PROPHYLACTIQUES ET CURATIFS
De quel éclat la médecine ne brillerait- elle pas, combien son utilité procurerait d'avantages à l'humanité si les causes premières des maladies n'échappaient trop souvent aux recherches assidues ' des savans laborieux et à la philantropie des gouvernemens sages, éclairés ! Peu de maladies plus que le choiera ont fourni une carrière aussi vaste à l'investigation des uns et à la sollicitude des autres ; ceux là se sont acquitté des fonctions auxquelles leurs talens les appelaient avec un zèle souvent au-dessus de l'humanité , pendant que les chefs des nations n'ont épargné ni les dépenses , ni les mesures capables d'arrêter ce fléau ou de lui arracher ses victimes ! Mais rien n'a pu enrayer la marche que cette cruelle maladie semblait s'être tracée d'avance, ou empêcher les malheureux qnil avait pour ainsi dire désignés, d'échapper à ses atteintes et souvent à une mort précédée de tortures si cruelles, qu'elles portaient la terreur et la pitié dans l ame des spectateurs même les plus impassibles. Aussi répéterons-nous avec vé-
rite que les maladies contre lesquelles on emploie un grand nombre de remèdes sont aussi celles qui paraissent n'en avoir aucun (i).
Que d'observations, que de veilles , que d'écrits profonds sont venus nous affirmer la contagion de cette maladie , pendant que d'autres savants , avec tout autant de preuves, la rejetent comme on ferait d'une hypothèse nuisible au commerce , aux gouvernemens et aux individus.
C'est dans ce conflit des opinions dans la divergeance des idées pour et contre la contagion du choiera asiatique, que nous sommes appelés, dans cet écrit, à dire ce que nous pensons (2).
(i) Médicamens employés contre le choiera dans la première période.
Sulfate de plomb^ — de cuivre , — de bismuth. — Caloincl , 6 grains par heure. — Vin d'absinlhe. — Valériane. ■ — Serpentaire. — Arraica, — Vésicaloire. — Sinapismes. — Bains chauds. — Opium. — Le camphre. — Le musc. — L'acétate de morphine. — L'acide hydrocianique. — L'eau de mélisse. — L'infusion de menthe. — Le laudanum. — La ihridace. — Le laurus-cerasus. — ' Les frictions avec la llanelle et des brosses douces. — Les ventouses sèches. — Les scarifications. — Les frictions avec la teinture d'opium. — La glace à l'intérieui*. — Tartre stibié. — Ipecacuauha. — Punch. — Le froid à l'extérieur. — Transfusion du sang. — La racine d'iwarancusa. — De Guaco, etc., etc.
(i) Le docteur Smith s'est commuuiqué une fièvre in-
Nous avouerons donc que les faits parlent aussi impérieusement pour l'une que pour l'autre de ces deux opinions; que tantôt le choiera asiatique paraît contagieux et tantôt épidéraique ; car il nous paraît , par ses effets , tenir de la contagion, puisque le froid fait ordinairement cesser ses ravages comme dans la peste, la fièvre jaune, soit en changeant la constitution atmosphérique , soit en condensant et détruisant pour ainsi dire les effluves pestilentiels, ou en rendant le système absorbant moins actif.
De même aussi que les épidémies, il vient de préférence dans certains temps de l'année , et semble quelquefois mépriser cette règle pour trancher la contagion, comme les faits ne l'ont que trop prouvé.
Le choiera indien a aussi cela de commun avec les épidémies, qu'il paraît subitement d'une manière générale, et que souvent il se borne à un seul pays , et attaque à l'improviste plusieurs individus en même temps ; qu'il ne tient aucune marche cer-
termittente , au stade de la chaleur par l'électricité ; il a même constaté que le virus vaccin peut être conduit et déposé sur nos tissus par l'influence de ce fluide , et y déterminer le développement de la vaccine chez les personnes non vaccinées,
( Gaz. Méd. de Paris , i833 , p. 76 et 5o6. ,\
laine , disparaît ou dure plus ou moins longtemps, sans qu'on puisse le prévoir ; qu'il fait disparaître les maladies ordinaires, ce qui cependant n'a pas toujours lieu, se contentant, pour ainsi dire, de leur imprimer son cachet; qu'il est prompt et rarement chi*onique, car nous avons quelques faits, d'intermittence du choiera par-devers nous ; qu'il sévit quelquefois contre les hommes et les animaux, qu'il peut attaquer plus d'une fois le même individu, quoique ce dernier s'éloigne de l'endroit où il l'a contracté j qu'il fait plus de ravages dans les pays méridionaux que dans ceux qui s'approchent le plus du nord, et que comme les autres épidémies il marche de l'est à l'ouest ; qu'il ne se laisse pas toujours influencer par les saisons et jamais par les vents, les climats; qu'il n'a aucune époque déterminée pour son retour, reparaissant souvent après un laps de temps plus ou moins long, plus ou moins rapproché.
