; mais ces phénomènes sont quelques vertiges , un peu de pesanteur de tête , une céphalalgie passagère : ils n'annoncent pas un travail morbide bien sérieux sur cette partie de l'appareil cérébral. Dans les premières périodes du choiera , il n'y a pas de chaleur frontale, pas de douleurs vives dans la tête , pas d'hallucinations , à la vérité, sur les cadavres de ceux même que le choiera a enlevés en quelques heures , les méninges qui enveloppent les hémisphères cérébraux gonflés par une sérosité abondante ; mais: une exhalation plus active peut se faire sur ces membranes, sans qu'elle ait été déterminée par une phlogose.
Dès le début du cholera-morbus, on voit un certain degré de congestion sanguine s'établir dans les vaisseaux encéphaliques. C'est cette surabon-
dance de sang qui embarrasse le cerveau et cause des vertiges, des bourdonnemens d'oreilles 5 c est elle qui rend raison de l'indifférence, de l'insoucience des malades dans le choiera. Plus tard un mouvement de réaction peut augmenter la congestion sanguine du cerveau , et amener des accidens nouveaux, s'associer à la phlogose, et faire naître un état adynamique, un état ataxique.
De combien de phénomènes importans du cholera-morbus ne nous reste-t-il pas à découvrir la cause! Ce sentiment indéfinissable de malaise d'angoisse que les malades rapportent à la région épigastrique, qui tantôt remonte jusqu'au milieu de la poitrine , tantôt descend dans le ventrej ces tiraiïlemens qui se font sentir dans la même région 5 cette menace continue de défaillance; ces anéantisseraens qui vont quelquefois jusqu'à produire une syncope mortelle j ces anxiétés, nées dans le même point pendant lesquels les cholériques crient , se plaignent, soupirent, se retournent dans leur lit, s'agitent, lèvent les bras de côté et d'autre, éprouvent des hoquets, des soulèvemens du diaphragme, font des efforts pour vomir , etc., etc.; tous ces symptômes décèlent-ils autre chose qu'une lésion morbide des ganglions et des plexus nerveux du grand sympathique qui , perdant tout à coup la faculté d'animer les principaux viscères du corps
avec la même énergie , semblent les menacer d'interrompre pour eux le cours de leur puissance vivifiante.
Ici tous les grands phénomènes dii clioleramorbus s'offrent à notre pensée. Le refroidissement de tous les tissus organiques qui s'opère d'une manière si brusque et si complète, que l'on est conduit à demander si les parties où il a lieu cessent seulement de recevoir la portion de calorique qui entretenait leur température, ou si des combinaisons secrètes n'ont pas absorbé toute la chaleur qui existait déjà dans ces parties. Ce refroidissement du corps, dans le choiera, a frappé assez les praticiens pour qu'ils en aient fait une époque de la maladie qu'ils ont nommée période algide.
Viennent aussi l'affaiblissement des contractions du cœur, la diminution progressive des pulsations artérielles qui va jusqu'à leur complète suspension, la dilatation des canaux veineux par le sang, qui n'y a plus qu'un mouvement incertain, ralenti, qui y éprouve mêm« une sorte de coagulation, la stagnation du sang dans tous les réseaux capillaires , sa pénétration dans de petits vaisseaux quihabituellement n'en reçoivent pas (i).
( I ) On a remarqué que les os et les dents des cadavres cholériques étaient rouges, injectés de sang. {Note de l'auteur, J.Pelit.)
( lao )
Des poumons qui refusent d'accomplir leurs indispensables fonctions ; des inspirations rares , toujours pénibles , que les malades s'efforcent en vain de rendre profondes, et qui ne conduisent l'air que dans la partie supérieure des organes pulmonaires, parce que le serrement du bas de la poitrine l'empêche de pénétrer au-delà , c'est même là un des signes les plus importans à consulter dans le cholera-morbus. Tant que la poitrine ne s'ouvre pas, tant qu'elle est^gênée dans son développement , la maladie reste grave. Il y a de l'espoir quand les inspirations deviennent profondes , quand la main posée sur le sternum , on voit qu'elle est soulevée par la poitrine qui se dilate.
Les phénomènes chimiques de la respiration ne s'exécutent plus dans les cellules bronchiques des cholériques. L'air qui sort de leurs poumons, quand la maladie est parvenue à un haut degré , n'a perdu aucun de ses principes; le sang veineux n'y a point puisé l'oxygène qui devait le régénérer, il a traversé le tissu pulmonaire en conservant les principes dont il devait se dépouiller, il arrive sang noir dans les artères. Cette suspension de la fonction respiratoire , pendant laquelle souvent les malades succombent, a été nommée période asphyxiante.
Cependant ce sang noir pénètre les réseaux vasculaires de la peau; c'est lui qui fait prendre à lù
( ikl )
figure, aux mains, à toute la surface tégumentaire une couleur qui offre toutes les nuances , depuis le rose foncé jusqu'au brun noirâtre. C'est lui qui donne aux membranes muqueuses, à tous les viscères, à la surface extérieure du cœur en particulier, la couleur olivâtre que nous leur trouvons après la mort, et qui sans doute était plus prononcée pendant la vie. C'est encore ce sang qui produit ces macules noirâtres, ces sortes d'ecchymoses qu'offrent le cœur et les autres viscères. / Le moment où cette coloration morbide se forme dans le choiera, donne la période bleue ou cyanique des auteurs.
Le défaut d'oxygénation ou de revivification respiratoire , est-il la seule chose qui manque au sang dans le choiera.»^ Ce fluidé n'éprouve-t-il pas de plus dans sa constitution intime une modification spéciale qui atteindrait les principes constituans de cette chaire coulante
Où trouver dans l'économie animale un mobile pour tous les mouvemens qui, dans le choleramorbus épidémique, se fait en dehors de l'ordre normal , pour tant d'opérations qui appartiennent à une condition tout-à-fait morbide, si l'on refuse de les rapporter à un changement d'état de l'ensemble du système des nerfs ganglionaires , à un trouble dans l'action des plexus nerveux?
J'en ferai encore dépendre l'altération de la voix , l'enfoncement des yeux dans leurs orbites ,
et surtout la décomposition des traits de la face , que l'on observe toutes les fois qu'un point des plexus nerveux du grand sympatique est attaqué ou offensé, après les plaies ou les contusions des viscèrejs de la poitrine et de l'abdomen , après l'injection d'un poison corrosif, etc.
Si les accidens que nous venons de signaler dans l'exercice des principales fonctions de la vie, si les anxiétés paroxystiques qui se font sentir dans l'épigastre , si bien d'autres symptômes encore attestent que dans le cholera-morbus les ganglions et les plexus du grand sympathique ont perdu leur condition normale, n'exercent plus leur influence naturelle et accoutumée , ces phénomènes peuventils nous éclairer de plus sur la nature du changement que ces parties ont éprouvé ? Peuvent- ils nous conduire à décider quelle est l'espèce de modification ou d'altération que le tissu de ces parties a subie ? quel est enfin le caractère de cet autre état d'où résultent des effets si étonnans, des perturbations si redoutables et si funestes ?
Nous sommes loin de prétendre à soulever le voile qui couvre celte mystérieuse lésion. Cependant il nous paraît évident que si un travail d'irritation ou de phlogose s'établissait alors sur le tissu des ganglions ou des plexus nerveux , ce seraient les symptômes d'une surexcitation des viscères qui marqueraient les' premiers temps du cholera-morbus , parce que ce travail morbide mar-
( us )
qiierait d'abord un surcroît d'innervation , et que tous les organes qui le recevraient , redoubleraient d'activité. Ce qui se passe dans réconomie animale avant l'époque de la réaction doit plutôt faire supposer, ou qu'une congestion sanguine, formée dans le tissu des ganglions et des plexus nerveux, gêne, affaiblit, suspend même le cours naturel de la force vivifiante qui en découle, ou qu'une modification moléculaire de la substance même des ganglions et des cordons nerveux les rend inhabiles à continuer l'exercice de leurs fonctions. Dans notre première lettre nous avons employé le mot stupéfaction, pour exprimer l'impuissance, l'inactivité, dont tout le système des nerfs ganglionaires paraît alors frappé.
Il est digne de remarque que les phénomènes morbides qui caractérisent les choieras graves ne sont pas liés entre eux, qu'ils montrent même une sorte d'indépenddnce. Il est des cholériques qui conservent la coi»leur cyanique de la peau, pendant que la chaleur s'est rétablie, que le pouls a repris une certaine force. Sur d'autres le pouls reste nul, alors même que la peau offre une couleur presque naturelle, et que les tissus organiques se sont rechauffés. On voit un froid glacial persister; la couleur de la peau a déjà beaucoup diminué , et l'action artérielle a retrouvé une certaine énergie.
( ±kk )
Les anxiétés épigastriques, qui sont si fréquentes dans le choiera , et qui se terminent souvent par la mort , peuvent aussi exister sans la coloration bleue de la figure et des mains , avec un refroidissement très-prononcé et un pouls variable.
Le cliolera-morbus épidémique se partage en deux temps bien distincts ; jusqu'ici nous n'avons vu que le premier, maintenant nous devons nous occuper du second, qui n'offre pas la partie la moins difficile de l'étude de cette étonnante maladie.
Disons d'abord que souvent ce second temps du choiera , que l'on a nommé la période de réaction , n'existe pas ; au moment où il devrait commencer , la circulation , la respiration se rétablissent dans l'ordre normal ^ la chaleur renaît, la coloration bleue de la peau disparaît, les urines coulent, l'appétit se fait sentir : on voit que les lésions ojrganiques qui suscitaient les accidens du choiera, se sont effacées, et que partout l'ordre physiologique a repris son empire.
Mais cette heureuse solution du cliolera-morbus épidémique n'a pas toujours lieu. Après les premiers accidens de cette maladie, il en vient d'autres d'un caractère différent ; les lésions qui existaient se conservent ou elles changent de nature; toujours de nouvelles lésions viennent s'ajouter à
celles que le corps recelait. Ce sont toutes ces lésions qui donnent l'existence à ce deuxième temps de la maladie ou à la période de réaction.
Cette période n'est pas soumise à un ordre déterminé ; il y a une incertitude , une diversité singulière dans son développement. C'est la moitié d'un tout qui semble absolument indépendante de , l'autre. Tous les cholériques ont des traits frappans de ressemblance dans les premiers temps de la maladie; ils sont tous différens les uns des autres dans la seconde partie, sur laquelle nous ne pouvons offrir que des considérations générales.
Disons aussi que chacun des deux temps du « choiera a une durée indéterminée. La première t époque cesse quelquefois trois ou quatre heures ï après l'invasion de la maladie ; elle se prolonge s souvent jusqu'à trois ou quatre jours; la deuxième e époque du choiera ne peut avoir de limites préc cises.
Dans ces efforts de l'organisme animal , que lion désigne parle nom de réaction, il arrive assez [fréquemment que la lésion des ganglions et des [ plexus nerveux du grand sympathique au lieu de î s'éteindre, se convertit en une autre lésion d'un ( caractère différent. Cette mutation d'une modifir cation morbide dont l'existence n'est pas clairement démontrée pour beaucoup de médecins, en
( iUG )
une modification d'un autre genre , qui ne sera pas plus facile à vérifier , trouvera des incrédules. Voilà cependant ce qui se passe; l'épigastre n'était nullehient sensible à la pression , le malade n'y ressentait point d'ardeur ; mais au moment de la réaction , cette région prend une telle sensibilité, (^ue le malade n'y laisse même pas poser les doigts, il y sent des douleurs spontanées ; le jeu de la respiration lui est pénible ; il y existe comme un foyer de chaleur; en même temps le malade a dès palpitations de cœur, des hoquets; le corps est l'échauffé , il y a une fréquence fébrile dans le pouls , etc. N'est-il pas permis de penser que les ganglions et les plexus nerveux toujours dans une condition niorbide , ne sont plus toutefois datis le itiême état que pendant la première pé-, riode du choiera? n'est-il pas problable que, si' ces malades meurent, on peut trouver des tracés de phlogose sur les parties que nous venons de citer ?
La réaction après le cholera-raorbus donne lieu à bien d'autres affections ; il n'est pas rare de voir l'appareil respiratoire devenir le siège d'une inflammation. Une pleurésie s'allume souvent danç la deùxième époque du choiera ; une pneumonite s'empare du tissu pulmonaire j une congestion sangùitie vient fréquemment engorger les poumons. ^ Ces diverses terminaisons du choiera sont égale-
ment redoutables. Cette maladie a toujours un grand pouvoir sur ces nouvelles affections : elle leur donne une marche plus rapide et un caractère pernicieux.
D'autres fois , c'est sur les organes digestifs que la réaction dans le choiera porte sa puissance j elle anime davantage le travail de phlogose qui existe sur la surface muqueuse de l'estomac et des intestins : elle propage même l'inflammation aux autres tuniques de ces organes. La langue devient rouge , le ventre est gros , sensible à la pression , chaud ; il n'y a plus de déjections alvines ; après la mort on trouve les parois des intestins rouges , j gonflées , épaissies.
H est très-fréquent de voir le choiera susciter 1 le développement d'une arachnoïdite : la figure devient animée , ainsi que les yeux; le malade se j plaint de céphalalgie, de bourdonnemens d'oreilles; Ue front est brûlant, il y a du délire, etc. Il n'est ipas plus rare de rencontrer une congestion san- {guine de l'encéphale , que dénotent la stupeur, l'accablement, l'hébétude de la figure, la lenteur mil des réponses , le trouble des idées , la somnolence, illeetc. Ces deux lésions peuvent se former ensemfm ble dans la tête : leur existence donne lieu à ces i-l«ëtats que l'on nomme ataxiques ou typhoïdes, Lwiadynamiques, etc.
e-l Nous reviendrons sur ces divers produits du
( las )
cholera-morbus cpidémique eu parlant de la thérapeutique générale de cette maladie : ce sera le sujet de ma troisième lettre.
L'étude d'une maladie se complète par l'exposition du traitement qui lui convient. Nous avons indiqué les lésions morbides qui constituent le cholera-morbus, nous avons examiné les symptômes qui naissent de ces lésions; essayons maintenant de soumettre la thérapeutique générale de cette maladie à des règles que le raisonnement avoue et que l'expérience approuve.
La marche, la propagation du cholera-morbus épidémique ne permet guère de douter que sa cause ne réside dans l'atmosphère ; quelque profonde que paraisse l'obscurité qui la dérobe à nos sens , on peut espérer qu'elle se dissipera ; si cette cause est une fois connue , il "est probable qu'on trouvera quelqu'agent chimique pour la détruire. Le principe générateur du choiera pourrait même rester inconnu dans sa nature sans être pour cela inattaquable. Nous ne connaissons pas l'essence des effluves qui propagent certaines fièvres typhoïdes ; cependant nous parvenons avec le chlore à les neutraliser, à les annihiler.
Il est une autre manière de se garantir du choiera-morbus, ce serait d'agir sur les germes de
cette maladie , de les priver de leur activité aa moment même où, déposés sur les surfaces tégumentaires, l'absortion les introduit dans la masse sanguine. On fait quelque chose d'analogue après la morsuz-e d'un chien enragé, lorsque l'on cautérise la plaie où le virus a été déposé. S'il était démontré que le charbon en poudre eût la vertu que l'on a appelée antimiasmatique , son emploi pendant une épidémie de cholera-morbus opérerait l'effet dont nous parlons,- il rendrait in offensifs les germes de cette maladie.
On peut, par un autre procédé, braver les atteintes du cholera-morbus. Si certaines prédispositions du corps favorisent, décident même le développement de cette maladie, il en est d'autres avec lesquelles elle ne peut exister, qui lui sont opposées. Ne peut-on pas donner à l'économie animale ces dernières situations? Nous ne demandons même pas ici tout ce que la vaccine opère à l'égard de la variole. En tenant le corps sous l'influence du quinquina ou des sels de quinine, ne créerait-on pas une condition nouvelle et spéciale dans laquelle la naissance du cholera-morbus serait impossible.»^ C'est une question que je me suis souvent faite. Pendant les quarante jours que dure ordinairement l'épidémie, on prendrait tous les. matins un demi -gros de quinquina en poudre, un demi-verre d'infusion de cette substance, ou
deux grains de sulfate de quinine. J'ai pris moimême cette dernière substance; je l'ai conseillé à d'autres personnes j mais le nombre des observations que je pourrai recueillir est bien insuffisant pour qu'on en tire quelque conséquence.
