SYMPTÔMES ET TRAITEMENT DU CHOLERA
Symptômes.
Il est à remarquer que pendant le cours d'une »idéraie cholérique , tout le monde en ressent nfluence : les personnes, même les plus robuséprouvent du malaise, un trouble plus ou* oins marqué dans les fonctions digestives. Ces ^ers accidens ne doivent point les effrayer, ce- •ridant la prudence veut qu'alors elles vivent avec
plus grande tempérance.
Ordinâirement le choiera s'annonce par une al-
t^ratron des fonctions digestives, par de la céplialalgie , par quelques autres symptômes qui se retrouvent au début de presque toutes les malaladies; mais souvent aussi il éclate la nuit ou de grand matin par une attaque brusque et violente.
On éprouve un sentiment de gêne, de malaise , une sensibilité exagérée dans la région épigastrique , de la douleur autour de l'ombilic : bientôt cette douleur augmente et s'accompagne du brisement de tous les membres; puis surviennent des déjections alvines, des nausées, des vomis- i semens ; des crampes parcourent les pieds , les j jambes, les mains, les bras, et s'étendent jusqu'au j tronc. L'agitation , l'anxiété sont extrêmes ; le malade pousse des cris décbirans ; le corps est soulevé par des mouvemens brusques; les douleurs d'estomac et de ventre sont intolérables.
Le malade vomit d'abord des matières alimentaires nouvellement ingérées, qui se trouvaient dans l'estomac et dans le duodénum; de même ses déjections sont d'abord formées des matières | contenues dans les intestins, mais bientôt il net rend plus par le haut et par le bas qu'un liquid' aqueux, inodore , blanchâtre, floconneux, semblable à de l'eau de riz sale, à du blanc d'œuf délayé.
Le pouls qui d'abord était vif, tombe tout à coup, et disparaît quelquefois au point de ne plus
:e aperçu : la face offre une altération singu- ■re , il y a dépression des traits , excavation des ux qui deviennent ternes et flasques, souvent ilutation des pupilles : au-dessous de l'œil paraît ■a cercle bleuâtre, livide j cette couleur s'étend ientôt aux ailes du nez, aux pommettes , aux cilles , aux lèvres , aux membres et même au onc.
Toutes les parties de la peau qui ne sont pas teintes de cette coloration livide , sont pâles et colorées, en outre la peau est froide, plissée comme durcie; la langue est froide, l'air exré froid , et cependant le malade ressent une laleur extrême , surtout au creux de l'estomac, i il éprouve un sentiment d'ardeur et de brûiie. La soif est vive , toutes les sécrétions sont spendues, il n'y a point de salive, point de le, point d'urine.
La voix est faible , creuse , la respiration gênée,
y a même des suffocations ; le bas-ventre est )nflé , plein et mat à la percussion : toutes les • rictions sont troublées ou suspendues , et ce-
ndant au milieu de ces graves désordres, la ason reste presque toujours intacte.
L'agonie est quelquefois douloureuse : le plus juvent les crampes , les vomissemens et les déjecoûs cessent : alors le froid augmente; le pouls
-ttaiblit de plus en plus , il survient du coma,
des syncopes, une sueur froide , visqueuse, et le malade s'éteint.
La cessation des spasmes , des vomissemens et j des déjections, avec retour de la chaleur, coloration de la peau , élévation du pouls , présence de la bile dans les évacuations , sécrétion des urines , sont l'annonce du retour à la santé.
La marche du choiera est ordinairement rapide , quelquefois le malade succombe eu peu d'heures ; mais la maladie peut durer 24 , 36 et 40 heures.
s'il.
Traitement.
Le point essentiel pour le traitement , c'est qu'il soit commencé sans retard, dès l'apparition des premiers symptômes ; le succès dépend de la promptitude des secours.