Le choiera asiatique paraît appartenir aux maladies contagieuses, puisque comme elles il a paru dans toutes les saisons ; qu'il frappe surtout dans les endroits réunissant un grand nombre d'individus, qu'il attaque en même temps les hommes et les animaux d'une classe différente ; qu'il semble épargner les vieillards dont le système absort bant, moins actif que chez les jeunes gens , les meà l'abri de ses attaques; qu'il a épargné des étran-
{ uss )
gers lorsqu'il parut à Paris j qu'il attaque surtout les individus que l'ignorance, la vie crapuleuse met dans une pauvreté dégradante, sources des crimes et de l'ingratitude, dont dans plusieurs villes on paya le zèle philantropique de l'autorité et des médecins, et que nous n'avons peut-être évités à Amiens , que parce que je goûtai largement des divers médicamens donnés aux malades, ayant entendu le mot empoisonnement public prononcé dans cette classe qui ne peut être heureuse qu'en lui donnant un frein ou une large part à l'instruction que le choiera indien affecte le système nerveux, glandulaire et digestif ; que souvent un individu s'éloigne en vain d'un pays où il règne, afin de l'éviter.
De ces divers caractères propres au choiera asiatique , et des observations faites en plusieurs endroits , nous croyons pouvoir déduire que cette maladie est épidémico-contagieuse , d'une nature particulière, pouvant se transmettre dans des circonstances données, qui souvent échappent à l'esprit le plus exercé, mais jamais à volontéj que les cordons sanitaires sont plutôt nuisibles qu'utiles, exigeant un rassemblement très-grand d'individus, sur un point peu éloigné de la maladie ; ce qui est favorable à son développement et porte la terreur dans les populations qui les prédisposeîit à ses atteintes ; que des soins généraux d'hygiène
suffisent pour les atténuer sans cependant en préserver entièrement.
Plusieurs médecins d'un mérite reconnu ont pensé que des révolutions opérées à notre insu dans le sein de la terre ou dans les astres qui nous entourent (i), auraient soutiré une partie de l'électricité qui en moins, selon eux, joue un grand rôle dans l'apparition du choiera. Leur système ne fut point admis parce qu'on n'avait remarqué aucun changement dans le baromètre, et que le choiera apparaissait à quelque hauteur qu'il fut. Nous regrettons vivement que des expériences plus positives n'aient point eu lieu, car on serait peut-être parvenu , au moins par induction , à découvrir la cause première du choiera : si lorsque cette maladie n'existait pas, on eut fait de nombreuses expériences sur l'électricité et le galvanisme dans une chambre dont la capacité , les meubles, les personnes, toutes les circonstances enfin qu'elle pourrait présenter, auraient été bien i notés, en consignant les divers points marqués
(i) C'est sans doute à de semblables causes qu'est due la ^déclinaison de l'aiguille aimentée; cet écart qui avait déjà Tparu, est maintenant à Paris de aao 20' en allant du nord à l'ouest: cependant la boussole commence à rétrograder ver» le nord depuis quelques années, mais tous ses raouvcmons se font avec une extrême lenteur.
( Zi90 )
par le thermomètre, l'hygromètre et le baromètre j si ensuite on eut consigné sur un registre, combien il fallait, par exemple, de tours de manivelle de la machine électrique pour faire monter l'électromètre, pour agiter plus ou moins Vélectroscope^ jusqu'à tel ou tel degré, et qu'ensuite on ait répété ces expériences avec les mêmes circonstances , par les mêmes personnes au moment où le choiera pèserait dans l'endroit où serait sitiiée la chambre dont nous venons de parler 5 et si, quoique tout parût dans un état tout à fait semblable, il fallut tourner plus souvent la manivelle de la machine électrique, pour que l'électromètre marquât le même degré que dans la première expérience, ne pourrait-on pas en déduire que l'atmosphère et le terrain de la chambre sont appauvris d'électricité. Car comment en serait-il autrement, si les circonstances données eussent été parfaitement' égales : les mêmes causes en physique amènent toujours les mêmes résultats.
