DU DÉPARTEMENT DE LA SOMME EN
Ce département, formé de la majeure partie de l'ancienne province de Picardie, est borné , à l'est, par celui de l'Aisne; â l'ouest, parla mer; au sud, par les départemens de la Seine -Inférieure et de l'Oise; au nord, par le déparlement du Pas-de- Calais. II a 29 lieues de longueur, i3 de largeur, et 3i3 lieues carrées.
Ce département est arrosé par plusieurs rivières; la Somme lui donne son nom : elle prend sa source à Font-Somme, à 3 lieues de Saint-Quentin; elle baigne Ham,Péronne, Bray, passe à la gauche de Corbie, reçoit l'Avre, qui passe à Contoire, Morisel, Moreuil, Castel. Cette rivière reçoit les eaux du Don, de la Brache, de la Luce, de la Noye et du ruisseau de l'Echault. La Somme entre dans Amiens par quatre branches. Au sortir de cette ville, elle est fortifiée par la Selle, qu'augmentent les Evoissons, où se jette la rivière de Poix. Cedépartement est aussiarrosépar les rivières
du Landon , de rAiraisnes, de là Mareuil, qui ptend' sa source à Belli-Fontaine; par celle de la Maye, près d'Abbeville, où lâ Somme passe pour se rendre dans la Manche entre le Crotoy et Saint-Valery.
Ce département compte encore, parmi ses rivières, l'Authie, qui naît au village d'Authie, à deux lieues et demie de DouUèns , où elle passe et y reçoit la petite rivière de Lucheux, et, après un cours de i6 lieues, se jette dans la Manche à 3 lieues sud-ouest de Montreuil.
Ce département a quelques forêts au nord, vers la côte , et au sud de grandes plaines fertiles. îSes vallées sont toutes arrosées par les rivières (que nous avons citées, et qui leur donnent leurs rnoms. Dans celle de la haute Somme, les eâUx 5 s'étendent ttès-loin dans la partie de l'est, dont lies terres soUt presqué toutes tnarécàgeiises.
Le sol ne présente que quelques monticules : Si se compose de couches variables de grès, de galets, de craie, d'argile, de cailloux, de sable,, «couvertes d'humus.
Le thermomètre de Réaumut ne s'élève guère, s ce département, qu'à 26 degrés, et son plus and abaissement ne va qu'à i5 degrés envîrôii dessous de zéro. La températûfe y est irrégtiière, souvent humide et froide, par le grand ombre de rivières et de ruisseaux i(ui lé travëtent en plusieurs sens j les monticules qui chan-
gent la direction des vents, le voisinage de la mer, les fréquens brouillards qui s'élèvent des nombreux marais, viennent encore ajouter à l'intempérie de son atmosphère ; cependant les régions de l'ouest, contiguës à la mer, sont plus humides que les autres.
Le mois d'avril, qui vit paraître le choiera dans ce département, est ordinairement variable, jouissant peu souvent de l'influence du soleil qui alors cependant s'en approche. En i832, au moment de l'apparition du fléau qui nous occupe , 1 atmosphère fut plus souvent froide, brumeuse et même pluvieuse, que sereine, d'une température douce. Plusieurs personnes conservèrent prudemment leurs manteaux. Tout le printemps présenta les mêmes caractères, qui avaient déjà eu lieu dans d'au très années, sans que la population eût éprouvé la même maladie.
Lés travaux de l'intendance sanitaire, l'activité que déploya M. Fumeron d'Ardeuil, alors préfet de ce département, ne purent qu'affaiblir les effets meurtriers du choiera - morbus , sans l'empêcher d'y arriver; car, le 5 avril i832, il parut à Malpart, du canton et de l'arrondissement de Moutdidier. Voici comme s'exprimait, dans son rapport, M. A. Dubois, médecin des épidémies, envoyé dans cette commune pour faire prendre les mesures nécessaires, et en rendre comnte à l'autorité :
Nature de la maladie.
<c D'après les faits d'anatomie pathologique, il est plutôt à croire que c'est aux voies alimentaires sur lesquelles se fixent les phénomènes morbides (lu choiera, qu'aux autres systèmes d'organes; mais cependant ils participent, par voie de relations nerveuses ou de contiguïté, à jeter le trouble sur le système circulatoire et pulmonaire. Mais toujours est-il que c'est du côté des voies alimentaires que siège la maladie, à moins que la mort n'arrive promptement, comme par asphyxie; alors il n'y a aucune trace de lésion et point de siège positif.