La première indication à remplir , la plus importante , est de rappeler à l'extérieur la vie qui est concentrée sur les organes digestifs et sur les centres nerveux. Plusieurs moyens ont été proposés,- tous ne sont pas d'un emploi aussi avan-| tageux.
Les bains réchauffent le corps comme une masse inerte , mais sans exciter les vaisseaux capillaires
t les nerfs. D'iiilleurs il laut une baignoire , une uve, et si l'on réfléchit à l'état du malade, on oncevra que ce moyen ne sera pas toujours d'un mploi facile.
Les frictions avec des alcoholats ou aveo des teintures alcooliques, faites à l'air libre, causent, par l'évaporation des principes spiritueux , un Iroid bien opposé au but que l'on se propose. Les frictions sèches avec une brosse molle ou de la llanelle sont préférables j mais leur action n'est pas assez vive, assez efficace; elles ne sont utiles que pour attendre des moyens plus actifs.
Que peuvent des moxas , des vésicatoires sur la calorification du corps d'un cholérique? C'est sur de grandes surfaces qu'il faut agir; voici le traitement que nous croyons préférable.
Dès les premiers symptômes , le malade est couché dans un lit bien chaud, couvert de bonnes couvertures, et frictionné avec une brosse, et de la flanelle sèche, en attendant la préparation des cataplasmes suivans :
On prendra pour les faire environ deux livres de farine de graine de lin; le cataplasme sera bien cuit , bien épais, puis il sera étendu sur une serviette pliée en deux; alors il sera saupoudré uniformément avec quatre onces de poudre de moutarde , ou, ce qui vaut mieux , arrosé avec I trois gros d'huile volatile de térébenthine, mêlée
à parties égales d'un alcoholat aromatique. Oa fera en sorte que cette liqueur soit étendue sur tous les points du cataplasme, et aussitôt que la chaleur sera supportable, on en entourera le membre,.puis on enveloppera celui-ci avec une étoffe de laine , et on contiendra le tout avec une bande.
Ces cataplasmes sont placés autour des pieds , des jambes, des cuisses, des bras j ils sont appliqués fort chauds , et leur chaleur est conservée soigneusement j sans ces précautions , leur effet devient presque nul.
On conçoit l'action de ces topiques ; leur chaleur se communique à la peau qu'ils recouvrent j bientôt l'alcohol et l'huile de térébenthine se vaporisent , excitent les papilles nerveuses de la peau , réveillent leur vitalité et celle des vaisseaux capillaires j le malade sent la chaleur irra- / dier du point recouvert par ces topiques , vers toutes les parties du corps.
Si l'on ne pouvait trouver assez de farine de graine de lin pour faire ces cataplasmes, on la remplacerait soit par la poudre de tourteaux , soit par la farine de froment ou de seigle, mêlée à un quart de son, et dans laquelle on ajouterait un peu de graisse, de beurre et même d'huile, et mieux un peu de farine de graines de lin , si l'on pouvait en avoir. Lorsque ces cataplasmes ont acquis la consistance nécessaire , on couvre
la surface qui doit être mise sur la peau , soit avec l'huile de térébenthine, comme il a été dit plus haut, soit avec la farine de gTaine de moutarde, soit avec de la moutarde ordinaire; à défaut de ces substances on emploierait du vinaigre très-fort , quelques gousses d'ail pillées , ou du poivre en poudre.
La drague, prise immédiatement après la fabrication de la bière, et bien chaude , serait encore utile. Il faut varier ces cataplasmes selon les ressources que présente chaque locahté; celui qui pourra être préparé le plus vite, sera préféré, car nous le répétons , l'essentiel est d'agir promp- Lement. Nous ajouterons qu'il est des cas, heureusement très-rares, où l'application de flanelles trempées dans l'eau bouillante, et placées sur les membres supérieurs et inférieurs, peut seule empêcher la mort.
Dans les maisons de santé des villes , on tiendra des cataplasmes préparés et chauds , pour le service des malades qui se présenteraient.