Ces expériences faciles , peu coûteuses pour ceux qui ont les instrumens nécessaires, n'ont pas encore été tentées.
Les moyens propres à se préserver du choleramorbus ont été aussi variés (i) que ceux employés
(i) M. le docteur Sanders, professeur de médecine à Edimbourg^ pense qu'à l'exemple des anciens on ponrrait
( Zl91 )
dans son traitement : cependant nous distinguerons d'entre eux, les prophylactiques conseillés par M. Barbier, d'Amiens, et M. Costier; ils ont paru efficaces sur les personnes qui les ont employés ; ils consistaient » prendre tous les jours une décoction de quinquina ou quelques grains de sulfate de quinine , et à observer les soins prescrits par l'hygiène. M. Costier a eu le choiera ,
améliorer l'étal ou la constitution de l'atmosphère par des feax sur lès lieux élevés, ou bien opérer sur un grand nombre de points des décharges d'artillerie. C'est ainsi qu'aussitôt après la prise de Varsovie , qui fut précédée pendant deux )ours d'un roulement continuel du feu de plus de six cents pièces de canon , on vit disparaître presque subitement le choiera dans la ville et les environs. ( Gaz, méd. de Paris , 1 832 , pag 76. )
M. Debeausseaux , ancien brasseur à Amiens, breveté en 1821 , pour la manière prompte de refroidir la bière, connu de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, qui lui décerna une mention honorable pour la communication qu'il lui fit en 1826, d'un procédé trèséconomique de conserver facilement la glace dans une fosse de dix pieds de profondeur, fit publier, en avril i83a , et à ses frais , une brochure dans laquelle il proposait d'établir des feux sur les montagnes qui avoisinent . Amiens, sur les places publiques, à l'entrée des rues infectées; de brûler des tourbes, du goudron et des vieux houblons dans les vallées ; de tirer le canon dans le jour , autour de la ville, et le soir des pièces d'artifices de son
mais il observe , dans la Gazette Médicale de Paris, i832,page 292, qu'il n'avait point fait usage du quinquina dont se sont bien trouvés ceux qui, d'après son avis , l'ont employé. Le café noir a paru également utile à quelques personnes auxquels nous l'avons conseillé.
Nous avons aussi retiré un grand avantage de quelques saignées locales ; d'un vésicaioire que nous avons ordonné , après avoir essayé en vain
iovenlion, telles que bombes, boîtes, qui ayant une double enveloppe , dont l'une extérieure contiendrait deux ou quatre kilogrammes de chaux, et l'autre intérieure, contenant un quart de poudre à canon et une mèche, la ferait éclater dans l'atmosphère pour le purifier même au loin. Il proposa encore deux autres moyens d'employer le chlorure dans le même but.
Ce philantrope s'occupe d'un projet d'assainissement pour certains hôpitaux; nous attendrons que l'application en ait eu lieu pour en entretenir nos lecteurs.
Le docteur Liebert a remarqué que les passages où l'on brûle du gaz mal épuré, ont été préservés du choiera. Il pense que ceci est dû à l'acide sulfureux et à l'hydrogène sulfuré, formés par la combustion du gaz, qu'on reconnaît bien par l'odeur piquante ; il remarque aussi qu'à Londres, où on brûle beaucoup de charbon de terre , le choiera n'a pas été aussi violent : il conseille les décharges d'artillerie , les feux de bois, de paille, mêles au charbon de terre, pour l'assainissement des rues de Paris. (Gaz. méd. de Paris, pag. igS. )
de plusieurs autres moyens , à des personnes qui éprouvaient des palpitations , des suffocations , des fburmilleraens , quelquefois même de légères crampes dans les membres, surtout inférieurs, et dont le moral abattu ne leur laissait que de sinistres présages ; ces individus qui se trouvaient évidemmeut sous une influence cholérique , se sont constamment bien trouvés d'un vésicatoire qu'ils se hâtaient de raviver, lorsque l'ayant négligé, ils ressentaient quelques-uns des symptômes dont nous venons de parler. Ce moyen nous semble pouvoir être employé surtout par ceux dont l'estomac ne peut supporter l'usage du quinquina ou du café, en se conformant aux soins hygiéniques qu'on doit principalement observer dans une épidémie aussi meurtrière ; on doit aussi < éviter tout ce qui pourrait amener une congestion ! sanguine dans quelqu'organe , car le choiera pairaît souvent déterminé par une stase du sang <dans line des parties de l'économie (i).
