‹ Histoire du cholera-morbus asiatiqueChapitre 47 sur 48 · DU SECRÉTAIRE DU CONSEIL DE SALUBRITÉ DE LA VILLE DE PÉRONNE · texte numérisé non relu

DU SECRÉTAIRE DU CONSEIL DE SALUBRITÉ DE LA VILLE DE PÉRONNE

Sur la proposition du conseil de salubrité de la ville de Péronne, constitué en jury à l'effet d'examiner et de faire connaître à l'administration les titres des personnes qui, dans l'arrondissement, se sont distinguées d'une manière particulière par leur zèle et leur dévouement , pendant la durée du cholera,M. le préfet a accordé, sur les fonds votés à cet effet par le conseil général du département,

1°. Parmi les médecins, chirurgiens et officiers de santé :

Une médaille en argent à. M. Carpentier, chirur-" gien à Moislains , qui, pendant l'épidémie qui a régné dans cette commune, où glus de deux cents personnes ont été attaquées par la maladie, a montré un zèle , une intrépidité , une abnégation de soi-même, qui lui ont concilié à jamais la reconnaissance de ses concitoyens et l'eslime de ses confrères.

Une médaille en bronze à MM. Capon et Coquin , médecins de l'hospice de Péronne, qui, indépendamment des soins assidus qu'ils ont prodigués <

aux malades reçus dans cet établissement et en ville, ont assisté avec le plus louable empressement un grand nombre de cholériques dans toutes les communes environnantes ;

A M. Bucquoy, médecin à Péronne, chargé spécialement de la commune de Doingt-Flamicourt; ■ — A M. André, médecin à Péronne, chargé de la commune de Sainte-Radegonde; — A M. Legros, médecin à Marquais , chargé particulièrement des ! communes de Roisel et de Tincourt; — A M. Vion, «officier de santé au Ronssoy, chargé de la comimune de Templeux-le-Guérard ; — A M. Gossard, «chirurgien à Lesbœufs; — A ]\R Coquelle, officier tde santé à Miraumont; — A M. Payen, médecin àà Albert; — A M. Sarot, chirurgien à Bray; — A M. Vaillant , officier de santé à Morlancourt , (chirurgien de la commune de Treux; — A M. Gauj'jot, officier de santé à Estrées-Déniécourt, chargé cde la commune de Dompierre ;

Qui , chacun dans les lieux qui leur avaient été onfiés, ont montré un zèle et un dévouement ti-dessus de tout éloge.

A M. Letellier, médecin à Nesle, qui, au moent où le choiera sévissait à Paris avec le plus e violence , n'a pas craint de s'y rendre à ses is, s'est mis généreusement à la disposition des ureaux de secours du huitième arrondissement, f a consigné dans une brochure estimable le ré- Itat de ses observations.

( 5Zi2 ;

2°. Parmi les personnes étrangères à la médecine :

Une médaille en bronze à M. Barthès, prêtre, envoyé par M. l'évêque d'Amiens dans la commune de Moislains , pour assister pendant l'épidémie le curé de cette paroisse , vieillard octogénaire et infirme , et qui , pendant toute la durée de la maladie, n'a pas cessé de prodiguer aux pauvres cholériques, en même temps que les secours de la religion , les soins de l'infirmier le plus intelligent et le plus empressé, administrant lui-même à ces malheureux les remèdes qui leur étaient prescrits, les changeant de linge, et ne craignant pas de descendre quelquefois pour eux jusqu'aux services les plus vils et les plus repoussans ;

A M™*. Regnault de Moislains, qui s'est également consacrée au service des malades de cette commune avec un zèle et un dévouement vraiment admirables, qui, mère d'une nombreuse famille, et d'une santé délicate, n'a pas craint de s'élever au-dessus de la terreur générale, est restée constamment au milieu des plus pauvres malades, les encourageant, les consolant, leur procurant le linge et le chauffage dont ils manquaient, leur préparant elle-même les boissons qui leur étaient ordonnées, et, dans la convalescence, les premiers alimens qui leur étaient accordés;

A ]Vl. Leroux, curé de Dompierrc, qui, tant que la maladie a ravagé sa paroisse, est resté jour

( 6as )

nuit au milieu des cholériques, leur prodiguant avec la plus affectueuse charité des soins et des secours de toute espèce, et allant jusqu'à enlever les morts, et aies déposer lui-même dans la tombe, pour rassurer plus efficacement ses paroissiens, que la crainte de la contagion tenait opiniâtrement éloignés des malades et des victimes de la maladiej

A François Véret , infirmier de l'hospice de Péronne, avec une gratification de dix francs, qui, pendant toute la durée de l'épidémie , a montré dans cet établissement un zèle et une intrépidité : remarquables ;

Enfin à Victor Brasseur, de Sainte-Radegonde, tel à Antoine Séry , de Roisel , qui, au milieu de la I terreur que le choiera inspirait dans ces comimunes, n'ont pas craint de donner à tous les ialades les soins les plus actifs et les plus désin- Ittéressés.

Indépendamment des médecins, chirurgiens et )£ficiers de santé, et des personnes étrangères à ia médecine, dont les noms ont été déjà proclalés, et à qui des médailles de distinction ont été remises , ce conseil a cru devoir signaler à la re- )nnaissance publique, et mentionner d'une malière honorable, parmi les personnes qui n'ont pas Mmint d'aller, par leur présence au milieu de foyers "infection , rassurer des populations effrayées ét

( 6Uk )

démoralisées, de visiter les malades, de leur donner des soins pendant leur vie, et de les ensevelir après leur mort, ou qui se sont prêtées avec le plus louable empressement à procurer aux indigens du linge, du bois, des alimens et des secours de toute espèce :

M. le sous -préfet de Péronne; — Les sœurs hospitalières de l'hospice de Péronne, et particulièrement les sœurs Elisabeth, Marie et Joséphine; — MM. les vicaires de Péronne; — Le maître d'école de la commune de Doingt; — Le nommé Lenglet, tisseur à Roisel; — Marie -Louise Couvreur, femme Moronval; Elisabeth Chevalier, femme Monvillers, et Florentine Verdez, femme Legrand, à Miraumont; La sœur Louise, à Bray.