On secondera l'action de ces cataplasmes par une médication interne ; mais ici les médecins ne sont plus tous d'accord : cela tient à ce que l'épidémie revêt souvent des caractères différens l'un heu à un autre, et même pendant le cours le sa durée dans le même lieu; d'ailleurs le tem- )érament de chaque malade fait varier la maladie
et ks remèdes qui lui conviennent; et puis qui ne sait qu'en médecine il est plusieurs moyens pour remplir les mêmes indications ?
On se trouvera toujours bien de faire prendre au malade des boissons adoucissantes ou tempérantes, telles que l'eau sucrée avec un peu d'eau de fleurs d'oranger , l'eau d'orge édulcorée, une limonade légère , etc. ; ces boissons seront données à petites doses à la fois : toutes les dix minutes on fera prendre au malade de quatre à six gouttes de laudanum de Sydenham dans une cuillerée des boissons indiquées plus baut , ou dans une infusion légère de thé , de menthe , de tilleul) etc.
Ces moyens suffiront bien souvent pour arrêter les progrès du mal ; mais en tout cas ils permettront d'attendre l'arrivée du médecin ; lui seul peut déterminer s'il est utile d'avoir recours aux sangsues et à la saignée , souvent nécessaires dans le début 5 lorsque le malade est jeune ou robuste, ou lorsque, dans le cours de la maladie, il y a des symptômes de congestion sanguine au cerveau
ou sur la poitrine.
Le calomeluni à l'opium, le sous-nitrate de bismuth, le camphre, les douches, les applications froides sur l'épigastre, et beaucoup ^autres remèdes ont été recommandés par des médecins habiles; mais ils doivent être donnes avec oppof:
nité, il serait dangert^x de les mettre imprudemment en usage.
Il ne faut pas croire, au surplus, q\xf; le choiera de l'Inde exige un traitement nouveau , différent de celui qu'on emploie pour le choiera de notre pays ; il est bien constant aujourd'hui que par le genre de communication, par la marche rapide et l'intensité des symptômes , le traitement doit donc être le même : seulement il faut dans l'emploi des moyens mettre une force et une rapidité d'action égales à celles de la maladie qu'on attaque.
Peu de jours après la réception de ce travail , M. Fumeron d'Ardeuil envoya ^MM. les Maires la circulaire suivante :
« Messieurs ,
La présence du cholera-morbus à Londres et et sur la côte anglaise de la Manche, quoique celte maladie ne s'y annonce pas d'une manière violente , a dû cependant exciter toute la sollicitude du gouvernement : aussi n a-t-il négligé aucune des précautions qu'indiquait la prudence. L'ordonnance du 1 8 de ce mois, insérée dans tous les journaux, et que j'ai fait publier en outre dans les formes prescrites par l'art, i*-^ de la loi du 5 mars 1822, a prescrit pour les provenances des I parties de l'Angleterre où la maladie s est mani-
festée une plus longue «^i^arantaine : la surveillance la plus exacte a'exerce sur toutes nos côtes ; enfin le grouvcrneraent a fait rédiger par la commission centrale de salubrité de Paris une instructwn populaire sur le régime à suivre afin de se préserver du choiera, et sur la conduite à tenir lorsque cette maladie se déclare.
Vous recevrez, messieurs , avec la présente circulaire , quelques exemplaires de cette instruction.