Doit-on penser à découvrir un remède spécifique qui ait sur le principe du choiera -morb us, l'action que le mercure exerce sur celui des maladies syphilitiques , qui agisse sur ce principe dans le corps, et parvienne à le détruire, après la mise en jeu de sa puissance ?
Jusqu'ici nous n'avons eu en vue que la cause du cholera-morbus ; tant que nous ignorerons la nature de cette cause, que nous ne connaîtrons aucun moyen de la détruire, il ne restera au médecin qu'à s'occuper des lésions morbides qu'elle fait naître. C'est contre ces dernières qu'il dirige les ressources de la thérapeutique ; il s'empresse de combattre les lésions qui se présentent d'abord; il tâche d'empêcher que de nouvelles lésions ne s'ajoutent aux premières; il s'oppose à leur multiplication si prompte dans le cholera-morbus , à leurs associations si funestes dans cette maladie.
Ce sont ordinairement les lésions de la surface ga&tro -intestinale qui ouvrent la scène; du trouble, une pesanteur dans le bas-ventre, quelques coliques , les déjections alvines , molles et plus fréquentes , en sont le produit. En même temps une
tendance du corps à se refroidir , un sentiment de malaise , des vertiges , une céphalalgie passagère , etc. , annoncent que l'ordre est près d'être troublé dans l'économie animale. H y a, quand ces signes paraissént pendant une épidémie du cholera-morbus, un grand danger à éviter, ce sont les lésions qui menacent la moelle épinière et les nerfs ganglionaires. Je ne connais rien de plus propre à déterminer ces lésions, à les provoquer immédiatement , que le refroidissement du corps , qu'une impression du froid qui saisit le tronc. Je placerai sur une deuxième ligne l'emploi d'une nourriture grossière , indigeste, en grande quantité. 11 en ré- : suite que le moyen d'empêcher l'invasion du cho- 1 lera-morbus , lorsque l'on éprouve les accid^ins i que nous avons cités plus haut, c'est d'éviter avec ! soin le froid, c'est d'entretenir la peau dans une j grande activité, en se couvrant de vêtemens de j laine, ou mieux encore en se mettant au lit et en j provoquant une bonne sueur; c'est aussi de se I priver pendant quelques jours d'alimens, ou au moins de choisir une nourriture léeère et de facile digestion. Les ouvriers, les indigens, qui avec du dévoiement et des coliques, continuaient de travailler et de manger, restaient exposés au froid, . étaient promptement attaqués de choiera grave, i Les personnes aisées qui soignaient les prodromes > de la maladie ont échappé à son danger.
Dans celte imminence du cholera-niorbus , on ajoute ordinairement à ces moyens la saignée du bras ou une application de sangsues à l'anus ; en même temps on conseille une infusion de fleurs de tilleul , de mélisse ou de fleurs de bouillon blanc , etc., qui, prise chaude, décide une douce et salutaire diaphorèse ; on fait prendre aussi des demilavertiens adoucissans.
Quand les coliques sont fortes et fréquentes , le trouble des intestins prononcé , que les déjections se répètent, qu'il y a des tiraillemens épigastriques, du malaise, il devient nécessaire de recourir à l'opium. Une potion dans laquelle entre le landanum liquide de Sydenliam, ou la solution acqueuse d'opium , et dont on donne une ôuillerée d'heure en heure, produit alors un calme favorable , porte la chaleur à la peau , établit le mouvement de sueur que l'on désire, et qui doit en modérant les progrès des lésions intestinales, prévenir celles que l'on redoute sur la moelle épinière et sur les nerfs ganglion aires.
Le cholera-morbus ne débute pas toujours par un ' trouble dans les organes digestifs ; il arrive assez souvent qu'il porte ses premières atteintes sur l'encéphale. Le malade est subitement pris de vertiges, de bourdonnemens d'oreilles, de tiraillemens épigastriques ; il perd connnaissance, etc.; il est urgent de s'occuper de ce prélude du choiera-
morbus : à l'aide de la saignée , de la diète , du repos, d'une douce chaleur, on parvient ordinairement à empêcher le développement des autres lésions , à faire avorter la maladie.
C'est la lésion de la moelle épinière qui succède aux lésions intestinales et encéphaliques dans le développement régulier du cholera-morbus. Cette troisième partie de la maladie s'annonce par des tensions musculaires , par le serrement du bas de la poitrine , et surtout par des crampes sur tous les points du corps. L'indication serait alors de porter sur ce centre nerveux une influence sédative , de réprimer une surexcitation de la substance médullaire du cordon spinal , qui donne à l'innervation une puissance exagérée , perturbatrice. Nous ne connaissons pas de moyen plus énergique que l'application du froid le long de la colonne vertébrale. Nous avons bien des médicamens pour stimuler la moelle épinière: nous n'en avons pas pour faire tomber sa vitalité , quand elle s'élève trop. La noix vomique, que quelques médecins ont proposée, produit un effet opposé à celui que l'on désire. On se contente dans le cholera-morbus d'agir contre les crampes, de les rendre moins douleureuses , en se servant de cataplasmes dont on entoure les membres, de fers chauds à repasser que l'on promène sur les masses musculaires , de ligatures , du massage des muscles avec les
mains, etc. On a aussi obtenu des avantages de linimens irritans , d'épispastiques qui servaient à rubéfier la peau le long du rachis , qui exerçaient par là une action dérivative sur la moelle épinière.
Tant que le cholera-morbus sera borné aux lésions dont nous venons de parler, il restera léger et offrira peu de danger; mais une quatrièrtie lésion virent compléter le cholera-morbus , c'est celle qu'éprouvent alors les nerfs ganglionaires. Quand cette modification morbide des ganglions et des plexus s'opère, on voit apparaître tous les grands phénomènes de cette maladie, le ralentissement du pouls et des raouvemens respiratoires , le refroidissement du corps, la couleur bleue de la peau , l'altération de la figure , de la voix , des anxiétés épigastriques , etc. Alors la maladie a pris un aspect nouveau, un caractère menaçant.
L'indication ici serait de ranimer l'action vitale de tout le système des nerfs ganglionaires, de corriger la modification stupéfiante qu'ils viennent d'éprouver; mais nous ne connaissons pas de médication qui ait cette faculté. J'ai employé sans succès Tassa fœtida , la valériane sauvage, le musc , l'éther sulfurique, des alcoholats , etc.; l'appHcation sur l'épigastre de topiques excitans , irritans, de ventouses, de vésicatoires, etc., ne procurent aussi que de faibles avantages.
U est remarquable que dans le cholera-morbus
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la Jésion qui occupe la moelle épinière, et celle qui existe dans les nerfs ganglionaires , sont d'une nature opposée. C'est un travail d'irritation qui fait l'état morbide du cordon spinal, ce sont des agens sédatifs qu'il réclame du thérapeutiste ; au contraire la lésion qui occupe les ganglions et les plexus du grand sympathique , gêne , suspend leur puissance d'innervation ; ce sont des remèdes stimulans qu'il faudrait employer pour réveiller leur action vivifiante , pour les rétablir dans leur condition naturelle.
A cette époque du cholera-morbus , le malade doit recevoir des soins assidus ; il est nécessaire que l'on s'occupe sans cesse de lui. Je crois pouvoir affirmer qu'il est des personnes que l'on sauve de choieras graves , parce qu'on les a avec une sorte d'opiniâtreté, maniées, frottées, réchauffées, couvertes, etc. C'est la maladie où les secours des parens, des amis, des gardes-malades, ont le plus de valeur et de puissance.
Dans les méthodes de traitement que l'on a suivi contre le cholera-morbus, on a seulement cherché à combattre les symptômes j on n'est pas remonté jusqu'aux lésions morbides qui les suscitent. C'est pour arrêter les vomissemens que l'on prescrit la potion effervescente de Rivière : c'est pour faire cesser les évacuations alvines que l'on a recours au ratanhia. On veut seulement redon-
ner au corps de la chaleur qu'il a perdue, quand on se sert de boules d'eau chaude dont on entoure les malades , de sachets de saLle ou de cendres que l'on a fortement chauffées et que l'on applique sur les membres, sur le troncj quand on promène des bassinoires dans le lit, ou qu'à l'aide d'appareils ingénieux dans lesquels on brûle de l'alcohol , on dégage du calorique que l'on introduit sous les couvertures, etc., etc.; on veut alors fournir à toutes les parties refroidies la température qu'elles n'ont plus. L'expérience a démontré qu'il était peu profitable pour-les malades de recevoir ainsi une chaleur communiquée, qui ne rétablit ni l'exercice de la circulation , ni ^elui de la respiration.
Lés applications irritantes , rubéfiantes , vésicantes, promettent davantage. On pouvait espérer que l'on retirerait un parti très-utile de leur irapression sur les vaisseaux capillaires et sur les expansions nerveuses de la peau. C'est avec l'intention de rétablir les fonctions dont l'exercice est suspendu que Ton a employé les frictions avec un alcoholat ou un mélange d'alcoholat, d'huile volatile de térébenthine ou d'ammoniaque liquide, etc.; que l'on recouvre les membres de cataplasmes de poudre de graine de lin bien chauds, et arrosés au moment de leur application de deux cuillerées d'une liqueur alcoholique ou d'un mê-
lange à parties égales d'un alcoholat et d'huile volatile de térébenthine , ou saupoudrés de graine de moutarde récemment pulvérisée , etc., etc.
On a employé beaucoup de raédicamens à l'intérieur dans le traitement du cholera-morbus parvenu à un haut degré d'intensité. La diversité de ces raédicamens , sous le rapport de leurs qualités chimiques et de leur action sur nos organes, prouve assez le peu d'accord des idées des praticiens sur la nature de la maladie qui nous occupe : ce sont le calomel ou proto-chlorure de mercure, l'acétate de plomb , l'acétate d'ammoniaque , l'acide hydrocyanique , le sulfate de soude , l'hydrochlorate de soude, le sousnitrate de bismuth, le camphre , l'arnica-montana , l'ipécacuanha , le tartre stibié , l'opium, la belladone, etc. Au milieu du désordre qui règne alors dans l'économie animale, peut-on attendre de ces agens leur opération habituelle ? dans l'état où se trouve la surface gastro-intestinale , avec l'activité de ses bouches exhalantes, les raédicamens lui feront-ils sentir leur aiguillon? se mettront-ils assez en contact avec elle pour que les suçoirs absorbans s'en emparent et les introduisent dans le corps ? les évacuations qui se répètent si fréquemraent n'entraînent-elles pas leurs substances avant qu'elle ait pu produire son effet ? de plus , ces raédicamens auront-ils leur pouvoir ordinaire sur des organes
qui sont privés de leur température et de leur sensibilité, qui ne reçoivent plus qu'un sang noir, modifié , dont le cours est ralenti , qu'une innervation incomplète , altérée. Pour juger les produits thérapeutiques de ces médicamens , le médecin n'a plus pour guide leurs effets immédiats; tout ce qui arrive après leur administration peutil leur être attribué ? c'est un point qui reste toujours obscur, incertain, contestable.
Quand le cholera-morbus est déclaré , l'opium ne doit être administré qu'avec une grande réserve. D'abord il paraît inactif parce qu'il n'est pas absorbé ; puis si l'absorption s'opère , il porte trop fortement le sang à la tête. Dans le cholera-morbus , les CQngestions sanguines se forment avec une grande promptitude , avec une facilité étonnante dans l'encéphale. Ces congestions encéphaliques sont un des effets les plus constans de l'administration de l'opium , quand on en donne une dose un peu élevée : double motif pour redouter l'action de cette substance dans la maladie qui nous occupe.
Nous n'avons , à l'Hôtel-Dieu d'Amiens, employé que peu de médicamens à l'intérieur dans la période algide ou cyanique du cholera-morbus. Pour apaiser les angoisses de la soif nous donnons de la limonade froide , de l'eau sucrée , glacée ; même de petits morceaux de glace roulés dans du sucre
en poudre. Les boissons sont prises en petite quantité à la fois , afin que leur poids ne provoque point de vomissemens ; en même temps je prescris avec confiance une cuillerée, d'heure en heure, de vin sucré , de punch léger , ou d'une portion stimulante lorsque les membres sont glacés, le tronc refroidi , le malade comme anéanti , et que l'épigastre n'est pas chaud, ni sensible à la pression ; je ne suis nullement retenu par les divers points de phlogose que les voies alimentaires renferment j d'abord je ne crains pas d exaspérer ces phlogoses ; le froid domine toutes les opérations organiques du corps, la circulation est suspendue, le sang privé de ses qualités vivifiantes ; il n'y a pas d'inflammation qui puisse s'étendre , faire des progrès dans de pareilles conjonctures j d'un autre côté l'estomac a perdu ses sympathies; les impressions qu'il reçoit ne retentissent plus ailleurs : c'est même une rencontre heureuse que quelques endroits de la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins dans un état de phlogose ; ils favorisent l'action stimulante des liquides dont nous avons parlé.
Dans la période algide ou cyanique du choleramorbus, il est très-ordinaire de voir des congestions sanguines se former dans l'encéphale, dans le tissu des poumons , sur le diaphragme , sur les organes abdominaux, s'associer même parfois à
des phlogoses irrégulières, incomplètes, d'un mauvais caractère. Ce sont ces nouvelles lésions qui amènent des apparitions d'accidens imprévus , inattendus, les transitions brusques d'un état satisfaisant à une situation menaçante, qui sont si fréquentes dans les choieras graves ; une heure et même moins suffit pour offrir le même malade dans deux conditions opposées. Ce sont ces lésions qui causent ces morts inopinées des cholériques qui sont si décourageantes pour le praticien.
Nous avons recours alors à des applications de sangsues ; nous aidons la sortie du sang avec les ventouses quand cela est nécessaire ; il convient dans ce cas d'ouvrir, de dégorger le système des vaisseaux capillaires dans le point de son étendue le plus rapproché de l'organe affecté. L'écoulement du sang dissipe la congestion sanguine qui s'y était formée , arrête les progrès de la mauvaise phlogose qui s'y était jointe, en même temps qu'il diminue l'excès de pléthore du système capillaire.
Les médecins se servent de topiques irritans pour enlever ces congestions sanguines; ils pensent que l'action des topiques sur les pieds, sur les jambes, sur les cuisses, doit, par une opération révulsive , débarrasser la tête , la poitrine , etc. Mais a-t-on bien réfléchi aux conditions qu'exige une révulsion? elle suppose que les forces
de la vie sont libres, abondantes, bien développées, mobiles; elle suppose que l'appareil circulatoire conserve toute son énergie. Alors si l'on appelle le sang sur un point du corps , si on y ! développe la sensibilité , on crée un centre de I fluxion vers lequel convergent les oscillations des 1 vaisseaux capillaires; peut-on rien espérer de sem- Iblable sur un cholérique dont les membres sont tfroids, les canaux sanguins sans activité, le sang limmobile, coagulé ? aussi quand le cholera-morbus test à un haut degi'é d'intensité, les vésicatoires , lies sinapismes ne font pas d'effets révulsifs; ils ne f procurent pas les avantages que l'on a coutume dd'en obtenir dans les autres maladies.
Les choleras-morbus que nous avons eu en vue ijusqu'ici ont un développement gradué. On peut Mttoter successivement les momens où s'établissent a lésion de l'appareil digestif, la lésion de l'enccéphale , celle du cordon spinal et la modificattîon morbide des nerfs ganglionaires : chacune cli'elJes marque une période bien distincte dans le rcours de cette maladie , et s'annonce pas des phémomènes particuliers.
Mais on rencontre souvent des cholerasmorbus qui ont une autre marche. Toutes les lékîions que nous venons d'indiquer naissent en même scmps. C'est simultanément que sont survenus les îvacuations par le haut et par le bas, les vertiges,
les boiirdonnemens d'oreilles , le refroidissement, les crampes , la tension diaphragmatlque , les anxiétés épigastriques , la chute du pouls, la teinte bleue de la peau, etc., etc.
Dans ces occasions le tliérapeutiste met en usage à la fois tous les secours dont il peut disposer; mais il multiplie en vain les remèdes , il reste toujours au-dessous de la gravité du mal ; il se décourage s'il compare la faiblesse de ses moyens à l'étendue , à l'importance des désordres qui se manifestent alors dans le corps malade.