Extrait du registre des déUbérations du conseil de salubrité de la ville de Péronne. (Séances des g avril et mai i833.)(i).

BîicQcoY, médecin.

(i) Nous reviendrons dans un de nos prochains supplémens sur ce chapitre, car nous n'avons point les motifs des récompenses pour les quatre autres arrondissemens ,du département, qui auraient dû prendre celui de Péronne pour modèle : Avec peu d'argent il sut rendre justice à beaucoup, et remplir par là les intentions du gouoernement si bien exprimées dans la circulaire de BI. le ministre du commerce, en date du ao décembre i83a.

RÉCAPITULATION GENERALE DE LA DEPENSE (l).

Arrondissement d'Abbeville 280 fr.

de Doullens lyS

de Péronne 120

de Montdidier. ... ii5

d'Amiens 3oo

940 fr.

Frais de gravure et de transport des médailles 60

Total égal au fonds voté au budget facultatif de i833 1,000 fr.

Amiens , le 29 mai i833.

Signé par le préfet :

Ch. Ddnoter.

Comme nous avons donné aux pages 98, 100, 494) 496, des notes sur l'analyse de l'air expiré, (lu sang, leur température, etc., nous croyons

(1) Dans celle récapitulation de dépense on ne comprend point celles faites par la Mairie d'Amiens et l'Administration des hospices de cette ville , que nous donnons on lettres italiques , à la page 53 1.

utile de donner ici les recherches chimiques sur le choiera, pour servir à l'histoire physiologique de cette maladie, par C. Wittstock. (i)

« Quand le choiera, l'automne dernier, eut atteint dans sa marche progressive la ville de Berlin , M. le

(i) Il se publie à Berlin un journal sous le litre de Choiera- A r chio ^ consacré uniquement à l'étude du choiera. Plusieurs des médecins les plus distingués de la capitale de la Prusse, MM. Bartels, Rust, Eck , Wagner, prennent part à la rédaction de ce recueil, dont nous avons huit numéros sous les yeux. Le choiera reparaît en ce moment à Paris, comme il a reparu/'à Londres, à Vienne, à Berlin, en Hollande; en même temps qu'il gagne des pays épargnés jusqu'ici, le Portugal et l'Espagne. Il devient donc extrêment vraisemblable qu'il va s'acclimater parmi noui , et qu'il faudra désormais le compter au nombre des maladies indigènes. Si le choiera a perdu cet attrait de curiosité et d'effroi qui faisait lire, même" aux personnes les plus étrangères à la médecine, les publications qui le concernaient, il n'en reste pas moins un objet d'étude fort intéressant pour le médecin , au même titre que la variole ou la dothinenlérite. C'est pour cela que nous comptons extraire ce qui nous paraîtra le plus intéressant dans le Choiera- Archw de Berlin , et nous commençons par les recherches cliniques de M. ^Yiltgstock. Nous recommandons à nos lecteurs de comparer ces résultats avec les analyses de M. Hermann de Moscou, de M. O'shaughnessy d'Angleterresur le sang des cholériques , et de M. Rayer sur l'air expiré pendant la maladie.

{Extrait de la Gazette méd. de Paris.)

docteur Albers, conseiller médical du gouvernement, me pria de me charger des analyses chimiques qui concernaient cette maladie, afin de la mieux connaître. Je saisis avec empressement cette occasion de contribuer, autant qu'il était en mon pouvoir, à la solution de cette énigme pathologique. Je ne me dissimulai point cependant tout ce qu'un travail de ce genre devait avoir de difficile et d'incomplet. Les expériences de chimie animale sont encore fort défectueuses. Les élémens particuliers des corps animaux peuvent être fort rarement séparés les uns deis autres, et fort souvent, pendant la durée même de l'expérience, il apparaît des produits tout-à-fait nouveaux, et absolument étrangers à l'organisme vivant.

Les recherches que j'ai entreprises peuvent se diviser ainsi :

1°. Recherches sur le sung des cholériques et sur le sang des personnes mortes de cette maladie j

2°. Recherches sur les substances trouvées dans l'estomac et dans les intestins des cadavres des cholériques j

3°. Recherches Sur les liquides évacués par les vomissemens ou les selles;

4°. Recherches sur les urines des cholériques*

5°. Recherches sur la composition de l'air expité par les cholériques.

L'obligeance du médecin dont j'ai parlé plus

haut, qui suivit le cours de mes recherches avec lé plus vif intérêt, me mit en état d'obtenir,- aussi souvent que j'en eus besoin, les substances nécessaires dans les hôpitaux cholériques de Berlin ,et plus tard, lorsque l'on confia à ce médecin la divrection spéciale des sociétés de médecine formées dans cette ville pour arriver à la connaissance plus certaine du traitement du choiera, je trouvai toute facilité, avec l'aide amicale de M. Albers, de contrôler mes premières expériences par de nouveaux travaux, aussi souvent que je le jugeai nécessaire.

■ Je n'ai pas besoin de dire que les liquides employés ont été recueillis sur divers malades atteints d'un choiera bien caractérisé. "Pour mieux établir cette circonstance, j'aurai soin, en exposant chaque expérience particulière , = de donner le nom des malades dont le sang et les déjections ont été examinées, et de m'en référer aux observations déjà imprimées dans ces archives, ou de les citer dans de courtes notes. Je dois encore faire remarquer que j'ai plusieurs fois répété chaque expérience avant d'en consigner le résultat par écrit. Du reste, j'expose ces résultats comme des faits chimiques, sans me permettre de leur donner une interprétation physiologique ou pathologique.