J'y joins un exemple de l'instruction détaillée que vient de publier l'intendance sanitaire de ce département. Je vous recommande instamment de répandre ces instructions , autant qu'il sera possible parmi vos. concitoyens , de les engager à s'en procurer un exemplaire , ce qui leur sera facile puisqu'elle va être imprimée à profusion et se vendra au prix le plus minime : répétezleur surtout qu'ils ne doivent point se livrer à des craintes exagérées ; que , si malgré toutes les précautions, le choiera venait à pénétrer en France, ceux qui s'effraieraient le plus, en seraient certainement les premiers atteints , et que d'ailleurs, il est aujourd'hui bien constaté que cette maladie a perdu beaucoup de sa violence en pénétrant dans des contrées plus civihsées, et partout où elle a trouvé une police active et vigilante, une population bien précautionnée et peu facile à effrayer ; cela est si vrai que le nombre des
victimes tki choiera en Angleterre n'égale pas celui des décès qu'occasionnent en France certaines maladies , telles que la petite vérole , la grippe, la fièvre scarlatine et autres dont cependant on ne s'épouvante guère parce qu'elles sont plus communes et mieux connues.
Mais il ne suffit pas que le gouvernement prenne toutes les mesures que suggèrent l'expérience et la prudence, il faut encore que les autorités locales les exécutent avec zèle et fermeté ; il faut même que les particuliers secondent le gouvernement et l'autorité , en se conformant aux réglemens arrêtés , et en suivant des conseils qui sont donnés autant dans l'intérêt personnel de chacun que dans l'intérêt de tous.
Ainsi, messieurs , comme il est démontré que le choiera se répand de préférence partout où il trouve un air moins pur, un foyer quelconque d'infection , c'est pour vous un devoir rigoureux de faire disparaître au plus tôt toutes les eaux croupissantes , les fumiers et autres dépôts d'immondices qui existent sur la voie publique , enlever les boues , combler les mares et puisards , en un mol de ne rien négliger pour l'assainissement et la propreté de l'intérieur des communes. Quelles que soient les oppositions que vous éprouveriez , il faut les vaincre : les lois de police vous en donnent les moyens, et ce n'est pas lorsqu'il
s'agit de la santé publique, de la vie de nos concitoyens , de celle des récalcitrans eux-mêmes , que nous devons céder à de vaines considérations ou à des influences quelconques.
Quant aux particuliers , voici les conseils que vous devez leur donner, en leur faisant sentir tout le danger auquel ils s'exposent s'ils ne s'empressent pas de s'y conformer : qu'ils suivent avec la plus grande exactitude tout ce que prescrit VInstruction populaire que je vous transmets aujourd'hui ; il faut qu'ils fassent sans délai restaurer ceux des murs de leurs maisons qui seraient salpêtrés par l'humidité , réparer les fosses d'aisances , les plombs , les toitures , les pavés et les ruisseaux des cours , afin d'empêcher la stagnation des eaux, qui est une des causes les plus graves d'insalubrité. Quant aux locataires, ils doivent aérer leurs appartemens le plus souvent possible j laver fréquemment, et autant qu'ils le pourront avec de l'eau chlorurée , les cuvettes de plomb qui communiquent aux escaliers et aux cuisines 5 nettoyez^ les latrines , faire enlever régulièrement les fumiers, les débris de végétaux, les immondices; éloigner d'eux les animaux malpropres ; faire balayer et laver la voie publique et les ruisseaux devant les portes; enfin maintenir dans leurs logemens , autour d'eux et sur leurs personnes, la plus grande propreté possible.
Il n'est pas douteux que ces mesures ne produisent d'excellens résultats et qu'elles ne contribuent à prévenir l'invasion de la maladie , ou tout au moins à diminuer de beaucoup ses effets , si malheureusement elle parvenait jusqu'à nous.
Je n'insisterai pas davantage , messieurs , sur l'objet de cette circulaire ; il s'agit de la vie de nos concitoyens ; que pourrai=je dire de plus fort pour stimuler votre zèle !
Recevez de nouveau , messieurs , l'assurance de ; ma considération distinguée et de mon sincère . attachement. »
Le 22 février i832j l'intendance sanitaire de- 1 manda à M. le maire d'Amiens par M. Routier, * son président-semainier, que le Blamont fût mis i à la disposition de l'administration des hospices, y pour leur servir de succursale en cas d'invasion f probable du choiera.
