DISTRIBUTION DE MÉDAILLES
Pendant l'invasion du choiera dans l'arrondissement , divers habitans s'étant distingués par des actes, multipliés de zèle et d'humanité , l'administration à qui leur conduite a été signalée, et qui ne laisse échapper aucune occasion d'encourager les belles actions, a été bien aise d'honorer surtout celles-ci. Elle a voulu que les noms des personnes qui s'étaient recommandées à la reconnaissance de leurs concitoyens d'une manière si re marquable dans cette douloureuse conjoncture, fussent proclamés , et qu'un témoignage destiné à perpétuer le souvenir de leur dévouement leur fût décerné publiquement.
Ivitées à se réunir à l'hôtel-de-vlUe de Péronne le mardi i*"^. octobre, M. le sous-préfet leur a délivré , en présence des membres de la commission sanitaire et d'un nombreux concours de citoyens,
les médailleS:qui leur avaient été accordées, et dont la distribution a excité des applaudissemens justement mérités.
M. le sous-préfet a ouvert cette solennité par le discours suivant :.
« Messieurs, Une de ces calamités qu'on ne voit , heureusement pour la conservation de l'espèce humaine , figurer qu'à d'assez long intervalles dans l'histoire des peuples , a plongé l'année dernière la France dans le deuil et la consternation. Après avoir désolé de grands états de l'Europe, moissonné, dans sa marche capricieuse , les populations qui se trouvaient sur son passage , attaquant indistinctement toutes les classes de la société , le choiera, en se répandant dans nos climats, y a déployé une énergie non moins meurtrière que dans les contrées qu'il avait commencé par ravager. Le souvenir de sa terrible invasion pèsera long-temps sur le cœur des familles qu'il a si cruellement décimées. Que l ame s'ouvre à de pénibles émotions , quand on ramène sa pensée sur ces jours sinistres où l'humanité avait tant à gémir, où la patrie et toutes les douces affections de la nature faisaient tant de pertes irréparables !
Mais les malheurs que nous déplorons, messieurs, offriraient un tableau plus affligeant et plus déchirant encore, si les efforts de la science, joints
aux élans de la paix , du courage et d'un dévouement poussé quelquefois jusqu'à l'héroïsnie, n'avaient réussi à paralyser dans son cours le fléau dont les progrès devenaient si rapides. Non jamais, l'humanité souffrante n'a trouvé plus d'amis , ni l'indigence plus de secours. Quels soins touchans, quelle abnégation sublime , quels épanchemens de bienfaisance à côté de tant de larmes et de désespoir !
Dans ces jours de deuil public, les médecins français déjà si riches en actions, où respirent le zèle et le désintéressement, où éclatent le mépris du danger et l'oubli de soi-même, œuvres habituelles d'une existence asservie à des travaux pénibles et à des sacrifices sans nombre , ont de. nouveau, dans cette circonstance, recueilli les bénédictions du malheur, la vénératiou et les hommages reconnaissans de la patrie.
Les témoignages de la gratitude publique ne sont-ils pas également bien acquis à ces généreux habitans des campagnes qui, infirmiers volontaires, n'écoutant que le mouvement de leur cœur, se sont voués au soulagement des malades , leur ont prodigué les marques du plus tendre intérêt, et n'ont pas craint pour leur sauver la vie d'ex- ,poser la leur et de laisser une famille dont ils étaient les soutiens, en proie à tous les déclùremens de la misère. Voilà de ces dévouemens au-
dessus de tout éloge , de ces vertus dont l'admiration et l'attendrissement s'emparent et qu'on est heureux de proclamer.
C'est par une participation non moins touchant e à ces inspirations du courage et de la piété , que des femmes que l'on trouve toujours sur les pas de la souffrance , sont venues , sans consulter leurs forces , au risque de compromettre leur santé et leur existence, s'associer à la douleur commune, lui payer le tribut de leur sensibilité , et aux affligés des soins qu'elles seules savent donner.
Vous avez vu aussi , messieurs , des ministres des autels animés des sentimens que la charité inspire et commande , pénétrer dans ces asiles de l'infortune , s'approcher de la couche des malheureux , en ranimer le courage et la confiance , et rassurer par leur présence le moral des populations effrayées. Leur zèle ne s'est point démenti un seul instant; déjà édifiant et si méritoire, c'est encore lui qui les a portés à veiller et à panser les malades , à se prêter à tous les services que leur état réclamait; et , lorsque les secours de l'art devenaient impuissans, à ensevelir de leurs propres mains ceux que la plus inquiète et la plus active sollicitude n'avait pu sauver. De semblables ministres méritent toute noire vénération. Disciples de Saint Vincent-de-Paule, ils sont comme lui les fidèles interprêtres de cette religion de charité ^
religion qui élève , qui console , et dont le premier précepte est de faire à tous les hommes un devoir de la bienveillance universelle.