Recherches chimiques sur le sang des cholériques.

■ Avant d'exposer les recherches auxquelles je

me suis livré sur un assez grand nombre de cholériques, je veux donner en entier les expériences faites sur. le sang de Geinert, garçon charpentier, dont la maladie a déjà été complètement décrite dans le second cahier des Archives, ^9^ suivantes, et d'y rattacher, d'après mes propres observations, les résultats que j'ai obtenus d'un autre côté.

Sang de Geinert.

Ce sang, obtenu par la saignée, pesait 5,oi2 grains. Sa composition extérieure ressemblait à celle du sang d'un homme bien portant. Le caillot déposé par ce sang avait à sa surface cette couleur écarlate qui annonce toujours un sang parfaitetement sain , et qui se forme par l'action de l'oxigène de l'air atmosphérique. L'intérieur du caillot avait cependant une couleur plus foncée qu'on ne le remarque d'ordinaire ; le sang se sépara presque aussitôt en caillot et en sérum. Nos méthodes pour amener cette séparation sont tellement in; complètes , qu'on ne peut considérer que comme des approximations les rapports de ces deux substances obtenues jusqu'à présent. On peut bien obtenir le sérum dépouillé de cruor et de fibrine, mais jamais le caillot dépouillé de sérum. La séparation du cruor et du sérum se fit de la manière suivante. On laissa tomber le sang dans un verra

ordinaire, et on le couvrit soigneusement pour éviter toute évaporation, et, par suite, toute augpientation de pesanteur spécifique du sérum. Le premier jour, i,io6 grains du sérum se séparèrent des 5,0 12 grains de sang; le second, 489 grains, et le troisième, 235 grains. Ainsi le sang se sépara: en sérum, i83o grains, ou 36, 5, et en caillot, 3182, ou 63, 5.

Le sérum séparé était clair, un peu jaunâtre, et la masse n'avait fini par se teindre en rose qu'en recevant quelques parcelles du sang qui y était tombé. Il réagissait évidemment comme alcali sur le papier rougi de tournesol, et la pesanteur spécifique était de i,o385. 100 grains de ce sérum abandonnaient, par le dessèchement, i3,75 d'une masse couleur jaune d'ambre, à demi- transparente et cornée.

D'après Berzélius , le sérum d'un homme en santé est de la pesanteur spécifique de 1,027 h 1,029, et forme en poids trois quarts du sang, tandis que l'autre quart se compose de caillots en état d'humidité.

Hermann a trouvé que son propre !>ang en santé contenait 5^ parties de sérum et 43 de caillot.

La grande différence de ces données vient peutêtre de ce que Hermann n'attendit pas la complète séparation du sérum. Le sérum du poids spécifique donné plus haut, de 1,027 ^ I7O29, laisse,

après complète dessiccation , jusqu'à 9,5 d'une substance solide, tandis que le sérum de notre cholérique, dont le poids spécifique était de io,385, donnait une masse sèche de 12,75. Cela démontre une déperdition d'eau de 25,5 pour 100 j car 12,^5 de résidu sec donneraient i34 parties de sérum, de la pesanteur spécifique de 1,027, ^ supposer que, dans le mélange avec l'eau, il ne se fût opéré aucun épaississement. Si le sérum d'un sang normal est de 75 pour 100, ainsi que l'affirme Berzélius, notre cholérique avait perdu 19 centièmes de son sang, ou 5 livres d'eau sur la masse totale de son sang, estimée à 3o livres.

Le sang des cholériques n'abandonne jamais tout son sérum dans,Ja coagulation. Ou le remarque bien vite à la densité beaucoup moins grande du cruor qui reste. Dans la plus grande intensité de la maladie, le sang que Ton tire ne peut presque plus se coaguler. C'est que probablement le sérum se sépare d'autant plus difficilement du caillot, qu'il est devenu plus épais par la déperdition de ses parties aqueuses. D'après ce principe, les rapports du sérum et du cruor du sang cholérique ne pourront jamais s'obtenir assez exactement pour que l'on puisse en déduire avec certitude la déperdition des parties aqueuses. J'ai essayé de connaître cette déperdition en desséchant une quantité fixe de sang qui venait d'être

tirée. Le sang de notre malade abandonna 26,5 pour 100 d'un résidu tout-à-fait sec.

Selon Dumas et Prévost, le sang normal contient 21,61 départies solides, et 78,89 d'eau. Maintenant si 21,61 de parties solides répondent à 100 parties de sang, 26,5 répondront à 122,6 parties de sang, ces 122,6 parties auraient perdu 22,6 parties d'eau, ou bien i8,5 pour 100, et la masse entière du sang d'un homme, estimée à 3o livres, aurait perdu 5,55 livres d'eau. On voit, par les expériences faites sur la déperdition d'humidité dans le sang des cholériques, combien cette perte se rapproche de celle que nous avons déduite du sérum, si on estime moyennement ce sérum aux trois quarts du sang, ainsi que l'a avancé Berzélius.

Me doutant que le caillot du sang cholérique contenait encore beaucoup de sérum, je fus conduit à rechercher la quantité relative de fibrine dans le sang normal et dans le sang morbide. Les quantités de ces deux fibrines, pesées avec soin, furent long- temps lavées avec de l'eau, et ensuite desséchées. J'obtins 6 pour 100 de fibrine du sang de notre cholérique, tandis que, moyennement, le sang d'un homme en santé en contient i3 pour 100. La quantité ci-dessus, de 63,5 de caillot, devait donc contenir un peu plus de moitié de sérum. Il faut encore remarquer que la fibrine extraite par le lavage du sang cholérique, ne devient

jamais aussi blanche que celle du sang normal, qu'elle est infiniment moins épaisse, et qu'elle se sépare beaucoup plus diffilement de la substance colorante.