Le i*"^. mars, M. Thiérion s'occupa du choix 0 des commissaires de salubrité , tant dans la ville <| que dans ses annexes , et leur envoya par la suite la circulaire suivante :
« Monsieur , au moment où le cholera-morbus nous menace , il importe que l'administration et ^ les bons citoyens associent leurs efforts pour obtenir, dans la ville d'Amiens et sa banlieue , un assainissement aussi complet que possible.
Je m empresse donc, monsieur, conformément
à l'art. 2 du règlement de l'intendance sanitaire, en date du ii janvier dernier, approuvé le i3 février suivant , par M. le ministre des travaux publics et du commerce, et à mon arrêté du 1 2 janvier, de vouloir bien accepter les fonctions de commissaire de salubrité. Je vous serai infiniment obligé de vous conformer aux instructions publiées par l'intendance sanitaire, et dont un exemplaire est ci-joint.
Dans cette grave circonstance, l'administration doit compter sur le concours des hommes recommandables par leur caractère, leurs lumières et leur zèle. J'attends du vôtre les plus heureux résultats.
Je recevrai avec plaisir et reconnaissance toutes les observations que vous croirez devoir m'adresser dans l'intérêt de la santé publique.
Je joins ici un exemplaire de mon arrêté et votr€ commission.
Agréez, monsieur, etc. (i) »
Ce fut aussi au commencement de mars que M. Thiérion créa un nouveau cimetière pour Renancourt ; celui qui existait en cet endroit étant
(i) Nous avons mis les noms de MM. les commissaire» j de salubrité dans une colonne du tableau n». i , pour éviler de nommer les rues une seconde fois.
rop resserré et trop près des habitations. M. le laire fit partout observer strictement les détails ui concernent la police municipale.
Le préfet du département , M. Fumeron d'Ar- 'euil, accéléra de son côté l'établissement dès ailes de cholériques aux hospices de X Hôtel-Dieu t des Incurables j^AT ses démarches, par ses offres pontanées et l'activité qu'il déploya : tels furent s travaux qui terminèrent le mois de mars.
Le i". avril, M. Barbier, président- semainier, emanda à M. le maire que le marché à Loques, înu sur la place St. Firmin , fût transporté dans Ile St.-Germain , sur l'emplacement où existait utrefois un magasin à fourrage. Il lui demanda iissiqu'à l'avenir, et comme cela se faisait autreiis, les bouchers tuassent et vidassent les anilaux en plein air, sur la place dite delà Tuerie; 3 que ce magistrat s'empressa d'ordonner. Le lême jour il rassura l'esprit timoré de quelques abitans de la grande rue de Beauvais , effrayés e voir deux salles de cholériques établies à Yhosice des Incurables; ces habitans avaient écrit au lairepour qu'on les transférât dans un autre enroit.
Le 2 avril, M. Creton, président-semainier, renit compte à M. le maire de la visite de salubrité ue l'intendance avait faite dans les établissemens ublics et particuliers dans la ville d'Amiens; il
lui annonça qu'il mettait les établissemens communaux, ainsi que ceux qui étaient à la charge de la ville, sous sa surveillance; en effet, il fat ej^écuter de suite tous les trarvaux nécessaires, et placer des urinoires en forme de perte-d'eaui en. divers endroits , pour empêclier Turine d'exh». 1er.,, comme par le passé , une odeur souvent nuisiWe.