Origine et cause.
«■ L'impossibilité où nous sommes de présenter la cause, sinon de l'attribuer à l'arrivée d'un nourrisson de Paris dans ce lieu, est difficile, et même impossible à résoudre. Cependant nous penchons à croire que ce fléau a été communiqué par voie d'infection : les bardes d'un enfant sorti de la rue (lu Gindre, à Paris, où régnait le choiera; et c'est u l'arrivée de cet enfant que le choiera a éclaté sur tous les membres de celte maison , dont quatre en furent victimes, et ceux qui fréquentèrent cette habitation furent également malades, au point que l)iusieurs qui burent de l'eau sucrée dans cette maison se crurent empoisonnés.
Observations particulières.
« Je dois noter ici que la commune de Malpart, agréablement située et bien bâtie, ne renfermant \ aucun malade, fut cependant la première envahie | du département par le cholera-morbus, qui déjà | sévissait d'une manière si cruellement meurtrière dans la capitale. Si ce fléau a pénétré au milieu d'une province, sur les habitans paisibles d'un petit village , à quoi donc attribuer son apparition , si ce n'est au contact ou à l'infection par la communication d'un enfant nouvellement né , rue du Gindre, quartier du Luxembourg, à Paris? Je ne prétends pas dire cependant que ce fléau a été transmis par voie de contagion; il reste encore à ce sujet trop de doutes pour pencher en faveur de cette opinion : mais je dois déclarer qu'il est mort dans la maison primitivement infectée quatre personnes , et que ceux des habitans qui ont fréquenté cette maison ont tous subi l'influence délétère du choiera; 22 personnes en furent atteintes à divers» degrés (cinq morts).
« Dans une commune non loin de Malpart, une riourrice arrivant de Paris avec soti nourrisson, dont la mère était morte du choiera peu de jours âuparavant, furent l'un et l'autre frappés par ce fléau , et moururent en fort peu de temps , privés des premiers soins ; le nom seul du choiera enipê-
cha les habitans et les peureux d'intervenir auprès. ^Plusieurs habitans dévoués d'une commune voissine , l'officier de santé , le curé de l'endroit et un Nrneux militaire, ont pénétré dans cette demeure, leîxécrée du village entier, et ont bravé la terreur Iqp'inspirait le choiera dans ces contrées. Deux de rzes hommes furent atteints du choiera bénin. On Wioit sentir facilement toute l'importance d'une pareille question. Cinq autres communes de l'arr "ondissement doivent au même genre de transmission le choiera.
« Il me reste maintenant un mot à dire sur le Traitement, que je divise en deux sections, pour kervir aux deux nuances du choiera.
" i". Dans le choiera algide ou bleu, l'avoine I haude , rendue irritante par le vinaigre ou l'alxohol, m'a paru un moyen efficace, d'une prompte véaction , appliquée sur les extrémités , même le rronc, qui facilitait le retour du sang vers la péiiphérie, accompagnée d'une sueur très-copieuse, te dois observer, sans égard pour le siège primitif iQ choiera, soit dans le tube gastro-intestinal, soit .ans le système cérébro-spinal, qu'aussitôt sa ► Éaction prononcée, j'ai fait cesser les boissons lhaudes prises en très-petite quantité à la fois î infusion de mélisse), et les malades furent cout i hés sur la laine. Partant de là, nous nous somrmes •l asé sur l'intensité de la douleur abdominale, ou
d'une congestion sanguine cérébrale ou pulmonaire, sur les émissions sanguines générales ou locales, répétées autant dé fois que le cas l'exigeait, c'est-à-dire jusqu'à ce que la plus grande partie des symptômes eût disparu ; en même temps les sinapisraes mitigés, les lavemens anodins souvent répétés, pour calmer les douleurs du ventre et arrêter la diarrhée; les boissons acidulées, froi-, des, prises autant que les malades pouvaient e^*. supporter, ont concouru à la guérison.