Recherches pour savoir si le caillot contient de V acide carbonique ou tout autre acide libre.

L'appareil consistait en un petit matras à tubulure, dont le bec formait un tuyau alongé et recourbé en forme de genou , dont l'extrémité s'ouvrait dans un petit flacon qui contenait de l'eau de chaux préparée à froid. Le matras était rempli de 2 onces de caillot, et l'on essaya de dégager, par l'action de la chaleur, l'acide carbonique. L'eau de chaux ne se troubla pas du tout. Après qu'on eut échauffé vivement l'appareil , quelques parcelles de carbonate de chaux vinrent s'attacher à l'ouverture du tuyau, mais elles ne s'y étaient sûrement formées que par les parties d'acide carbonique retenues par l'air atmosphérique dans l'appareil.

Une égale quantité de caillot fut soumise, dans le même appareil, à une distillation ordinaire. Les produits de la distillation étaient enlevés de temps à autre. D'abord on obtint une eau trouble qui possédait l'odeur propre du sang, mêlée à celle d'un blanc d'œuf cuit. Quelque temps après, il se dégagea quelques flocons qui graissèrent les pa-

rois du vase à distiller, ainsi que le font la plupart des eaux distillées. Les premiers produits de la distillation ne réagissaient pas comme les acides ; il se montra plutôt une certaine réaction alcaline lorsque le caillot du sang coagulé commença à être un peu sec. Lorsqu'on le mélangea ensuite avec une certaine quantité d'eau, on obtint toujours des produits alcalins, qui, mélangés avec de l'acide hydro-chlorique, donnèrent, après l'évaporation, des cristaux de muriate d'ammoniaque.

Hermann ayant trouvé que le caillot du sang normal, aussi bien que celui du sang cholérique, réagissait toujours comme acide, on pourrait peutêtre douter de l'exactitude de l'expérience ci-dessus ; mais les expériences plusieurs fois répétées donnèrent toujours les mêmes résultats. On sera convaincu qu'ils sont vrais si on fait coaguler à la lampe, dans un tube de verre, du sérum ou du caillot, et que l'on tienne sur la coagulation une verge de verre humectée d'acide muriatique, on voit aussitôt se former des nuages assez épais. Le caillot et le sérum du sang cholérique et du sang normal se' comportent de même, si on les mêle avec une petite quantité de potasse de soude dissoute, et cette réaction prouve invinciblemenl la présence d'un sel d'ammoniaque.

Comme l'on peut considérer le sérum comme un albuminatc de soude, et qu'il est bien connu

que, dès qu'il lest coagulé, l'eau dég^^ge de la coagulation une certaine quantité de soude , c'est ' certainement cette base qui agit comme décomposant, dans réchauffement du sang, sur le sel d'ammoniaque qu'il contient, et qui dégage l'ammoniaque.

Si la distillation simple du sang ne donne aucun acide libre, et s'il est certain que le sérum séparé du caillot réagit toujours alcalinement , ainsi que tous les auteurs le soutiennent, et comme je m'en suis convaincu par de nombreux essais j si, d'autre part, l'on n'obtient pas une séparation complète du caillot et du sérum par les moyens actuellement connus, il est certain que l'on ne peut supposer aucune réaction* acide ni dans le sang normal ni dans le sang cholérique. On doit plutôt considérer le caillot comme une substance saturée d'un liquide alcalin, le sérum. Traiter le sang par des carbonates alcalins pour calculer l'acide libre du sang séparé de la quantité d'acide carbonique développée, me paraît une opération peu certaine, puisqu'il est bien reconnu que la fibrine joue tantôt le rôle d'une base, tantôt le rôle d'un acide; que, dans ce dernier cas, une combinaison de la fibrine et de l'alcali a lieu , et qu'on peut également obtenir de l'acide carbonique.

D'après ces principes, je n'ai plus essayé aucune expérience sur la réaction acide du caillot.

Distillation du caillot de sang cholérique awec l'acide

sulfurique.

La simple distillation indiquée plus haut fut continuée, après qu'on eut ajouté au sérum une demi-once d'acide sulfurique concentré , étendu d'un peu d'eau. D'abord passa un produit tout-à-fait neutre , trouble , qui graissa les parois de l'alonge. En continuant la distillation, on obtint des produits acides , dont les premiers ne montraient aucune trace d'hydro-chlorate de soude, ni d'acide sulfurique; les derniers contenaient de ce sel et de cet acide, et enfin l'odeur d'acide sulfureux et d'acide empyreumatique.

Les produits enlevés les premiers, c'est-à-dire ceux qui n'avaient encore aucune odeur d'empyreume, pouvaient contenir des acides organiques. Pour s'en assurer, on satura le produit avec un carbonate de potasse pur, on évapora, et l'on mit le sel de potasse à cristalliser. On n'obtint pas d'autres cristaux que ceux du chlorure de potassium et du sulfate de chaux. L'eau mère de potasse qui ne pouvait plus se cristalliser fut évaporée à dessiccation, et le résidu traité avec l'alcohol. Après l'évaporation de l'alcohol , il resta une masse saline déliquescente qui contenait des masses de chlorure et de potassium, et qui, traitée par l'acide sulfurique concentré , donna une odeur

manifeste d'acide acétique. Si l'on ajoutait à cette eau mère très-peu de chlorure de fer, la rougeur devenait plus foncée, ainsi qu'on le voit dans les acétates, quand on les mêle avec un sel de fer oxygéné; et si on la faisait bouillir avec une solution de nitrate d'argent, il se faisait un dépôt gris, et dans le restant du liquide , on voyait des lamelles d'un blanc d'argent, sans doute d'acétate de mercure. Ces phénomènes, que j'ai observés en traitant de la même manière le sang normal, semblaient indiquer clairement l'existence d'acétates dans le sang; mais il serait hasardé de se prononcer là-dessus avec précision, car des lactates auraient pu aussi produire ce résultat.