Il arrive, à une époque indéterminée du choleramorbus, que l'exercice de la circulation , de la respiration, de toutes les autres fonctions, tend à se rétablir. Alors commence un nouvel ordre de mouvemens auxquels on donne le nom de réaction. Quand les lésions morbides qui constituent le cholera-morbus s'effacent peu à peu , qu'aucune d'elles ne résiste, qu'il ne se forme pas d'autres lésions , le médecin n'a rien à faire : il est spectateur heureux du rétablissement , de l'harmonie dans l'économie animal , après- un trouble aussi violent que dangereux.
Mais les choses ne se passent pas toujours ainsij trop souvent la réaction est tumultueuse et s'accompagne d'accidens variés. Ce temps du choleramorbus est rempli d'écueils : des phlogoses, des ^congestions sanguines, menacent tous les organes ;
il faut une surveillance continue pour saisir tous les mouvemens morbides qui se succèdent dans le corps malade , pour réprimer ceux qui tendent à devenir pernicieux. Il faut sans cesse interroger les organes, et s'ils montrent une chaleur, une activité trop fortes , si le trouble de leurs fonctions annonce le commencement d'un travail de phlogose ou d'une congestion sanguine sur leur tissu , avoir aussitôt recours à la saignée , aux sangsues, aux révulsifs, qui à cette période de la maladie ont repris toute leur puissance.
Nous ferons ici remarquer que dans le traitement du cholera-morbus, on se sert avec succès de la saignée au début de la maladie pour la faire avorter , pour prévenir le développement des lésions encéphaliques et rachidiennes. On s'en sert encore au milieu de la maladie , quand la modification morbide des nerfs ganglionaires a eu lieu, pour désemplir le système veineux et les vaisseaux capillaires , pour s'opposer aux congestions sanguines que leur état de pléthore rend si faciles. Enfin dans la période de réaction , la saignée est très-utile pour arrêter les progrès des phlogoses, qui alors sont très-fréquentes et se développent très-vite.
Nous dirons aussi qu'à cette époque les médidicamens reprennent leur puisssance, qu'ils produisent les effets qu'on a coutume d'en obtenir
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et <iwe l'on peut avec confiance conseiller des purgatifs 5 des vermifuges, etc. , si des indications l'exigent.
Au moment où la réaction veut s'établir dans 1^. çholera , on yoit souvent la région épigastrique , d'abord insensible à la pression , exempte de chaleur, devenir d'une sensibilité exquise , rendre l^s inspirations douloureuses. Cet état, qui s'accompagne de tiraillemens , d'anxiétés , d'accableiBient, etc., cède souvent à des sangsues sur l'épigastre , à un cataplasme arrosé de laudanum liquide.
L'abdomen se prend fréquemment dans la réaction cholérique; la langue rouge, sèche, le gonflement du ventre , sa sensibilité à la pression , sa chaleur , ses flatuosités , etc. , dénotent que la phlogose s'est emparé des tissus intestinaux. Des sangspes à l'anus ou sur les points de l'abdomen, où la sensibihté est plus vive, la chaleur plus marquée , produisent un bon effet.
C'est surtout la cavité pectorale que le praticien doit surveiller : avec quelle promptitude naissent ^ors les pleurésies, la pleurésie diaphragmatique surtout, la pneumonique , etc.! Une saignée , des sangsues, des ventouses, des topiques dérivatifs, sont les moyens qu'on se hâte d'opposer à ces nouvelles afléctions ; souvent c'est une congestion sanguine qui envahit le tissu pulmonaire : le tartre
stibië allantes closes a été évitlehihient utile dans ce cais; on met des cataplasmes sinapisés autbiit des pieds, etc.
L'encéphale est wn point souvent attaqué dans la réaction du cholera-morbus. Le front devient chaud , il y a du délire , dë l'agitation , etc. ; une arachnoïdite existe, ietelle demande des sangsttës derrière les oreilles ou aux tempes, l'application de cataplasmes chauds aux pieds, et de glace pilée ou au moins de linge imbibé d'eau bien froidè sur le crâne. Cette arachnoïdite est souvent ttèstenace , elle baisse et se ranime à plusieurs reprises , et oblige de revenir souvent trois ou quatre fois à l'usage de ces moyens.
U est très-commun de voir à la suite du cholera-morbus des congestions sanguines occuper l'encéphale des vertiges, une pesanteur de tête , des bourdonnemens d'oreilles , de la somnolence , de l'hébétude, de l'insouciance, en sont les signes. On lire encore un assez bon parti des émissions sanguines, des révulsifs, mais la glace ou l'eau froide sur le crâne ne font plus le même bien.
Ces deux lésions , l'arachnoïdite et une congestion sanguine dans la pulpe encéphalique, existent simultanément dans les cas où le cholera-morbus se termine par une maladie que l'on a comparée à une lièvre ataxique, à une fièvre adynamique.
Nous terminons par dire que les médecins qui veulent comparer et juger les diverses méthodes thérapeutiques que l'on a proposées contre le cholera-morbus , ne doivent pas oublier que cette maladie peut se guérir spontanément. Nous avons vu des cholériques qui étaient' cyanosés , sans pouls, froids, dans des anxiétés très-prononcées, se refuser à l'application des cataplasmes qui devaient les réchauffer, ne vouloir pas de frictions stimulantes, de sangsues, etc. Ils ont guéri en ne faisant, comme on le dit, qu'une médecine spectante,
Quelle influence l'étude du choiera - morbus épidémique exercera-t-elle sur les sciences pathologiques ?
Voilà une question bien importante qui n'a pas encore été soulevée, et dont la solution ne peut même pas être prévue. Qu'il me soit permis de consigner ici quelques réflexions qui se rapportent seulement à la nosologie.
Dans la pratique de la médecine on ne voit que des individualités; et pour le cholera-morbus ces individualités, même en ne s'attachant qu'à la première période de cette maladie, en l'observant toujours avant que la réaction ne soit venue la décomposer , introduire des lésions nouvelles, sus-
citer des phénomènes étrangers, ces individualistes, dis-je, offrent encore bien moins de ressemblance que dans la plupart des autres affections j pathologiques.
Cependant le but du nosologiste est de réduire . en spécialités toutes ces individualités. Quel parti j prendra-t-il à l'égard du cholera-morbus épidémitque? quels seront les caractères qu'il lui donnera (Comme espèce nosologique? les fera-t-il consister idans des évacuations par le haut et par le bas? I mais tous les malades qui ont la diarrhée et qui ^vomissent, n'ont pas le cholera-morbus épidémicque : on exige autre chose pour le reconnaître. I Ferons-nous arriver des désordres musculaires? i indiquerons-nous les crampes, un serrement dia- [ phragmatique , etc. ? nous n'obtiendrons encore : qu'un choiera incomplet , qui sera nommé léger, l Cette maladie réunira toutes les parties qui la «constituent, si parmi ses attributs on place le retfroidissement des membres, l'affaiblissement j mê- «me l'anéantissement du pouls, la cyanose de la fpeau, les anxiétés épigastriques , l'enfoncement cdes yeux, l'extinction de la voix, une soif contir nuelle, etc.
Le nosologiste n'éprouverait aucun embarras , ^si tous les phénomènes semeiotiques sortaient de lia même source, s'ils dépendaient d'une seule léasion organique. Alors les symptômes qui se mon-
treraient d'abord , signaleraient le moment où la lésion éclot , où elle prend naissance. Ceux qui suivraient, décélenùent ses progrès; chaque degré nouveau d'intensité qu'elle prendrait, serait révélé par des signes spéciaux ; les derniers enfin apprendraient que cette lésion serait arrivée à son plus haut terme, à son dernier point d'accroissement.
Mais tous les symptômes du cholera-morbus ne peuvent point être rapportés à une lésion unique. Il n'y a point entre les symptômes une filiation qui les oblige à se suivre invariablement, à se succéder toujours , et dans un ordre arrêté , les uns aux autres. Il faut reconnaître , dans le cholera-morbus, plusieurs lésions organiques* Ces lésions ont un siège différent; elles sont d'une nature distincte, mais ces lésions ont pris un mode d'existence collective ; elles ont comme formé entre elles une association dans laquelle chaque partie s'est conservé ses droits , et agit avec toute la puissance qui lui appartient. Dans l'ensemble des lésions qui constituent le choiera, on ne distingue pas une lésion mère , d'où les autres dépendraient et dont elles suivraient les destinées.
Rangeons par groupes séparés les symptômes du cholera-morbus; réunissons ceux que fournit chacune des lésions dont nous voulons ici parler.
Notre attention se porter» en premier lieu sur
les voies digestives, et nous citerons les déjections alvines et les vomissemens ; mais nous trouvons deux choses dans chacun de ces phénomènes morbides : i". les matières évacuées; 2°. les efforts organiques qui décident leur expulsion.
Dans le début du cholera-morbus et même dans le cours de cette maladie , on observe fréquemment des efforts de vomissemens , des soulèvemens répétés d'estomac ^ et les malades ne rendent rien. De même ils se plaiguent de coliques ; ils ressentent un grand trouble dans les intestins, des sortes de crampes très douloureuses dans la tunique musculeuse de ces organes , et ils ne vont pas du bas.
Ces efforts inutiles de vomissemens , ces douleurs abdominales sans déjections ne peuvent s'expliquer que par une perversion de l'innervation^ Déjà les centres nerveux ont perdu leut* état normal, déjà l'influence des nerfs sur tdtis les tissus organiques a acquis une puissance exagérée , un caractère perturbateur.
Alors les sécrétions, les exhalations, qui bientôt vont s'établir sur la rnembrane muqueuse intestinale, et qui donneront lieu aux évacuations que l'on a nommées cholériques, n'ont pas commencé.
On attache beaucoup d'importance à la diarrhée qui se montre quelques jours avant l'invasion du cholera-morbus ou dans son début. Cette diarrhée
est bien distincte des évacuations cholériques; la diarrhée en général est un produit séméiotique qui peut provenir de plusieurs sortes de lésions intestinales. Des points de phlogose sur la surface interne des intestins occasionnent et entretiennent la diarrhée ; des ulcérations occasionnent le même effet. D'autres modes de lésion des organes digestifs peuvent encore déterminer une diarrhée ; mais les évacuations alvines qui surviennent dans le début du choiera, me paraissent tenir à ce que les centres nerveux, déjà hors de leur condition normale ,^ donnent aux tissus intestinaux une susceptibilité insolite qui ne leur permet plus de supporter le contact de la nourriture et des boissons; ces matières décident une accélération du mouvement vermiculaire du canal intestinal; elles sont promptement conduites hors du corps et sans avoir été digérées.
Les évacuations cholériques supposent tout autre chose. C'est un état spécial de la surface muqueuse intestinale qui les produit : elles ne peuvent êti^fe l'effet des phlogoses que l'on trouve sur cette surface après la mort, ni des éruptions de diverses natures qui les accompagnent. Ces désordres cadavériques se rencontrent après des maladies bien différentes du choiera, et dans lesquelles les évacuations séreuses, chargées de flocons albumineux qui caractérisent cette dernière affec-
tion, n'avait pas existé. Cette phlogose et ces éruptions n'occupent que quelques zones du conduit alimentaire, et l'abondance des évacuations cholériques , la promptitude avec laquelle elles se répètent , indiquent une lésion qui s'étend à toute la surface intestinale , qui en occupe toute l'étendue, qui n'épargne même pas les parties qui se montrent saines sur les cadavres. Les phlogoses et les éruptions que l'on trouve après la mort sur les cholériques , restent pour moi en dehors des lésions qui ont donné à l'exhalation et aux sécrétions intestinales une activité si extraordinaire , si exagérée pendant l'existence du choiera. Les premières peuvent favoriser le développement des secondes, les provoquer même, en être les causes déterminantes, mais il faudra toujours ad- : mettre d'autres changemens organiques sur la
• surface intestinale pour concevoir les évacuations
* cholériques.
Ces changemens sont : i°. une surexcitation 3 morbide sur les canaux exhalans qui garnissent ) la surface intestinale ; 2". la même surexcitation ïsur les cryptes muqueux qui y sont multipliés;
3°. enfin une congestion sanguine dans les tissus ; intestinaux. La réunion de ces trois conditions
nous expliquent les évacuations cholériques. Les ' vaisseaux exhalans fournissent la partie séreuse de
ces évacuations j les cryptes muqueux y mêlent la
sécrétion anormale qui les rend si remaiquahles j une accumulation de sang dans les tissus intestinaux fournira en abondance des matériaux pour l'exhalation , et donnera la raison de la grande quantité de matières qui sortent alors par l'anus et par la bouche. J'ai l'opinion que l'exhalation cholérique ne s'opère que dans les intestins, qu'elle a peu d'activité dans l'estomac, et que les liquides que le vomissement ramène sont remontés en grande partie des intestins dans la cavité gastrique.
Après les évacuations viennent naturellement les phénomènes musculaires : ils forment dans l'étude du cholera-morbus épidémique un groupe bien distinct de symptômes : des engourdissemens de membre^ , des crampes légères , séparées , rares ou bien violentes, rapprochées, qui saisissent tous les tissus musculaires du corps; un serrement du bas de la poitrine , qui fait naître une contraction fixe , continue , du diaphragme ; le ralentissement des inspirations avec difficulté toujours croissante de les exécuter ; des hoquets d'une violence extrême, et qui ébranlent tout le corps; la tension des muscles droits de l'abdomen , la contraction convulsive de tous les muscles du cou, du tronc , des membres, qui tient le corps roide et dans un état tétanique; des battemens forts, inégaux, irréguliers du cœur, des battemens aortiques , etc., etc.
Tous ces phénomènes supposent évidemment un état nouveau de la moelle épinière; il faut que 'le centre d'innervation ait changé de condition, ^ que sa pulpe médullaire ait pris une activité anor- ;male po!ir les produire. Or, ce nouvel état forme i un mode de lésion , et nous demandons que ll'on s'applique à en déterminer la nature. L'innerîvation a tout-à-coup pris un cours déréglé sur lies tissus musculaires j ce sont des impulsions dé- >sordonnées quelle leur communique, des mouvermens violens , convulsifs , qu'elle provoque ; la ppulpe médullaire d'où découle cette innervation , Ei^'est pas restée avec ses caractères naturels; pour nmoi; je la vois alors plus rouge, plus chaude; Sises molécules sont animées d'un mouvement plus r rapide. Cette pulpe offre le mode de lésions que mous nommons surexcitation morbide ou irritation. Dira-t-on que les phénomènes musculaires dont wenons déparier, ne sont que des effets sympa, tkhiques des lésions gastriques et intestinales? ce >6çrait seulement reculer la difficulté : ces phénonPjènes ne peuvent avoir lieu que par l'intermé- Idiaire de la mo.ëlle épinière. La question est de savoir si ce centre nerveux n'a éprouvé aucun chan- ;<yement, s'il a conservé son état normal, quand x;es phénomènes existent : si la moelle épinière , wpur susciter ces contractions musculaires, vio-
lentes et continues, a dû prendre une disposition nouvelle, ce changement d état que nous signalons à l'attention des médecins, que nous recommandons à leur étude.
Nous opposerons à ceux qui voudraient d'ailleurs faire dépendre les phénomènes musculaires des lésions de l'estomac et des intestins , que nous avons vu très-souvent, pendant l'épidémie cholérique , ces phénomènes marquer le début de la maladie. Il n'y avait ni déjections alvines , ni vomissemens; les malades conservaient leur appétit, les digestions étaient régulières; tout annonçait que l'estomac et les intestins n'avaient encore rien ressenti. Cependant les malades se plaignaient de douleurs dans les membres, de crampes répétées et fortes dans les jambes , les cuisses , les bras j de gênes momentanées pour respirer, de palpitations de cœur , etc. ; ajoutons qu'il n'y a pas d'accord entre les phénomènes musculaires dont nous parlons, et les accidens qui se rapportent aux organes digestifs. On rencontre fréquemment des cholériques qui vomissent rarement, vont peu du bas, et qui sont en proie à des crampes d'une violence extrême; tout leur corps en est torturéj tous les muscles en sont successivement pris. Nous avons vu mourir des hommes robustes dans un état tétanique, et ils n'avaient que des évacuations
modérées ; ù côté d'eux se trouvaient des cholériques que des évacuations excessives épuisaient et qui se plaignaient peu de crampes.