Voilà, messieurs , le touchant spectacle offert par des citoyens de toutes les professions pendant que la contagion désolait nos provinces. Conduite qui tient aux plus purs enseignemens du culte et de la morale , exemples et leçons d'humanité qui font le charme de la vie sociale ! C'est ainsi qu'en ennoblissant son caractère par la manifestation de vertueux penchans et par la pratique de pieux devoirs, on honore celui de son pays , et qu'une nation finit par devenir le lien et le modèle des autres peuples.
De brillans faits d'armes , d'éclatans succès sont des moyens d'illustration et de célébrité j mais que ces lauriers coûtent cher à cueillir, et quand on les obtient, ce n'est toujours qu'en éveillant les susceptibilités nationales. Combien est préférable et plus séduisante cette renommée qui ne porte ombrage à personne et qu'on ne doit qu'à sa philantropie, à la douceur de ses mœurs et à sa sympathie pour le malheur? Aussi ces qualités précieuses , toutes puissantes sur l'esprit des populations, et développées si souvent par nos médecins, nos chirurgiens , nos officiers de santé , et de charitables sœurs qui trouvent encore dans une autre condition que la leur de si dignes émules, ont-elles
toujours été la source du respect et de la popularité dont a joui constamment le nom français dans toutes les contrées de l'Europe.
En paix ou en guerre avec les nations , à toutes les époques de notre histoire , en tous lieux, partout où il y a eu des fléaux à étudier, des maladies meurtrières à combattre , des infortunes à soulager, partout nous avons été fidèles au malheur et avons répondu à ses accensj partout, la patrie a trouvé sur le sol étranger de courageux représentans , missionmaires de la science ou organes de notre : sensibilité et de notre caractère compatissant : parîtout les peuples ont été forcés à l'admiration et à lia reconnaissance.
Honneur donc à tous ceux dont le caractère est lie type du beau et du noble , à tous ceux qui conttribuent ainsi à accroître , soit au dedans , soit au ehors , le glorieux patrimoine de la France , et qui ont consister le bonheur de la vie à diriger tous des mouvemens de leur cœur vers le bien de leurs emblables.
Heureux, mille fois heureux ceux qui peuvent e rendre ce témoignage ! le charme qu'il répand ur l'existence est sans équivalent, car il est le rincipe des plaisirs les plus purs , l'ornement et ^aliment continuel de toutes les jouissances que eut procurer l'éclat du rang , de lu fortune ou
des talensj c'est ainsi que le comprenait si bien l'illustre patriarche de notre littérature dans le siècle dernier , lui dont la carrière fut marquée par tant de chefs-d'œuvre, quand il disait, dans une de ces inspirations qui lui étaient si familières :
J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage;
touchant aveu de l'homme de génie sur la prééminence qu'on doit accorder à la vertu sur toutes les qualités humaines.
Don ner de la publicité aux inspirations de la bienfaisance , aux actions d'humanité et de courage dont elle est le constant véhicule, c'est acquitter une dette, c'est imprimer dans tous les cœurs le désir de les imiter et le sentiment du véritable honneur.
Tel est aussi, messieurs, l'objet de cette solennité à laquelle j'étais impatient de vous appeler , parce que la révélation de tous les actes qui honorent votre caractère et vos sentimens et en réhaussent la générosité, en même temps qu'elle ajoute à voire considération , devient plus encore pour moi l'expression d'une jouissance que l'accomplissement d'un devoir. Je suis heureux de publier que dans Teffuston de soins et de manifestations si humaines et si consolantes , provoquée par la présence du choiera , no tre arrondissement ne s est laissé surpasser ni en zèle ni en désintéressement,
et qu'à ce titre il a droit à une place honorable dans l'estime publique , dont au reste il a toujours mérité les suffrages. Si le fléau n'a pas exercé parmi nous autant de ravages que dans d'autres arrondis semen s, néanmoins, dans le nôtre, il s'est trouvé pour le combattre des habitans qui n'ont reculé devant aucun effort ni aucun sacrifice, et qui ont donné l'exemple de toutes les vertus que j'ai signalées.
Aux sensations qu'elles font naître, à la joie pure qu'elles excitent, aux nomlDreuses félicitations dont vous êtes l'objet, estimables habitans, l'administration , profondément touchée de tous les sentimens que vous recueillez, se plaît à y • joindre, en ce jour, l'expression des siens.
En me chargeant de vous remettre ces médailles ten témoignage de vos services et de votre louable (Conduite, ce n'est pas une récompense qu'eUe préitend vous offrir; il n'est pas en son pouvoir de vous en donner une digne de vous. C'est dans la (Contemplation du bonheur de ces familles dont 'VOUS avez été les appuis et les sauveurs, c'est dans Itous les cœurs émus de votre bienfaisance que vous «en trouverez toujours une complète et inaltéirable.
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