Traitement du caillot cholérique par Valcohol

rectif.é.

Quatre onces de caillot furent digérées avec l'alcohol. Tant que celui-ci en put extraire quelque chose, les extraits étaient incolores, ne réagissaient pas sur les papiers colorés, et, après l'évaporation spontanée , laissaient une graisse cristallisée; puis il se cristallisa une certaine quantité de chlorures de potassium et de sodium. H se déposa aussi une graisse pulvérulente et blanche, soluble dans l'éther et l'alcohol.

^a partie liquide restante et non cristallisée était colorée en jaune, et avait une réaction acide.

En l'évaporant plusieurs fois, et en la distillant dans l'eau, on ne reconnut aucune saveur acide.

Ce liquide fut mêlé à de l'acide nitrique et éxposéj à une température très-basse; cependant il ne se sépara point d'urée, et il ne se manifesta pas ces changemens de coloration en bleu et en jaune qui annoncent la présence de la bile. Bouilli avec le nitrate de mercure, il donna d'abord un précipité gris, et ensuite des parcelles d'acétate de mercure.

En traitant le caillot par l'alcohol rectifié , on a extrait les substances suivantes :

1°. Une graisse solide et cristalline;

2°. Une graisse jaune et fluide ;

3°. Du chlorure de sodium;

4°. Du chlorure de potassium ;

5°. Du lactate de soude et d'ammoniaque ;

6°. De l'osmazome;

7°. Des traces de phosphates.

Toute cette analyse a été comparée, comme les précédentes, avec des analyses de sang normal faites simultanément. Les deux sangs n'ont présenté aucune différence, quant à leur qualité, dans leurs élémens. Il n'y avait qu'une différence sensible, c'est que le caillot cholérique laissa 3i pour loo, et le caillot sain 38 pour loo de résidu sec. Le poids total des substances enlevées au sang normal par l'alcohol, était cependant plus

grand que celui des substances enlevées au caillot cholérique; et cette observation justifie l'opinion que ce dernier sang est moins consistant, et qu'il se sépare plus difficilement du sérum.

Analyse du sérum du sang cholérique.

Le sérum de notre malade cholérique, dont le poids spécifique était de i,o385 étant coagulé, on remarqua que la masse coagulée paraissait beaucoup plus épaisse que le sérum de personnes bien portantes, sans doute parce qu'il contenait moins d'eau,* car, comme il a déjà été dit, il laissa, après la dessiccation, 12,75 de résidu sec, tandis qu'on n'obtint que 9,6 du sérum de personnes saines. Le sérum sec, bouilli avec l'eau, donna un liquide à forte réaction alcaline , lequel , saturé avec l'acide acétique , évaporé et épuisé par l'alcohol , produisit de l'acétate de soude. U en est de même du sérum du sang normal, lequel se comporte, à l'égard des réactifs connus, comme le sérum cholérique.

Les pesanteurs spécifiques du sérum du sang chez quelques cholériques ont été les suivantes :

Le sérum du sang d'un jeune homme de vingt ans, obtenu, quelques heures avant sa mort, par la phlébotomie, avait une densité spécifique de 1,0447 > laissa, après complète dessiccation, 16,5 de matière solide.

Le sérum d'un homme qui ne mourut pas du

choiera, mais qui l'avait à un haut degré, était d'une pesanteur spécifique de i,o4i} et donna i4,5 pour 100 de résidu sec.

Le sérum d'une jeune fille de dix-sept ans, qui ne mourut pas, mais qui avait le choiera à un haut degré, avait une pesanteur spécifique de i,o43, et donna i5,5 pour loo de résidu sec.

Les autres analyses du sang cholérique tiré par la phlébotomie n'ont présenté aucune différence j seulement les rapports entre le caillot et le sérum variaient sur chaque individu. La masse du caillot était d'autant plus considérable que la maladie avait atteint un plus haut degré ; chez les cholériques froids, bleus, sans pouls, il n'y avait plus de séparation du sérum. Tous les élémens connus jusqu'à présent du sang normal se sont aussi retrouvés dans le sang cholérique.

Dans l'analyse qui va suivre les hquides évacués, on verra qu'ils ne contiennent que les élémens du sang. Ils renferment tous les sels du sang et une quantité non petite d'albumine. Les évacuations très-fréquentes de ces hquides séreux, exhalés du sang dans le canal intestinal, appelleront ainsi à chaque moment de nouvelles décompositions , de sorte que le rapport de la fibrine doit toujours croître, celle du sérum et des sels contenus dans le sang décroître. Tous les calculs sur la perte de hquides éprouvée par le sang cholérique devien-

nent très -incertains en raison de cette circonstance, et presque impossibles à cause des rapports continuellement changeans des élémens du sang.

Analyse des liquides évacués par les selles.

Les déjections aqueuses ont ordinairement l'apparence de petit-lait récemment préparé , mêlé de flocons blancs et un peu rougeâtres. Dans la plupart des cas, elles n'ont pas d'odeur, mais quelquefois elles prennent l'odeur fécale. Les poids spécifiques sont à peu près les mêmes, soit qu'elles viennent d'enfans , d'adultes ou de vieillards , et varient entre 1,0078 et 1,0082. Exposé à l'air libre, le liquide ^e cbange pas, il est décidément alcalin, en aucun cas acide. Avec le nitrate d'argent, le chlorure de mercure et la teinture de noix de galle, il donne uh précipité; il en donne aussi lavec l'alcohol un floconneux, formé d'albumine et <de phosphates.