«■ Les résultats favorables obtenus par ce moyen simple doivent être très-avantageux aux habitans des campâgnes, où souvent l'homme de l'art n'a rien sous la main. L'opinion de certains médecins ne se prononce pas de même à l'égard de la saignée , dont on redoute la faiblesse qui doit s'ensuivre par la soustraction de la sérosité du sang,, et surtout la perte qu'il a déjà éprouvée de la .. diarrhée cholérique. Les boissons et les lavemens ont bientôt dissipé des craintes si peu fondées.
2^. Je considère les anti-phlogistiques, dans la / deuxième nuance , d'une importance extrême au t début , suivis de bains et du régime. »
Cependant, dès le lo avril, le gouvernement envoyait aux préfets des ordres pour qu'ils le tinssent au courant de tout ce qu'offrirait le cho- . lera, dans le cas où il viendrait à paraître dans, leur département , et M. Foudras , maître des re-
t quêtes, chef de la division de police générale, décrivait à M. Funieron d'Ardeuil pour M. le rministre de l'Intérieur, afin qu'il autorisât MM. les ssous- préfets à correspondre directement avec le raninistère.
M. Fumeron , dès qu'il eut appris l'apparition ddu choiera dans quelques communes du départennent, donna des instructions et fit prendre les nmesures les plus urgentes; il en rendit compte aau ministère, qui, comme nous le marque la lettre dde M. d'Argout, ministre du Commerce, en date iflu 6 avril, et celle du i6 du même mois, de M. Hély d'Oissel, vice -président du conseil de «an té, vit avec plaisir qu'il avait devancé la plupart Ides reconmiandations contenues dans sa circulaire Hu 2. Il ajouta qu'il aurait égard à sa demande, et îju'il pouvait être assuré qu'il n'oublierait pas son ilépartement dans la distribution des fonds que aa bonté du Roi et le vote des Chambres avaient mis à sa disposition, pour les secours que pouvait réclamer l'invasion du choiera.
M. Fumeron fit disposer plusieurs lits dans bhaque commune pour les indigens; il engagea war des récompenses les médecins, quelquefois «abUs sur un seul point, à aller dans ou près des rillages qui manquaient de chirurgiens j il leur ddjoignit avec une grande prudence des élèves de lÉcole d'Amiens, capables déjà do remplir la
noble profession qu'ils doivent exercer; enfin ce magistrat vit sa sollicitude auprès du gouvernement, en faveur de ses administrés, couronne'e de succès; car M. Montalivet, ministre de l'Instruction publique et des Culles, lui écrivait, le 21 avril, qu'il lui envoyait, outre les 20,000 francs alloués au département de la Somme, 5,ooo francs sur les fonds dont la munificence du Roi lui avait confié la distribution , et 5 autres mille francs sur le crédit de 2 millions qui lui avait été ouvert, le i5 avril, par les Chambres, pour les dépenses occasionnées par le choiera; que ces sommes étaient destinées à venir au secours des communes où l'épidémie faisait le plus de ravages; qu'elles allaient être mises immédiatement à sa disposition; qu'il pouvait compter sur son empressement à faire tout ce qui dépendrait de lui pour prêter un appui efficace aux efforts de son zèle dans ces circonstances difficiles.
Le i^"". mai, M. Hély-d'Oissel annonçait à M. le préfet qu'il envoyait, sur les 5oo,ooo francs alloue par Sa Majesté , 5,ooo francs pour Abbeville d'après la demande du maire et du sous -préfet; qu'il concevait l'embarras où avait dû le mettre l'annonce insérée au Moniteur du 26 avril, d'un secours de 5, 000 francs accordé par le Roi à la ville d'Amiens, tandis que, d'après les lettres du Ministère et du trésorier de la liste civile, ce se-
cours était attribué aux communes qui avaient le iplus de besoins; mais que cette erreur venait de la I précipitation d'un travail qui est toujours d'ur- :gencej que c'était à la ville d'Amiens qu'il fallait 1 remettre les fonds accordés par Sa Majesté, étant •surtout destinés aux grandes villes, pendant que lies 2 millions étaient affectés aux communes ruirales qui seraient frappées de l'épidémie.
Enfin M. Fumeron, par son zèle et la sollicitude (jqu'il portait à ses administrés, obtint, pour le serwice des cholériques indigens du département, de ffortes sommes de la générosité des conseils mu- Goicipaux et des individus aisés; plus 5o,ooo francs ddu Ministère , comme nous le voyons par les lettres dde crédit dont les dates suivent :