Il est un troisième ordre dans les phénomènes qui spécifient le cholera-morbus, que le nosologiste voudra surtout signaler. Cet ordre comprend les pesanteurs, les malaises, les anxiétés épigastriques, cet anéantissement de la vie, ces angoisses avec plaintes, avec des sueurs visqueuses qui inondent la peau, avec une agitation des membres plus forte par momens, avec lividité de la figure, une décomposition particulière , hideuse , des traits de la face, le refroidissement du corps surtout sensible aux mains, aux bras, aux pieds, aux jambes, l'affaiblissement, la petitesse, même l'absence du pouls, la coloration bleue plus ou moins prononcée de la peau, surtout de celle des mains, de la figure , l'enfoncement des yeux , l'altération de la voix, la suspension de la sécrétion urinaire, etc.
Je me suis livré à une observation que j'ai suivie assez long-temps pour constater si ces divers phénomènes avaient entre eux quelques liens, s'ils marchaient ensemble , s'ils présentaient toujours une intensité égale. J'ai bientôt reconnu que les phénomènes dont nous avons fait plus haut l'énumération, se montraient indépendans les uns des autres. On rencontre les anxiétés épigastriques sans chute de pouls, sans cyanose, sans enfonce-
ment des yeux , sans altération de la voix. L'al> sence des pulsations radiales peut avoir lieu sans refroidissement glacial, sans cyanose bien prononcée. Nous avons yu des malades qui avaient la figure et les mains d'ûn Ijleu très-foncé; le pouls était sensible, la chaleur assez bonne; j'avais encore ce matin , sous les yeux, un malade qui a les yeux enfoncés , la voix cassée , des angoisses épigastriques; sa température est peu affaiblie; son pouls a de la force, sa peau conserve sa coloration habituelle.
La cyanose , le refroidissement , tous les autres symptômes que nous leur associons , ont encore pour caractères communs de varier fréquemment d'intensité ; en peu de temps on verra sur le même malade la coloration bleue prendre plus d'expression, puis s'éclaircir notablement, le pouls tomber tout à fait, puis se relever, acquérir même une certaine énergie , le refroidissement augmenter ou diminuer , etc. Ces variations n'embrassent pas tou5 les phénomènes dont nous venons diC parler; on les observe séparément pour chacun d'eux.
On remarque fréquemment dans le choléramx)rbus ua désaccord entre les deux contractions du cœur et les mouvemens des artères ; le cœur donne des contractions fortes , énergiques , et le pouls n'est plus sensible. Ge n'est point la force
propulsive de l'ôrganë ôèhtral de la circillatioli qui i manqué àii sang que les artères dévtàlëht recevoii*. I II y a îlhè cause qui suspend lés pulsations artéîielîéS , èt cette caiise n'& pas dè pôuvoir sut lé cœur. Sont-ce les rièrfs pneumo-gastriques èt la imoélle épinière qui efittetiennent alors les batteimens du ccèur? La chiite du pouls dépend-elle de ( ce que les canaux artériels ^ privés de relation dirrecte avec les grands centres de l'innervation , ne rrëçbivent plus des pléxus nerveux leur influence aatccôutumée ? Ce qui donnerait à cette assertion iqquelque poids , c'est que sur des cholériqties dont Mes contractions du cœur nous avaient occupés à rcâusfe de leur énergie , nou^ fûmes surpris dè ti-ourvetle coeur mou, satis consistance; Une innerva- ^tion surabondante imprimait aux parois ramollies ide te viscère urie vigueur factice j les artèi^es qui n'y avaient pas de pdft étaient privées de leurs nnouvemens. Un grand nombre de cholériques que ifltms avons oiiverts portaient une hypertrophié i^los ou moins prononcée du ventricule gauche dii ccfeur : la faiblesse de ce viscère ne joue pas un rrand rôle dans la production des phénomènes hholériques.
I Je dois ici consigner ce fait qui me paraît se lippporter à la cause de la cessation des pulsations Wrtérielles: Souvent onri voit dans les choieras tl-ès- ■Iraves les évacuations cesser, mais les liquides I 12
^accumulent Jans l'intérieur des intestins ; ils gonflent, remplissent toute la cavité abdominale, qui donne un son sourd , mat à la percussion : la respiration est plus gênée, les accidens deviennent plus menaçans. Quelle cause a produit l'état de stupeur dans lequel tout le canal alimentaire est jeté? N'est-ce pas une chose bien digne de remarque qu'à une époque donnée du choiera, les canaux artériels , les vaisseaux capillaires , les veines, les intestins, l'estomac, les vésicules bronchiques, la vésicule du fiel, la vessie, perdent la faculté d'agir , de se contracter?
L'épidémie régnante nous a amenés à ce point qu'il faut que la pathologie s'occupe du système des nerfs ganglionaires. Le choiera met les médecins praticiens en droit de sommer les physiologistes de donner à cette partie de l'appareil de l'innervation l'importance qu'elle mérite : ou ces nerfs sont des additions inutiles aux organes dont il font partie, ou les enveloppes plexif ormes que ces derniers en reçoivent, ont une influence sur leurs mouvemens, sur l'exercice de leurs fonctions. Si ces nerfs soumettent dans l'état physiologique les tissus organiques à leur puissance; si les opérations de ces tissus sont sous leur dépendance, il faudra reconnaître que , comme toutes les autres parties de l'organisation animale, ces nerfs peuvent perdre leur disposition normale , être con-
duits dans une disposition nouvelle , prendre enfin un état qui aura un caractère morbide. Alors les nerfs auront une action insolite ; ils susciteront des mouvemens désordonnés, ou ils cesseront d'entretenir ceux qui étaient naturels. Toujours ils détermineront un ordre de phénomènes qui appartiendront à la pathologie.
Il est constant que les phénomènes les plus importans, les plus caractéristiques du choleramorbus épidénjique ne reçoivent pas d'explication, si l'on ne fait intervenir les nerfs ganglionaires. Tai la conviction que cette maladie si curieuse , si extraordinaire , ne sera connue que quand on aura éclairé la mystérieuse fonction que ces nerfs remplissent dans l'économie animale.
H est un phénomène qui me paraît s'isoler de tous les autres dans le cholera-morbus ; c'est la : soif, n y a chez les cholériques , non pas le déi sir d'humecter la bouche et le pharinx , non pas 1 le besoin de calmer , d'éteindre une chaleur in- I térieure j si quelques malades parlent d'un sentiiment d'ardeur, ils n'en placent pas le siège dans I l'épigastre , ils le laissent vague dans tout le tronc. 1 n y a là passion d'introduire des liquides dans le ( corps; il est bien des malades qui prennent des bois- V sons chaudes comme des boissons froides. Nous en a avons vu qui avaient fait remonter peu à peu les l bouteilles d'eau chaude que l'on avait mises au-
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tour de leurs pieds , et qui avalaient vivement le liquide presque bouillant qu'elles contenaient.
La soif des cholériques me paraît se lier à l'altération du sang , à la pénurie dé sa partie séreuse que les évacuations intestinales et les vohiissemens semblent épuiser. On sait que la soif n'a lieu dans le choiera , qu'elle ne se montre impérieuse qu'après les exhalations intestinales, que quand les évacuations cholériques sont commencées. Le sang que l'on retire des veines dans les choieras déjà avancés est singulièment modifié : il a une couleur violacée , la séparation de la sérosité et du caillot se fait mal ; la première est troûblé, brune; le second èst mou, sans consistance ; il ne prend pas sa forme accoutumée.
Revenons maintenant à la définition nosologiqiie du cholerà-morbus épidémique, il est évident qtiè chacun des quatre ordres de phénomènes niorbides que nOus venons de signaler, devra y être représenté. Mais si au lieu de rechercher les càractères qui devront spécialiser cette maladie dans ses symptômes, nous les cherchions dans les lésions mêmes qui la constituent et dont ces symptômes ne sont que l'expression extérieure, que la saillie qui les décèle ?
La question que nous soulevons ici est d'une hàtite importance. Si l'on adoptait en pathologie le parti de ne caractériser les maladies que par
Jés lésions qui le$ forment , cette science en éprou-verait une révolution que nous Mtons de tous nos vœux ^ nous avons la pensée que fétude du cliolera-morbus y conduira j nous avons la conviction que cette méthode aura les plus heureux résultats.
Il est. bien entendu que les lésions qui serviront de caractère spécifique aux maladies ne seront pas seuleument celles que l'on découvre sur les cadavres. On comptera comme lésions caractérisques tous les changemens d'état , toutes les modifications que \es tissus organiques , que les organes éprouveront, et qui seront attestés par des variations dans leurs mouvemens habituels , ou p?ir des mouvemens nouveaux qu'ils exécuteront. Pour déterminer la nature de ces lésions , pour les rapporter à un certain nombre de modes distinctifs, il faut les étudier vivantes et sur l'homme malade; il en est beaucoup qui sont effacées sur les cadavres : presque toutes s'y montrent sous des conditions bien éloignées de celles qu'elles offraient pendant la vie. Nous reviendrons sur ce sujet dans notre prochaine lettre. ^
Si nous appliquons ces principes au choleramorbus, nous aurons la définition suivante : maladie qui consiste dans la simultanéité : 1°. d'une surexcitation morbide des vaisseaux exhalans et des cryptes rauqueux de la surface intestinale avea:
congestion sanguine dans les tissus qui forment le canal alimentaire j 2°. d'une surexcitation de la pulpe médullaire de la moelle épinière ; 3°. d une modification spéciale et inconnue dans son essence des nerfs du système ganglionaire ; d'une altération profonde du sang.
. A mesure que ces diverses lésions se forment, le cholera-morbus se produit; les symptômes qui lui sont propres apparaissent, il est d'autant plus grave, ses symptômes sont d'autant plus exprimées, que ces lésions prennent plus d'intensité. Si une lésion devient plus forte , un certain ordre de symptômes prend une prédominance sur les autres, une grande activité du travail morbide qui occupe les voies digestives donne les choieras avec des évacuations continues et excessives. Si la lésion de la moelle épinière est la plus vive , la plus profonde, la maladie se fera remarquer par la violence , par la fréquence des crampes , par des roideurs tétaniques du corps , par des oppressions qui menaceront de l'asphyxie. C'est la modification morbide des nerfs ganglionaires qui se signale sur les cholériques qui éprouvent des anxiétés extrêmes, que l'on voit s'éteindre graduellement, sans qu'aucun moyen stimulant puisse ranimer leur vie.
. Il est dans l'étude de toutes les épidémies un point que l'on néglige , et qui me paraît surtout
remarquable dans l'épidémie actuelle ; c'est l'imjjression, c'est l'ébranlement que reçoit toute la population d'un pays au. moment où la maladie vient s'y établir j pourquoi ne pas étudier aussi ces légères perturbations de la santé ? pourquoi ne pas les faire entrer dans l'histoire générale de ia maladie? ne convient-il pas de recueillir les éiémens dont se composent ces troubles passagers, d'examiner à quels appareils organiques ils se rap- ] portent, de juger quelles modifications naissantes iils supposent déjà dans ces appareils, de vérifier • enfin si, dans leur origine, ces signes montrent I là même nature que les phénomènes caractéristi- ! ques de la maladie épidémique , s'ils n'en diffèrent que par la faiblesse de leur expression ?
Il est constant qu'au moment où le cholera- I morbus éclate dans une ville , tous les individus ( qui l'habitent éprouvent l'action d'une cause nou- ^velle , inaccoutumée. On ne rencontre que des ipersonnes qni se plaignent; elles ne sont plus (dans leur état habituel; sans être décidément mallades, elles ne se portent plus bien. Il y a plus, le cholera-morbus offre, dans le cours de sa durée épidémique, des recrudescences; j'en ai compté cinq au moins dans la ville d'Amiens depuis cinq rmois; chacune d'elles reproduit les mêmes effets^ JJe connais des personnes qui sont si sensibles à IFimpression de la cause cholérifique , qu'elles m'an-<-
npnçaient le iptour de Vépidémiej que celte causp s'élève tantôt. 4anç les hauîçs régions de Vatmqsphèî-ç, tantôt s'ab^js^p sur la terre j ou bien q^'e^le s'éloigne momentanément, puis revient plus puissante ; toujours elle attaque tpus les hommes ; mais par suite des dispositions individuelles, l'un est violemment blessé , l'autre n'en reçoit que de légères atteintes; une secousse fugace occupe à peine le troisième.
Si nous faisons \çi l'appliçatio^ ce que nous disions tpyt à l'heure , si npus reçHeiUons tous les sentimeflsdç pialaise, les légers acçidens qu'épxOHyent çeux qui ont été seulement touchés par }n çause (lu choiera,, nous recpnnaîtrpns qu'ils ont la même naturp que les accidens les plus alarmans de cette maladie. M^ÙS pour juger cette analogie, il faut constater leur siège, se demander ce. qu'ils deviendraient en prenant de raccrpissement, leur donner un avenir. Il faytque Vintelligence di; pi,é^eqin s'arme ^'nn miçrosçppe qui grossisse ces symptômes à l'état rudiiinentaire , qui montre ce qu'ils pçurrajent devenir; alo^s il les verra tenir cpmme prigine aux phénomènes effraya,ns du choiera le plus grave.
Les troubles légers, de la santé dorit nous voulons parler> §e composent : 1°' 4ç la nçn digefr, tipn des alimens que l'on pr^v^d ; ils sont Ç3;pujr sés, hors des organes digestifs , sans ayoir sub^
les élaborations successives qu^ accompagnent cette première fonction de la nutrition , de flatuosités qui se dégagent sur la surface intestinale, et qui roulent dans le canal alimentaire des évacuations diarrheïque^ de cquleur yerte ou jï^une, qui témoignent que d^s sécçét^ons morbides s'opèrent dans les intestins , et foi;i,t redoVi^^ir ^?'§y?U Q^Â amène les évacuations çbolériques.
A ces phénoiîiènes nous ferons succéder \^&, douleurs musçulaires, les fourmillemens , les inr quiétudes des membres , les lassitudes spontanées, le^ tensions douloureiifies et momentanées sur divers points du corps, etc. Ces signes commencent une lopgue ligne au bout de laquelle nous ^'ouvons! lescramp.es, les roideurs tétaniques^ les contracT ^ons fixes, du diapbragme qui conduisent à l'fisphyxie. Nous rapporterpfis à ççt ordre dç pl^^nç^n^ène$, les. palpitations, de pçç.ur, des m-pirations moin.s ffkçiles , des ?jQ\^pirs , etç. Nous y joindrons aussi , comme produits d'i^n changement d'état de la moelle épinière, comme signes que l'innervation de ce centre nerveux est troublée ou tend à se troubler, les coliques, les mouvemens qui ie passent dans les inteSitiips,, les nausées, les efforts po.uç vomir. I^a modification morbide que 1§ iysitème des nerfs ganglion aires su^^ d^ns. le çlftQ^Çr^-Worbus , n'çsç-ellft p£^s imminente sur te p.çrspnnesque tourmentent des pesanteurs, des mar
laises épigastriques , qui recherchent le feu , qui sentent le besoin de se couvrir davantage, qui s étonnent de se refroidir si vite , dont le pouls est plus faible, qui ont le teint pâle, jaunâtre, une expression de figure nouvelle et mauvaise, des mouvemens de sueurs fréquens , de l'agitation la nuit, des accablemens passagers, du retard dans l'émission des urines , etc., etc. ? Il me semble qu'en exagérant ces légers accidens , nous arriverions à la chute du pouls, au refroidissement des tissus, à la cyanose, etc., etc.
No us venons de signaler des choieras qui sont à peine perceptibles ; mais pour les médecins observateurs , ils se composent des élémens séméiotiques du vrai choiera. Ils ne devront pas être totalement négligés; car, pour devenir funestes, il ne leur manque que de l'accroissement.
Dans une cinquième lettre que je réclame la faveur d'insérer dans ce journal , j'examinerai si l'anatomie pathologique a été utile à l'étude du cholera-morbus.
De quelle utilité l'anatomie pathologique a-t-elle été dans l'étude du cholera-morbus épidémique ?
Cette question d'un haut intérêt doit être examinée sans prévention , traitée avec réflexion , même avec une sorte de réserve. Je ne me dissi-
mule pas qu'elle s'étend bien au-delà du cercle que nous lui traçons : elle est applicable à toutes les maladies , elle renferme les destinées de la pathologie.
Les travaux de Rouet, de Morgagni, les immenses recherches de leurs imitateurs, ont jeté un si vif éclat , qu'ils ont fait exagérer les services que l'anatomie pathologique peut rendre à la médecine. On s'est conduit comme si le cadavre devait renfermer toute la maladie, comme si son ouverture devait mettre sous les yeux du praticien tous les élémens de l'affection pathologique qui s'était manifestée dans le corps vivant dont ils est la dépouille mortelle.