Dans une autre expérience, les excrémens fuirent séparés des flocons blancs, et on les garda our une expérience ultérieure. 2,000 grains de uide filtré , mais non encore tout-à-fait clair, s'évaorèrent dans le bain de vapeur, où restèrent 4 grains d'un résidu sec. Quand le liquide eut atteint le point d'ébuUition , il devint trouble, et légagea des flocons à mesure que l'évaporation ',' avançait; enfin, quand elle fut complète, toute

la surface du résidu se couvrit de chlorure de potassium et de chlorure de sodium cristallisés. Par la dissolution dans l'eau froide, ses parties solubles furent obtenues, et la partie insoluble, qui était restée au filtre et bien lavée , fut traitée de la manière suivante :

Elle se dissolvait complètement dans une lessive de potasse caustique étendue. De l'acide acétique la dissolvait un peu , et la dissolution donnait un précipité de ferro- cyanure de potasse. L'acide muriatique tirait de ce résidu quelques traces de phosphate de chaux. Traité par l'éther et par l'alcohol, quelques parties de graisse se montraient. Brûlé, il abandonnait du phosphate et répandait une odeur de corne brûlée. La partie insoluble dans l'eau des excrémens évaporés se composait donc d'albumine et de phosphaté.

La partie soluble dans l'eau donnait, après l'évaporation, d'abord des cristaux de chlorure de soude avec un peu de potasse, et ensuite elle abandonnait une lessive non cristallisable, fortement alcaline et teinte en jaune. Mélangée avec l'alcohol, il se séparait un peu de chlorure de sodium; le liquide, abandonné à sa propre évaluation, montrait, long-temps après, de superbes cristaux pareils à l'acétate de soude; soigneusement séparé , au moyen d'un filtre de papier, d'une eau-mère qui s'y attachait, mais qui n'était plus

cristallisable , et cristallisé encore une fois, ce sel possédait les propriétés suivantes : il était facilement soluble dans l'eau, moins facilement dans l'alcohol; la dissolution aqueuse réagissait alcalinementj au goût, il ressemblait à de l'acétate de soude mélangfé avec de l'osmazome. Sa dissolution, acidulée avec de l'acide nitrique , bouillie avec une dissolution de nitrate de mercure, donnait un précipité gris , et un acétate de mercure d'un blanc d'argent se déposait sur les parois de l'éprouvette; si l'on y versait quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, il se développait des fumées piquantes qui n'annonçaient pas positivement de l'acide acétique. Il brûlait comme un sel acide organique, et abandonnait du carbonate de soude. La petite quantité de 5 ou 6 grains de ce sel ne supporta point d'expérience plus complète, et, d'après les propriétés que nous lui avons assignées, il faudrait le regarder plutôt comme de l'acétate de soude que comme du lactate de soude.

L'eau-mère qui ne cristallisait plus développa, I mélangée à des acides, de l'acide carbonique. La ] potasse dégagea de l'ammoniaque,* de la teinture ide noix de galle produisit un précipité, et du (chlorure de chaux, ajouté à la première lessive ineutralisée , donna un précipité de phosphate de cchaux; avec de l'acide nitrique, 0 se montrait «d'abord une couleur rouge de pourpre qui deve-

nait en peu de temps jaunâtre; la combustion développait une odeur de pain brûlé, et la cendre contenait un carbonate, un phosphate et un hydrochlorate de soude. Dans 2,000 grains d'excrémens liquides de la pesanteur spécifique de 1,0082, on obtenait 44 grains de substance solide, qui se composait ainsi :

Chlorure de soude avec quelques parties de chlorure de potasse , 26 Acétate de soude, 6 Albumine avec du phosphate de chaux, 7 Carbonate de soude, phosphate de soude, hydrochlorate d'ammoniaque , sels avec des acides organiques, indication d'acide urique et d'osmazome, 5

La masse de flocons mêlée aux excrémens liquides, lorsqu'on la rassemblait sur le filtre, et qu'on la lessivait, avait toute l'apparence de la gomme adragante. Si on la desséchait, et qu'on la remît ensuite dans l'eau , elle se renflait jusqu'à occuper à peu près autant d'espace qu'avant d'être sèche. L'étber en tirait une graisse blanche solide, et Valcohol en tirait du chlorure de soude et de l'osmazome du poids de o,833. Traitée avec de l'acide acétique, elle donnait une dissolution soluble par du ferro-cyanure de potasse. EUe se dissolvait complètement dans une lessive de potasse

étendue, et, à la combustion, elle donnait une cendre composée de carbonate de potasse, de chlorure de potasse et de phosphates. Les liquides évacués par les selles des cholériques se composent donc principalement de la manière suivante :

1°. Dè la sérosité dégagée du sang dans le canal, intestinal ;

2**. De mucosités intestinales.

Recherches sur les liquides du canal intestinal des cadai^res des cholériques.

Le contenu de l'intestin grêle ressemble en général aux selles. Ce sont également des sérosités mêlées de beaucoup de mucus, quelquefois sans couleur, d'autres fois d'une couleur légèrement brune de bile, ayant une odeur fécale. Elles contiennent un tiers de mucus, qui se comporte absolument comme les flocons blancs mêlés aux excrémens des cholériques. Les liquides séparés dà^ mucus ont une pesanteur spécifique de 1,012 à i,oi6,' ils ressemblent à du sérum, seulement ilis sont un peu plus troubles, probablement à causé» du phosphate de chaux qui y est suspendu. Hs-' agissent sans aucun doute comme alcalis j à l'ébullition , ils se séparent de Palbumînë coagulée. Le reste du liquide paraît plus trouble qu'auparavant, et la réaction est acide. Une verge d'argent que l'on y trempa devint noire. Si on laisse dessécher

le liquide, le résidu se couvre également de quelques cristaux de chlorure de soude, mais la masse était beaucoup moins considérable que lorsqu'on laissait dessécher une masse égale d'excrémens liquides dont nous avons parlé plus haut. L'expérience, continuée de la même manière que pour celle des excrémens liquides, donnait en général les mêmes résultats sous le rapport des propriétés.