Le conseil de salubrité , composé d'hommes recommandables , et tout aussi zélés que ceux dont nious venons de parler, remplissait de son côté avec la plus grande exactitude les fonctions qui sont dans ses attributions. Le 3 avril, il proposa à M. le maire d'Amiens d'organiser, en cas d'invasion du choiera, les bureaux de secouFS pour les indigens, et d^écrire aux médecins pour les prévenir, et leur indiquer la paroisse à laquelle iliS seraient attachés ; il chargea de suite ce conseil de lui soumettre un plan d'organisation, qui fut dressé par une commission composée de INOL Terrai , rapporteur ; Rigollot fils , Fauvel , médecins ,, et Facquez, l'aîné , pharmacien j dès qu'il l'eut reeu, il fit afficher l'avis suivant :
« De prompts secours donnant une plus grancb certitude de; neutraliser les effets du choiera, on ne doit donc rien négliger de ce qui contribue» en affaiblir l'action. C'est dans ce but que leniaii*, sur la proposition du conseil die salubrité, a ar-
ganisé dans les cinq paroisses de la ville d'Amiens, les faubourgs et les sections, un service général de secours pour les indigens , ainsi qu'il suit :
Paroisse Saint-Leu.
MM. Riquier, médecin des pauvres de la paroisse, basse rue Notre-Dame, ri". i5.
Douchet , rue St.-Leu , n**. 63.
Hévin père (i), chaussée St.-Leu, n^. 78. Pauquy , rue basse Notre-Dame, n**. 29.
Petit , rue St.-Leu , n°. 5.
Paroisse Notre-Dame.
MM. Terrai , médecin des pauvres de la paroisse, rue de Noyon , n°. 43.
J.-B. Josse, impasse Porte-Paris, a". 19. Hévin fils , rue du Loîip , n°,f 11.
Josse fils, cloître de la Barge, n". 7. Catty, rue de Noyo», n". 11.
Paroisse Saint-Remi.
MM. Fauvel , médecin des pauvres de la paroisse, petite rue St.-Remi , n°. i.
Tavernier, rue des Cordeliers, n°. 4- Letétu , rue des Jacobins , n°. 20.
(1) M. Hévin père succomba aux fatigues que lui occasionna le service des malades dont il s'acquiltait arec zèle , quoiqu'il fAt septuagénaire.
Sativë, impasse Sainte-Marie, n**. 3.
Seigneur-Gens, petite rue de Beauvais, n**. 48.
Paroisse Saint-Jacques.
MM. Dubois-Quillet, médecin des pauvres de la paroisse , cloître de la Barge , n°. 6. Alexandre, rue Gresset, n°. 56.
Boucher , rue des Capucins , n". 19.
Févez , place de la Marie , n". 8.
Paroisse Saint-Germain.
MM. Thuillier , médecin des pauvres de la paroisse, cloître Notre-Dame, n°. 12.
Deheilly, rue du Chapeau-de-Violettes, n° 1.
Caudron,rue du Chapeau-de-Violettes, n". 3.
Lenglet, rue des Sœurs-Grises , n°. i.
Une boîte de médicamens est déposée chez MM. les médecins plus haut désignés, qui s'empresseront d'administrer les secours de leur art aux personnes qui les réclameront.
Fait à la Maire d'Amiens, le i3 avril i832, etc. »
Le maire adressa aussi à MM. lès médecins cités dans l'avis qui précède , la lettre suivante en date du 1 1 avril i832.
Cl Monsieur, de prompts secours donnant uneplus grande certitude de neutraliser les effets du choiera, on ne doit négliger aucune des précautions qui peuvent contribuer à en affaiblir l'action,- c'est dans ce but, monsieur, que le conseil de salubrité
près la mairie, m'a proposé d'organiser, en cas d'invasion du choiera, dans les cinq paroisses de la ville et des faubourgs, des bureaux de secours. Je vous prie, monsieur, de vouloir bien faire partie de celui de la paroisse Saint-Leu. Il sera composé, indépendamment de vous, de MM. Riquier, Pauquy , médecins, Hévin père, chirurgien et Douchet, médecin.
Vous avez donné constamment, monsieur, les *' plus grandes preuves de dévouement à l'humanité ( souffrante. Je suis hien persuadé , monsieur , que vous vous empresserez de rendre dans ces graves circonstances tous les services que vos concitoyens peuvent attendre de vos talens et de votre zèle ; je vous en aurai, en mon particulier, la plus vive reconnaissance.