Quant aux moyens curatifs , nous ne parlerons i,que de ceux qui ont paru les plus opportuns ; ^parmi eux nous désignerons la saignée générale
(i) Les vésicaloires cl autres rxntoires anciens n'ont pas le même avantage que ceux que l'on place au moment où le choiera arrive. (Voyez la Ga/.. mvd. <le Paris, i83a, ■r)ag. iG8, i;,} , 204 et 22a.)
qui souvent a arrêté les symptômes cholériques d'une manière surprenante quand elle était faite dans le début ; nous en citerons un exemple comme en ont eu plusieurs autres médecins d'Amiens. Le 3 juillet i832, appelé à six heures du matin , pour le nommé Robert, âgé de 44 ^"s, d'un tempéramment robuste , garçon d'écurie , chez M. Fauquel, teinturier à Saint-Maurice, je le trouvai avec des crampes et vomissant depuis une heure du matin , sans que son compagnon , d'une surdité parfaite, couché dans un autre lit de la même écurie, eût appelé du secours, n'ayant pas entendu ses plaintes; le malade était agite, souffrait beaucoup, le pouls était fort, je le saignai : « Mon mal s'en va avec mon sang, me ditil; « en effet, je lui fis une saignée aussi large que possible, et le quittai dans un état de calme et de bien- aise indicible (i). L'après dîner, à ma
(i) Microscopie du sang cholérique.
M, Czermak , savant physiologiste de Vienne , a remar- (jué que dans l'état normal les sphérules du sang avaient un diamètre de /aSoo d'un pouce anglais, et que dans le choiera leiir diamètre variait de /aSoo à '/«soe.
Celte disposition du sang , bien différente de celle qu'il a rencontrée dans le typhus, la scarlatine maligne, etc., a conduit ce professeur, d'abord contagioniste, à conrlure à priori, que le choiera n'était point contagieux. Auguste Geratdin et Paul Gaimard, i8ii,pag. 102.
( li95 )
seconde visite , il avait dormi et son état était ,s.itisfaisant; le même jour il alla chez lui, où il continua à se bien porter. Mais à côté de ce triomphe de la saignée générale , mon registre fournit d'au: très pages qui démontrent, ainsi que l'ont éprouvé plusieurs praticiens de nptre ville, combien la phlébotomie paraît souvent précipiter le malade dans la période algide. Le ii août 1882, à cinq heures de relevé, je fus appelé par le nommé Victor Juvenel, âgé de 28 ans, ouvrier teinturier, rue Blanque-Taque, n*'. 19, pour sa femme, âgée de 27 ans, qui, me dit-il, effrayée de le voir revenir de son travail avec une altération étonnante de la 1 figure et de la voix ( évidemment cholériques ) , fui prise au moment même, neuf heures du mattin, d'une diarrhée que je reconnus cholérique, «et qui fut accompagnée de vomissemens caractéiristiques du choiera, un peu avant mon arrivée fchez lui; cette femme avait les extrémités froides, uelques crampes, le pouls petit; quinze sangsues u fondement procurèrent une assez grande quanité de sang, qui amena promptement la réaction endant laquelle je la saignai ; enfin elle guérit, ^^uant au mari, malgré les symptômes que nous wons cités , et qui duraient depuis six heures du atin, il ne ressentait aucune douleur, il avait le •culs très - sensible , je le saignai d,u bras, peu fprès il tomba dans la période algide , à neuf
heures du soir , je le trouvai avec des crampes dans les membres ; à deux heures de la nuit j'y retournai, l'épigastre étant sensible , j'y fis apposer quinze sangsues. Le 12, à ma visite du matin, vers les quatre heures, son état n'était pas amélioré j à huit heures, j'allai le voir, mais malgré mes soins, mes efforts, le malade succomba. Nous pensons donc qu'il est prudent de n'employer que les saignées locales dans la première période du choiera.
Les solutions salines en boissons et en lavemens ou en injection dans les veines, ont été très-avantageusement employées. Les cholériques rendant beaucoup de matières salines dans leurs déjections (1), M. Stevens, de Londres, leur fit pren-