Le, pontenu de l'intestin grêle se composait donc :

1°. De sérum très-étenduj 2°. De mucus.

Recherches sur les liquides vomis par les cholériques.

De temps à autre les cholériques rendent par la, bouche de grandes quantités de hquides , sans maux de cœur préalables , sans efforts et sans douleurs particulières. Ordinairement ces fluides paraissent être une eau trouble et jaunâtre, entremêlée de masses floconneuses de couleur brune; plus rarement ils ont une couleur de porreaux verts , sont d'uue apparence tout à fait claire et ont un goût amer. Les matières jaunâtres vomies réagissent ordinairement comme acides ; les vertes, au contraire, agissent comme alcalines dans bien

des cas. Leur pesanteur spécifique varie de i,o5

II est difficile d'obtenir des matières vomies des cholériques sans mélanges étrangers, parce qu'elles ne viennent jamais qu'après la prise d'un remède ou de tout autre boisson. Le chimiste doit faire la plus grande attention à cette circonstance. Voici comment je conduisis l'expérience sur des matières jaunes mêlées de flocons bruns. D'abord le liquide fut séparé du sédiment par le filtre ; le liquide filtré rougissait le papier de tournesol, devenait trouble à l'ébullition et donnait d'abondans précipités avec du nitrate d'argent et de l'acétate de plomb. La teinture de noix de galle le précipitait également.. Une partie du fluide distillé donnait un produit acide qui ne contenait plus d'acide muriatique, mais seulement de l'acide acétique. La matière mêlée avec de l'alcohol rectifié formait un précipité très-volumineux de couleur grisâtre. Ce précipité, bien lavé avec de l'alcohol et ensuite bien desséché , donnait une masse cornée de couleur noirâtre , qui avait les propriétés suivantes : dans l'eau, elle se gonflait fortement, donnait une dissolution trouble, très-mucilagineuse , qui, desséchée , laissait tomber une substance non dissoute , et était troublée par du chlorure de mercure. La dissolution de la masse gonflée donnait, après plusieurs dessèchemens et dissolutions nou-

velles, une partie d'une substance qui n'était plus soluble dans l'eau , et qui , traitée par l'acide rauriatique, donnait du phosphate de chaux, et de l'albumine par l'acide acétique. L'extrait acétique donnait un précipité blanc avec du ferro-cyanure de potasse. L'éther tirait du précipité desséché une graisse peu soUde, et le sulfure de potasse donnait une dissolution qui était précipitée de nouveau par les acides. La combustion donnait une cendre alcaline qui contenait du phosphate de chaux et répandait une odeur de pain brûlé.

Les propriétés des substances séparées des matières vomies par l'alcohol pur ressemblent en général à celles de la sahve; cependant on ne peut y méconnaître une grande ressemblance avec les mucosités de l'estomac et des intestins-

Le liquide alcoholique séparé du précipité fut ensuite desséché, et le résidu fut une seconde fois dissout dans l'eau, où il se dégagea une petite quantité de phosphate de chaux et d'albumine. La dissolution était d'une couleur foncée , agissait comme acide, déposait, en se desséchant, des cristaux de chlorure de soude, formait avec la teinture de noix de galle un précipité , développait des vapeurs ammoniacales, du carbonate de potasse, et ne montrait aucune trace de bile, si l'on ajoutait de l'acide nitrique à la dissolution. La combustion donnait un charbon fort difficile à re-

duire en cendre, qui renfermait du carbonate de soude, du chlorure de soude et des phosphates terreux.

Le sédiment qui se séparait de la matière vomie se composait de restes d'alimens (chyme), L'éther en tirait une graisse solide , fort brune , et l'alcohol , de l'osmazome avec du chlorure de soude. Le sédiment était complètement dissous par une solution de potasse caustique étendue, et abandonnait des fibres végétales.

D'après cette expérience , les Hquides évacués par vomissemens se composaient :

1°. De salive (albumine avec du phosphate de chaui );

2*?. De chlorure de soude;

3°. D'osmazome avec de la soude et de l'ammoniaque;

4°. De reste de chyme.

Les matières vertes à goût amer se présentent moins souvent. Ordinairement elles n'ont aucun mélange de chyme , sont tout-à-fait claires , et quelquefois on y voit nager des flocons blancs de mucus de la bouche. Ils se comportent comme les matières précédentes avec de la teinture de noix de galle, du mercure, du chlorure de zinc, de nitrate d'argent, de l'acétate de plomb; sont presque toujours de nature alcaline et rarement de nature acide.

Les matières vertes que j'ai expérimentées réagissaient un peu comme acide , mais ne donnaient plus à la distillation aucune trace d'acidité. La pe" santeur spécifique était de i, oo65. Tous les autres résultats des expériences sur les matières jaunes se reproduisirent dans celles-ci; il ne se présenta de différence essentielle que dans un seul point.

Quand la matière vomie verle a été mêlée à l'alcohol, que le précipité a été séparé etl'alcoliol évaporé, une solution dans l'eau du résidu sec, mêlée avec un peu d'acide acétique, hydrochlorique ou nitrique, donne des précipités jaunes d'ocre, qui se redissolvent par l'addition d'acide, mais qui sans cette addition se formaient en masses extractives brunes. Si l'on ajoutait à la solution aqueuse assez d'acide acétique pour que le précipité disparût, et si l'on mettait le tout à évaporer, le résidu perdait la propriété de se dissoudre dans l'eau. Le ferro-cyanure de potasse donnait avec l'acide nitrique im précipité couleur de chair.