Sans doute si toutes les lésions dont l'ensemble constitue une malaclie, se retrouvaient dans le corps après la mortj si les lésions d'où procédaient les accidens les plus graves, les plus menaçans, se montraient constamment les plus profondes , les plus étendues , les plus apparentes ; si celles qui suscitaient les phénomènes les moins perceptibles, les moins dignes d'attention, étaient sans excep- I tion les plus légères, ^les: plus superficielles ; si < enfin toutes les lésions génératrices des maladies J se voyaient gravées sur les cadavres en caractères i proportionnés à chacune d'elles, qu'il y eut un I accord parfait entre les symptômes que l'on observe sur l'homme malade et les altérations que
Ton découvre dans son corps après la mott, l'anatomie pathologique deviendrait le fonds de la médecine pratique , elle formerait seule la. pathologie.
Mais il s'en faut bien que ces rapports existent entrç un homme malade et ce même homme devenu cadavre. On n'a pas mis une assez grande distance entre ces deux sujets d'étude. Aucun appareil, aucun tissu, aucun organe ne se présente dans l'un exaolement comme il était dans l'autre. Non-seulement le cadavre ne contient pas toutes Içs lésions qui composaient une maladie , nonseulement un certain nombre de ces lésions y sont entièrement effacées, mais même les lésions qui restent perceptibles spnt toutes modifiées j elles sont devenues incomplètes j elles ont perdu un certain nombre de leurs attributs.
La mort change toute l'organisation animale i les rougeurs, les colorations morbides, ne se conservent pas sans la vie ; les exaltations de tempéyature sont dans le même cas. On ne peut juger sur un cadavre les degrés de tension , de gonflepient qu'offraient les parties orsfanisées avant la mpyt, On ne peut, par des recherches anatomiqiie:S y déterminer la mesure d'action que suivaient les organes. Dans nos amphithéâtres anatomiques, le médecin trouve partout la même immobilité , partout un froid uniforme , partout une égale pâ-
leur ou des colorations étrangères , des nuances nouVelleSi
Après des changemens si étendus , si essentiels, le praticieh ne peut espérer de retrouver, dans un cadavre, la maladie qu'il suivait, qu'il étudiait la veille sur i'homnle vivant. Il y a toute une nature entre la salle où le médecin traite un malade ^ et l'amphitéâtre où il sè rend pour interroger les viscères de cette victime, et chercher dans ce corps que la mort vient de frapper , l'explication de cet événement. Quel découragement n'éprouve- t-il pas quand, arrivé à des parties qui fournissaient le plus grand nombre de symptômes d'où sottâietlt les accidens les plus graves , il les troiive saines , il n'y peut distinguer aucune altération appréciable ! Combien ce silence du cadavre n'èst-il pas ordinatire pour lés hémisphères cérébraux, pour la moelle épinièré ! La pulpe médullaire de ces centres d'innervation n'offre aucun changement ostensible après des maladies où ces parties jouaiëflt évidemment le principal rôle.
Plusieurs Conditions me paraissent indispensables pour que l'atiàtomie pathologique puisse ser-vir aux progrès de la médecine pratique} i**. il faut avoir bien détérftîiné ce que l'on entend par une lésion ftiorbidé, ne pôiiit apphquer ce nom seulement aux altérations des tissus organiques qui s'aperçoivent stïr les cadavres, mais l'étendré
à tous les changemens d'états , à toutes les conditions nouvelles que les organes peuvent prendre sur le vivant, dès qu'il en résulte une perversion de leurs mouvemens naturels, le développement de phénomènes anormaux, un trouble dans l'exercice de leurs fonctions; 2°. il faut reconnaître de combien de sortes de lésions morbides ou pathogenèses les divers tissus organiques du corps sont susceptibles, individualiser ces lésions, ne plus confondre des états morbides qui ont une nature distincte, qui consistent dans des modifications qui ne se ressemblent pas. Par exemple, on ne s'entendra jamais en pathologie si on ne sépare pas la surexcitation ou irritation dans laquelle les organes deviennent seulement plus rouges , plus chauds, avec un excès d'activité de laphlogose de ces mêmes organes, dans laquelle le sang imbibe leur tissu et travaille à le dénaturer, et de la congestion sanguine qui consiste dans la seule accumulation du sang dans le réseau vasculaire qui entre dans la composition anatomique de ces organes; 3°. limiter le nombre de ces lésions génératrices des maladies , les rapporter à une quantité arrêtée de types ou de modes qui seront reconnus en pathologie , qui recevront des caractères distincts, une existence particulière, en un mot, spécialiser ces lésions. Il conviendra de signaler parmi les caractères anatomiques qui appartien-
<lront à chaque mode de ces lésions, ceux qui se conservent en entier après la mort , ceux qui subissent des variations, ceux enfin qui .manquent toujours sur les cadavres,- 4°» convenir que quelques-unes de ces lésions perdent tous leurs attributs au moment de la mort. Reconnues par les symptômes qui en partent, bien constatées pendant la maladie, ces lésions s'effacent avec la vie; aucune modification, aucune altération ne peut se découvrir sur les parties qu'elles occupaient : il est même nécessaire d'introduire dans Tanatomie pathologique des démonstrations qui auront de l'intérêt, qui seront aussi concluantes que les autres , et qui consisteront à prouver que telle lésion occupait un organe , justement parce qu'après la mort on ne découvrira sur lui aucun changement, aucune altération perceptible. 5». 11 faut enfin ne pas oublier que plusieurs lésions de nature dissemblable peuvent occuper ensemble le même tissu, le même organe; que parmi ces lésions simultanées il en est de permanentes il en est de passagères 5 que sur les personnes qui meurent emportant ainsi plusieurs sortes de lésions groupées sur une seule partie, on ne distingue qu'une ou deux de ces lésions; les autres, effacées par la mort, échappent à l'investigation de l'anatomiste : il n'en tiendra aucun compte, il ignorera qu'elles ont existé.
A quoi nous conduit tout te que nous venons de dire ? à cette conclusion : que les cadavres ne sont pour les médecins praticiens que des sujets d'étude. Ce n'est point pour retrouver les maladies , pour arriver à découvrir quels étaient leurs moyens d'existence, leurs principes, qu'ils feront des ouvertures de cadavres. Dans les organisations devenues froides , inertes, qu'une décomposition putride envahit, lé médecin ne peut chercher des tehseignemens sui* tout ce qui a précédé. Les cadavres mettent sous les yeux un certain nômbre de signes , c'est à bien interpréter ces derniers qu'il s'appliquetâ; chaque sorte d'altération qu'il découvrira &ut un iïrgane , deviendra une expression cadavérique dont il devra connaître la valeur. Ce seront les restes des lésions morbides qui y ont existé : avëc ces restes il cherchera en quelque sorte à recomposer les lésions. Il est des modes de lésions qui demandent à être ainsi ressuscitées à l'aide de quelques traces, de quelques indices* Il faudra ehfiri pour avoir toute la maladie , introduire dân^ cette sôi-te dè reconstruction ces léàiotis împôrtatites que nous avons dit n'exister qu aTéclàvie, et s'éteindre avec elle. Dans l'anatomie pathologic[ué, les maladies seront comme des édifices que l'on apprécie pat les débris. Remarquons qtié d'est en s'occtipânt seulement des cadavres, que l'on a pu dire qu'il y avait des maladies sans
altération d'organes ; car on ne peut pas dire qu'il y ait des maladies sans que quelque organe du corps où elles se montrent ait e'prouvé un changement d'état , une modification morbide. Si pour le dire en passant, on ne trouve point après les névroses des désordres cadavériques qui puissent rendre raison de la perversion des facultés intellectuelles, du trouble des sens, des spasmes, des convulsions , des autres accidens , c'est que les •ntres nerveux, les hémisphères ; cérébraux , la noëlle épinière, etc., n'éprouvent dans ces malalies qu'une surexcitation ou une irritation, ou jne autre de ces lésions qui ne laissent aucune race de leur existence dans la pulpe médullaire , it qui cependant exerceraient une grande puisiance sur les fonctions de cette dernière.
Il faut aussi convenir qu'il est des parties fort lamportantes de l'organisation animale qui se déifobent par leur ténuité aux investigations de l'a- Uatomiste; tels sont les filets nerveux, les vais- Meaux exhalans , etc. Le médecin les a vus sur les BDalades dans une activité morbide; ils étaient alors plans une condition évidemment anormale. Gepenulant l'anatomie pathologique est obligée de les ^négliger, de les passer sous silence par l'impossiliulité de constater les variations que leur tissu a Ibu éprouver.
I Après ces considérations générales sur l'anato- I 13
raie pathologique, revenons au cholera-niorbus. Jj>,aii3 catte .maladie , comme dans un très-grari<] jftQmbçe d'autres, il y a quelques lésions qui s* TQOnservent entières après la mort , ou qui perdeot seulement quelques-uns <le leurs attributs , et d'au itves jlésions (et ce sont les plus importantes) qu disparaissent entièrement sur les cadavres ou qu i^e laissent que de légers indices.
Partout où le choiera épidémique s'est montM (On a cherdié, par des .ouvertures de cadavres, 4«lairer la nature de cette terrible maladie. Plu ttaivorises que les autres médecins, ceux qùi étaien attachés à des hôpitaux, ont pu se livrer plus frd .quemment à ce genre de recherches. On a inteii Togé les organes de toutes les manières, on les | tous observés avec la plus scrupuleuse attention iùdi sait quelle est le résultat de tant de travaux, il
■Ce qui a frappé de stérilité tous les les effo» <le l'anatomie pathologique , c'est que les médecû ont voulu trouver le cholera-morbus dans les ci davres et qu'ils ont regardé les lésions les pli visibles, les plus apparentes, comme les princips les causes anatomiques de cette maladie. Ainsi , est ordinaire de voir sur les victimes du choler morbus des rougeurs , des injections dans Tint rieur de l'estomac, un ramollissement partiel € la membrane muqueuse qui tapisse cette cavit< des rougeurs , des injections , une éruption c
boutons petits et nombreux dans un certain nombre d'endroits de l'intérieur des intestins et principalement dans la portion de l'ileum qui aboutit au cœcum. On s'est hâté de conclure qu'il fallait rapporter le choiera - morbus épidémique au travail morbide dont ces divers points anatomiques étaient l'expression cadavérique. Cette maladie n'a plus été qu'une phlogose de la surface gastrointestinale. Tous les phénomènes qui la caractérin sent étaient des effets directs ou sympathiques de • cette phlogose.
C'est à cette conclusion que je vais opposer la I doctrine dont je faisais tout à l'heure quelques apiplications à l'anatomie pathologique. Sans doute 1 les cadavres des cholériques font voir des points c de phlogose dans la cavité gastrique ; ils présent tent également des endroits phlogosés, une érupttion papuleuse sur la membrane muqueuse inte^r ttinale :j'ai toujours trouvé ces phlogosés, et j'ai encontré très-souvent cette éruption. Je ne veux ' nier l'existence des lésions qu'elles représennt, ni affaibhr leur importance; mais pour moi le cholera-morbus épidémique existe en dehors de ^es désordres gastriques et intestinaux : ces détsordres ne sont point une partie essentielle de la naladie qui nous occupe : celle-ci peut exister sans eux , et leur présence n'expliqye mênxe pQjipjC
phénomènes morbides qui dans le cholera-morbus se rapportent aux organes digestifs.
Les phlogoses gastriques et intestinales que l'on observe sur les cadavres cholériques , n'ont pas d'autres caractères que les phlogoses qui se font remarquer sur les mêmes parties , après un grand nombre de maladies : ce ne sont pas ces phlogoses qui fournissent les matières des vomissemens et des déjections qui caractérisent le choleramorbus.
L'abondance de ces matières , la rapidité de ces évacuations, ne permettent pas de croire qu'elles sortiraient seulement des endroits phlogosés et de ceux que recouvrirait une éruption. Une pluie humorale inonde alors le canal digestif : toute la surface intestinale a pris une disposition morbide; elle est devenue plus rouge, plus chaude, turgescente : elle fournit une exhalation exubérante. Mais ces caractères anormaux disparaissent au moment de la mort, et les parties du canal alimentaire, où ils existaient, paraissent saines sur les cadavres.
Que deviennent pendant ce travail morbide les phlogoses gastriques, les phlogoses et les éruptions intestinales ? elles peuvent favoriser le dé- Teloppement de la surexcitation qui s'empare alors des vaisseaux exhalans et des cryptes mu-
queux des voies alimentaires j elles aident aussi-r la formation de la congestion sanguine que reçoivent en même temps les tissus intestinaux; elles mêlent leurs produits aux fluides cholériques ; parfois même ces derniers en reçoivent une couleur rouge.
Ajoutons que les évacuations cholériques ne sont pas toujours en rapport avec l'étendue des phlogoses gastriques et intestinales. Sur les individus qui avaient peu rendu du haut et du bas, nous avons trouvé ces phlogoses très - intenses , très-nombreuses; sur d'autres qui avaient eu des vomissemens repétés , des déjections expressives , nous n'avons observé que des phlogoses légères et rares sur la longueur du canal alimentaire; nous avons aussi remarqué que ces phlogoses étaient vives et très-prononcées sur des personnes qui avaient cessé de vomir et d'aller du bas depuis plusieurs jours.
Il en sera de même pour l'éruption intestinale : elle était très-apparente dans des cas où les évacuations avaient été modérées; on la voyait à peine sur des individus que des déjections excessives épuisaient. Nous avons vu cette éruption très-prononcée sur un homme qui depuis trois jours n'avait éprouvé ni vomissemens , ni déjections alvines, dont les intestins étaient vides ou ne contenaient qu'un peu de matières jaunâtres.
Celui qu'afflige actuellement le cholera-niorbus, porte d'autres lésioiig que celles des organes digestifs. Citons d'abord la moëlle épinière sur les cholériques, les crampes, les serremens diaphragmatiques, les roideurs tétaniques, les hoquets, les palpitations de cœur , etc., attestent bien que ce centre d'innervation a perdu sa condition normal, qu'il est dans un état morbide ; mais après la mort il ne restera aucune trace de ce dernier état, et ceux qui exigent des preuves anatomiques n'en trouveront aucune. Soigneusement disséquée, attentivement examinée sur des cholériques qui avaient eu des crampes violentes, qui étaient morts dans un état tétanique, la pulpe médullaire de la moëlle épinière ne laisse apercevoir aucune modification appréciable. Je pense que pendant la vie, cette pulpe était devenue plus îx>uge , plus chaude , que ses molécules avaient eu une activité plus grande ; mais ces caractères du mode de lésion que nous nommons surexcitation ou irritation moi'bide, disparaissent au moment de la mort. Une certaine quantité de sérosité sous la lame arachnoïdale du cordon spinal, ijuelques globules d'ait" qui s'y rencontrent, une injection plus prononcée des vaisseaux qui recou- Yrent sa surface , un aspect morbide bien réel de l'extérieur de ce cordon; voilà tout ce que nous avons remarqué dans les autopsies cadavériques
jue nous avons fkites-; cependant nous croyons loiwoiï dire qu'il est peu d'hôpitaux où l'on ait )uvert plus de colonnes vertébrales que dans Hôtel-Dieu d'Amiens (r)*
Les crampes , les roideurs tétaniques , etc., des' holériques que nous faisons dépendre d'uwe léion de la moelle épinière, ont été regardées Gomrae^ les effets sympathiques des lésions gastro-intestililes ; même dans cette supposition , comme nous avons dit , \e centre nerveux raehidien' ne conerverait pas sa situation normaiie ; il entl»erait dans me condition nouvelle qui dievient un mode d'eî t'sions dont il faut s'occuper.
Mais l'origine sympathique que l'on' assigne aux )hén«mènes musculaires du cholera-mor])us esC oin d'être prouvée.
D'abord ces phénomènes ne sont point en rap- )ort d'intensité avec les lésions gastro-intestinalies. ^aus des cas où les évacuations choliériqu«s étaien-t rès -abondantes , où les lésions des vioies alimen- . lires paraissaient phis fortes, Ifes crampes, IteS ensions musculaires , le serrement du bas de l'a 'oitrine se montraiewt faibles , peu prononcés. 3'autre part nous avons vu d«s choieras avec des (Tv^acuations abondantes, avec la cyanose, avec le
(ty Voyez une note pliacée à la fin-, sur PHôslel-Dieu WA miens.
refroidissement , la chute du pouls, etc., sans aucun des phénomènes musculaires qui nous occupent ; la moelle épinière ne paraissait prendre aucune part à ces choieras j d autres malades, que des crampes violentes mettaient dans un état de désespoir , que des roideurs tétaniques menaçaient d'asphyxier , avaient des lésions gastro-intestinales peu prononcées.