Agréez, monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le maire de la ville d'Amiens , etc. "
M. Fumeron d'Ardeuil envoya , dès le 2 avril , une instruction sur le cholera-morbus , que M. Thierion s'empressa de faire imprimer , afficher et distribuer avec profusion; nous la transcrivons ici :
EXTRAIT de V instruction populaire, rédigée par la commission centrale de salubrité de Paris.
Obsei-ver la plus grande propreté sur soi et dans son logement.
Eviter tout refroidissement et se tenir chaudement, surtout le ventre et les pieds.
Éviter de poser les pieds nus sur le carreau.
Les ouvriers qui seraient obligés de travailler dans un lieu froid et humide, fer^iient bien de porter des sabots ou des galoches.
S'abstenir de dormir les croisées ouvertes.
Rentrer chez soi de bonne heure , afin d'éviter le froid et l'humidité des nuits.
Éviter autant que possible les excès de fatigue.
Quelque soit la saison ou la température , ne se vêtir trop légèrement.
La sobriété ne saurait être trop recommandée : en conséquence, éviter tout excès de nourriture leÇ de boissons ; car on a observé que les ivrognes et les gens livrés à la débauche étaient très-exposés à être attaqués du choiera.
Se nourrir principalement de viandes et de soupes grasses : user le moins possible de charcuterie et dg viandes salées; renoncer aux pâtisseries lourdes.
S'abstenir 4(6 crudités de toute espèce.
Toute boisson froide , prise quand on a chaud, peut être dangereuse ; l'eau dont on se sert pouf la boisson doit être claire ; l'eau filtrée est préférable à toute autre. Au lieu de la boire pure, il vaut mieux y ajouter deux cuillerées d'eau-de-vie par pinte ou de l'eau-de-vie d'absinthe.
L'eau rougie , c'est-à-dire l'eau dans laquelle on lura ajouté un peu de bon vin naturel, convient également.
L'abus des liqueurs fortes est très-pernici€ux ; il en est de même de l'usage de l'eau-de-vie, prise seule et à jeun. Les personnes qui en ont contracté I habitude doivent manger au moins un morceau de pain avant de boire de l'eau-de-vie : la même observation s'applique à l'usage du vin blanc pris à jeun.
On doit proscrire de son régime la bière et le cidre qui seraient de mauvaise qualité.
Toute personne qui se sentirait affectée subitement de douleurs sourdes dans les membres , de pesanteur de tête , d'étourdissement, de sentiment d'oppression , d'anxiété de poitrine , d'ardeur et de brûlure au creux de l'estomac , de coliques, devra tout de suite faire appeler un médecin ou réclamer l'assistance du bureau de secours le plus voisin.
j^n attendant le malade devra se mettre au lit , et prendre une infusion bien chaude de menthe et de tilleul , et se réchauffer par tous les moyens possibles.
Le préfet de la Somme , en publiant cette instruction , ne peut que recommander instamment à ses concitoyens de se conformer exactement 4 tout ce qu'elle prescrit; c'est le seul moyen,
dans le cas où le choiera se manifesterait dans ce département , d'éloigner d'eux la maladie , ou du moins d'en dimiuuer les effets et de faciliter par de prompts secours l'entière guérison de ceux qui en seraient atteints. Il compte sur le zèle de tous les administrateurs municipaux, de MM. les curés et desservans , de MM. les officiers de santé, et même de tous notables , pour le seconder à cet égard, par leur influence et leurs utiles conseils.
Amiens, le i". avril i832.
Fdmbron d'Ardeuil.
Le maire de la ville d'Amiens engage ses concitoyens à se bien pénétrer de la nécessité de suivre en tout point l'instruction ci-dessus , que M. le préfet vient de lui adresser par sa lettre de ce jour ; il en espère les plus heureux résultats en cas d'invasion de l'épidémie qui nous menace.