Quoiqùe le liquide décrit plus haut n'offrît pas avec l'acide nitrique le phénomène connu du changement des couleurs, cependant on peut indiquer avec assez de certitude cet élément de la bile appelé picromel. Au temps où j'arrivai à ce résultat, je n'avais plus à ma disposition de matières vomies vertes , et je fus obligé d'abandonner les recherches ultérieures sur cet objet.

Analyse des matières contenues dans V estomac des cadavres des cholériques.

Les matières avaient l'apparence d'un chocolat très-étendu , d'odeur aigre et dégoûtante , et à réaction un peu acide. Par le repos, il se déposait un sédiment sale et rouge, composé de chyme. Le liquide séparé, que la filtration ne clarifiait jamais, était peu coloré, et pesait spécifiquement i,oi4- Ce liquide se troublait par l'ébullition , et ne montrait, du reste , aucune différence avec les vomissemens verts.

Analyse de V urine.

L'urine rendue par un homme, après un choiera très-grave, avait une pesanteur de i,oo85; elle était tout-à-fait neutre , trouble , avait une faible couleur jaune et ne s'éclaircissait jamais complètement. H s'en séparait une petite quantité de mucus vésical, et les parois du verre se couvraient en partie de petits cristaux brillans d'acide urique. De l'acide nitrique mêlé en petite quantité à l'urine en séparait aussi après plusieurs heures de l'acide urique. Mêlée avec de plus grandes quantités d'acide nitrique, l'urine ne présentait aucun des dbangemens de couleur qui signalent la présence de la résine de la bile. L'urine évaporée jusqu'au 12". de son volume, et mêlée avec de l'acide

nitrique, de la pesanteur spe'cifique de 1,22 en volume double, donnait bientôt une masse cristalline de nitrate d'urée. En outre, l'urine donnait du précipité avec l'ammoniaque, le nitrate d'argent, le chlorure de potassium, l'acétate de plomb et la teinture de noix de galle. Elle était aussi troublée par le chlorure d'argent.

Si l'on compare les résultats de cette analyse avec celles de l'urine saine , on trouve peu de différences; et encore ne sont-elles pas constantes. L'urine des cholériques réagit comme celles des personnes bien portantes , acide dans la plupart des cas. Les pesanteurs spécifiques ne sont pas différentes.

Analyse de Vair expiré par les cholériques.

Cette analyse, de crainte d'erreurs, a été toujours faite deux fois, et l'air employé a été pris sur deux individus froids, bleus, sans pouls , qui moururent peu de temps après. L'air expiré a été recueilli dans des vassies épaisses , plusieurs fois expulsé de peur de mélange avec l'air atmosphérique, et aussitôt transporté, dans des vases remplis de mercure.

1°; Air expiré par Deciis, 27 ans. ( l'eudiomètre ;

V''. expérience : 1 70,8 d'air de cholérique daus

Mêlé à 103,5 d'hydrogène;

Reste Jiprès la combustion 1 70.

En conséquence l'air en volume était de : Qxigène, 34,8—20,37 Azote et acide carbonique 136,0 — 79,63

2^. expérience : 1 88,4 d'air de cholérique;

Mêlé à 1 1 0,3 d'hydrogène ;

Restant aprèsla combustion, 1 83,9

Ainsi l'air en volume était composé de :

Oxigène, 38,8 — 20,35

Azote et acide carbonique , 150,1 — 79,67

188,4 100,00 Acide carbonique de cet air : — 246 centimètres cubes d'air de cholérique à 11°. de Réaumur et sous la pression barométrique de 339,3 lig., se réduisirent, après être restés trois jours sur la potasse caustique, à 241 centimètres cubes, à i3**. de Réaumur, et 337,4 de pression barométrique. Ainsi l'air en volume contenait sur 100 parties en acide carbonique 3,49*

L'air analysée se composait donc en volume de : Oxigène, 20,35 Azote, 76,16 Acide carbonique, 3,49

Air expiré par la femme Siegelkon, de 26 ans. (que, 1 . expérience : 1 5 5,5 d'air de choléri-

Méléà 108,5 d'hydrogène,

Reste après la combustion , 133,3.

Ce qui donne ;

Oxigène 30,2—19,42

Azote et acide carbonique, 125,3 — 80,58

156,5 100,00 2*. expérience : 185,2 d'air de cholérique,

112,8 d'hydrogène, Reste après la combustion , 1 90,0 Ce qui donne :

Oxigène 36,0 — 19,44

Azote et acide carbonique, 149,2 — 80,56

185,2 100,00 Acide carbonique de cet air : — i4i centimètres cubes à 8". de Réaumur et 323,i6 1. de pression barométique, laissèrent, après être restés quatre jours sur la potasse caustique, i38 centimètres cubes à 8". de Réaumur, et à 822,1 1 1. de hauteur barométrique. Ce qui donne d'acide carbonique 2,1 3 pour cent.

L'air était donc en tout composé de :

Oxigène, 19,43 Azote, 78,44 Acide carbonique , 2,13

Les évaluations de l'acide carbonique expiré par les personnes saines sont très-variables et flottent entre 3,3 et i3,8. D'aussi grandes différences ne peuvent être que le résultat d'erreurs. Allen et Pepys admettent comme terme moyen 8 ou 8,5

pour cent. Dans les expériences relatées plus haut, l'acide carbonique n'est que 2,2 et 3,5 pour cent, le quart de celui qu'expirent les personnes bien portantes. Une aussi grande diminution dans l'acide carbonique de l'air expiré par les cholériques doit entraîner les conséquences les plus importantes pour l'économie animale j car par là se perd la source la plus importante de la chaleur animale. »

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