Dans la sixième recrudescence de l'épidémie que je viens d'observer à Amiens, j'ai rencontré des choieras que j'appelle modifiés, qui ne consistaient que dans des crampes violentes, répétées avec, serrement du bas de la poitrine, des engourdissemens , même des roideurs dans les membres : les malades n'éprouvaient ni déjections alvines, ni vomissemens , ni les autres grands accidens des choieras ordinaires. Sur ces personnes la maladie me paraissait décomposée, elle m'offrait séparé un des élémens morbides du choiera : la lésion de la moëlle épinière montrait son indépendance : le groupe des symptômes qui se rapportent à cette lésion apparaissait isolé des autres.
On sait que nous attribuons les accidens les plus remarquables du choiera morbus épidémique , la cyanose, le refroidissement des tissus, la chute du pouls, l'altération des traits de la face , les anxiétés épigas triques, etc., à une modification morbide des nerfs du système ganglionaire , à unci
stupéfaclion de cette partie de l'appareil de l'innervation. Ici l'anatomie pathologique ne peut pas nous servir. Comment apprécier les changemens que les nerfs , les ganglions dont nous parlons , éprouvent dans leur couleur , dans leur consistance, dans leur résistance, dans leur aspect, dans tous leurs caractères anatomiques ? comment prouver que ces filamens si déliés , que ces plexus si ramifiés ne sont plus dans la même condition ? comment démontrer les autres qualités que ces parties auraient prises.»^ ces qualités nouvelles ne peuvent-elles pas d'ailleurs disparaître avec la vie.** peut-on espérer que les médecins seraient d'accord sur les signes cadavériques qui se rapporteraient à ces nerfs , ce que les uns affirmeront , les autres le nieront.
Cependant convient-il d'oublier entièrement l'important système que composent les nerfs ganglionaires dans l'étude des maladies .^^ faut-il négliger leur puissance , méconnaître les phénomènes qui dépendent de sa perversion , qui tiennent aux dispositions morbides que ces nerfs prennent.
Comment croire que dans le cholera-morbus , la cyanose, le froid glacial des extrémités, la cessation des pulsations artérielles , les angoisses que les malades éprouvent dans l'épigastre, etc., sont des effets sympathiques des phlogoses gastro-in-
testinales. Nous avons souvent vu des cholériques sur lesquels ces phlogoses avaient beaucoup de force, puisqu'on les a trouvées étendues, nombreuses et après la mort, et qui cependant n'offraient que quelques-uns des symptômes que nous venons de citer; encore montraient-ils peu d'expression sur d'autres cholériques qui étaient depuis long-temps froids , cyanoses sans pouls , dans un état d'anxiété extrême , les phlogoses de l'estomac et des intestins étaient peu étendues, rares, superficielles; fréquemment les évacuations cholériques diminuent, pendant que les phénomènes dont nous nous occupons augmentent d'intensité.
Dans les choieras modifiés dont nous parlions tout à l'heure, et qui, je l'espère, signalent la fin de l'épidémie à Amiens, il en est qui ne cansistent que dans des anxiétés épigastriques , avec refroidissement, cyanose passagère des mains et des poignets , pouls faiblissant , voix altérée , ainsi que la figure; sur ces malades, les évacuations cholériques n'ont pas lien , il n'y a pas non plus de crampes, de roideurs musculaires; eesfragemens de choiera ne révèlent-ils pas l'indépendance de la lésion des nerfs ganglionaires, puisqu'ils présentent isolés les curieux symptômes qui naissent de cette lésion.
Nous remarquerons que si ces symptômes n'ont pas un rapport obligé avec les phlogoses gastro-
intestinales, ils sont également sans liaison avec Ja surexcitation de la moëlle e'pinière. Des cholériques que poursuivaient des crampes continuelles et fortes, n'éprouvaient point de cyanose, de refroidissement, conservaient une certaine énergie de pulsations artérielles.
Nous ne parlerons pas ici de l'altération du sang dans le cholera-morbus épidémique. Cette altération peut se démontrer sur le vivant : elle est I très-appréciable après la mort; les considérations « que demande ce sujet sont d'un autre ordre que (Celles dont nous nous occupons.
En recherchant si les ouvertures cadavériques lavaient été utiles dans l'étude du cholera-morbus, I nous nous demandions où aurait été conduit celui 4 qui, dédaignant l'anatomie pathologique , se serait • arrêté aux symptômes, aurait voulu acquérir une c connaissance toute physiologique de cette maladie. III me paraît évident que les symptômes séparés Ipar groupes distincts , d'après leur origine , l'aurïaient fait arriver sur la surface gastro-intestinale, sstir la moëlle épinière, et sur le plexus nerveux du ggtand sympathique. 11 ailrait d'af)rès la nature, la T valeur de ces symptômes, pu prévoir (jtïelle esppèce de modification, de changement, chactine *d«s patties de l'organisation animale à laquelle ces rayraptômes se rapportaient, avait éprouvée. Ce Knédecin ne serait-il pas approché de là vérité plus
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près que ceux qui ont pris pour guide l'anatoniie pathologique.
De ce qui précède, je conclus i i". que les recherches cadavériques par l'appUcation trop étendue, trop absolue que l'on a fait à l'étude du cholera-morbus épidémique , a induit les médecins en erreur, qu'elle leur a présenté les lésions les plus apparentes , comme celles qui jouaient le principal rôle dans cette maladie, qu'elle leur a fait négliger d'autres lésions plus importantes, parce qu'on ne les apercevait pas sur les cadavres , bien que des symptômes spéciaux en constatassent la réalité sur le corps malade.
2°. Que le cholera-morbus doit être étudié sur l'homme vivant et non pas après la mort, parce que le premier recèle les lésions que le dernier n'offre plus. Dans cette maladie comme dans un très-grand nombre d'autres, le médecin fera, si j'ose ainsi parler, une dissection intellectuelle de l'organisation vivante, et interrogera chacun des appareils organiques du corps. Par là il apprendra quels sont ceux qui ont éprouvé une modification anormale j il pourra même deviner quelle est la nature de cette modification. L'anatomie pathologique lui mettra sous les yeux les altérations matérielles que certaines lésions produisent dans le tissu des organes qu'elles attaquent. L'absence de tout changement dans l'aspect, dans les caractères
anatomiques d'organes dont les fonctions étaient troublées, servira de preuve que c'était bien certain mode de lésion qui les occupait.
De la douleur que fait naître la pression de la région épigastrique.
L'étude du cholera-morbus épidémique me paraît devoir imprimer à la séméiotique une direction nouvelle. Les symptômes des maladies ne seront plus seulement des caractères qui les distinguent , qui les font reconnaître, des traits qui leur donnent une physionomie : on voudra en tirer d'autres notions; on ne se contentera plus de les énumérer; on les soumettra à une sorte d'enquête. On remontera d'abord à leur origine , on consultera de quel organe ils sortent; puis on recherchera ce qui a pu les produire, quelle modification ou quelle lésion ils supposent dans les parties vivantes d'où ils proviennent.
Quand on ne considère que les symptômes que comme des preuves qu'une maladie donnée existe actuellement, les services qu'ils rendent au praticien sont bientôt à leur fin. Mais si les symptômes fournissent les renseignemens dont nous parlions tout à l'heure , s'ils font connaître les tissus organiques qui sont dans un état normal, et l'espèce de changement, d'altération , que ces derniers ont
éprouvés, ils deviennent les meilleurs guides du médecin pour la connaissance et pour le traitement des maladies.
Ouvrons nos ouvrages de pathologie , examinons les descriptions des maladies : nous y trouverons une foule de phénomènes accumulés , pressés; aucun ordre ne se montre dans leur disposition ; c'est, dit-on, le tableau de la maladie; je ne puis y voir qu'un tableau de mots , mais sans aucune intention de représenter la chose. Ces symptômes forment un ensemble incohérent que l'esprit parcourt sans intérêt et sans fruit, et que la mémoire a peine à retenir.
Il en est bien autrement quand chaque symptôme se rattache à un appareil organique , et qu'il concourt à révéler le mode de lésion qui existe sur cet appareil. Faisons-en une expérience : prenons pour exemple les fièvres , et arrêtons-nous à la liste des symptômes des fièvres inflammatoires, des fièvres bilieuses ou des autres fièvres de la nosographie philosophique. Recherchons l'origine de chacun de ces symptômes , portons-les successivement aux divers organes qui les réclament ; puis par l'ensemble de ces symptômes, jugeons en quel état se trouvent ces organes. Cette méthode est bien simple; voyez cependant où elle nous amène. Il est évident que ce5 fièvres tiennent à des lésions organiques ; elles ne sont donc plus
essentielles; ce travail seul opère les cbangemens qui signaleront dans l'histoire de la pathologie les années qui viennent de s'écouler.
Si les symptômes sont l'expression des lésions morbides ou pathologénèses , ils doivent prendre une grande importance en pathologie. On devra pour chaque mode de lésion distinguer les signes qui annoncent sa naissance, son état rudimentaire , les signes qui marqueront ses degrés d'accroissement, ceux qui appartiendront à son plus haut point de développement; on devra aussi, à l'exemple des botanistes , reconnaître des caractères primaires qui seront fixes , constans, d'une signification précise , dont l'apparition mettra hors de doute l'existence et la nature d'une lésion j des caractères secondaires qui auront une valeur moins certaine, qui serviront à confirmer ce que les premiers symptômes annoncent , mais qui seuls ne suffiraient pas ; enfin des caractères tertiaires qui n'inspireront au médecin qu'une confiance subordonnée pour la détermination des lésions morbides.
Mais cette manière de considérer les syfnptômes suppose que l'étude des lésions a obtenu dans la pathologie l'importance qu'il faudra bien lui donner. On ne soumettra la sémeiotique aux règles que nous venons de tracer, que quand il sera bien reconnu que tout état de maladie dépend
d'un changement dans la condition normale de quelqu'une des parties de l'économie animale, que tous les points du corps qui fournissent des symptômes ont pris une disposition nouvelle, que cette disposition est une lésion morbide dont ces symptômes sont le produit et dont ils peuvent révéler la nature. Alors l'énumération des symptômes n'est plus que l'exposé fidèle de l'état actuej du corps malade, c'est le tableau exact de tout ce constitue la maladie.
Après ces considérations générales , nous revenons à la sensibilité de l'épigastre qui, considérée comme signe diagnostique, nous paraît avoir été mal jugée. A quelle partie de l'organisition animale doit-on rapporter cette sensibilité, ou quel est l'organe dont la disposition morbide se manifeste quand une pression sur l'épigastre fait naître une douleur ? quelle est la nature de la modification ou de la lésion que cet organe a éprouvée, quand la région épigastrique offre cette susceptibilité morbide? Voilà des questions sur lesquelles nous avons désiré donner ici quelques réflexions.
On sait que dans les ouvrages de séméiotique on rapporte à l'estomac la sensibilité de l'épigastre ; on sait qu'on a voulu dans ces derniers temps y trouver une preuve certaine de l'existence d'une phlogose dans la cavité de ce viscère. Pour le choleramorbus on a d'abord admis que cette sensibilité
ttinorbide s'observait toujours, puis on en a déduit rcomrae conséquence que dans cette raaladie les ininiques gastriques étaient constamment le siège ! 1 un travail plilegmasique.
Ici nous perdrons de vue tous les phénomènes *jéméiotiques que le médecin peut noter dans la fégion épigastrique , comme son degré de tempévaiture , de tension , d'élévation , coname les senijimens variés de malaise , de pesanteurs, d'ardeurs, Je tiraillemens , de picotemens , d'anxiétés , etc., i{ui se manifestent spontanément dans cette ré- ■ion, et que les malades, quand on les interroge, -raduisent toujours par le nom commun de douurs. Nous ne nous arrêterons qu'à un seul fait, 'aux souffrances que la pression des doigts sur épigastre provoque.
Remarquons que , même en santé , la sensibilité e toujours dans l'épigastre un degré de déveppement qu'on ne lui trouve plus sur les aues parties du corps. Tout attouchement un peu irrusque sur cette région est pénible. D est des rsonnes sur qui cette sensibilité est constament exquise. Une foule de causes la font varier le même individu, elle ne reste pas égale, ttle est tantôt vive, tantôt plus obtuse. Quand e est agitée par quelque passion , cette sensiiUt« acquiert une force remarquable. Dans les étions pathologiques qui intéressent l'appareil
(le l'innervation , qui ont leur siège dans les hémisphères cérébraux , dans la moelle épinière , on la trouve fréquemment très-prononcée; il est même des cas où cette sensibilité prend un tel degré d'exaltation, que les cris , les tambours, un coup de fusil , une porte qui se ferme, toutes les sortes de bruits, toutes les vibrations de l'air, agissent sur ce centre, y ont un retentissement, y font naître de la douleur.
Dans la région du corps que l'on nomme épigastre , sont rapprochés un certain nombre d'organes : quel est celui que la pression des doigts offense quand on les appuie sur cette région? voyons ce qu'il faudrait que cette pression opérât pour que ce fût l'estomac. Il faudrait que leaM doigts fussent parvenus jusqu'aux tuniques gas^ triques; il faudrait qu'ils eussent trouvé les tuniques gonflées, tendues, résistantes, et qu'en les déprimant ils eussent causé dans les fibres de ces tuniques des déplacemens , des tiraillemens , des tractions , qui seraient la cause ou la source des douleurs que cette opération fait ressentir au ma? lade.
Mais ces effets ont-ils lieu quand le médecin ej plore l'épigastre ? d'abord l'estomac n'occupe pa! cette région ; il n'y est accessible aux doigts qu« q^uand il est distendu par des matières liquides^ »oli des, oupar des gaz, etqu'il vient s'arrondirau-dessus
du colon transverse , et au-dessous du lobe gauche du foie ; encore les doigts n'atteignent alors qu'une partie de l'étendue de ce viscère ; la douleur que produirait l'enfoncement de ses tuniques en dedans ne pourrait déceler que l'état morbide de ce point de l'estomac, et n'éclairerait pas le médecin sur la disposition actuelle des autres. ]Mais quand l'estomac est vide , il n'y a que sa porttion pylorique qui soit dans l'épigastre. Pour que la douleur fût le produit de l'agression que les doigts exercent sur ce viscère , il faudrait que les ktuniques de ce dernier fussent alors comprimées, ppressées, violentées. Or, dans les cas ordinaires, IJa pression de l'épigastre est trop légère pour arriver à l'estomac. Sur les personnes qui ont de l'enbonpoint , cet effet n'a pas lieu ; il ne serait «possible que sur les individus très-maigres.
Encore si la douleur devait sortir de la tuni- [ue péritonéale , même des couches musculeuses le l'estomac , auxquels un travail de phlogose lurait donné une sensibilité exquise , qu'il devrait ^Ire dans un état permanent de tension , de gon- Hement. Mais ce ne sont point seulement ces )ohlogoses gastriques que doit révéler la sensibiliité de l'épigastre, et surtout la phlogose et même Virritation de la cavité de l'estomac que cette senùbxlité fait reconnaître; c'est sur la membrane mu- [ueuse de ce viscère qui se montre si molle , si
lâche, si extensible, que la pression de leplgastn; doit opérer une agression telle que la doulein en soit le résultat. Ajouterons-nous que la plih». gose n'occupe ordinairement que quelques points de l'étendue d^ la cavité gastrique , et que ces points ne peuvent se trouver toujours sous les doigts du médecin qui explore la région épigastrique. Enfiti si la douleur tenait à l'action des <ioigts sur les tuniques de l'estomac, elle serait plus forte , plus vive dans l'hypocondre gauche qui contient la grosse tubérosité de ce viscère, ce qui n'a pas lieu.
On peut tous les jours vérifier sur les cadavres que , dans l'exploration de la région épigastrique, les doigts n'arrivaient pas sur l'estoraac , et que la douleur qu'il faisait naître ne provenait pas de ce viscère.