Il compte sur leur amour du bien public pour la stricte exécution des réglemens sanitaires , et il est certain qu'ils faciliteront de tous leurs moyens la tâche de MM. les commissaires de quartier qui ont bien voulu se charger de veiller au maintien de la salubrité.
Fait à la Mairie, le 3 avril 1882.
H'"'. Thierion.
Le secrétaire du bureau de bienfaisance , M. Adéodat Jourdain de Thieulloy, avait annoncé le
6 avril à M. le maire qu'il avait fait la distribution de l'instruction sur le choiera dans les six paroisses de la ville, et qu'il prenait des mesures pour délivrer du chlorure de chaux aux indigens, lorsque le conseil de salubrité lui écrivit de ne point les continuer.
Cependant une garnison nombreuse devant ar- •iriver dans cette ville le 8 avril , M. Barbier , présient-semainier, en écrivit à M. le maire, pour qu'il fit en sorte d'obtenir le Blamont pour le mettre à la disposition des soldats malades ; trois jours iprès , M. Jourdain-Herbet , président-semainier à n tour , annonça à M. Thierion , que d'après l'avis d'une commission de l'intendance, le Blaont ne pouvant contenir que i5o lits, nombre suffisant en temps ordinaire seulement, il ttait urgent d'en établir un certain nombre à Stcheul. M. Guidé, prêtre, à la disposition duquel e trouvait cet ancien pensionnat , se hâta , sur i demande que lui en fit M. le maire , de l'offrir 1 la ville ; et par les démarches et les soins de C. Roch, sous-intendant militaire, ce nouvel Aoital temporaire , le plus sain de toute la ville, éunit bientôt tous les secours que réclamaient s militaires malades. Leur médecin ordinaire, .. Rigollot fils , homme dont le zèle et les conlissances lui valurent un. rang honorable dans tat-major des armées de l'empereur Napoléon ,
pendant qu'à la même époque , son père , vénérable médecin, franchissait journellement les remparts d'Amiens (en i8i4 ), pour porter au grand séminaire, alors ambulance militaire, les secours de son art , et arracher quelques victimes au typhus, se signala par son zèle et 5on dévouement dans cette circonstance. M. Thuillier, qui avait été nommé chirurgien de cet hôpital, se distingua également en s'acquittant de ses fonctions avec une activité et un talent dignes des plus grands éloges ; mais accablé sous le nombre de ses malades, il paya un tribut à son courage, et fut obligé de s'aUter; M. Pauquy le remplaça vers la fin de l'épidémie.
Cependant on avait arrêté que ceux des militaires qui seraient atteints du choiera, seraient traités à l'Hô tel-Dieu , dans une salle à part, comme par le passé. Le service de cette maiscm fut mis dans un état tel qu'il ne laissa rien ji désirer; M. Verdier fils remplaça, à Saint-Acheul, M. Lucas , agent comptable , et s'acquitta de ses fonctions, de manière à mériter la confiance des ! administrateurs civils et mihtaires. !
Indépendamment des trois médecins attaché* ^ à St.-Acheul, et sur la demande de la commission administrative des hospices, en date du i? avril 1882, l'école secondaire de médecine présenta, le 1 3, les médecins dont les noms suivent .
Hôtel-Dieu.
MM. Barbier, médecin en chef.
Tavernier, suppléant.
Josse, chirurgien en chef.
Hospice des Incurables.
MM. Leraerchier , médecin en chef des Incura- )les et de St.-Charles.
Routier, chirurgien en chef des Incurables et le St.-Charles.
L'administration des hospices , par sa délibéraion du 17 avril, approuvée le lendemain par M, 3 préfet, confirma la proposition de l'école; mais e magistrat, dans sa prévoyance, nomma en plus I. J.-B. Josse , médecin suppléant aux Incurables,