A quoi donc attribuerons-nous cette douleur ? nul doute , pour moi , qu'elle n'ait son origine dans les plexus nerveux du grand sympathique, qui sont dans l'endroit du corps qui nous occupe plus nombreux , plus nourris , plus épais , plus •vivans. Le voisinage des ganglions semi-lunaires y entretient d'ailleurs un ïojet de sensibilité , un centre d'action. C'est là ce qui m'explique la grande susceptibilité de tous les tissus organiques qui existent dans le rayon que l'on comprend soi" le nom d'épigastre, ce qui m'apprend pourquoi cette
> sttSceptibîUté éprouve tant de variations; poiiriiquoi toute agressioit mécanique cause de kt dou- Jeor quand elle a lieu dans cette région , bien qu'aucun des organes qui y résident ne soit actuellement pris de phlogose , ne soit même dans une condition morbide.
Remarquons que ce n'est pas précisément dans ist place qu'occupe l'estomac, que l'oa éprouve de wà douleur quand on comprime l'épigastre ; c'est ce plus souvent sous le cartilage xiphoïde, c'est nnênie plus haut que les malades la ressentent , lîlle n'a point un siège fixe , stable ; elle se montre yague, comme diffuse.
On me demandera , sans aucun doute , quelle MDodification les plexus nerveux éprouvent quand >ls donnent à la région épigastrique une sensibilité onsolite quels sont les attributs de cette nouvelle condition ou de cette lésion ? Je répondrai que e'est un point obscur qu'il faut éclaircir. Il est probable que les filamens nerveux qui composent es plexus ont alors leur tissu plus chaud, plus. H>nge que dans l'ordre normal. Il est probable lue, comme toutes les parties organisées qui sont ccessibles à nos yeux , ils portent alors les attri- Hits de l'irritation.
' Nous avons recherché avec soin cette sensibirté de l'épigastre sur les cholériques ; nous avons ibnstaté qu'elle manquait très-souvent. On pou-
( 2ia )
vait agir fortement sur cette région , y revenir , interroger les malades avec soin ; la pression sur l'épigastre ne causait aucun sentiment pénible. Nous avons vu aussi que cette sensibilité se développait brusquement. Des malades que j'avais quitté depuis peu d'heures, et dont l'épigastre était tout-à-fait indolent, avaient dans cette région une telle susceptibilité , que je ne pouvais y toucher sans les faire souffrir. Il était très-ordinaire de voir une sensibilité exquise de l'épigastre dispa- . raître en peu de temps , par une application de sangsues, d'un cataplasme opiacé, parfois sans qu'on eût dirigé aucun remède contre elle.
Nous aurions bien voulu pouvoir déterminer, je ne dirai pas de quelles modifications des plexus nerveux ces variations dépendaient, seulement à quels phénomènes du cholera-morbus ils se liaient. Mais nos efforts ont été vains ; la cyanose , le refroidissement des tissus, l'absence du pouls, etc. , j se montraient avec comme sans la sensibilité de l'épigastre.
Il est important ici de remarquer que , dans l'exploration de cette région , souvent le premier attouchement seul est douloureux. Si on laisse main en place pendant quelques instans , on peut ensuite presser assez fortement sans que le malade se plaigne.
Il faut aussi distinguer la douleur qui est leprO"
tlilit de la pression, des sentimens de malaise que* le malade ressentait dans l'épigaslre qui s'y niani- ! estaient spontanément, et que souvent la pression n'augmente pas.
Sans doute les plexus des nerfs ganglionaires prouvent d'autres modifications que celle qui lonne à l'épigastre une sensibilité morbide; sans doute les plexus sont sujets aux mêmes modes de sions que tous les autres tissus organiques ; niais nous ignorons encore par quelle série de signes morbides chacune de ces lésions se signale.
Terminons en disant que nous avons voulu vériiier par des recherches cadavériques si la sensibiité de l'épigastre était liée à des phlogoses gastri- [ues. Nous avons recueilli un grand nombre d'observations qui nous ont prouvé le contraire sur les personnes qui, dans les derniers temps de eur existence , avaient la région de l'épigastre rès-sensible à la pression ; nous avons trouvé la avité gastrique à peu près saine; la membrane nuqueuse qui la recouvre n'offrait que quelques égères taches rouges, encore se trouvaient-elles ouvent sur des points que les doigts ne pouvaient , itteindre. D'autres malades, qui avaient la région 1.1e l'épigastre indolente ou très-peu sensible, poracaient un estomac dont l'intérieur était rouge, -ouvert d'injections. Je me rappelerai toujours une femme nommée Lebon , qui est restée pen-
dan t plusieurs années sous nos yeux , à l'Hôtel-Dieu d'Amiens^ elle était tourmenté de spasmes, d" accès de tremblement, de monomanie suicide. Elle se plaignait sans cesse de douleurs , d'ardeurs dans 1 epigastre ; elle disait ressentir dans tout le Las-ventre un feu qui la consumait 5 elle ne permettait qu'à regret qu'on touchât son épigastre; par moment il devenait d'une sensibilité excessive : à l'ouverture de son corps, nous trouvâmes son estomac trèssain; la membrane muqueuse de ce viscère n offrait aucune altération notable. Nous étions étonnés de voir , après une maladie si longue , l'organe gasti'ique se montrer si près de son état normal. »
Après les profondes et utiles questions posées et en partiçs résolues par M. Barbier, il ne sera sans doute point déplacé d'observer ici que longtemps avant le 10 avril, époque de l'invasion du cholera-morbus , on avait remarqué des crampes , des coliques, des diarrhées, et même des choieras, sporadiques sur plusieurs personnes. Nous vîmes aussi après l'apparition , des individus atteints de choiera épidémique , pour avoir pris de légers pui> gatifs .; mais les causes qui favorisent le plus le dé^ veloppement de cette maladie, furent, sans coU' tredit, les maisons les plus rapprochées les unés^ des autres ; petites , étroites , humides , mal éclairées et encombrées d'habitans peu aisés , comme d'ailleurs le prouvent les tableaux que nous don-
nous ci-après. C'est même clans une de ces rues que nous avons vu des femmes guérir du choiera pour en être atteintes de nouveau, et être assez heureuses pour y échapper encore.
Les étrangers furent frappés de l'épidémie dans une proportion assez grande, puisque quarante périrent; est-ce aux fatigues, aux inquiétudes des voyages qu'on doit attribuer ce nombre de victimes? ou bien l'influence cholérique agirait-elle avec plus de force sur des voyageurs qui n'y sont pas habitués que sur ceux qui restent dans le pays où elle règne ? Pour nous , nous pensons que l'une et l'autre cause ont pu y contribuer.
Nous avons aussi remarqué que les individus, atteints de dévoiement , étaient d'autant plus promptement pris du choiera , que leur corps était moins habitué à ce dérangement, tandis que d'autres personnes qui avaient de fréquentes coliques, des diarrhées , échappèrent à l'épidémie, en employant les soins que la prudence et la médecine ordonnent dans de semblables circonstances : tant il est vrai de dire que l'économie animale souffre d'autant moins d'une maladie qu'elle y est plus souvent sujette. JNous avons vu des personnes éprou- Ter tous les symptômes du choiera épidémique, mais sans vomissemens et sans déjections alvines : nous donnâmes des soins, avec M. Routier, à M™*^. Hennebert qui se trouvait dans un cas pareil;
elle succomba. Quelques mois avant, M. Routier lui avait enlevé une énorme tumeur à la cuisse , dont elle était parfaitement guérie.
Long-temps avant et même pendant l'épidémie, nous avons donné des soins à des personnes prises de quelques symptômes légers de choiera, moins la période cyanique, désignés sous le nom de cholérine ; cette maladie prenait quelquefois un type périodique et résistait opiniâtrement à toute médication* le temps ou quelquefois un choiera grave terminait ce singulier état.
Nous avons cité à la page 97 une jeune fille enceinte et atteinte du choiera , qui en guérit, et accoucha heureiisement ; mais à coté de ce fait unique et extraordinaire pour nous , nous présenterons plusieurs femmes enceintes prises du choiera, qui toutes accouchèrent d'un enfant en putrilage , pu moins heureuses encore , qui succombèrent par suite de cette maladie.
Il nous est fréquemment arrivé d'être appelé pour des personnes qui vomissaient des matières cholériques, sans en éprouver ni douleurs ni fatigues , et qui bientôt se trouvaient en proie au choiera le plus grave, le plus douloureux.
La présence de l'épidémie qui nous occupe n'empécha pas, en i832, les maladies qui paraissent ordinairement à Amiens; les personnes atteintes et mortes du choiera furent tout-à-fait en dehors
du nombre des décès annuels ; il y eut autant de maladies que les autres années, et la mortalité fut aussi grande qu'avant l'apparition de ce fléau. Le choiera semblait marcher et frapper ses victimes à part ! seulement il leur imprimait son cachet , si je puis m'exprimer de la sorte ; c'est ainsi qu'un jeune homme, atteint de petite vérole, eut les boutons noirâtres , violacés , au lieu de présenter un aspect blanchâtre , nacré ; il eut aussi des crampes douloureuses , du délire ; il guérit. Un vieillard , pris de cérébrite, avait la peau flétrie; outre son habitude , elle avait aussi une couleur violacée comme dans la période asphyxique ; il succomba. Ces deux malades demeuraient à Rivery , où le choiera ne parut , quoique cette commune fût située à peu de distance d'Amiens , et entre cette ville et Camon , où l'épidémie exerça ses ravages.
Quelquefois le choiera était porté au point d'occasionner l'amaurose ! Malgré la gravité de cet état, plusieurs malades recouvrèrent promptement la vue et guérirent; je citerai entr'autres le nommé Ringuet, rue Pont-à-Moinet.
Parfois le choiera se compliquait aussi avec d'autres maladies ; c'est ainsi qu'on a vu un tapissier de la rue des Trois-Cailloux, pris du choiera, avoir les parotides ; il succomba.
La période asphyxique du choiera ne supprima point la sécrétion du lait chez les nourrices; nous
l'avons vu spontanément couler cliez des ieiiunes qui, avant l'invasion, nourrissaient, pendant que dans la dernière classe du peuple, les enfans couchés avec leurs mères cyaïiosées, saisissaient le sein pour prendre le lait d'un cadavre vivant ( comme ont dit les médecins allemands , en parlant des cholériques dans la période algide ), et offraient le pénible spectacle d'un être plein de vie, acharné à un corps mort pour y' trouver sa nourriture.
Quelques-uns de ces enfans furent pris du choiera et y succombèrent , pendant que d'autres ne reçurent aucune atteinte de cet épouvantable allaitement !
La rapidité de cette maladie était effrayante^ en effet , nous avons vu le choiera enlever des malades en quatre et six heures. Souvent la période asphyxique allait jusqu'au troisième jour j c'est alors surtout qu'on remarquait des déjections alvines rougeâtres , couleur de lie de vin. Quand ce symptôme paraissait, le malade n'offrait plus grand espoir au médecin (i).
( I ) Kffets des agents chimiques sur les sécrétions gastriques , intestinales et biliaires.
En mêlant vingt grains de calomel avec une once de fiel de bœuf qui était préalablement couleur de foin vert, elle prit la teinte de pois verts. Cette teinte devint plus mar-
Lorsque le choiera se prolongeait, il n'était pas rare de voir la peau des malades se recouvrir de rougeurs aux jambes, aux cuisses, à la poitrine; ces éruptions s 'élevant au-dessus de la peau n'affectaient jamais une forme régulière , n'incommodaient point les malades.
Quelques-uns de nos cholériques guérirent promptement des plaies occasionnées par les vésicatoires ouïes irritans posés sur la peau, pendant que d'autres ne pouvaient s'en débarrasser; nous citons parmi ces derniers le nommé Viseux, rue Tappeplomb, dont les plaies aux jambes, résul-
quéc par l'application de la chaleur , et il s'y introduisit une nuance de jaune. Après vingt-quatie heures de repos, le mélange était d'an vert obscur comme l'aubier. Le calomel était au fond ressemblant à une pommade bleue , qui était onctueuse au toucher.
En mêlant quarante grains de calomel avec une once de fiel de bœuf d'un brun léger, avec une nuance de jaune, le mélange prit la couleur d'ocre. Après avoir reposé, il devint de couleur d'herbe verte ; dans cette expérience , le calomel se décolore moins que dans la précédente : en mêlant quinze grains de calomel avec six dragmes de fiel I de mouton , de couleur brune foncée , avec une nuance de vert, le mélange prit une légère teinte de pois verts, aVec • une nuance de jaune. Après s'être déposé, le calomel ne 1 paraissait point changé, et la bile prit une belle couleur
tant de cataplasmes sinapisés , ne cédèrent ni à nos efforts , ni à ceux de MM. Routier et Riquier, que nous nous étions adjoints. Cet homme, atteint de l'épidémie le lo mai i832, ne se vit guéri de ses plaies que dans le courant du printemps i833. Mais les individus si difficiles à guérir étaient ou lymphatiques ou d'une constitution profondément affaiblie.
Pendant le choiera asiatique, nous avons aussi traité à Amiens grand nombre de personnes atteintes de la suette , maladie peu grave , ainsi que nous l'avons remarqué avec M. Routier , dans la
verte foncée : en mêla jl quarante grains de calomel avec deux dragmes de bile de chèvre qui était d'un vert foncé, il ne se manifesta aucun changement de couleur.
En mêlant quatre dragmes de fiel de bœuf, d'un brun clair, avec une égale quantité de liqueur d'ammoniaque, la mixture prit la couleur du vin de Madère par le mélange de parties égales de bile de mouton et de liqueur d'ammoniaque; le fluide devint d'une légère couleur jaune, auparavant la bile était d'un jaune très-foncé.
En mêlant quatre dragmes de fiel de bœuf avec pareille quantité d'élher sulfurique , les deux fluides restèrent séparés; la bile auparavant vert pois prit une teinte jaunâtre, l'éther devint jaune.
Ces observations ont été communiquées par M. M. T. Farland, chirurgien aide-major.
personne de M. Cotterel , rue Sainte-Claire ; mais quelquefois la suette se compliquait de symptômes cholériques ou d'un choiera grave.
Peu de temps avant l'invasion du choiera , et dans les premières semaines de sa présence à Amiens, on vit les coqs et surtout les poules, et d'autres oiseaux , succomber à une maladie qui avait la plus grande analogie avec le choiera; en vain on leur donna , d'après le conseil de M. Bietl , qui se trouvait ici , le charbon végétal en poudre, mêlé à leui; manger. Quelques-unes vomissaient une matière blanchâtre , floconneuse, rendaient des selles semblables, avaient leur crête noirâtre, devenaient hérissés , tournaient rapidement sur elles-mêmes , tombaient sur le dos, se débattaient, puis mouraient ou se relevaient. L'aspect de leur peau était violet, les organes internes offraient les mêmes lésions que chez les personnes qui succombaient au choiera épidémique.
Le 2 juin 1882, quelques médecins crurent devoir demander que les secours extraordinaires délivrés aux malherireux , au sujet du choiera, cessassent dans toutes les paroisses, excepté dans celle St.-Leu , alors remplie de convalescens et de personnes atteintes de l'épidémie ; mais M. le maire répondit que la recrudescence du choiera s'opposait à cette mesure qui pourrait nuire aux
nécessiteux. Néanmoins , les mêmes médecms renouvellèrent cette demande le 22 du même mois, et nous fûmes assez heureux pour faire prolonger les secours aux indigens de la paroisse Saint- Leu, malgré l'arrêté suivant :
Œ Un service médical extraordinaire, destiné aux indigens, a été organisé au commencement de l'épidémie. L'administration municipale, par un avis du i3 avril dernier, a indiqué les noms de MM. les médecins qui avaient été répartis entre les différentes paroisses. Maintenant le conseil de salubrité reconnaît que cette organisation peut cesser et le service rentrer dans l'ordre habituel. La Mairie vient, en conséquence, de transmettre à ces hommes honorables qui ont donné de si grandes preuves de dévouement à l'humanité , l'expression de sa profonde gratitude et de son estime.
Les médecins auxquels les indigens devront dorénavant recourir sont, savoir :
Pour la paroisse St.-Leu, M. Riquier , rue basse Noire-Dame, n°. i5.
Pour la paroisse Notre-Dame , M. Terrai , rue de Noyon, n°. 46'
Pour la paroisse St.-Remi, M. Fauvel, petite rue St.-Remi, n'^. i3.
Pour la paroisse St.-Jacques, M. Dubois-Quillet, cloîtïe de la Barge , n°. 6.
Pour la paroisse Saint-Germain, M. Thuillier, cloître Notre-Dame, n°. 12.
Qu'il soit permis au maire de la ville d'Amiens , de saisir cette occasion de signaler à la reconnaissance publique V intendance sanitaire dont les avis nous ont été si utiles , le conseil de salubrité dont ies soins nous ont si efficacement aidés dans les recours à donner et les mesures de prévoyance qui ))nt été prises.
Que ne devons-nous pas à la munificence royate, à la générosité et aux sentimens charitables des uabitans de-cette ville, à la sagesse, à l'activité du magistrat éclairé qui dirige notre département, au :r.èle et à la surveillance des commissaires de quartiers , au bureau de bienfaisance , à la commission i administrative des hospices.
Quels soins affectueux, quel dévouement nous wons vu dans les hospices! quels secours n'avonscous pas reçu des élèves en médecine envoyés aîms la banlieue.
Fait à la Mairie d'Amiens, le ^5 juin i832. Le maire de la ville d'Amiens , etc.
H^^ ThieriOn. »
M. le Maire envoya en même temps la lettre ttivante à MM. les médecins :
he 24 Juin i832.
Monsieur , vous avez bien voulu faire partie B8 l'organisation médicale que l'invasion du cho-
ïera-morbus à rendue nécessaire, et vous avez porté avec un zèle au-dessus de tout éloge les secours de votre art à tous les indigens qui se sont adressés à vous pour être traités de cette cruelle maladie. Jamais l'administration ne perdra le souvenir des soins que vous avez donnés aux malheureux. Elle se plaît à vous en exprimer toute sa reconnaissance. Elle se félicite de pouvoir vous annoncer que le conseil de salubrité, après avoir entendu le rapport de MM. les médecins, sur l'état sanitaire des différens quartiers de la ville, a reconr*u que le service médical pouvait rentrer dans l'ordre habituel.
Après les fatigues que le plus grand dévouement à l'humanité souffri^nte, pouvait seul donner la force de supporter, un peu de repos vous était indispensable. Jouissez-en, Monsieur, avec toute la satisfaction que doit vous inspirer le bien que vous avez fait.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le maire de la ville d'Amiens , etc.
P. S. La réunion médicale qui a lieu tous les jours à la Mairie , vers midi , continuera ainsi qu'il a été convenu, parce qu'elle est. nécessaire pour constater l'état sanitaire de la ville d'Amiens j vous êtes prié de vouloir bien vous y rendre. »
Cet arrêté fut pris un. peu trop totj non-seule-
ment les secours extraordinaires continuèrent dans la paroisse Saint-Leu, mais encore dans la paroisse Saint-Jacques , où M. Jérôme, pharmacien , reçut l'ordre de continuer à livrer des médicamens id' après les ordonnances des médecins, qui faisaient partie de l'organisation médicale j et même ^M. Terrai écrivait , le i4 juillet, à M. le maire, que le choiera avait paru de nouveau à cause de ia canicule , pendant que d'autres médecins lui (assuraient qu'il n'avait jamais cessé , comme il est évident d'après les tableaux que nous donnons ; cette divergence d'opinions tenait, sans doute, à la iJiarche différente que le fléau suivait selon les [quartiers.
Le 8 août, le conseil de salubrité annonça à IM. Thierion qu'il avait examiné les mémoires de l.VIM. les pharmaciens de la ville, et que les trouvant fort raisonnables, il le priait de vouloir en lordonnancer la dépense. MM. les pharmaciens Miéritèrent bien de leurs concitoyens dans ces péiiibles momens ^ oh en vit même coucher dans leur I fficine pour être plutôt prêts à donner aux malteureux ce que les médecins ordonnaient j une Ihilantropie obligeante qu'ils partagent avec les ommes instruits les dirigeait pendant cette calamité publique. On jugera de leur surcroît de travail en apprenant que MM. Reynard et Gonsse , kharraaciens ordinaires des pauvres , fournirent ,
clans le deuxième trimestre de 1882, pour environ deux mille neuf cents ordonnances différentes , de mëdicamens aux indigens seulement, et que les autres phannaciens en délivrèrent au nombre de trois mille cent douze j pour les nécessiteux, du l3 avril au 22 mai i832 (i).
Ce fut le 27 août que M. Duboc, rue de la Roquette, h°. 5, à Paris, envoya à M. le maire l'annonce d'une eau dite de la Roquette, qui courait partout, était dans les colonnes de presque tous les journaux : il l'annonçait comme un moyen prophylactique , curatif même du choiera à tous ses degrés , avec un aplomb , des preuves , une apparence de conviction et de désintéressement si grands , que beaucoup de personnes voulaient en avoir, ne fut-ce que pour eii essayer; mais commé ses topettes de trois à quatre onces coûtaient 3 ou 4 francs , malgré le désintéressement si prôné de l'auteur, et qu'il ne fallait pas moins que Tùsagé interne et externe, c'est-à-dire en boire et faire des lavemens pour que le spécifique opérât, le i tout préalablement étendu dans une bouteille d'eau ; M. le maire , dans l'intérêt d'une certainè classé de crédules , en fit prendre deux tOpetteS
(1) Voyez les élàts des pharmaciens placés à la fin de cet
ique M. Pauquy analysa, et reconnut être de l'eau' tfortement chargée d'acide sulfurique, et tenant en ^suspension un certain arôme qu'il crutêtre d'oranf;ge ou de quelqu'autre fruit qui en approchait j ce liinélanofe connu en médecine sous le nom de limohiade minérale, employé même dans le choiera, tinais non point d'une manière exclusive, fut pour Idchever la conviction, accordé à quelques malades, ;|[ui en demandaient, et cela d'autant plus volontiers jj^u'il n'avait rien de nuisible, mais ils n'en succomh)èrent pas moins à cette cruelle maladie.
Le choiera continuait toujours ses ravages à limiens, et surtout dans les faubourgs et banideue, quand le 12 septembre 1 882, nous apprîmes i[ue M. Deheilly, un des médecins qui s'étaient le •lus distingués par leur ïèle et leur dévouement au ervice des malheureux, venait d'être frappé morellement du choiera! Les secours que lui prodiuua l'amitié de ses collègues , les soins touchans de [)Dn épouse et de ses parens, rien ne put empêcher Il mort de l'enlever, le i5 , à onze heures du ma-r m, à ses nombreux amis qui savaient l'apprécier, tt à une épouse digne de toute son estime, et à nn enfant en bas âge; sa perte fut douloureuse pour ))us ! Le nombreux cortège qui l'accompagna jus- Qu'au champ du repos , les larmes et les regrets uue chacun donna à sa mémoire, prouvèrent l'es-
time et rairiitié dont il jouissait parmi ses concitoyens !
M. Thierion et le conseil municipal, désirant honorer sa mémoire et reconnaître une partie des services que les médecins avaient rendus à leurs concitoyens, surtoutpendant le choiera, allouèrent à son enfant , sur les revenus de la ville , une pension de 4oo fr. par an ; faible dédommagement d'une aussi grande perte, mais qui honore la ville d'Amiens, toujours empressée à récompenser le mérite, et ne le laissant jamais dans l'oubli.
Le choiera disparut en ville pendant le mois d'octobre , et l'avis suivant vint en donner la certitude aux habitans.
« Habitans d'Amiens ,
Enfin le choiera a cessé ! les cas devenus plus rares ont insensiblement disparu , ou n'offrent plus le caractère épidéfnique.
Si ce fléau nous a profondément affligés, il a fait briller le dévouement et l'esprit véritablement charitable de cette population.
Quelle activité , quelle sagesse , quel désintéressement de la part des médecins de cette ville! comme ils ont droit à nos plus sincères remerciemens ! tous nous ont aidé de leurs soins , de leurs lumières, et une bien triste perte, celle que nous i
{ 2Si )
lâvons faite de M. Deheilly , nous prouve que leur -zèle et leur dévouement ont été sans réserve.
Fait à la mairie d'Amiens, le 29 octobre i832.
Le maire de la ville d'Amiens , chevalier de l'ortire la légion d'honneur.
WK Thierion. " M. le maire envoya aussi aux médecins la lettre spuivante :
Ce 3o octobre i832.
« Monsieur, L'administration municipale , au moment où elle ula satisfaction d'apprendre la disparition du chortira, éprouve le besoin de payer un nouveau tri- )out de reconnaissance à chacun de MM. les méitiecins qui , depuis l'invasion de ce fléau, ont proiliffué tous leurs soins à l'humanité souffrante., i irâces vous soient rendues pour votre zèle, votre tfésintéressement et votre active sollicitude ! Je conserverai toujours au fond du cœur le précieux ûouvenir des services éminensdontvos concitoyens lous sont redevables. Je me félicite , monsieur ,, Vêtre l'interprotre de leurs sentimens dans celte iirconstance; il m'est doux de pouvoir compter i.n cas d'un nouveau malheur , sur les mêmes tertus et sur les mêmes talens. La promesse que ILM. les médecins font à cet égard était superflue^ tî sais, monsieur, tout ce que je puis attendre te leur dévouement et de leurs lumières. Je sais,.
que leur concours est toujours ass\iré à mon administration pour le soulagement des malheureux, et que l'avenir ne sera pas moins fécond que le passé en actions généreuses.
Je vous prie de vouloir bien agréer tous mes remercîmens.
Je joins ici un exemplaire de l'avis que j'adresse aux habitans de la ville.
Agréez , monsieur , l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le maire de la ville d'Amiens, chevalier de la légion d'honneur,
H''. Thierion. »
M. Fumeron d'Ardeuil , nommé conseiller-d'état et directeur de l'administration départementale et municipale au ministère du commerce et des travaux publics , répondit à MM. les officiers de la garde nationale et à tous les principaux habitans, qui, instruits de son départ, étaient venus lui présenter leurs respects', à peu près de la manière dont il avait adressé ses adieux à INIM. les maires et sous-préfets par urfe circulaire que nous rendons ici :
Amiens y 3o novembre 1882.
A MM. les sous-préfets et maires du département.
« Avant de quitter l'administration de ce département pour me rendre un nouveau poste auquel
le roi m'a fait l'honneur de m'appeler, je viens vous adresser mes adieux, et l'expression de tous les sentimens que j'éprouve en m'éloignant d'un pays d'où je n'emporte que d'heureux souvenirs.
II serait superflu de donner de nouveaux éloges à la franchise et à la loyauté de caractère des habitans de ce département, à leur patriotisnie pur et sincère , à leur respect pour les lois , à leur amour pour l'ordre non moins que pour la liberté. Comment n'aurais-je pas éprouvé une vive sympathie pour d'aussi bons citoyens ! en arrivant au milieu d'eux, je les ai trouvés fidèles et dévoués à notre charte de juillet et au trône national; ils reconnaîtront, j'espère, que mes discours et mes exemples n'ont pu que fortifier en eux ces nobles sentimens. Sensible autant que je dois l'être, à la bienveillance, à la confiance qu'ils m'ont constamment témoignée , je ne peux aujourd'hui leur en prouver ma gratitude qu'en l'exprimant ici, et en les priant de regarder toujours comme un compatriote celui qui prendra toujours autant d'intérêt qu'eux-mêmes à la prospérité et au bonheur de cette province si belle.
J'éprouve le regret de ne laisser dans ce département aucune trace importante et durable de mon passage; car je ne peux appeler autrement une administration malheureusement trop courte, puisqu'elle n'a duré qu'une année. A peine avais-
je eu le temps de prendre une connaissance exacte du pays, de ses ressources et de ses besoins; de concevoir divers projets utiles et d'en préparer l'exécution. Si quelques-unes de ces améliorations se réalisent par la suite, si je laisse seulement quelques bonnes idées, quelques vues fécondes, j'aurai du moins la consolation de penser que mes travaux n'ont point été perdus.
Je regrette vivement de ne pas avoir le plaisir de décerner, comme je me le proposais, d'éclatan s et justes éloges à ceux qui ont rendu de si éminens services , durant la cruelle épidémie qui disparaît enfin de ce déparlement, après y avoir si long-temps exercé ses ravages. Il m'eût été bien doux de signaler haiitement à la reconnaissance publique les médecins infatigables et leurs dignes élèves ; ces respectables sœurs hospitalières, ces aumôniers ou curés , ces administeurs et même ces citoyens de toutes les classes, infirmiers volontaires ,qui ont plus particulièrement fait preuve de zèle et de courage pour secourir les malheureux atteints par le terrible fléau. Mais leur éloge est dans la bouche de tout le monde, et leur plus digne récompense est dans leur cœur.
Vous, Messieurs, qui m'avez plus spécialement secondé dans les nombreux détails d'une administration que j'aurais désiré rendre plus fertile en résultais heureux, je me plais à vous en témoi-
gner ici toute nia gratitude, et je saisirai avec empressement toutes les occasions que mes nouvelles fonctions pourront m'offrir de faciliter votre administration,- heureux de pouvoir encore coopérer avec vous à la prospérité de ce pays et au bienêtre de ses habitans !
Recevez, Messieurs , avec mes adieux, l'assurance de ma considération la plus distinguée et de mes sentimens affectueux.
Fumeron-d'Ardeuil. »
Quelques cas rares, disséminés, eurent encore lieu dans le courant de novembre ; on vit même pendant l'hiver des personnes malades d'affections étrangères au choiera épidémique, qui finirent par en être atteintes et y succomber : mais depuis le choiera n'a point reparu. Puisse notre pays en être totalement débarrassé et ne plus payer de tribut à ce terrible fléau !
Au moment où nous livrons cet ouvraere à l'impression (juillet i83ji), notre ville se trouve sujette à une maladie qui , bien que peu grave , mérite de trouver place ici , quelques personnes ayant cru , mais à tort, qu elle précédait le choiera : nous voulons parler de la Grippe ; nous n'avons point vu cette maladie l'an dernier, ni même en i83i , comme à Berlin, où elle dura i5 jours;(i) à Mos-
(i)Il résulte de l'oxtraiUles registres tlo la lislp civile, qui
cou, Pétersbourg, deux mois; à Londres, Vienne, 4o jours; à Paris, toute l'année, en subissant divers transformations , pour y reparaître cette année et attaquer au moins les quatre cinquièmes de sa population avec une intensité variable.
Cette maladie qui déjà a frappé les trois quarts des habitans d'Amiens , mais avec des nuances aussi différentes qu'il y a eu d'individus atteints , a pour principal symptôme l'irritation générale
s'imprime chaquesemainedansle feuiJlcton (Reobachterar derSpréc), compulsé pour l'année 1 83o, dont aucune cause ne semble avoir troublé l'état sanitaire, que pendant le cours de celte année il est mort, à Berlin, par semaine , chifl'rp moyen, cent cinquante-quatre personnes, variant ordinairement entre les extrêmes de cent trente à cent soixante-dix-huit personnes.
Résultats comparatifs.
Epoque de la grippe ou in- Epoque du choiera sumfluenza, mum d'intensité.
Nombre des décès du i5 Décès du 18 septembre au
au aSmaiiSSi SGa 1". octobre i83i. . . . 56o
Mortalité moyenne Mortalité moyenne
pour deux semaines , . 3o8 pour deux semaines . . 3o8
Mortalité extraordi- Mortalité extraordinaire (*) 254 naire
(*) Celle grande morlalité de la grippe nous paraît dû i \» constilnlion cholérique qui déjà se faisait senlir.
des membranes muqueuses depuis la conjonctive jusqu'à celle du rectum et de la vessie : à ce symptôme vient souvent se joindre une hémoptysie, ou une hémicranie , une otite , une sciatique , un rhumatisme, de la diarrhée, une uretrite ou un coryza.
Quelquefois la plupart de ces synipômes ont paru chez le même individu et presque simultanément : tous les malades ont une physionomie frappante d'analogie : les traits sont amaigris, retirés, contractés , la face est grippée, la voix est' enrouée, voilée; il y a de la toux, un malaise général, une sorte de torpeur; les sécrétions de la pituitaire et des bronches sont onctueuses, grasses , d'un jaiine verdâlre.
Très-rarement les symptômes que nous venons de désigner vont jusqu'à l'inflammation, et quand elle arrive , il faut lui donner un traitement convenable; dans le cas contraire nous croyons utile d'éviter d'affaiblir les malades en n'employant que les moyens propres aux affections catarrhales dont la grippe ne nous paraît différer que par sa nature épidémique.
Cholera-morbus épidémique d' AMIENS en 183:
NOMS des
COMMISSAIRES DE SALUBRITÉ
NOMS des Rues , Faubourgs t Banlieue.